Bibliographie (Café N° 23)

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- Bruno Devauchelle -

- Quand la vache folle peut aider l’école !

Dans cette rentrée riche en livres souvent polémiques sur l’école, André Giordan nous propose « une autre école pour nos enfants ?» (Delagrave Paris 2002, 251 p.). L’itinéraire de cet enseignant de l’université de Genève (LDES) l’amène à nous proposer un ouvrage accessible, et non pas un texte réservé aux spécialistes, qui devrait permettre à des acteurs de l’enseignement de mener une véritable démarche de réflexion. Le travail de ce chercheur l’a amené à travailler depuis de nombreuses années sur ce que c’est qu’apprendre. En trois partie : « pourquoi apprendre ?, quoi apprendre ?, comment apprendre ? », A. Giordan nous amène à parcourir l’itinéraire auquel tout enseignant se trouve confronté, qu’il le veuille ou non. En effet chaque geste quotidien de l’enseignant lui retourne ces questions essentielles et le risque serait qu’il les ignore.
En premier lieu apprendre est une question « d’humanité », c’est à dire une caractéristique essentielle qui distingue l’être humain de l’être animal. Partant de là on s’aperçoit que l’apprendre est inscrit en deux lieux : l’intérieur même du fonctionnement humain et la totalité de l’environnement de vie de l’humain. Autrement dit, la force, le désir d’apprendre est inscrit fondamentalement dans la dynamique de développement de chaque humain et de plus, toutes les circonstances de la vie sont des objets potentiels d’apprentissages et pas seulement les lieux prévus pour par l’organisation sociale.
En deuxième lieu il suffit d’examiner l’exemple de la vache folle pour comprendre que les objets de l’apprentissages ne sont jamais simples. L’apparente simplicité doit être un appel au questionnement même. En premier lieu il est nécessaire de s’approprier les démarches, en particulier celles qui permettent de passer de l’accés à l’information à une pragmatique. Au delà des savoirs notionnels, certes indispensables il est nécessaire de repérer les concepts organisateurs, développer des attitudes, et des méthodes de travail et aussi de savoir vivre ensemble. Définissant ainsi les objets d’apprentissages nécessaires pour l’être humain nous avons largement dépassé le cadre défini actuellement dans l’école.
En troisième lieu, il est donc nécessaire de dépasser les aperçus traditionnels de l’apprendre scolaire pour bien comprendre que si l’apprendre est déjà dans ses finalités et ses contenus au delà de l’école, on ne peut demander à l’école seule de répondre à ces besoins. Apprendre est donc une question qui dépasse largement le cadre de l’école, mais sans l’ignorer ou la rejeter. C’est pourquoi trois éléments peuvent se révéler essentiels pour l’apprentissage : l’autodidaxie, les studioli et les échanges de savoirs. Ces trois éléments sont basés sur une autre façon d’envisager les programmes, les disciplines et les pédagogies.

Cet ouvrage pourrait paraître à première vue une attaque contre l’école traditionnelle. Il n’en est rien, bien au contraire, André Giordan nous invite à une école beaucoup plus ouverte. On pourrait aussi reprocher à cet ouvrage certaines expressions rapides, parfois trop simples. Il ne faut pas y voir autre chose que le souhait de faire entrer dans le débat le lecteur qui pourra alors se référer aux autres travaux de l’auteur (Apprendre Belin 1998, les origines du savoir avec G de Cecchi, Delachaux et Niestlé 1987 etc…) publiés antérieurement qui permettront de montrer qu’au delà de propos qui peuvent apparaître polémique, c’est une conception de l’école qui est fondée en premier lieu sur « l’apprendre » comme disposition humaine essentielle et constante que chacun de nous doit réfléchir au delà du seul lieu scolaire.

Bruno Devauchelle
Cepec

André Giordan, Une autre école pour nos enfants ?, Delagrave Paris 2002, 251 p.

