Bibliographie (Café N° 28)

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- Bruno Devauchelle - François Jarraud -Roland Petit

- Des publications pour mieux démarrer 2003

Pour ce dernier numéro de l'année 2002, cinq parutions nous ont amené à rédiger ces quelques lignes de présentation.

Sous la direction de Jérome Bourdon et Jean Michel Frodon, "l'oeil critique, le journaliste critique de télévision" (de boeck Bruxelles 2003). Cet ouvrage peut sembler lointain des préoccupations du pédagogue et pourtant il risque de s'avérer essentiel pour tous ceux qui veulent vraiment travailler l'image dans leur classe. En essayant d'expliquer le travail du journalisme critique de télévision les auteurs rassemblés dans ce livre nous permettent de comprendre la difficulté de la critique de télévision, ses partis pris et ses enjeux. Pour tous les enseignants lecteurs de ces critiques (le Monde, Télérama, le Figaro etc...) cet ouvrage permettra de prendre la mesure de ce qu'est ce travail, de ses démarches et ainsi de pouvoir aller au delà de ces mêmes critiques lues parfois sans discernement. Initier des élèves à la critique c'est aussi comprendre ceux qui en font métier. Voilà une véritable occasion de s'y mettre, surtout au moment où la télévision est attaquée pour ses effets....

Michel Arnaud et Jacques Perriault "Les espaces publics d'accès à Internet" (education et formation Puf Paris 2002)
Cet ouvrage a le mérite d'aborder un problème important : que fait-on réellement dans les espaces publics d'accès à Internet ? En fait derrière cette question se pose un problème essentiel : suffit-il d'équiper et d'initier ? A cette question les auteurs répondent clairement non. De fait réduire la fracture numérique ne se réduit pas à une manipulation technique mais bien à des usages sociaux. Or là les choses sont difficiles, d'abord à cause de la labilité des politiques publiques, d'une part, et à l'incertitude dans laquelle évoluent ceux qui ont en charge l'accompagnement des usagers. Savoir répondre à des besoins réels et apporter quelque chose d'utile aux personnes qui abordent Internet est essentiel pour assurer la pérénité des compétences. On s'est souvent satisfait à l'école comme en dehors des chiffres des installations, mais encore trop peu des usages réels. On pourrait se satisfaire d'un nombre de PIM (Permis informatique et multimédia) distribués. Là encore cela est nettement insuffisant. Il faut rendre possible un usage intégré à des modes de vie, c'est alors que ces espaces deviennent pertinents, encore faut-il que les décisions politiques aillent jusque là!

Marie Duru-Bellat, "les inégalités sociales, génèse et mythes (education et formation Puf Paris, 2002)
Deux phrases caractérisent bien cet ouvrage : "si les enjeux de l'éducation sont définis exclusivement en termes de productivité économique ou de mobilité sociale, il n'est pas certain que les politiques d'expansion continue des systèmes éducatifs soient justifiéesn sous leur forme actuelle dans les pays dévéloppés du moins. Mais on peut appréhender de manière sensiblement différente la contribution du système éducatif à la justice prévalent dans la sociét, comme y invietnt la philosophie politique et les théories de la justice. Ainsi, plutôt que de se focaliser sur le rôle de l'école en matière de mobilité sociale, (...) on pourrait s'intéresser davantage à l'égalité des expériences scolaires ou à une égalité de résultat définie comme l'atteinte par tous d'un niveau minimum commun dont la valeur serait intrinsèque et non distinctive".

En d'autres termes, cet ouvrage arrive à point nommé dans le débat sur le collège unique. Marie Duru Bella dont l'approche analytique et quantitative est le point d'entrée nous permet de dépasser les querelles de surface et nous invite à la rigueur. Pas seulement celle des chiffres, mais surtout celle du projet réel de l'éducation qui au delà de simple chiffre sait que chaque individu est une trajectoire originale qu'il convient de ne jamais réduire aux seuls regards macro sociologiques, mais plutôt de mettre en évidence en relief de ce regard. Un relief qui peut sembler parfois très inquiétant en ce moment !


