Bibliographie (Café N° 25)

Version imprimable Version imprimable

- Bruno Devauchelle -

- Télévision en maternelle

Lorsque que l'on découvre un regard nouveau sur les enfants qui sont dans les écoles, on est d'abord surpris puis très intéressé. C'est le cas de "Parle petit, la télé t'écoute", cet ouvrage de Françoise Soury-Ligier consacré au rôle de la télévision dans le langage des jeunes enfants à l'école maternelle. Cet ouvrage basé sur des travaux de recherche est particulièrement abordable et met en évidence des situations de classe vécues et illustratives de l'importance que peut prendre la télévision dans l'école. En effet force est de constater qu'avant cinq ans, les enfants ont déjà vu très souvent la télévision et qu'ils ont déjà emmagasiné des heures et des heures d'images. Comment ne pas imaginer, comme le fait l'auteur que plutôt que de s'en abstraire, il conviendrait plutôt d'en profiter pour créer des situations "authentiques" de pratiques langagières. Introduire la télévision dans la classe maternelle pourrait alors être un levier important pour aider les enfants à comprendre les mondes qui les entourent.

Le mérite de ce travail est donc de se pencher, à la suite d'autre chercheurs comme Maguy Chailley, Geneviève Jacquinot ou Dominique Pasquier, sur la télévision grande oubliée de l'éducation prise entre le 7è art très souvent "béatifié" et le multimédia en ligne sur Internet. De plus en s'intéressant aux enfants de maternelle, l'auteur nous invite à réfléchir au quotidien sur ce que l'on peut faire "de" et non pas "contre" la télévision et sa force symbolique. La mise à distance de la télévision peut aussi être considérée comme un acte coupable, dans le sens où il interdit aux enfants d'accéder à des temps de lecture collective critique de celle-ci : et c'est dans ces travaux que l'on voit qu'il est temps que l'école y réfléchisse

Bruno Devauchelle
Cepec

- "Parle petit, la télé t'écoute" de Françoise Soury-Ligier, L'Harmattan 2002.

- Des concepts à approfondir

Pierre-Léonard Harvey et Gilles Lemire publient chez L'Harmattan (Presses universitaires de Laval 2001) un ouvrage intitulé "La nouvelle éducation" et sous titré NTIC, Transdisciplinarité et communautique. Apprendre à connaître, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble et apprendre à aménager l'information et la communication (pilier central) sont les quatre piliers de la nouvelle éducation.

Partant de l'idée qu'une nouvelle éducation transdisciplinaire est en train d'apparaître, les auteurs tentent de mettre en évidence l'intérêt des TIC pour proposer une autre approche des situations d'apprentissages médiatisées. En fait, bien au delà des "tuyaux", les auteurs montrent que c'est un nouveau rapport à l'information qui est proposé à chacun de nous et que nos catégories anciennes fondées sur les médias traditionnels sont en train de se modifier. L'interrogation centrale de ce livre tourne autour de deux notions clés : les réseaux et les communautés. Bien que difficile pour certains passages, cet ouvrage tente d'ouvrir un nouvel espace de débat.
Un livre surprenant et en même temps passionnant car il revisite sous l'angle éducatif des concepts que l'on connait parfois mieux techniquement. De plus ces auteurs introduisent une vision humaine très intéressante dans leur propos.

Bruno Devauchelle
Cepec

- "La nouvelle éducation NTIC, transdisciplinarité et communautique" de P.L. Harvey et G.Lemire L'Harmattan 2002.

- L'apprentissage collaboratif au coeur de la formation à distance

De France Henri et Karin Lundgren-Cayrol un ouvrage initulé : Apprentissage collaboratif à distance et sous titré : Pour comprendre et concevoir les environnements d'apprentissage virtuels. (Presses de l'université du Québec 2002).

Cet ouvrage pose les bases du travail d'apprentissage collaboratif. En effet on parle souvent de mutualisation, de réseau d'échange. Ici, l'auteur nous propose d'y voir plus clair autour de la mise à distance. La particularité de cette approche est d'aborder la question de la collaboration en dehors de la présence physique, à l'aide d'environnements virtuels. En effet l'observation des dispositifs de formations ouvertes et à distance nous a permis de voir que l'effet le plus important de ces mises en situation est le développement de pratiques collaboratives. En essayant d'aborder de façon rigoureuse et précise cette question, les auteurs nous invitent à une attention soutenue sur l'ensemble du dispositif que constitue une formation ouverte et à distance. Au delà des outils, c'est surtout la complexité de la situation qui est mise en "examen". Propos qui invite aussi à une approche plus méthodologique, cet ouvrage rendra service à tous ceux qui veulent dynamiser au mieux les collaborations entre les parties prenantes d'une formation et permettra aussi d'évaluer les dispositifs.

