Analyses (Café N° 7)

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L'avenir des réseaux à l'école

L'avenir des réseaux à l'école    [ Haut ]

Jacques DELMAS

A la différence du collège et du lycée et pour d'évidentes raisons d'échelle et de fonctionnement, l'école primaire n'a pas (ou peu) utilisé l'informatique pour gérer ses effectifs, automatiser ses évaluations, etc... Alors que le système secondaire doit en effet adapter son informatique de gestion et passer à une informatique de communication, le système primaire, lui, doit passer directement à la deuxième étape... Faut-il donc équiper les écoles ?

1. Un retard facile à combler:

Ce qui pourrait paraître un handicap n'en est peut-être pas un... Et ce pour trois raisons fondamentales:

  • l'informatique de gestion est surtout utilisée par un personnel administratif qui n'existe pas au sein des écoles primaires.
  • la technologie avance à grands pas.
  • la taille des équipes du primaire est plus réduite et lorsqu'elles fonctionnent, leur structure s'apparente plus à celle du commando que du régiment... Le temps d'adaptation y est d'autant plus rapide...

Reste que d'ici peu, en cas de décision d'équipement massif (on peut rêver...), le Professeur des écoles pourrait bien saisir ses notes sur son tableau de bord Intranet, une simple page web avec des formulaires. Il alimenterait ainsi la base de données pour la réalisation automatique des bulletins. Des modules vérifieraient la cohérence et demanderaient confirmation à l'auteur en cas de doute. Tous les résultats seraient bien sûr immédiatement consultables sur le site Intranet... L'administration disposerait d'une page intégrant les commandes nécessaires à l'édition des bulletins. Des dossiers complets retraçant le cursus de l'élève seraient générés pour le Conseil de Cycle et le Directeur les diffuserait sur l'écran de la salle de réunion pour en faire l'analyse... Les données "élèves" permettraient à l'enseignant un jugement plus serein puisqu'elles seraient replacées dans un contexte temporel, loin de l'instant de la réunion finale d'évaluation, si peu propice à une étude approfondie... Un forum spécialisé lui permettrait d'enrichir encore ses possibilités de documentation personnelle...Les parents, via l'extranet, auraient accès aux informations concernant leur(s) enfant(s)...

Bien sûr, notre enseignant disposerait également d'un agenda, d'une série de contacts et de ressources pédagogiques. Il diffuserait amplement toutes ses productions personnelles, enfin convaincu que leur valeur ajoutée se trouve ailleurs: dans le service qu'il rend comme médiateur entre ce savoir et les apprenants.

2. Pédagogic Park !

Mais très vite, la résistance acharnée (ou passive...) d'une grande partie du corps enseignant conduirait à la scission. Les Profs "Papiers" (p-Profs), retranchés dans leurs classes, trouveraient tous les arguments nécessaires pour démontrer que le partage des ressources viole leur vie privée et met en cause leur liberté pédagogique. Par l'intermédiaire de certains syndicats, les plus durs d'entre eux feraient pression sur le ministère pour faire cesser temporairement tout équipement réseau supplémentaire... avant de retourner immédiatement dans leur cage (dont la porte vitrée est recouverte de dessins pour empêcher toute intrusion visuelle).

Les Profs "électroniques" (e-Profs), au contraire, utilisant ces nouveaux outils pour adapter encore leur pédagogie (ils l'ont toujours fait, ce sont de dangereux excités aux yeux de leurs collègues...), s'épuiseraient au début à vouloir provoquer par osmose des mutations chez les p-Profs, qu'ils comparent à de véritables dinosaures. Cette situation dérangerait considérablement l'administration de Pédagogic Park, obligée à gérer cette nouvelle source de conflits chez ses pensionnaires et subissant une pression grandissante de la part de l'administration centrale, du secteur marchand et des parents d'élèves.

3. Un scénario probable:

Devant ces tensions insoutenables, le ministère, aimablement conseillé par quelques grandes sociétés privées, trouverait la parade pour massifier l'usage des technologies et reprendre ainsi l'initiative. Des produits "clés en main", pédagogiquement traditionnels et peu dérangeants, seraient amplement diffusés. Des cartables électroniques, bourrés de cours réalisés par les mêmes sociétés (ou la même société ?) qui éditaient auparavant les manuels seraient mis à la disposition de tous les élèves en échange d'une participation modique.

Les habitudes "je montre, tu fais, j'évalue" seraient remplacées par "elle (il) montre (la machine ou l'écran de télé relié à la machine), tu fais, j'évalue" et fabricants de matériels, éditeurs et professeurs seraient ainsi satisfaits...

Les e-Profs, épuisés et menacés d'extinction, se trouveraient à nouveau marginalisés. On utiliserait de temps en temps leurs projets comme illustrations au cours de magnifiques conférences pédagogiques. Mais on insisterait bien sur le caractère très (trop ?) novateur et la seule valeur d'exemple de ces réalisations afin de tempérer les réactions des p-Profs...

On entendrait alors monter de l'assistance ce murmure: "c'est bien joli tout ça, mais dans ma classe, c'est impossible..." et tout recommencerait comme avant...

4. Une méthode nécessaire

Les remarques précédentes me feraient sourire si nous n'avions pas expérimenté, à l'échelle d'une école entière, bon nombre des différents phénomènes décrits plus haut. Il faut donc croire que l'avenir des réseaux à l'école passera par un changement préalable de la culture des professeurs et de l'administration.

Dans l'état actuel du monde enseignant, je ne crois pas qu'un investissement colossal soit la voie la plus rapide à choisir: les déperditions seraient importantes. Une définition plus pragmatique des objectifs et une autonomie réelle des écoles primaires (statut d'établissement ?) sont des questions inévitables à traiter avant de parler de réseaux informatiques pédagogiques.

Si nos solutions (nous développons un intranet d'école primaire depuis novembre 1999) nous ont permis d'avancer considérablement dans l'intranet pédagogique, c'est justement parce que nous avons eu cette approche. Elles ne sont pas transférables sans adaptation, mais des principes forts sont facilement identifiables. Ils ne sont malheureusement pas neutres et remettent en cause certains fondements de notre système éducatif.

Jacques DELMAS
PEMF Technologies et ressources éducatives.
Mail: jdelmas@intraedu.com
Intr@edu, Intranet en Education Initiale http://www. intraedu.com

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