L'avenir des réseaux à l'école
L'avenir des réseaux à
l'école [ Haut
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Jacques DELMAS
A la différence du collège et du lycée
et pour d'évidentes raisons d'échelle et
de fonctionnement, l'école primaire n'a
pas (ou peu) utilisé l'informatique pour
gérer ses effectifs, automatiser ses
évaluations, etc... Alors que le système
secondaire doit en effet adapter son
informatique de gestion et passer à une
informatique de communication, le
système primaire, lui, doit passer
directement à la deuxième étape...
Faut-il donc équiper les écoles ?
1. Un retard facile à combler:
Ce qui pourrait paraître un handicap
n'en est peut-être pas un... Et ce pour
trois raisons fondamentales:
- l'informatique de gestion est surtout
utilisée par un personnel administratif
qui n'existe pas au sein des écoles
primaires.
- la technologie avance à grands pas.
- la taille des équipes du primaire est
plus réduite et lorsqu'elles
fonctionnent, leur structure s'apparente
plus à celle du commando que du
régiment... Le temps d'adaptation y est
d'autant plus rapide...
Reste que d'ici peu, en cas de décision
d'équipement massif (on peut rêver...),
le Professeur des écoles pourrait bien
saisir ses notes sur son tableau de bord
Intranet, une simple page web avec des
formulaires. Il alimenterait ainsi la
base de données pour la réalisation
automatique des bulletins. Des modules
vérifieraient la cohérence et
demanderaient confirmation à l'auteur en
cas de doute. Tous les résultats seraient
bien sûr immédiatement consultables sur
le site Intranet... L'administration
disposerait d'une page intégrant les
commandes nécessaires à l'édition des
bulletins. Des dossiers complets
retraçant le cursus de l'élève seraient
générés pour le Conseil de Cycle et le
Directeur les diffuserait sur l'écran de
la salle de réunion pour en faire
l'analyse... Les données "élèves"
permettraient à l'enseignant un jugement
plus serein puisqu'elles seraient
replacées dans un contexte temporel,
loin de l'instant de la réunion finale
d'évaluation, si peu propice à une étude
approfondie... Un forum spécialisé lui
permettrait d'enrichir encore ses
possibilités de documentation
personnelle...Les parents, via
l'extranet, auraient accès aux
informations concernant leur(s)
enfant(s)...
Bien sûr, notre enseignant disposerait
également d'un agenda, d'une série de
contacts et de ressources pédagogiques.
Il diffuserait amplement toutes ses
productions personnelles, enfin
convaincu que leur valeur ajoutée se
trouve ailleurs: dans le service qu'il
rend comme médiateur entre ce savoir et
les apprenants.
2. Pédagogic Park !
Mais très vite, la résistance acharnée
(ou passive...) d'une grande partie du
corps enseignant conduirait à la
scission. Les Profs "Papiers" (p-Profs),
retranchés dans leurs classes,
trouveraient tous les arguments
nécessaires pour démontrer que le
partage des ressources viole leur vie
privée et met en cause leur liberté
pédagogique. Par l'intermédiaire de
certains syndicats, les plus durs
d'entre eux feraient pression sur le
ministère pour faire cesser
temporairement tout équipement réseau
supplémentaire... avant de retourner
immédiatement dans leur cage (dont la
porte vitrée est recouverte de dessins
pour empêcher toute intrusion
visuelle).
Les Profs "électroniques" (e-Profs), au
contraire, utilisant ces nouveaux outils
pour adapter encore leur pédagogie (ils
l'ont toujours fait, ce sont de
dangereux excités aux yeux de leurs
collègues...), s'épuiseraient au début à
vouloir provoquer par osmose des
mutations chez les p-Profs, qu'ils
comparent à de véritables dinosaures.
Cette situation dérangerait
considérablement l'administration de
Pédagogic Park, obligée à gérer cette
nouvelle source de conflits chez ses
pensionnaires et subissant une pression
grandissante de la part de
l'administration centrale, du secteur
marchand et des parents d'élèves.
3. Un scénario probable:
Devant ces tensions insoutenables, le
ministère, aimablement conseillé par
quelques grandes sociétés privées,
trouverait la parade pour massifier
l'usage des technologies et reprendre
ainsi l'initiative. Des produits "clés
en main", pédagogiquement traditionnels
et peu dérangeants, seraient amplement
diffusés. Des cartables électroniques,
bourrés de cours réalisés par les mêmes
sociétés (ou la même société ?) qui
éditaient auparavant les manuels
seraient mis à la disposition de tous
les élèves en échange d'une
participation modique.
Les habitudes "je montre, tu fais,
j'évalue" seraient remplacées par "elle
(il) montre (la machine ou l'écran de
télé relié à la machine), tu fais,
j'évalue" et fabricants de matériels,
éditeurs et professeurs seraient ainsi
satisfaits...
Les e-Profs, épuisés et menacés
d'extinction, se trouveraient à nouveau
marginalisés. On utiliserait de temps en
temps leurs projets comme illustrations
au cours de magnifiques conférences
pédagogiques. Mais on insisterait bien
sur le caractère très (trop ?) novateur
et la seule valeur d'exemple de ces
réalisations afin de tempérer les
réactions des p-Profs...
On entendrait alors monter de
l'assistance ce murmure: "c'est bien
joli tout ça, mais dans ma classe, c'est
impossible..." et tout recommencerait
comme avant...
4. Une méthode nécessaire
Les remarques précédentes me feraient
sourire si nous n'avions pas
expérimenté, à l'échelle d'une école
entière, bon nombre des différents
phénomènes décrits plus haut. Il faut
donc croire que l'avenir des réseaux à
l'école passera par un changement
préalable de la culture des professeurs
et de l'administration.
Dans l'état actuel du monde enseignant,
je ne crois pas qu'un investissement
colossal soit la voie la plus rapide à
choisir: les déperditions seraient
importantes. Une définition plus
pragmatique des objectifs et une
autonomie réelle des écoles primaires
(statut d'établissement ?) sont des
questions inévitables à traiter avant de
parler de réseaux informatiques
pédagogiques.
Si nos solutions (nous développons un
intranet d'école primaire depuis
novembre 1999) nous ont permis d'avancer
considérablement dans l'intranet
pédagogique, c'est justement parce que
nous avons eu cette approche. Elles ne
sont pas transférables sans adaptation,
mais des principes forts sont facilement
identifiables. Ils ne sont
malheureusement pas neutres et remettent
en cause certains fondements de notre
système éducatif.
Jacques DELMAS
PEMF Technologies et ressources
éducatives.
Mail: jdelmas@intraedu.com
Intr@edu, Intranet en Education Initiale
http://www.
intraedu.com