ARABE
- Chasse à la correction orthographique
(par Yacine Benachenhou) Les dirigeants
de l'émirat de Ras al Khaima, l'un des
plus petits, l'un des plus pauvres et
l'un des plus conservateurs des Emirats
Arabes Unis, ont décidé de mener une
chasse linguistique sans merci aux
fautes d'orthographe sur les enseignes,
les prospectus et les affiches, dans le
cadre d'une grande campagne linguistique
d'"embellissement" de l'émirat.
Cette campagne vous rappelle peut-être
la campagne linguistique concernant la
protection de la langue française: la
loi Toubon ! Mais ici, les sanctions
sont fortes : toute infraction à la
langue arabe sera punie d'une amende de
base de 135 dollars (146 euros) qui peut
doubler en cas de récidive. Et le
problème est que seul un infime
pourcentage de la population est
émiratis d'origine: la plupart des
commerces sont tenus dans l'émirat de
Ras al Khaima par des originaires
d'Indes, du Pakistan ou du Bengladesh
qui n'ont pas forcément une maîtrise
courante de l'arabe classique utilisé à
l'écrit. De plus, le cadre d'application
de la loi n'est pas clairement défini, et
personne ne dit qui sera chargé de faire
observer la loi : les natifs étant
manifestement en nombre insuffisant, le
gouvernement va-t-il faire appel à des
immigrés venant d'autres pays arabes
(Libanais, Palestiniens, Egyptiens etc.)
qui sont eux aussi nombreux à travailler
dans le Golfe ?
Le problème de "l'embellissement", la
simplification ou la conservation des
langues se pose ou s'est posé dans
plusieurs autres langues: l'allemand, le
grec, le français. Il est intéressant
d'observer comment chaque pays y
réagit....
(réflexions suscitées par un article
paru dans "Liberation" du 19 fevrier
2001.)
- Epreuve orale facultative
(par Emmanuel Mourtada) Le texte, paru
en janvier 2001 au BOEN, organisant
l'épreuve facultative d'arabe au
baccalauréat est venu clore un long et
fructueux débat, au sein des arabisants
et des enseignants d'arabe. Ce débat
portait sur la nature de cette épreuve
et plus généralement sur l'enseignement
de l'arabe, en tant que langue vivante
étrangère, dans notre système éducatif.
Cette circulaire prend en compte la
nature de la langue arabe dans ses deux
dimensions (dialectale et littérale).
Elle prend aussi en compte la réalité de
l'enseignement de l'arabe dans nos
écoles, nos collèges et nos lycées ; un
enseignement qui intègre les deux
aspects de la langue et développe chez
les élèves des compétences leur
permettant de comprendre la société
arabe plurielle et de communiquer avec
ses membres.
Pour cette épreuve facultative, le
candidat doit montrer " son aptitude à
comprendre un document de langue arabe
littérale ou dialectale, écrit en arabe,
et à dialoguer en prenant appui sur ce
document ". Il peut " s'exprimer dans le
registre de son choix : arabe littéral,
arabe dialectal, ou registre
intermédiaire ". Afin de faciliter la
préparation des candidats et de les
informer sur les modalités définitives
de passation de l'épreuve, des séances
de travail animées par des professeurs
d'arabe ont été mises en place dans les
académies.
De plus, les candidats avaient la
possibilité de préparer des documents
(textes ou iconographies), en arabe
dialectal ou littéral, mis en ligne sur
le site de la revue pédagogique Textarab
(http://www.textarab.org
) et celui de
l'Académie de Versailles
http://www.acversailles.fr/pedagogi/langu
e-arabe
Nous pouvons dire, pour avoir participé
au jury, que cette épreuve s'est bien
déroulée. L'information claire et
détaillée avait permis à une majorité de
candidats de présenter des documents bien
préparés. La connaissance de la graphie
arabe (seule utilisée pour la langue
arabe dans les pays arabes) n'a pas posé
d'obstacles majeurs pour le candidat
ayant préparé sérieusement son examen.
Il s'avère néanmoins nécessaire et
urgent de proposer, partout où cela est
possible, une préparation à cette
épreuve dans le cadre d'une initiation
ou d'une LV3 ouverte à tous les lycéens.
Les directives ministérielles publiées
dans le BOEN du 14/06/2001, vont dans ce
sens. Elles portent sur le "
développement de l'enseignement de
l'arabe comme langue vivante 3 partout
où la présence de professeurs de cette
langue le permettra en commençant, à la
rentrée 2001, par la classe terminale
afin de préparer les élèves à l'épreuve
facultative correspondante au
baccalauréat ". Cette volonté
ministérielle nous semble satisfaisante,
car elle répond au souhait de
diversification des langues et renforce
la formation humaniste des adolescents.
Nous espérons vivement son application
dans tous les établissements concernés
et l'extension rapide de cette mesure
vers les classes de seconde et de
première.