Bibliographie (Café N° 36)

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- Bruno Devauchelle, Jacques Nimier, Caroline d'Atabekian -

- Éduquer pour l’ère planétaire

Éduquer pour l’ère planétaire, Edgar Morin, Raùl Motta, Emilio-Roger Cuirana, éd. Balland, mai 2003.


Ce qui est surprenant dans ce dernier livre signé Edgar Morin, c’est l’inadéquation du titre : s’il est largement question de la mondialisation, en revanche les rares considérations sur l’éducation elle-même, question qui pourtant prétend justifier l’ouvrage, apparaissent de manière très clairsemée sur le début et sur la fin. On le savait depuis La Tête bien faite et Les sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur : Edgar Morin se répète, ce qui n’enlève rien au monument que constitue La Méthode. Mais la nouveauté, c’est que ce n’est plus lui qui se répète : en effet, s’il signe la préface de l’ouvrage, on reconnaît davantage dans le reste du texte les avatars de La Méthode que son propre style. La pensée complexe a fait des émules, et les auteurs, s’ils n’ont pas toujours la verve du maître, promettent longue vie à son oeuvre.
Trois parties très distinctes composent l’ouvrage : la première, intitulée justement « La Méthode », fait l’éloge de l’erreur dans le chemin vers la connaissance ; décidément rien de très nouveau depuis Philippe Meirieu et Jean-Pierre Astolfi, mais avec le charme des formules moriniennes (qui se cite lui-même en l’occurrence !) : « La plus grande erreur serait de sous estimer le problème de l’erreur ». Ce n’est pas encore dans la seconde partie que l’on découvrira du nouveau, puisque celle-ci est une vaste tentative de (re)définition de la pensée complexe, ou le fait « d’assumer rationnellement le caractère inséparable de notions contradictoires pour concevoir un même phénomène complexe ». Quant à la dernière partie, elle consiste en un long historique montrant comment, en cinq siècles, depuis la découverte de l’Amérique, nous avons vécu « l’âge de fer » de la mondialisation, pour en arriver depuis les années 1990 à « l’ère de la planétisation », terme qu’il préfère pour désigner ce qui advient de « toute l’humanité errante, située sur une petite planète perdue dans une banlieue du cosmos ».
En matière d’éducation, on retiendra que la complexité est une méthode d’enseignement ou d'apprentissage qui, intégrant l’incertitude dans son cheminement, doit permettre de « lutter contre l’absolutisme et le dogmatisme déguisés en savoir véritable » et de « sortir de l’état de désarticulation et de fragmentation du savoir contemporain ».
Bref, un livre un peu dépassé qui n’a pas su récupérer même un sujet aussi actuel que la mondialisation. Mais on est toujours sensible au charme du système de la pensée complexe et à ses formules, et l’on n’oublie pas que, descendue de l’acropole de La Méthode, elle est arrivée jusqu’à nos établissements sous la forme du fameux « décloisonnement ».


Caroline d'Atabekian

- Cultural studies ?

Armand Mattelart et Erik Neveu, Introduction aux "cultural studies" La découverte repères 2003

Le courant des "cultural studies" ressemble à l'émergence de l'humain dans une société technocentrée. Ce mouvement d'origine britannique, voit aujourd'hui son importance et ses enseignements sous les feux de l'actualité avec la question de la mondialisation et de la globalisation. Ce mouvement de recherche s'incarne en France sous le courant de la sociologie des usages, lié, partiellement au champ des sciences de l'information et de la communication. Car c'est bien des médias que sont apparues les questions actuelles, alors qu'auparavant elles émergaient de la condition ouvrière et de ses difficultés à survivre. Parlons plutôt d'études en réception pour qualifier dans un premier temps, pour ensuite aller plus vers les usages, c'est à dire tout ce qui fait le fondement du culturel. Car finalement c'est parce que la construction de la culture n'est pas le fait "d'émetteurs" mais bien de "récepteurs" que la question se pose.
Toutefois les auteurs de cet ouvrage nous rappellent que cette approche en recherche d'un objet aussi fin ne doit pas faire oublier la dimension politique au sein de laquelle elle s'inscrit. Car il y a aussi des possibilités d'engagement dans ces "cultural studies",que le chercheur peut rejoindre. Quant à l'enseignant, il verra dans ce petit ouvrage un outil pour mieux comprendre une évolution des façons de penser la culture, en particulier sous l'effet des médias.

