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Bruno Devauchelle et François
Jarraud - - Des profs et des élèves, en
questions ?En publiant « Professeurs et
élèves : les bons et les mauvais » Jean
Houssaye (ESF 2001, 171 p.), au travers
d’ un titre qui peut sembler «
accrocheur » pose une question
essentielle. N’y a-t-il pas derrière
l’ensemble des questions d’éducation et
en particulier celles posées à l’école,
une récurrence du thème du bon et du
mauvais. La lecture, ou plutôt la
relecture interprétée de nombreux
travaux de recherche réalisés au cours
du XXè siècle est très éclairante. Entre
psychologie et sociologie, echappées
elles aussi de la philosophie, les
sciences de l’éducation tenteraient de
devenir (enfin ?) la science de
l’éducation. C’est au travers de la
permanence de la question des bons et
des mauvais que Jean Houssaye nous
invite à relire ces travaux. Situé dans
le champ de l’histoire des questions
pédagogiques, ce travail éclaire
l’histoire des sciences de l’éducation.
Les trois chemins de traverse que nous
propose l’auteur sont éclairant de la
méthode de travail adopté :
- La distinction entre le descriptif et
le prescriptif entre l’explicatif et le
normatif dans les sciences de
l’éducation ne serait-elle pas une base
pour comprendre la difficulté des
sciences de l’éducation à se dire comme
science par le fait qu’elles sont
souvent traversées par l’envie, parfois
inconsciente d’être prescritives et
normatives, bien qu’elles s’en défendent
?
- Le triangle pédagogique, cher à
l’auteur, reste pour lui un bon
analyseur. « Bref la quotidienneté
scolaire semble continuer à être régie
par la primauté du rapport
maitre-savoir. »(p.159) Cette formule
lapidaire vient ici rappeler que les
sciences de l’éducation sont en
difficulté face aux modèles du
quotidien, malgrès leurs tentatives
répétées au travers de l’histoire
d’introduire les autres parties du
triangle (élèves, maître, savoir).
- Le sens de l’éducation n’est pas
l’apanage de la philosophie, mais il
traverse l’ensemble des travaux
analysés. Point d’observation privilégié
des travaux, il met en alerte le
chercheur sur la façon dont sont menés
les travaux. « Comme si être à l’école
n’allait plus de soi. Comme si la
jonction entre l’élève et l’institution
n’était plus de l’ordre de l’adéquation.
Comme si la question du bon et du mauvais
élève devenait de plus en plus
problématique et signifiante. » (p.160).
Il devient évident que la question du
sens de l’école est désormais au centre
des préoccupations des sciences de
l’éducation à la fin du XXè siècle.
La rigueur de l’exposé qui nous est
proposé fait de cet ouvrage une
référence pour ceux qui veulent essayer
de comprendre l’évolution des sciences
de l’éducation au XXè siècle. Au delà de
cette dimension historique, l’ouvrage
permettra à l’enseignant d’analyser son
positionnement pédagogique. A partir du
dualisme psychologie-sociologie, qui est
l’entrée principale pour la relecture qui
est faite des travaux, les enseignants
qui s’engagent dans la lecture de cet
ouvrage trouveront un outil pour mieux
comprendre l’action de l’école, et
prendre pied dans le débat essentiel qui
traverse l’école et qui conclue cet
ouvrage, bien au delà du titre : pour
qui l’école fait-elle encore sens ?
Jean Housaye, Professeurs et élèves :
les bons et les mauvais, ESF Paris,
2001, 171 p.
Bruno Devauchelle
Cepec
- Des jouets pas si innocents
Aborder la question de la famille et de
l’éducation en utilisant le jouet comme
point d’entrée, tel est le choix de
Sandrine Vincent dans son ouvrage : « Le
Jouet et ses usages sociaux » (La
dispute/Snedit, Paris 2001,221 p.). Il
ne s’agit pas d’un livre opportunément
sorti juste avant la fin de l’année pour
accompagner la vague des achats rituels,
mais bien plutôt une invitation à
réfléchir à la place du jouet dans la
famille et au travers de celle-ci dans
la société. Travail de sociologie,
compte rendu d’un itinéraire de
recherche, ce travail apportera
d’intéressantes information sur la place
du jouet dans la société actuelle. Le
lecteur pourrait se sentir déçu de ne
pas y lire de grande nouveauté. Est-ce
le modèle d’approche adopté, ou le
résultat lui-même qui apportent cette
impression ? On pourra s’interroger sur
la polarisation assez fortement marquée
dans l’ouvrage entre les types de
familles identifiés (trois catégories).