Bruno Devauchelle
Cepec

- "Apprentissage collaboratif à distance, pour comprendre et concevoir les environnement d'apprentissage virtuel" de FF. Henri et Karin Lundgren-Cayrol, Presses de l'université du Québec 2002.

- Bruner nous invite au récit

On ne présente plus Jérome Bruner, tant ses ouvrages font référence dans le monde de la psychologie et de l'apprentissage. Dans "Pourquoi nous racontons nous des histoires ?", (Retz 2002) il nous propose de le suivre dans son exploration de la place des histoires et du récit comme élément essentiel qui structure notre culture. Rompant avec le développement hypertextuel du moment, le récit réintroduit la temporalité, la subjectivité, la séquentialité dans l'action. Comment ne pas voir dans cet ouvrage un appel à nous poser quelques questions sur la place quotidienne du récit ? Nous serions souvent prompts à laisser de coté cette forme narrative, mais elle est tellement ancrée en nous qu'il faut certainement y prêter attention. A travers l'étude des récits de lois, des récits littéraires et des récits autobiographiques, l'auteur nous invite à comprendre que le récit est au coeur de la "construction de soi".

Bruno Devauchelle
Cepec

- "Pourquoi nous racontons nous des histoires" de Jérome Bruner, Retz 2002.

- L'autonomie en chantier

L'autonomie de l'apprenant est un thème repéré par les communautés européennes comme une priorité en éducation. A. Camillieri en coordonnant un ouvrage intitulé "Introduction de l'autonomie de l'apprenant dans la formation des enseignants" nous propose, outre une réflexion, un ensemble d'outils pratiques pour travailler l'autonomie dans la formation des enseignants. Ce tout petit opuscule avait de louables intentions, car l'enjeu est de taille. Mais on sera très déçu par les fiches proposées qui semblent bien modestes en regard de l'objet. Il semble qu'elles auraient pu bénéficier d'un éclairage plus large en particulier sur ce qui est sous jacent à chacun de ces exercices.

Saluons cependant l'intérêt qu'il y a à travailler de façon de plus en plus explicite cette question de l'autonomie des apprenants dont on sait qu'elle est lointaine dans de nombreux lieux d'enseignement et de formation initiale et continue.

Bruno Devauchelle
Cepec

- "Introduction de l'autonomie de l'apprenant dans la formation des enseignants", coordonné par A. Camillieri, Centre européen pour les langues vivantes, Conseil de l'Europe 2002.

- Du coté de la communication, un outil pour les enseignants

Outil pour les formateurs d'enseignants, le "Guide de la communication" de C. Gillequin-Maarek et N Soleilhac est un ouvrage qui semble complet de premier abord. En effet l'ensemble des thèmes de la communication est traité, jusqu'à la communication médiatique. Malheureusement les choix faits par les auteurs à l'intérieur de ces thèmes en font un ouvrage partiel. Par exemple, le chapitre sur les entretiens aurait largement gagné à s'ouvrir à plusieurs formes d'entretien et ne pas se limiter à la seule forme de l'entretien d'examen.

Par ailleurs on pourra aussi discuter de la volonté d'une présentation aussi rationalisante de la communication. Si l'on analyse le chapitre sur la communication par les médias on regrettera que la sociologie des usages n'ait pas été davantage appelée à la rescousse pour faire réfléchir à la question de la réception et de l'usager... Or c'est un courant essentiel qui se développe depuis une vingtaine d'année. L'appel à la PNL (programmation neurolinguistique) et à l'AT (l'analyse transactionnelle) pourra être questionné.

Cet ouvrage très structuré pourrait faire penser que la communication est affaire de technique... il n'en est malheureusement rien... Toutefois on pourra saluer dans cet ouvrage la volonté d'alerter l'ensemble des enseignants et leurs formateurs à l'importance de la communication dans la relation pédagogique. Il serait surement intéressant de compléter cet ouvrage par d'autres antérieurs comme celui de Piveteau et Noyé édités par l'INSEP par exemple

Bruno Devauchelle
Cepec

- "Guide de la communication" de C. Gillequin-Maarek et N Soleilhac, Scérén, CRDP Midi Pyrénées 2002.

- Etre et avoir, quelques réflexions

Le film "Etre et avoir" est déjà un des grands succès de la rentrée. Il interpelle plus directement les enseignants.