Philippe Meirieu "Repères pour un monde sans repères" (Desclée de Brouwer Paris 2002)
Saluons dans cet ouvrage le courage simple de nous rappeler à nous adultes, nos responsabilités. Et pas n'importe quelle responsabilité, celle d'éduquer. Car au travers des exigences exprimées à la fin de l'ouvrage c'est d'éducation qu'il s'agit. Par la mise en perspective de chroniques du "quotidien" parues dans La Vie, l'auteur invite le lecteur a faire du lien entre la vie de tous les jours et le sens que l'on peut y lire en matière d'éducation. Cet ouvrage qui s'adresse à tous les acteurs de l'éducation, et pas seulement à l'école nous amène aussi à considérer que l'acte d'éducation est d'autant plus difficile aujourd'hui qu'il est plus facile de tenir de grands discours et de jeter des jugements dans les médias que de s'engager dans une "analyse de pratiques" révélatrice du sens. Ce sens que souvent nous oublions d'y voir pour mieux écouter les "nouveaux maîtres à penser". Philippe Meirieu réussit à se dégager de cette posture dans laquelle nombre de ses adversaires ont tenté de l'enfermer. Cet ouvrage est accessible à tous ceux qui pensent qu'éduquer est avant tout affaire de quotidien réfléchi.


Le numéro 6 de Médiamorphoses avec comme dosier principal "Quand les images rencontrent le numérique" (INA Novembre 2002). Numéro paradoxal qui s'ouvre sur une confrontation entre chercheurs sur la question "télévision média de la parole" et qui se poursuit sur la question de l'image numérique. Comme si, sans le faire exprès, cette revue avait mis en scène dans ce 6è numéro les deux extrèmités de l'audiovisuel renforçant ainsi la question. L'émergence de l'image numérique serait-elle l'annonce de la diminution de la place de l'oral, de la parole ? Comme si tout ce mouvement n'était que le signal d'une société dans laquelle la parole est en lutte contre l'image. En tout cas des question à explorer à partir de la lecture de ce numéro.

- Cédérom L'actualité en revues

Le CRDP de Montpellier nous a habitué à de bons outils de documentation. Ce cédérom ne faillit pas. Il nous permet de disposer sur un simple disque de silicium de milliers d'articles, à savoir : les numéros des revues "Problèmes économiques", "Problèmes politiques et sociaux", "Regards sur l'actualité" de janvier 1998 à décembre 2001 ainsi que les "Cahiers français" de janvier 1998 à décembre 2000. Ce sont bien 4 années d'informations couvrant l'économie, les problèmes de société, la vie politique dans le monde qui sont ainsi accessibles.

Le cédérom dispose d'un outil de recherche à la fois puissant et très simple d'emploi qui nous semble amélioré par rapport aux autres cédéroms du CRDP. Les élèves arrivent très rapidement à l'utiliser. Il permet une recherche par expressions, par thèmes, par revue. ou.. le cumul des trois. Les fonctions d'édition sont également très complètes. L'élève peut sauvegarder l'article en HTML ou au format Word. Il dispose d'un calepin où ranger des signets personnels. La navigation entre les articles a été réfléchie : accès au document parent, aux articles du même numéro etc.

Ce cédérom rendra de grands services en ECJS où il constituera une source d'information remarquable. Il sera également précieux pour les cours de SES ou de géographie. Il est tout autant indispensable au CDI où il permet d'exploiter de façon fine, avec un gain de temps remarquable, les revues de la Documentation française.

Nous en recommandons vivement l'achat

François Jarraud

L'actualité en revues
Cédérom du CRDP de Languedoc-Roussillon & La Documentation française
Nécessite un compatible PC avec Windows 98, 2000, Me, NT ou XP.
Le CRDP propose également un abonnement aux mises à jour annuelles.

http://www.ac-montpellier.fr/crdp/servic es/prod/DF/cddf.html

- Edidoc Géographie

Comment faire faire des cartes aux collégiens ? Et de quelles cartes ont-ils besoin ? Ce sont ces questions qui ont du guider les auteurs du cédérom Edidoc Géographie. Ils nous proposent un logiciel sans prétention mais censé coller aux pratiques de terrain.

