Pédagogie : Formations ouvertes ou (à peine) entr'ouvertes ?
Pédagogie : Formations ouvertes ou (à
peine) entr'ouvertes ?
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Françoise Demaizière (Paris 7)
La fortune du qualificatif "ouvert" est
grande depuis quelques mois dans notre
microcosme. L'étiquette récente la plus
répandue est FOAD (formation ouverte à
distance). Qu'est-ce donc que cette
ouverture des formations ?
On remontera d'abord aux années 70 et à
l'aventure pionnière de l'Open
University britannique. Il s'agissait
alors d'ouvrir une université à distance
à tous, diplômés de l'enseignement
secondaire et non-diplômés. Les deux
qualificatifs "ouvert" et "à distance"
se distinguaient et fonctionnaient à des
niveaux différents.
On peut ensuite examiner l'arrivée du
terme "formation ouverte" en France avec
la définition de la Délégation à la
Formation Professionnelle, qui parle de
formations qui s'appuient en tout ou en
partie sur des apprentissages non
présentiels, en autoformation ou avec
tutorat, à domicile, dans l'entreprise
ou en centre de formation.
L'interprétation est moins évidente.
Semble devenir "ouvert" ce qui est non
présentiel. On voit que l'on peut vite
glisser vers une forte similitude entre
une formation à distance et une
formation ouverte. L'accès sans
condition de diplôme est oublié. La
connotation est alors que le
non-présentiel, le travail possible
depuis son domicile ou son entreprise
permettent d'ouvrir les conditions
d'apprentissage dans le temps et dans
l'espace. On insiste sur l'ouverture
qu'apporte la distance par la
non-contrainte d'une présence en
face-à-face avec le formateur en un lieu
unique, à un moment imposé. Une manière
de moderniser l'appellation
"enseignement à distance", et de
positiver l'enseignement non présentiel
(expression à connotation négative).
A l'heure d'Internet et de la Toile, de
l'individualisation des rythmes et des
projets, des horaires flexibles, on
préfère insister sur le côté libérateur
de la distance. C'est aussi la distance
qui permet de prendre de la distance
(expression positive elle aussi), plutôt
que d'être tenu à distance (de
l'enseignant et de l'institution de
formation).
Mais l'interprétation est compliquée du
contact avec un autre terme et un autre
concept : autoformation. Si une
formation ouverte a quelque chose à voir
avec l'autoformation, il faut affronter
la polysémie de ce second terme. On peut
le réduire à un sens minimal : il y a
autoformation quand il y a travail
individuel (en général on comprend
travail sur un logiciel, Internet...).
En ce cas, lorsque l'on parle de
formation ouverte, parce que à distance
et avec des moments de travail
individuel, on se borne en gros à un
effet de redondance. Par contre, ceux
qui défendent l'autoformation comprise
dans un sens plus fort contestent une
telle association systématique. Si l'on
considère qu'il n'y a autoformation que
lorsque l'apprenant a une réelle
initiative sur son parcours ou le choix
de ses matériaux de travail, par
exemple, on ne parlera d'ouverture que
dans le cas où il y a réellement
responsabilisation, initiative et marge
de manœuvre et de décision pour
l'apprenant. Travailler chez soi, ou en
centre de ressources, pour suivre un
parcours prescrit de l'extérieur sans
discussion ou négociation (cas fréquent
en enseignement à distance) ne relève
plus de l'autoformation ni de la
formation ouverte.
En conclusion, ce petit parcours
terminologique et interprétatif aura
souligné, je le souhaite, le soin avec
lequel il convient d'utiliser et
d'entendre certains termes. On peut
jouer sur le fait qu'une formation se
déclare "ouverte", ce qui laisse
entendre que, comme dans l'autoformation
au sens plein, l'apprenant a une prise
forte sur son mode de travail, sur la
conduite et l'organisation de ses
apprentissages. Cela est attractif et
dans l'air du temps. Si, de fait, on
impose le contenu et le mode de travail,
tout en laissant l'apprenant "seul" à son
domicile ou face à son ordinateur, on
risque de provoquer de fortes
désillusions. Le malentendu est évident,
et parfois peu correct vis-à-vis de
l'apprenant qui se sera laissé bercer
par le côté attractif des termes
"autoformation" ou "ouvert".
L'accumulation de tels qualificatifs
représente un état d'esprit du moment
qui est sympathique. Un peu d'attention
est néanmoins nécessaire pour éviter la
confusion et la publicité ou l'image de
marque mensongères. Mesurons nos termes
et précisons peut-être qu'il y a
distance, travail individuel,
flexibilité des horaires, sans plus. En
corollaire posons les bonnes questions à
ceux qui nous présentent leurs produits :
y a-t-il plus que "distance", "travail
individuel" ou "flexibilité des
horaires" ?
Je proposerais donc un usage plus
responsable et plus précis du terme
"ouvert". Parlons de formation ouverte
quand on se démarque fortement des
fermetures ou des restrictions
habituelles à la liberté de mouvement de
l'apprenant. Il faut qu'une formation
soit ouverte ou fermée. Elle peut
éventuellement être entr'ouverte.
Disons-le et faisons-le comprendre
clairement.
Françoise Demaizière
Université Paris 7
Revue Apprentissage des langues et SIC
(http://alsic.org
)