L'importance médiatique dans laquelle le film « Etre et Avoir » de Nicolas Philibert est pris m'a soudain effrayé. Pourquoi fallait-il qu'une tempête d'éloge s'abatte sur ces instants que j'avais eu l'impression de partager avec les élèves, l'instituteur et lui et que je voulais garder secrètement pour moi. Il avait voulu montrer des émotions et j'avais été submergé pendant un long moment. C'est vrai que la rentrée scolaire dans les médias trouve avec ce documentaire une matière rêvée pour commenter ce moment important qui scande traditionnellement l'année médiatique.. Et pourtant j'avais été ému, et je ne voulais pas que ça se sache, cette émotion partagée dans l'intimité de la classe et qui dure souvent toute l'année. Puis il y a eu ces débats publics dans lesquels nous voulions tous poser nos questions au réalisateur, comprendre, expliquer, détailler, entendre.

Au calme avec un collègue nous en avons reparlé en essayant de réaliser ce qui se passait dans notre tête, nous qui avions cru comprendre au travers de cet instituteur qu'innover ce n'est pas un spectacle, mais c'est avant tout un état d'esprit, une manière d'être, pas d'avoir. En fait innover ça ne se conjugue pas. Cette impression de déjà vu, d'encore recommencé ne m'avait pas gêné. Dans nos classes aussi il y a ces petits rituels de tous les jours, le tableau qu'on efface, le cartable sur le bureau, le bonjour à chacun. Et pourtant il me semblait qu'on nous cachait quelque chose. C'est comme si la caméra n'avait pas voulu montrer ce qu'on aurait tous voulu voir, qui nous aurait fait si plaisir et qui aurait transformé ces instants d'émotion en un reportage de dimanche soir à la télé.

Dans un de ces débats, il nous a demandés de ne pas chercher à aller voir derrière la caméra. Mais comment avait-il fait pour éviter que la caméra ne nous transforme en voyeurs ? Il avait réussi à ne pas donner aux élèves l'envie de se montrer. Ni inquisiteur, ni complice, l'oeil de la caméra est à la « bonne distance ». Cette bonne distance qu'on cherche tous dans notre classe avec les élèves, si difficile à trouver, Nicolas Philibert nous invite à la rechercher, comme une sorte de quête permanente, un souci constant du respect de l'autre. Enfin il y a ces enfants. Ils me semblent si capables de vie, moi qui désespère parfois dans ma classe. Est-ce la classe unique ? Est-ce l'instituteur ? Ils apprennent à vivre ensemble et ça se voit. Faut-il aller voir dans la classe des autres pour mieux voir les enfants qui sont chaque jour en face de nous ?

J'ai eu si souvent envie de n'avoir que des bons élèves ou au moins tous les mêmes, que j'ai oublié qu'ils peuvent apprendre à vivre avec les différences. Et pourtant ils sont bien comme les enfants qu'on a chaque jour dans nos classes. Il y a eu cette remarque que faisait un vieux monsieur : « votre école me rappelle celle de mon enfance, et pourtant il ne faudrait pas l'idéaliser. » Après tout il n'y a pas de bonne ou de mauvaise école, de bons ou de mauvais enseignants, de bons ou de mauvais élèves. Il y a surtout besoin d'apprendre en permanence à regarder l'autre.

F.Catrin et B.Devauchelle
Cepec

[ Haut ]

Archives de la rubrique Bibliographie :

Café  n°1 - n°2 - n°3 - n°4 - n°5 - n°6 - n°7 - n°8 - n°9 - n°10 - n°11 - n°12 - n°13 - n°14 - n°15 - n°16 - n°17 - n°18 - n°19 - n°20 - n°21 - n°22 - n°23 - n°24 - n°25 - n°26 - n°27 - n°28 - n°29 - n°30 - n°31 - n°32 - n°33 - n°34 - n°35 - n°36 - n°37 - n°38 - n°39 - n°40 - n°41 - n°42 - n°43 - n°44 - n°45 - n°46 - n°47 - n°48 - n°49 - n°50 - n°51 - n°52 - n°53 - n°54 - n°55 - n°56 - n°57 - n°58 - n°59 - n°60 - n°61 - n°62 - n°63 - n°64 - n°65 - n°66 - n°67 - n°68 - n°69 - n°70 - n°71 - n°72 - n°73 - n°74 - n°75 - n°76 - n°77 - n°78 -

 
  La rubrique Bibliographie dans les archives :
 • Les dernières éditions du Café :
n°74 - n°75 - n°76 - n°77 - n°78
 • Les archives complètes


 • Envoyer une info
 • Nous écrire


 • S'abonner à cette rubrique
 • Nous connaître
 • Nous aider
 • Version imprimable