Analyses (Café N° 48)

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Édition du 26-03-2004

- Jérôme Bruet -

- Le e-learning, coquille vide ?

Depuis trois ou quatre ans, l'éclosion du e-learning est annoncée comme imminente. Fortement critiqué dés le départ par les plus pessimistes en matière d'innovation pédagogique, la longue couvée du e-learning, n'est pas pour faire taire les critiques. En effet, de nombreux projets e-learning semblent avoir du mal à se concrétiser, la plupart d'entre eux se limitent à des sites Internet proposant des accès sécurisés mais qui une fois cette barrière passée, laisse entrevoir des espaces de formation bien creux. Le e-learning est-il une coquille vide ?

Pour répondre à cette question, il est important de s'en poser une autre, quels sont les enjeux qui ont poussé les responsables de société ou d'organisme de formation à investir sur le e-learning. Difficile d'y répondre en quelques lignes, toutefois, il est possible d'identifier trois axes sur lesquels repose le développement des projets e-learning.

Tout d'abord l'axe pédagogique, il est au cœur du débat : " le e-learning sera l'outil de formation de demain ! "
Ensuite on trouve l'axe marketing : aujourd'hui " se différencier de la concurrence en offrant des formations plus attractives ", demain " proposer comme tous nos concurrents des espaces de formation en ligne "
Enfin, l'axe économique : " une source de profit pour les organismes de formation et une réduction des coûts pour les sociétés formées ! "

Extraordinaire ! C'est le mot qui est venu à l'esprit de bon nombre de dirigeants ou responsables de formations à la vue de ces trois axes prometteurs. Si l'on ajoute à cela, les études de cabinets d'analystes financiers qui annoncent l'explosion du secteur dans les 4 prochaines années, le e-learning n'est plus seulement extraordinaire, il devient magique.

Oui mais voilà, entre la théorie et la pratique, il y a parfois quelques écarts.

L'enjeu économique n'a pas simplement séduit le monde la formation, il a également interpellé les professionnels du multimédia ou plus généralement de l'informatique. Ces derniers ont donc proposé leurs services aux organismes de formation à des prix proportionnels aux potentiels du marché, autrement dit des prix astronomiques.

De ce fait, la rentabilité des projets e-learning a pris un sacré coup, le moyen terme a viré au long terme. Si l'on ajoute à cela, des temps de réalisation conséquents (plusieurs mois pour chaque ressource) mais inévitables compte tenu du nombre d'acteurs (informaticiens, graphistes, chef de projet, auteur, webmaster, ...), on peut sans doute revoir à la baisse le fort optimisme de l'axe économique.

L'enjeu marketing, comment ne pas l'intégrer à tout projet, quel que soit le type de structure publique ou privée, son ambition est de se différencier, de faire plus, de répondre encore mieux aux attentes du marché. Toutefois en formation et c'est tout à l'honneur de ce métier, il est difficile de séduire des apprenants en limitant les efforts à la forme. L'apparat n'est pas la loi du marché en formation. L'enjeu marketing est donc d'offrir des contenus en adéquation avec le besoin des apprenants. Difficile de faire sauter de joie le directeur marketing en lui expliquant que la différentiation concurrentielle ne sera pas basée sur des animations en 3D façon " Matrix " mais sur la démarche pédagogique.

L'enjeu pédagogique, le seul qui soit réellement légitime dans le monde de la formation connaît lui aussi ses écueils. Le e-learning a été annoncé comme un nouvel outil de formation mais qui sait s'en servir ? Les formateurs se sont trouvés confrontés à la complexité technique et à la pauvreté pédagogique des outils mis à leur disposition. Difficile de se satisfaire d'outils qui vous demandent de traduire votre savoir par des Quizz ou des QCM. Difficile également, de passer du rôle du " sachant " à celui d'accompagnateur de la formation. Difficile enfin, de combattre le vieux démon qui murmure à l'oreille de chaque formateur que la machine (le e-learning) va le remplacer.

Les trois axes de profits attendus par les organismes se sont en réalité avérés être trois pièges qui ont débouché sur des revirements stratégiques, arrêt des développements ou projets mis en stand by. Bien qu'il existe fort heureusement des exemples où les investissements dans le e-learning ont été transformés en franc succès, un très grand nombre de projets (souvent les plus grandiloquents) sont à l'heure actuelle au stade végétatif. Pour bon nombre, il n'est pas déplacé de les qualifier de coquille vide.

Quels peuvent être les facteurs de changement ?

Heureusement, l'expérience aidant, des solutions correctives semblent voir le jour dans le monde de la formation.

Tout d'abord, la formation via des environnements graphiques très élaborés espérant faire passer en une seule étape le formateur du bon vieux Powerpoint au " Tomb raider " de la formation ne semble plus faire recette. Les coûts et les délais de production vont donc nettement s'en ressentir.
Ensuite les solutions informatiques proposées aux formateurs ne se limitent plus à des classes virtuelles (les contenants) mais s'orientent de plus en plus vers de outils qui permettent de concevoir facilement des supports numériques de formation très riches (les contenus). Le leadership dans ce domaine est actuellement détenu par les deux logiciels elearning maker et Mind On Site, mais d'autres devraient voir le jour en 2004. Enfin, la tendance n'est plus de croire qu'une ressource e-learning est un produit figé une fois mis en ligne, mais au contraire que ce contenu doit être mis à jour régulièrement, tout comme un enseignant met ses cours à jour. Les nouveaux logiciels auteurs permettent donc une liaison plus directe entre l'auteur et son contenu. En supprimant les intermédiaires, on réduit ainsi les coûts tout en facilitant la création de contenu. La conséquence directe est un développement rapide de nombreux contenus.

A la question, le e-learning est-il une coquille vide, il serait sans doute pertinent de répondre en deux temps : hier majoritairement oui, mais aujourd'hui et demain le e-learning sera incontestablement un des supports privilégié pour la formation.


Jérôme Bruet

Responsable pédagogique de la société e-doceo
http://www.e-doceo.fr

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