Bibliographie (Café N° 38)

Version imprimable Version imprimable

- Serge Pouts-Lajus, Florence Brochery, François Jarraud -

- Marie Duru-Bellat, Les inégalités sociales à l'école

Pour la sociologie de l'éducation, la question des inégalités sociales, des effets que celles-ci exercent sur l'éducation et des mécanismes par lesquels l'école les entretient ou les corrige, est une question centrale. On peut même se demander si elle ne serait pas l'unique question vers laquelle convergeraient tous les travaux des sociologues français de l'éducation depuis trente ans. Cette position unique est fermement balisée par le modèle de la reproduction de Pierre Bourdieu et Jean-Luc Passeron dont la réfutation par Raymond Boudon, peu connue, refait aujourd'hui surface, en particulier grâce à Marie Duru-Bellat qui s'efforce, avec ce livre, de réhabiliter les analyses de Boudon tout en signalant, sans parti pris, les obstacles sur lesquels la théorie de la reproduction bute.

Dans les deux derniers chapitres, elle propose un modèle dans lequel l'école (E) intervient comme un élément, important certes mais un élément seulement, de la boucle des trajectoires sociales qui mène les individus de leur origine (O) à leur destinée (D). Cette approche la conduit à suggérer que la place de E dans la boucle O-D devrait être relativisée : le système éducatif, s'il participe à la production des inégalités et des destinées sociales, ne le fait que de manière ponctuelle, comme un maillon dont l'importance a peut-être été surestimée, notamment par le modèle de la reproduction qui en a fait l'instrument unique de la distribution sociale.

Pour parvenir à cette conclusion en forme de doute, Marie Duru-Bellat met tout le poids de son expérience dans la balance. À la tête de l'IREDU (Institut de Recherche sur l'économie de l'éducation, Dijon), elle a conduit et encadré de nombreux travaux scientifiques dont elle mobilise les résultats pour analyser la genèse des inégalités sociales à l'école et questionner ses mythes.
Dans sa conclusion, Marie Duru-Bellat en appelle à une nouvelle génération de recherches qui accepteraient de " verser dans l'ingénierie éducative en évaluant l'influence des différentes réformes ou dispositifs pédagogiques susceptibles de réduire les inégalités spécifiquement scolaires. " Les méthodes habituelles des sociologues, fondées sur le paramétrage quantifiable des situations étudiées et l'application de modèles multivariés ont en effet tendance à traiter la mécanique scolaire comme une boîte noire et à donner à l'analyse des paramètres d'entrée et de sortie une place prépondérante. Pour que les sociologues puissent prétendre à une autre utilité que celle de révélateurs de situations sociales données, ils devront accepter de reconsidérer à la fois leurs méthodes et leur position critique.

Prenons un exemple qui nous intéresse, celui de l'accompagnement à la scolarité, consistant à apporter aux enfants qui en ont besoin et en manifestent le désir un soutien individuel ou en petit groupe dans leur travail personnel. Cette composante de l'activité normale d'un élève est, à partir du collège, fortement tributaire du contexte familial dont les sociologues de l'éducation nous disent qu'il joue un rôle majeur pour la réussite scolaire. On est donc en droit d'attendre une contribution importante de leur part sur ce thème. Il n'en est rien. L'accompagnement à la scolarité n'occupe qu'une page (128-129) dans le livre de Marie Duru-Bellat et ne se réfère qu'aux travaux récents d'une jeune chercheuse de l'IREDU (Céline Piquée). Pourquoi un aussi faible intérêt ? Risquons une hypothèse : les sociologues de l'éducation, très dépendants de la commande publique, ont concentré leur attention sur le fonctionnement de l'institution scolaire. Or, les pratiques institutionnelles de discrimination positive sont, en France, rares, récentes et sujettes à discussion (par exemple, les ZEP). De plus, l'accompagnement à la scolarité se déroule principalement en dehors de l'institution : cours particuliers pour les familles les plus à l'aise, divers services apportés par des associations pour les autres.
Mais c'est surtout l'analyse proposée qui surprend : " Ces dispositifs eux-mêmes sont parfois générateurs d'inégalités. Quelles que soient la générosité des intentions ou l'ingéniosité pédagogique qui ont prévalu à leur mise en œuvre, il est fréquent de constater que les élèves qui en 'bénéficient' progressent moins que ceux qui, à niveau identique, n'en ont pas 'bénéficié'. " Les guillemets permettent à l'auteure de préciser que le bénéfice promis par l'accompagnement à la scolarité n'en est donc pas un puisqu'il se transforme, statistiquement, en désavantage.

Lorsqu'un constat heurte à ce point le sens commun, il devrait, nous semble-t-il, être davantage étayé et justifié qu'il ne l'est ici. Le recours à des données quantifiées et au traitement statistique ne garantissent pas la vérité des résultats produits. Les dispositifs d'accompagnement à la scolarité sont si divers que l'analyse de type boîte noire ne peut être que trompeuse et, surtout, peu informative sur la réalité et les causes d'aussi graves défaillances que celle suggérée ici : un dispositif de discrimination positive se retournant contre ses bénéficiaires !