Ce choix et ce mode de compte rendu
semble écraser les analyses proposées et
ne pas permettre une découverte plus en
profondeur de la place du jeu dans la
trajectoire d’un enfant. Mais le propos
n’était pas forcément dans ce sens, et
l’auteur a voulu maintenir le cap d’une
analyse sociologique classique.
Le chapitre qui retiendra notre
attention sera le dernier. Il est
consacré au jouet dans les stratégies
éducatives familiales. Arrivant après le
chapitre sur la définition sociale de
l’enfance au travers du jouet, ce
dernier chapitre est au centre de
l’analyse de l’auteur : finalement le
jouet est un des indicateurs essentiels
des stratégies éducatives des familles
et à ce titre il permet une autre
lecture que celle, assez souvent
rencontrée de la lecture de ces
stratégies au travers de la relation à
l’école et au savoir. En effet, le
jouet, qui ne rentre pas a priori dans
le champ de représentation du monde
scolaire (hormis en classe maternelle et
rarement au delà) est investi par les
familles d’une valeur éducative. Que
cette valeur oriente l’enfant vers la
récompense, le loisir, ou le travail
scolaire, l’attitude parentale traduit
nettement l’intention éducative des
parents, sans qu’il soit fait référence
à l’école a priori. On sent que l’auteur
doit résister à aller plus loin dans une
lecture plus systématique de ce que l’on
pourrait nommer comme les « facteurs
familiaux favorisant la réussite
scolaire ». En effet la place prise par
le jouet ou ce qui en tient lieu (est
nommé comme tel d’une façon ou d’une
autre) dans les familles est envirroné
d’intentions que l’auteur tente ici
d’expliciter. On regrettera cependant
que l’analyse n’aille plus au fond des
choses et s’en tienne à une analyse des
discours des parents. Il semble qu’une
analyse des attitudes des enfants et un
suivi plus longitudinal (plus
ethnographique) aurait permis une autre
vision moins mécaniste de ce qui se
passe.
Au delà de ce que le lecteur peut
rechercher personnellement dans une
lecture de cette nature, saluons ce
travail qui a le mérite d’ouvrir le
regard sur un objet de recherche qui
intéressera aussi les enseignants qui
veulent tenter de comprendre ce que
c’est que l’accompagnement familial
éducatif. Par là même on pourra y
trouver matière à mieux comprendre la
relation entre la famille et l’école,
question douloureuse souvent agitée au
cours des deux dernières années.
Bruno Devauchelle
Cepec
Sandrine Vincent, Le Jouet et ses usages
sociaux, La dispute/Snedit, Paris 2001,
221 p.
- J'enseigne avec l'Internet en
Histoire - CRDP d'AuvergneQue faire en
classe avec Internet ? La question se
pose bien si on en juge par l'écart
entre l'équipement des enseignants et
leur utilisation personnelle du réseau
et le développement nettement plus
faible des usages en classe.
La collection "J'enseigne avec
l'Internet" , pilotée par le CRDP de
Bretagne, a pour objectif d'accompagner
les enseignants sur ce chemin. Après les
langues, la SVT, la technologie,
l'économie-gestion, elle publie un
ouvrage "J'enseigne avec Internet en
Histoire - Géographie". Rédigé par
quatre enseignants expérimentés, il
comprend deux parties.
Dans la première, les auteurs présentent
cinq activités en classe qui couvrent les
différentes utilisations d'Internet au
collège et en lycée. Ainsi dans un
premier exercice ils montrent comment
trouver et traiter l'information d'un
site, ici celui de l'ONU. Un deuxième
projet est plus ambitieux puisqu'il mêle
la quête d'information, sa critique et
l'utilisation judicieuse du courrier à
propos de l'exploitation pétrolière en
Alaska. Le dernier exemple présente un
travail de production collaborative sur
la révision du bac qui motive les élèves
et les amène à réfléchir sur leur
participation au cours. Ces deux
dernières activités donnent toute sa
dimension à l'Internet. Celui-ci est
d'abord outil de communication et
support de projets pédagogiques ouvert
sur la vie. C'est ainsi qu'il peut
vraiment donner du sens à
l'enseignement. Le réduire à une "grande
bibliothèque" c'est l'amputer. Les
auteurs de cet ouvrage le savent.
La deuxième partie est un guide de sites
utiles pour l'enseignement de l'histoire
et de la géographie. Il signale les
principaux webs institutionnels mais
montre aussi l'importance des sites
associatifs ou personnels animés par des
enseignants, ce qui est plus rare.