- Ecrits, cris et chuchotements

En publiant « Parents contre profs » (Fayard 2002) Maurice T. Maschino nous donne en lecture un ouvrage provocateur. Sorte de réponse à des ouvrages parus antérieurement (Philippe Meirieu, « L’école et les parents, la grand explication » Plon 2000, Danie Gayet « C’est la faute aux parents, les familles et l’école » Syros 1999), l’ouvrage se distingue par une modalité réthorique qui ne peut que surprendre. Si l’intention qui consiste à montrer le danger qu’il y a à laisser les parents s’occuper de l’école mérite d’être interrogée, il me semble que le procédé utilisé ne le démontre absolument pas. En effet à partir d’une enquête « journalistique », la prise de témoignages partiels ne peut en aucun cas autoriser une parole aussi péremptoire. Il y a donc un choix dans le mode d’argumentation qui me semble profondément critiquable. Malheureusement, il ne reste au lecteur à la fin de ce livre qu’une seule possibilité : aller voir de plus près sur le terrain ce que le prisme de l’auteur a mis en évidence et comprendre que, probablement, l’intention militante a largement dépassé la rigueur de la démonstration.

Bruno Devauchelle

Cepec

- L'autoformation, un devoir de réflexion

Ne pas connaître le travail de Joffre Dumazedier passera probablement dans les années à venir pour un manque de clairvoyance. Dans « Penser l’autoformation, Société d’aujourd’hui et pratiques d’autoformation » (Chronique sociale 2002) il nous apporte les éléments clés de ses derniers travaux.
Il est nécessaire, indispensable, que l’école se préoccupe de l’autoformation. Ainsi pourrait-on résumer maladroitement l’argument de ce livre. Or il suffit de se pencher sur les écrits antérieurs de M Dumazedier pour comprendre que son propos n’est que la suite logique d’un cheminement de recherche qui a essayé d’éclairer, en particulier à partir de l’analyse de la place prise par le loisir dans notre société, la formidable capacité qu’ont les êtres humains à se former tout au long de la vie. Cependant cette capacité peut être très vite étouffée si l’école ne se rend pas compte qu’elle dispose là d’un outil formidable au service des jeunes, des futurs adultes.
Cet ouvrage qui se divise en deux grandes parties, la première consacrée à la place de l’autoformation dans la société d’aujourd’hui et la deuxième aux textes que J. Dumazedier à rédigés à propos de travaux sur l’autoformation, permet de dresser un aperçu assez large de l’évolution en cours et surtout propose ou plutôt invite à une transformation de la forme scolaire.
Ce propos pourrait paraître militant et il l’est. Car au delà d’une analyse d’un phénomène sur lequel la richesse actuelle des travaux de recherche disponibles montre l’évidence, il y a dans l’autoformation un gisement de possibles à explorer et surtout à valoriser, à développer tant il peut être source de renouvellement pour l’école mais surtout pour l’homme de demain, celui qui est dans nos classes aujourd’hui


Bruno Devauchelle
Cepec

Joffre Dumazedier, Penser l’autoformation, Société d’aujourd’hui et pratiques d’autoformation, Chronique sociale 2002

- Lire la littérature à l'école

Lire la littérature à l'école. Pourquoi et comment conduire cet apprentissage spécifique ? de la GS au CM. Par Catherine Tauveron. Editions : Hatier Pédagogie. 352 p.

Si les ambitions des nouvelles instructions officielles en matière d'enseignement de la langue écrite sont grandes, les documents d'accompagnement qui devraient être mis en ligne sur Eduscol restent très discrets sur ce thème.
A cet égard, le livre de C. Tauveron est donc un outil qui devrait rendre quelque service aux enseignants souhaitant passer des intentions… aux actes.

Lire, c'est forcément complexe, et autant organiser le plus vite possible cette rencontre avec le complexe. Au nom de cette thèse, le livre propose des pistes concrètes pour investir, avec les élèves, le sens profond du texte, produire son (ses) interprétation(s) sans se limiter à la "compréhension" vérifiée par QCM ou questionnaires.

