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Bruno Devauchelle - François Jarraud
- - L'école pour tous : quel avenir ?
VEI Enjeux n°127Le thème de ce nouveau
numéro de VEI Enjeux devrait faire
réfléchir les candidats à la
présidentielle. En effet, dans son
éditorial, Bernard Bier, rédacteur en
chef de VEI Enjeux, a beau jeu de
rappeler que, au moment où les ZEP
"fêtent" leur vingtième anniversaire, de
nombreux jeunes "restent sur la touche"
de l'école républicaine. C'est à la
recherche d'un nouveau projet
républicain que partent les auteurs des
16 articles qui composent ce riche
numéro.
Dans une première partie, nous entrons
dans une analyse de la régulation
scolaire et de sa ségrégation. Ainsi
Agnès Van Zenten revient sur les
caractères de "l'école de la
périphérie". Alors que les parents
pratiquent une stratégie d'évitement de
certains établissements, la relative
autonomie qui leur est accordée est
souvent utilisée pour renforcer la
sélection et le fonctionnement d'un
"marché scolaire". Cela passe, par
exemple, par la création de "classes
protégées" au sein des établissements.
Finalement "ces adaptations contribuent
à renforcer les tensions internes entre
les acteurs de l'éducation au niveau
local". L'auteur appelle donc à
envisager d'autres modes de régulation.
C'est illustré par un article de Laurent
Clavier qui se base sur son vécu
d'enseignant dans un établissement du
93. A travers une analyse savoureuse des
problèmes rencontrés par l'établissement,
il montre comment le souci de "prise en
main " d'un lycée installé dans un
quartier "sensible" aboutit à nier la
cité environnante, à offrir un
enseignement à deux vitesses aux élèves
et à reporter les problèmes sur le
personnel le moins élevé dans la
hiérarchie (voir par exemple comment est
réglé le problème des retards !).
Marie Duru-Bellat donne à la revue un
bien bel article. Partant du constat des
"Héritiers" de Bourdieu, M. Duru-Bellat
montre que la reproduction sociale
résulte largement des stratégies des
familles ("il n'est pas suffisant d'être
un "héritier" pour cheminer sans
encombre"), c'est à dire, en plein, les
choix des milieux privilégiés qui savent
utiliser les "ficelles" du système, en
creux, le peu d'exigence des familles
défavorisées : "pour obtenir une
orientation, il faut avant tout l'avoir
demandée.. cela signifie que
l'autosélection dont font montre les
familles de milieu populaire ne sera pas
corrigée". Aussi , pour l'auteur, faut-il
s'attaquer "aux raisons qui fondent les
comportements des familles plutôt que de
s'efforcer de les contraindre par des
réglementations qui ne sont en fait
appliquées qu'à l'encontre des plus
faibles". Cela passe par une politique
de discrimination positive active en
faveur des établissements en difficulté
et, surtout, par "un discours politique
sur l'école promouvant l'intégration
sociale et culturelle et soulignant...
les coûts sociaux de la marginalisation
de certains groupes". Ce défi aux
politiques sera-t-il relevé ? Il semble
plus commode en période électorale de
tenir un discours sécuritaire...
Et la place des nouvelles pratiques
pédagogiques et des TICE dans tout cela
? Clairement Jean-Yves Rochex (Paris
VIII) les condamnent : "La très large
diffusion des thématiques de
l'épanouissement, du respect des
différences et des rythmes, de
l'expression, du ludique, de
l'autonomie, du projet ne mérite-t-elle
pas d'être interrogée quant à ses ..
effets sociaux ?". Les pédagogies
nouvelles sont accusées d'être
"élitaires" voire de contribuer à "une
dilution de l'exposition à
l'apprentissage". Il nous a semblé
pourtant que l'échec de ces
établissements était aussi l'échec de la
pédagogie traditionnelle. Il est
affligeant de constater que, dans ce
numéro, la pédagogie n'est abordée que
sous l'angle de la défense du
traditionalisme alors que de nombreux
exemples montrent que des établissements
en ZEP améliorent leurs résultats par une
refonte de leurs pratiques pédagogiques.
La dernière partie de la revue est bien
consacrée à "une pédagogie de la
réussite". Ainsi X. Chryssochoou, M.
Picard et M. Pronine démontrent ,
exemples à l'appui, que les
représentations de l'échec scolaire chez
les enseignants peuvent influencer les
résultats des élèves. Cette approche est
intéressante. Mais elle ne rééquilibre
pas un numéro qu'on aurait aimé plus
ouvert sur l'innovation pédagogique.
François Jarraud
L'école pour tous : quel avenir ?, VEI
Enjeux, n°127 décembre 2001, Paris,
CNDP, 231 pages.
http://www.cndp.fr/vei/
- Manifeste pour un débat public sur
l'école, Editions La Découverte - Bruno
DevauchelleLa publication d'un petit
ouvrage intitulé "manifeste pour un
débat sur l'école" par un collectif
animé par Jacques Georges (La
Découverte, Paris, 2002, 124 pages) va
probablement amener la communauté
éducative et au delà tous les gens
intéressés à l'éducation à réagir. Tout
au moins
souhaitons-le car le propos, souvent
rigoureux et appuyé sur des travaux de
recherche, veut éviter de tomber dans le
débat de "café du commerce" (voir page
9).