Pourtant ce livre nous laisse un peu sur
notre faim. Les activités pédagogiques
sont décrites en 47 pages, les sites
webs en une cinquantaine. On aurait aimé
d'autres exemples. Il aurait aussi
souvent été utile de décrire plus
longuement les démarches engagées. C'est
particulièrement vrai quand il s'agit de
projets éducatifs qui, on le sait, sont
souvent délicats à monter. On se situe
également dans une discipline où
l'effort de mutualisation est ancien.
Les auteurs le savent et l'évoquent. Ils
auraient pu en montrer les bénéfices en
s'appuyant sur les sites réalisés par
des élèves dans des projets collectifs,
quitte à ajouter quelques pages à ce
petit livre.
Dans la préface, Jean-Pierre Lauby, IPR,
rappelle que "la fascination pour la
technologie ne doit pas l'emporter sur
la recherche du sens de l'éducation à
l'esprit critique". La qualité des
activités présentées atteste que ce
souci a bien été celui des auteurs
malgré la diversité des dispositifs
pédagogiques. Et cet ouvrage, bien
rédigé et d'une lecture agréable,
permet, malgré sa minceur, une réelle
initiation à un usage raisonné
d'Internet en classe en histoire -
géoographie. Il a bien sa place dans les
CDI.
François Jarraud
Gilles Achard, Christian Isard, Bernard
Mlinier, Michel Sauvade, J'enseigne avec
l'Internet en Histoire - Géographie, CRDP
d'Auvergne, septembre 2001, 116 pages,
ISBN 2-86619-241-9
- VEI Enjeux - Soigner la banlieue ?VEI
Enjeux est une publication mensuelle
consacrée à l'intégration. Nous avons
souvent rendu compte de ses numéros. Le
dernier numéro (126) est consacré à la
banlieue et à ses jeunes sous le titre
"Soigner la banlieue". Il est publié à
un moment où le débat sur la sécurité
prend une place centrale dans la vie
politique nationale. Il tombe bien.
Une vingtaine d'articles abordent la
question sous différents éclairages.
Dans un premier article, Françoise
Tétard lit les discours actuels sur les
"sauvageons" au regard de ceux sur les
"arab boys" de Paris au XIXème siècle.
Elle montre les soucis du législateur du
XIXème siècle entre la protection de
l'enfant et celle de la société,
l'invention de la "colonie" à mi-chemin
entre ces deux conceptions. D'où
l'impression de "déjà vu" de certains
discours contemporains.
C'est encore l'histoire qu'évoque
l'article d'Alain Vulbeau : celle des
grands ensembles, construits pour
répondre à des maux de société et
détruits aujourd'hui pour le même motif
! Cet article montre l'invention du
concept de grand ensemble : la cité de
la Muette à Drancy, la cité Rotterdam à
Strasbourg, Marcel Lods, Eugène Baudoin.
Suivent deux articles sur la violence
des jeunes. Les auteurs sont d'accord
pour lui donner sens. C'est la thèse
soutenue par Laurent Mucchielli. La
revue consacre tout une dossier à la
pathologisation de la violence des
cités. : regard des assistants sociaux,
du sociologue (D. Poggi) pour qui la
banlieue est "un indicateur d'évolutions
sociétales à risques", du médecin
généraliste de quartier. Laurence
Lacroix analyse en psychanalyste les
flambées de violence : serait-ce le
passage de la loi du Père à celle du
Frère ?
La dernière partie concerne très
directement le système éducatif : il y
est question de "l'étiquetage contre
démarche éducative". J. Fijalkow fait
l'histoire du discours sur la dyslexie
et analyse la victoire des partisans de
la médicalisation des difficultés de
lecture, alors que, selon lui, "les
difficultés d'écrit renvoient dans la
majorité des cas à des déterminants
sociologiques". A. Mohamed (psychologue)
analyse le rapport des jeunes à leur
double culture. Il justifie les
enseignements de la langue et culture
d'origine présentés comme facteur
d'intégration. On sait qu'à contrario le
Haut Conseil à l'intégration les avait
critiqués. G.Monceau montre les
processus de classification des "jeunes
à problèmes" dans l'éducation nationale
(des CLIS, aux SEGPA? classes relais
etc..
On le voit, malgré la diversité des
auteurs, la revue analyse la violence
des jeunes dans un engagement univoque.
C'est peut-être à la fois son point fort
et son point faible.
Ce numéro intéressera tous les
enseignants confrontés à des "publics
difficiles" et particulièrement ceux
ayant en charge TPE et ECJS. On peut
déjà découvrir le sommaire et quelques
articles à l'adresse :
http://www.cndp.fr/vei/default.asp?page=
/revueVEI/som126.htm
François Jarraud
VEI Enjeux, n°126 septembre 2001,
Soigner la banlieue ?, CNDP, Paris 2001,
216 p.