Pour le maître, c'est donc le choix des textes proposés qui est primordial, selon qu'il va (ou non) permettre de travailler les problèmes de compréhension. C. Tauveron revient donc largement sur une typologie des difficultés rencontrées par les élèves, mais aussi sur le décryptage des "brouillages volontaires" que peuvent représenter les procédés stylistiques employés par un auteur.
Parce que lire, c'est "entrer dans la culture" (au sens de Jérôme Bruner), elle n'hésite pas à insister sur la nécessité, pour l'enseignant désireux de "faire lire" ses élèves, d'approfondir son propre rapport avec la littérature, y compris de jeunesse. Un chapitre bien utile précise donc les différentes constructions stylistiques desquelles tout enseignant devrait être imprégné…

La seconde partie de l'ouvrage est tout entière consacrée à l'illustration pratique des principes énoncés : comment "bien lire" un album de jeunesse en sachant y décrypter les sens cachés, comment présenter les textes aux élèves, comment questionner les textes pour aider à "lire entre les lignes"... Une grande place est faite aux lectures "en réseau" (présenter plusieurs livres d'un même auteur, plusieurs textes dérivant du même conte, plusieurs albums traitant du même mythe…) et ainsi favoriser les échanges, oraux et écrits, entre élèves, les déstructurations, mises en tableaux et autres "prélèvements" dans le texte.

Véritable outil théorique autant que pratique, cet ouvrage peut réellement permettre de se lancer. Attention, on n'y cherchera pas de pistes sur l'apprentissage initial de la lecture, même si nombre de situations proposées s'adressent au cycle 2. On aurait évidemment aimé avoir l'avis de l'auteure sur la question…
Il eût sans doute été aussi utile de pouvoir y trouver quelques reproductions des albums cités dans les démarches de travail, sans la connaissance desquels la lecture de certaines démarches sera forcément moins parlante. On n'hésitera donc pas à s'en procurer quelques-uns pour entrer de plain-pied dans la lecture "en réseau".
Les lecteurs intéressés ne manqueront pas de relier cet ouvrage aux différents travaux disponibles sur le site de l'Association Française de la Lecture http://www.lecture.org, notamment les fascicules de "lecture experte" explorant de nombreuses pistes de travail avec les meilleurs albums de littérature de jeunesse.

Patrick Picard

- Livret de suivi de l'élève CDDP du Tarn

Compétences en NTIC. Livret de suivi de l'élève. Michel Lafont. CDDP du Tarn

Une bonne idée : recenser les compétences nécessaires (et même plus…) à un élève à l'Ecole élémentaire, depuis la manipulation de la souris à l'utilisation d'un logiciel de PAO, en passant par la maîtrise du courriel ou l'arborescence d'un disque dur. Le répertoire que publie le CDDP du Tarn est donc tout à fait exhaustif. Un système de codage rationnel tente même de rendre l'outil clair et lisible.
Mais si l'ambition paraît louable, elle ne s'exonère pas des difficultés d'utilisation propre à ce genre d'outil, qui aspire à décortiquer les activités de l'élève en micro-savoirs mesurables : on voit mal comment l'enseignant(e) pourrait avoir renseigner les quelques 250 compétences recensées… pour chaque élève de sa classe.

La principale vocation d'un outil de ce type est sans doute davantage d'être un aide-mémoire à destination de l'enseignant : en remplissant régulièrement un cahier de ce type avec un groupe d'élèves, l'enseignant(e) pourra mesurer le chemin qui reste à parcourir pour maîtriser les outils informatiques, ou imaginer des situations pédagogiques permettant de maîtriser de nouvelles compétences.
Et pour être tout à fait franc, on pourrait imaginer qu'il permettra aussi à l'enseignant… de mesurer sa propre aisance face aux NTIC !

Patrick Picard

- Collection "Fais-moi découvrir"

Collection "Fais-moi découvrir" (Hatier). Cahiers à travailler à thème ("A la mer" ; "A la forêt" ; "A la fête foraine"…). Maternelle (de PS à GS)

Apprendre "comme à l'Ecole". C'est l'ambition affichée par les éditeurs de cette série d'albums qui déclinent lecture, graphisme, jeux, calculs, découverte ou vocabulaire pour tous les niveaux de maternelle.
On espère que les apprentissages scolaires sont plus riches que les situations proposées dans ces cahiers, pas vraiment novatrices, les supports de lecture un peu fades. Reste que de tels outils peuvent être prétexte à de petits moments de complicité autour d'un "travail scolaire" pour les parents inquiets du "suivi scolaire" de leur enfant. C'est sans doute le créneau visé par l'Editeur. Mais ne vaut-il pas leur lire un bon album ou aller faire un tour de vélo ?

Patrick Picard

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