Bruno Devauchelle
Cepec

- Lecture écriture : objet de recherche avec écran !

Emmanuel Souchier, Yves Jeanneret, Joelle le Marec (sous la dir de) Lire écrire, récrire, Objets signes et pratiques des médias informatisés Bibliothèque publique d'information (centre Pompidou) 2003


Diffuser les travaux de recherche est toujours un travail délicat. S'attacher à la question de la lecture et de l'écriture est aujourd'hui entrer dans la tempête médiatique. En s'en tenant aux travaux de recherche, les auteurs de cet ouvrage ont su montrer comment cette question des usagers des médias nouveaux face à la lecture est centrale et mérite qu'on l'approfondisse. Quatre recherches sont présentées ici : l'une sur les "trace d'usage" du site Gallica de la bibliothèque nationale, la deuxième porte sur la nouvelle forme du texte à l'écran dans la continuité de la lecture en général, la troisième porte sur l'écrit par le réseau et en réseau au travers de l'analyse du couple dispositif/technique et la quatrième porte sur le coté composite des nouvelles bibliothèques (ici celle de l'ENS) au sein de laquelle des outils, dont l'écran fait partie.
Ce travail de recherche peut sembler peu accessible aux néophites. Toutefois, il apporte des éléments de compréhension d'une question centrale pour l'avenir de l'éducation : que fait-on des écrans qui nous entourent quand il s'agit de lire ? Sans prétendre apporter des réponses, il apporte des éclairages intéressants pour nous aider à analyser le monde qui nous entoure. En lien avec le mouvement actuel de la sociologie des usages, cet ouvrage démontre une nouvelle fois que les technologies n'existent que par leur insertion dans un contexte qui lui même est complexe par nature.


Bruno Devauchelle
Cepec

- Sociologie de la communication et des médias, un outil de référence

Eric Maigret, Sociologie de la communication et des médias, Armand Colin 2003


Le monde des sciences de l'information et de la communication prend de plus en plus d'importance dans notre société. Les ouvrages se multiplient. Pour se repérer quelques ouvrages tentent de propose de clarifier les courants et les objets de travail. Ainsi cette sociologie de la communication et des médias propose-t-elle de faire un chemin dans les travaux des chercheurs et nous ouvrir à une réflexion sur le lien entre les médias et les individus au sein d'une société mondiale traversée par des courants antagonistes au sein desquels chacun de nous est invité à être acteur.
On retrouvera dans cet ouvrage trois parties principales : la première sur la mise de coté de la question des effets des médias, la deuxième partie sur le passage de la production à la réception et la troisième sur les dernières questions et tendances et en particuleir sur les questions posées par Internet.
Ce livre permettra de situer le questionnement sur les médias au travers une visite des grands courants de recherche et permettra de mieux comprendre les enjeux actuels. L'enseignant pourra utiliser cet ouvrage pour disposer de points de repères dans une production parfois divergentes et riche

Bruno Devauchelle
Cepec

- Crise des enseignants et nouveaux métiers

Jean Pierre Astolfi (sous la dir de) Education et formation, nouvelles questions nouveaux métiers, ESF 2003