Avec ce logiciel, les élèves et l'enseignant peuvent réaliser rapidement une carte de la répartition de la population en France, d'une région française ou d'un phénomène mondial. Il suffit de sélectionner d'un clic rapide les éléments que l'on veut représenter.

Ainsi l'enseignant peut imprimer chez soi des cartes muettes ou légendées des grands thèmes du programme. L'élève peut réaliser en classe le même travail. Un certain nombre de croquis (pyramides des âges, cycle de l'eau etc.) complètent ces cartes dans le même esprit.

Evidemment, la démarche est des plus simple. Il ne faut pas chercher dans ce cédérom d'apprentissage de la discrétisation ou du croquis, ou de réflexion sur les choix de représentation. Inutile aussi d'y chercher une signalétique inteligente, voire des cartes orientées...

L'outil est simple. Il correspond à une approche traditionnelle de la géographie et de la cartographie, celle qui préfère la carte du calendrier des Postes aux productions Reclus.

Cependant il pourra rendre service, par sa simplicité même, en classe ou à la maison, de l'école aux toutes premières années du collège.

François Jarraud

Edidoc Géographie, édition SMS, 91 Villejust.

F. Dubet : Le déclin de l'institution
Vie et mort de l'institution (au sens général) ? Quid de l'institution scolaire ?

L'idée d'institution serait elle en déclin, comme le prétend François Dubet dans son dernier livre ? Il creuse là un sillon sociologique plus austère que celui de l'analyse de l'école que l'on connaît (1) et continue et clôt ( ?) un triptyque qui représente son oeuvre (2).

Selon la définition du concept que l'on met " en entrée " de son analyse, on trouve une analyse ou une autre. Autrement dit, on peut interroger utilement le concept d'institution devant l'analyse de Dubet. Ce dernier réunit des groupes de travail et lie analyse et réparation des difficultés... chacun de ces livres est un récit de la manière dont il rend les acteurs institutionnels ethnologues de leur propre pratique et analystes de leur pratique dans l'institution. On n'est pas dans les indicateurs statistiques (3) à la Bourdieu. " L'acteur est le système (4). "

Dans ce livre, Dubet assigne un sens simple et efficace, restreint au concept d'institution : plutôt l'idée d'institution, avant tout un " programme institutionnel ", programme pris dans un sens biologique : au départ, des valeurs perçues comme universelles forment les individus, ces individus ayant intégrés à la fois ces valeurs et la façon dont elles ont été mises en place dans la société font fonctionner les institutions. L'individu devient sujet, à la fois conforme, adapté, et capable de critique, de " dissidence ". Ce programme implique, c'est-à-dire assure (en aval) et suppose (en amont) une certaine cohérence de la société. De par l'aspect universel des valeurs, l'institution est liée à l'Etat et a pour objet principal le " travail sur autrui ". Ce programme institutionnel ne fonctionne plus vraiment. Que faut-il en garder, pour rester dans une société démocratique vivable ?

Cette unité de la société créée par le programme institutionnel et qui lui est nécessaire en préalable s'est éclatée en des ensembles plus nombreux et contradictoires dans lesquels les acteurs sociaux ne savent plus où prendre leurs repères. La multiplicité des objectifs, l'enchevêtrement des demandes sociales, la multiplicité des classes sociales, les réseaux, le flux continuel d'informations, la force des appartenances identitaires constituent la société en une mosaïque de tribus, ce qui fractionne aussi les individus. Chacun doit se constituer sa propre boussole. Le miracle de la subjectivation des individus conjointe avec leur socialisation, cet ancien pacte est caduc. Le programme institutionnel n'est plus la constitution de la société : les individus entendent bien faire entendre leurs droits personnels contre la contrainte collective.