C'est dans des domaines comme celui-ci, que le besoin d'analyses plus franchement pédagogiques, empruntant aux méthodes ethnologiques et acceptant aussi de s'extraire du cadre institutionnel, devient impératif.

Serge Pouts-Lajus

Marie Duru-Bellat
Les inégalités sociales à l'école - Genèse et mythes, PUF


- Des livres interactifs pour le lycée

Un collègue, Jean Peyrard, en collaboration avec des élèves, responsables de la présentation, des animations et de plusieurs illustrations, a réalisé une série "livres interactifs de SVT" pour chaque niveau du lycée.

Ces livres, utilisés en classe, confortent l'idée de l'importance de l'informatique en tant que support d'apprentissage interactif en SVT.

Chaque Cd comprend une rubrique de méthodes, puis les différents chapitres du programme. Chaque chapitre comporte des TP dont la problématique est formulée, des documents, un résumé de l'essentiel à retenir, un schéma bilan très clair, et des exercices.

L'élève après avoir lu la partie " Comment utiliser le Cd rom " peut travailler de manière plus autonome. Des méthodes de travail et des grilles d'évaluation l'aident à acquérir les différentes compétences développées dans les activités pratiques. La réalisation constante d'un compte rendu dans les TP, avec un modèle, permet de faire acquérir des automatismes méthodologiques. La compétence travaillée avant chaque partie de TP est énoncée sous forme d'icônes graphiques dans le Cdrom seconde. Les consignes de TP sont claires et le fait qu'elles soient surlignées rend le travail de l'élève plus facile.

Les connaissances sont donc dégagées à partir de séances de travaux pratiques faisant appel à l'observation, l'expérimentation et l'utilisation de l'informatique (logiciels courants et liens permettant de télécharger des documents utilisables en classe). L'ensemble est complété par des études de documents et des séquences de cours.

Le professeur fournit, dans un deuxième temps, des fichiers contenant les corrigés des TP, des exercices et le résumé final.

Le Cdrom de terminale comporte en plus à la fin de chaque TP, une grille d'évaluation des capacités expérimentales de façon à préparer les élèves à l'épreuve pratique du bac, ainsi qu'une rubrique concernant les TPE.
Chaque professeur peut modifier comme il le souhaite, TP et documents, en fonction de sa progression, ses objectifs et ses ressources matérielles. Enfin une documentation riche et variée est proposée.

Le travail effectué par ce professeur et son équipe d'élèves est impressionnant et d'une grande qualité pédagogique. Les Cdrom concernant la seconde et la première sont disponibles sur le site de Micrelec, celui de TS le sera bientôt.


Florence Brochery

http://www.micrelec.fr

- Les cultures juvéniles émergentes

Culture populaire et culture savante se sont toujours affrontées à l'école. Le dernier numéro de "VEI Enjeux" pose la question des cultures juvéniles, qui sont parfois des cultures étrangères, et de leur place dans les établissements et la culture scolaire. Au rejet traditionnel a succédé des positions plus nuancées et diverses. Ainsi la culture médiatique est celle des "jeunes" et s'arrange très bien avec la "world culture"; le marché en récupère des bribes; l'école elle-même s'ouvre à ces cultures "jeunes". Pour Bernard Bier, qui signe son dernier éditorial, "ce qui semble caractériser l'époque, c'est moins la tension entre des cultures populaires et ce qui serait la culture légitime,.. que des formes de fragmentation.. à l'oeuvre dans l'ensemble des espaces scolaires, urbains, médiatiques, esthétiques". Ce qui n'est pas sans poser la question de la citoyenneté.
http://www.cndp.fr/revueVEI/som133.htm

[ Haut ]

Archives de la rubrique Bibliographie :

Café  n°1 - n°2 - n°3 - n°4 - n°5 - n°6 - n°7 - n°8 - n°9 - n°10 - n°11 - n°12 - n°13 - n°14 - n°15 - n°16 - n°17 - n°18 - n°19 - n°20 - n°21 - n°22 - n°23 - n°24 - n°25 - n°26 - n°27 - n°28 - n°29 - n°30 - n°31 - n°32 - n°33 - n°34 - n°35 - n°36 - n°37 - n°38 - n°39 - n°40 - n°41 - n°42 - n°43 - n°44 - n°45 - n°46 - n°47 - n°48 - n°49 - n°50 - n°51 - n°52 - n°53 - n°54 - n°55 - n°56 - n°57 - n°58 - n°59 - n°60 - n°61 - n°62 - n°63 - n°64 - n°65 - n°66 - n°67 - n°68 - n°69 - n°70 - n°71 - n°72 - n°73 - n°74 - n°75 - n°76 - n°77 - n°78 -

 
  La rubrique Bibliographie dans les archives :
 • Les dernières éditions du Café :
n°74 - n°75 - n°76 - n°77 - n°78
 • Les archives complètes


 • Envoyer une info
 • Nous écrire


 • S'abonner à cette rubrique
 • Nous connaître
 • Nous aider
 • Version imprimable