Les auteurs de ce manifeste ont "la
passion de l'Ecole " (p.7) et souhaitent
que " des débats puissent déboucher sur
des propositions concrètes, et non des
prises de position manichéennes
stéréotypées et finalement stériles... "
(p.8).
Le premier chapitre est consacré à
l'énoncé de " contradictions entre les
principes invoqués et l'action
quotidienne ". Ces propos courageux
tenus de l'intérieur du monde de
l'éducation font un peu écho à des
propos déjà entendus ici où là mais
qu'il convenait de taire si l'on était
du sérail. Le deuxième chapitre vise à
montrer combien l'éducation a du mal à
passer des paroles (mêmes officielles,
le BO par exemple) aux actes. Nous avons
eu l'occasion de l'évoquer à propos du
B2i, et aussi comme les auteurs de ce
document à propos des TPE. Le troisième
chapitre est consacré au métier
d'enseignant et essaie de montrer que si
l'on considère que c'est un métier, il
faut aller vers une conception
professionnelle de la formation initiale
et continue. Le quatrième chapitre est
consacré aux savoirs et à la question
des disciplines et de leur découpage, et
surtout à la notion centrale de socle de
compétence. Le cinquième chapitre nous
permet de comprendre que tout cela est
vain si les examens et plus généralement
l'évaluation n'est pas repensée. En se
penchant sur la fonction de construction
d'un sens social par chacun, les auteurs
posent dans le sixième chapitre la
question du rôle de l'école par rapport
à l'idéal démocratique. Enfin le dernier
chapitre amène à se poser la question de
l'éducation permanente, question qui
invite à inscrire l'école dans la cité
pour en faire l'école de la cité. La
conclusion de cet ouvrage réinvite au
débat de fond. Il appelle aussi bien les
politiques que les professionnels de
l'éducation à repenser le sens de
l'école, pas seulement sur la forme mais
vraiment sur le fond.
En ce qui concerne les TIC, deux pages
retiennent notre attention, ainsi que
quelques passages épars. En premier
lieu, les pages 11 et 12, dans
l'introduction, posent la question des
nouvelles technologies. En effet en
renvoyant dos à dos les protagonistes du
débat sur l'intérêt des TIC à l'école,
les auteurs invitent à la réflexion,
l'observation et l'analyse rigoureuse
des pratiques d'intégration des TIC.
Même si l'on sent le malaise des auteurs
sur la question des TIC, force est de
constater qu'ils on raison d'en appeler
au développement de vrais travaux de
recherche qui couperaient court à de
trop nombreux propos d'évidence qui
entachent le débat.
En effet les TIC sont un excellent
exemple, un révélateur (comme on peut le
constater depuis 20 ans) des errements
des discours. C'est d'ailleurs ce qui
depuis longtemps entache tout discours
sur une éducation aux médias. En effet
comment parler de ces objets nouveaux
qui envahissent le salon avant d'envahir
la salle de classe. Et pourtant avec
l'informatique c'était plutôt bien
parti. On avait commencé en 1970, c'est
à dire bien avant la généralisation de
l'informatique dans le monde du travail
et encore davantage dans la vie
quotidienne et maintenant dans les
foyers. Avec l'audiovisuel, les choses
ont été très vite réglées, cela ne
concernait pas l'école, car la télé
c'est du domaine du loisir. D'ailleurs
ce petit ouvrage ne fait pas allusion à
l'audiovisuel ou seulement de façon
annexe. Comme si les jeunes ne
construisaient pas leur imaginaire
social aussi à l'aide de la télé.
Plus loin dans le texte on trouvera des
appels à la réflexion globale sur
l'école et surtout sur les
apprentissages scolaires au sein de
laquelle on retrouvera ce qui fait de
plus en plus sens autour des TIC en
milieu éducatif : les usages au service
des questions d'apprentissage.
On lira aussi un passage étonnant sur la
place de la technologie dans
l'enseignement, page 79 et 80, en
particulier on observera un plaidoyer,
dont on pourra d'ailleurs largement
discuter tant il semble mettre de coté
le fond même de l'enseignement actuel de
la technologie.
La conclusion de cet ouvrage nous invite
à un débat rigoureux. Saluons la clarté
des auteurs. Ils nous invitent à accéder
aux travaux de recherche avant de
débattre de tout et de n'importe quoi.
Il nous reste à nous définir une éthique
de ce débat afin qu'il soit véritablement
productif et qu'il permette de sortir des
invectives trop souvent entendues sans
arguments autres que d'autorité ou de
souvenir personnel. Les spécialistes des
TICE dans nos établissements sont
questionnés par ce texte, souhaitons
qu'aussi ils y participent.
Bruno Devauchelle
Cepec
Manifeste pour un débat public sur
l'école, Editions La Découverte, Paris
2002, 10 Euro.
Le Manifeste est co-signé par : Jacques
George, Jacky Beillerot, Alain
Berestetsky, Luc Berille, Maurice
Charrier, Gilles Ferry, Claire
Héber-Suffrin, Marc Héber-Suffrin,
Claude Lelièvre, Gilbert Longhi,
Philippe Meirieu, Nicole Mosconi, Claude
Rebaud, Dominique Sénore, Georges
Vigarello, Jean-Luc Villeneuve,
Jean-François Vincent, Thierry Volck,
Jean-Michel Zakhartchouk.
Des extraits du Manifeste se trouvent
sur :
http://www.multimania.com/possible/MANIDE
C.html
[Le Café reviendra plus longuement sur
Le Manifeste dans les jours prochains.]