Ce déclin de l'institution s'apparente, on le voit à la perte des grands récits, mais François Dubet préfère parler de modernité tardive, plutôt que de post-modernité. Les subjectivités s'échauffent les unes contre les autres : " les professionnels pensent que les élèves, les malades et les " clients " les menacent ; les élèves, les malades et les " clients " pensent que les professionnels les méprisent. "

Chaque institution a sa façon de recevoir ce déclin, d'y participer et de réagir : l'école n'est plus un sanctuaire. L'école primaire s'en sort plutôt bien, elle a un vieux socle républicain, une participation fondamentale à la création de la République, n'est pas trop atteinte et accompagne bien le mouvement. Le secondaire en est plus affligé. Le débat tourne beaucoup autour du regret de cette période bénie où le programme institutionnel fonctionnait bien. La massification bouleverse le métier. La compétence disciplinaire est insuffisante, il y faut rajouter de la pédagogie... les professeurs doivent motiver les élèves, créer les conditions pour faire cours. Les travailleurs sociaux, les médiateurs sont touchés aussi par cette perte du programme institutionnel. Pour les infirmières (5), la relation au malade s'estompe et est remplacée par une technicité des gestes à accomplir. En même temps, le malade, comme partout devient un usager, consumériste, et sa souffrance est reconnue, ce qui augmente la " bureaucratie ", l'information sur les soins, la trace des actes médicaux... Les infirmières n'ont pas la nostalgie, comme les professeurs, d'un âge d'or, cependant elles se sentent en crise, en manque de reconnaissance...

Il est plus difficile de dire comment traiter cette nouvelle forme de socialité. Cela appartient à l'avenir, à une longue suite de décisions et d'actions qui feront la plus ou moins grande maîtrise de cette évolution. Le travail de socialisation continue dans ces formes d'actions plus éclatées. L'hypothèse de François Dubet est qu'il repose sur un principe d'homologie des expériences du professionnel et du socialisé, le travail sur autrui est devenu un travail comme les autres, moins soumis à la " vocation " qu'à la technicité. Il faut peut-être bâtir des institutions démocratiques de petite taille, fondées sur un métier reconnu, en évitant trois voies sans issues : le retour de l'autorité, (c'est la tendance de notre nouveau gouvernement), le libéralisme, et le droit. La dernière page du livre, métaphorique, nous invite " à faire de la musique ensemble tout en restant soi-même ", et à opter plutôt pour les petites formations de jazz que pour les grands orchestres symphoniques.

On pourrait voir dans ce déclin l'accomplissement du destin des institutions ou encore leur extension à tous les domaines de la singularité, le déclin comme déclinaison, éparpillement, répartition, percolation... et en même temps cette perte d'intensité est une dilution, et l'idée du programme institutionnel s'est glissé dans tous les interstices de la vie privée. Goffman (6) voyait dans les " institutions totales " un état maximal de l'institution, un but et un modèle pour elles, englobant les individus au point de nier leur singularité. La société en serait en un état inverse dans lequel chaque personne se sent en contrat synallagmatique pour employer le vocabulaire juridique avec des " structures ", le modèle devenant la négociation, le commerce, même au sens classique de ce mot que l'on trouve dans Molière par exemple. D'où le Libéralisme, la mondialisation libérale... comme objet des nouvelles luttes.

Roland Petit

François Dubet, Le Déclin de l'institution , coll. "l'Epreuve des faits", Seuil.


Notes :
1- L'hypocrisie scolaire, Pour un collège enfin démocratique avec Duru-Bellat Seuil 2000
2- " sociologie de l'expérience " Seuil 1984 et " Dans quelle société vivons-nous ? " avec Danilo Martucelli Seuil 1998
3- René Lourau L'état-inconscient Editions de minuit " des indicateurs aux analyseurs "
4- François Dubet Sociologie de l'expérience Seuil 1994 (de p 21 à p 50)
5- Anne Perrault-Solivères, Infirmières. Le savoir de la nuit. Le Monde PUF 2001 " L'hôpital institue le malade et la maladie... "
6- Goffman Asiles (1961) Editions de Minuit 1968

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