Publier en ce moment un ouvrage sur les nouveaux métiers liés aux nouvelles questions pourrait ressembler à une provocation concernant l'enseignement. Et pourtant les textes rassemblés dans cet ouvrage sont d'une grande richesse et permettront aux enseignants de développer une vision prospective qui semble faire cruellement défaut. Les termes identités et compétences mis en écho sont au centre de ces écrits multiples du laboratoire CIVIC de l'université de Rouen (Centre interdisciplinaire de recherche sur les valeurs, les idées, les identités, et les compétences en éducation et formation".
Dans cet ouvrage on trouvera plus particulièrement (entre autres) des chapitres sur les nouvelles technologies en éducation (Jacques Wallet) sur le français au collège, la question des enseignants documentalistes, la philosophie, l'évaluation et la médiation.
Deux relectures des articles sont proposées, l'une par Jean Houssaye par Jean Houssaye qui constate l'impossible basculement entre enseigner et apprendre, comme si les enseignants résistaient, refusaient l'apprendre, (d'apprendre ?). L'autre lecture de Philippe Perrenoud est celle d'un spécialiste (énoncé comme tel par Jean Houssaye) de la question de l'identité professionnelle enseignante. D'ailleurs c'est cette question de spécialité que note Perrenoud. On irait vers un univers scolaire peuplé de spécialistes qui viendraient se substituer, partiellement aux enseignants. Ce courant est déjà engagé dans de nombreux domaines, d'où une difficulté à ne pas être tenté de se défausser sur ce spécialiste. l'exemple des TIC est flagrant : il suffit de voir la place prise par les ex-emplois-jeunes dans les écoles ou des jeunes docteurs dans les IUFm pour comprendre ce mécanisme...
Ce livre pourra certainement constituer une bonne lecture pour ceux qui attendent le début des manifestations ou ceux qui attendent le début des vacances, ils sont tous concernés


Bruno Devauchelle
Cepec

- Je me souviens... de mes débuts d'enseignant. Recueil de témoignages (1947-1992). Coordonné par Annie Burger-Roussenac. Préface de Mona Ozouf. CRDP Académie de Créteil (2003)

Ce livre est composé de témoignages écrits par des enseignants de disciplines et catégories variées, avec une majorité d'historiens.
La consigne donnée était "Racontez-moi en cinq à dix pages, comment, à vos débuts, vous êtes devenu(e) professeur, les difficultés que vous avez eu à surmonter, les problèmes que vous avez rencontrés, les erreurs que, rétrospectivement, vous pensez avoir commises".

Ce qui m'a frappé, dès l'abord, c'est la diversité des situations, du professeur nommé dans plusieurs pays à celui qui reste toute son existence dans le même lieu, de celui qui est centré sur ses élèves à celui qui trouve son plaisir dans sa discipline. Ce qui montre combien il est difficile de parler " des enseignants " en général ! Tous paraissent très impliqués dans leur travail. Pour tous également les changements d'établissement sont des ponctuations dans leur existence ; elles marquent les étapes de leur vie et leur façon de faire la classe.

Ce livre est également intéressant dans la mesure où il illustre le passage du " professeur artiste " au professeur considérant son travail comme une " profession ". Dans un premier groupe les témoignages sont ceux d'enseignants n'ayant eu aucune formation autre que celle du CPR ou de l'Ecole Normale. Peu en gardent un souvenir utile (autrement dit , pas de différence avec ce qu'on entend dire souvent de la formation en IUFM !). Peu également ont trouvé de l'aide auprès des collègues. La majorité situent l'origine de leur " vocation " dans des raisons familiales ou dans une identification à un enseignant rencontré quand ils étaient jeunes. C'est du reste pour cela qu'ils considèrent l'essentiel de la formation dans une identification à un Maître, elle se construit par l'expérience solitaire et du temps.

Dans un autre groupe, minoritaire, les enseignants disent avoir reçu de l'aide par des expériences différentes de celles acquises dans l'enseignement proprement dit : animation de colonies de vacances, formations d'adultes, autre métier dans le privé...

Les méthodes pédagogiques paraissent également en évolution ; il y a des enseignants centrés sur la confection de leur cours et d'autres qui mettent en place des expériences pédagogiques dans lesquelles les élèves sont les principaux acteurs : on y perçoit tout un changement de la conception de la transmission des connaissances.

Ce livre me paraît un bon reflet de la mutation de cette profession enseignante. Il permet de comprendre combien peut être difficile la reconstruction d'une " identité professionnelle " qui permettrait aux enseignants de se sentir de nouveau " reconnus ". On y voit également à quel point les enseignants investissent leur métier et donc comment cette mutation, loin de toucher seulement des modalités de son exercice, les touche dans le plus profond de leur être.
Un livre à lire pour comprendre les questions actuelles.

Jacques Nimier

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