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François Jarraud, Bruno Devauchelle
- - La parole et pas le bavardageBreton
Philippe, Eloge de la parole, La
Découverte, Paris, 2003, 190 p.
Le travail de recherche de Philippe
Breton l’amène à nous proposer de
réfléchir, au-delà des moyens techniques
qui la mettent en œuvre, à la place de la
parole dans notre société. Il choisit de
poser la Parole comme une valeur et de
tenter d’en dessiner les contours.
Sans illusion sur les dérives de la
parole, Philippe Breton, dont on peut
suivre depuis longtemps le travail qui
l’a amené d’une histoire de
l’informatique à un « éloge de la parole
», n’oublie pas de nous montrer que ce
mot est porteur d’un sens qui traverse
la condition même de l’homme. Il
identifie les six éléments de base de la
« valeur parole » : l’écoute et
l’empathie, l’authenticité, la pudeur,
l’objectivation, l’engagement, la
symétrie.
Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur
les évolutions actuelles de la
communication interhumaine influencée
par les médias. Il faut rappeler que ces
technologies ne sont rien sans l’être
humain qui les fonde, mais surtout que
c’est dans les modes d’usage de ces
technologies que peuvent se construire
de véritable communication humaine. La
parole est le fondement de la
communication à condition que l’on ne
confonde pas parole et mots, ou
bavardages. C’est ce vers quoi Philippe
Breton veut attirer notre attention.
Conscient de l’injonction contradictoire
de son propos, il nous propose de
dépasser ce paradoxe :
« Il s’agit d’un véritable paradoxe car
à la fois la parole est libre,
encouragée, elle est un des principaux
opérateurs du changement social, et à la
fois elle est difficile à prendre ou
encore réduite à un discours sans effet,
quand elle n’est pas travestissement de
la pure violence »(p.186)
Un ouvrage à lire.
Bruno Devauchelle
Cepec
- Arrêt sur image d'un
journalisteSchneidermann Daniel, Le
cauchemar médiatique, Denoël, Paris 2003
Nous avons choisi de parler de cet
ouvrage pour deux raisons
complémentaires :
La première est qu’il tente de démonter
un mécanisme important à l’œuvre dans
plusieurs situations médiatiques
récentes : la construction d’un discours
médiatique qui ne reflète pas la réalité
mais qui tend à spectaculariser et à
dramatiser une situation dont l’origine
n’est pas explicitement établie.
Autrement dit, Daniel Schneidermann,
fidèle à la ligne qu’il a toujours
défendue, en particulier au travers de
son émission « arrêt sur images »,
essaie de démonter la machine médias
pour nous amener à réfléchir sur notre
capacité de spectateur.
La deuxième raison est que la
publication de cet ouvrage soulève elle
aussi une tempête médiatique, puisque
son auteur fait l’objet d’une procédure
de licenciement de la part de son
employeur « Le Monde ». Il faut bien
dire que le dernier chapitre de cet
ouvrage est consacré à ce journal et que
les propos qui y sont tenus posent
quelques questions qui sont
embarrassantes et qui manifestement
amènent la direction du journal à
sanctionner l’auteur. Ce qui est assez
intéressant à noter c’est que Daniel
Schneidermann s’est mi de lui-même dans
le piège qu’il dénonce. En mettant sur
le devant de la scène un ensemble de
faits vécus en interne, il a médiatisé
un conflit et de ce fait il a généré des
réactions qui sont assez proches de
celles qu’il montre dans le reste de son
ouvrage, la presse s’en fait largement
l’écho.
Reconnaissons ici que le fond de la
question posée par ce journaliste mérite
toute notre attention d’éducateur et que
même si le dernier chapitre consacré au
journal « Le Monde » est écrite un peu
vite, l’intérêt est grand. Le sens que
prennent les médias dans notre société
actuelle est inquiétant. Les dérives
nombreuses qui sont ici dénoncées
doivent nous faire vraiment réfléchir
bien plus loin que la simple vision
machiavélique qui consiste à jeter la
télé en vrac. Il s’agit d’une évolution
qui est le signal d’une tentative
d’appauvrissement intellectuel que
Daniel Schneidermann nous invite à
combattre activement, et lui le fait.
Bruno Devauchelle
Cepec
- Le B2i galvaudé ?Alain Carrier, B2i,
collection fondamentaux, Scerén, CRDP
Grenoble, Nice
Alain Carrier et coll., Logiciel :
Informatique et Internet, Scerén, CRDP
Grenoble
Après un premier ouvrage consacré au B2i
paru en 2002, on retrouve ici un auteur
qui nous propose de maîtriser les
compétences techniques informatiques et
Internet à l’aide de deux supports : un
livre d’une part, un logiciel d’autre
part.
Une première remarque s’impose : ces
ouvrages ne sont pas fidèles à l’esprit
du B2i, il est étonnant que le livre ait
ce terme inscrit sur sa couverture et que
l’autre donne B2i comme nom du CD.
Rappelons ici que le B2i repose sur
l’usage des TIC dans des contextes
variés au sein des disciplines
scolaires. Ici, aucune allusion n’est
fait à quelque discipline que ce soit.
Il s’agit ni plus ni moins que des
manuels techniques supplémentaires… De
plus une étude du logiciel permet de
faire un test sous forme d’exercices
type QCM qui sont très éloignés de
l’esprit du B2i.
On sera donc étonné que le Scéren CRDP
de Grenoble et de Nice produisent ce
type d’ouvrage. D’autant plus que même
pour ce qui relève des compétences
techniques, elles ne correspondent pas
terme à terme au référentiel du B2i. On
trouve dans le livre des compétences qui
ne sont pas inscrites dans le texte, même
si elles ont une pertinence.
Bref, il n’est pas nécessaire d’aller
plus loin dans la présentation de ces
deux documents qui trahissent l’esprit
même du B2i, on ne s’étonnera pas de
l’irritation de l’Inspection Générale
exprimée dans ses rapports publiés
depuis trois années, nous avons ici un
bon exemple de ce qui est une déviance.
Bruno Devauchelle
Cepec
- Les revues de la quinzaine (François
Jarraud)Historia : Les grandes familles
Pereire, Fould, Schneider, Dollfus,
Rotschild : tous ces noms sont liés à la
révolution industrielle européenne.
Historia publie pour chacun un article
bien illustré qui fait le lien entre le
progrès technique et la construction
d'empires industriels. Des articles qui
peuvent appuyer une étude de cas ou
faire réfléchir aux facteurs de
l'industrialisation.
Comme d'habitude, les articles, sans les
illustrations, sont accessibles en ligne.
Historia, novembre 2003, n°683
http://www.historia.presse.fr
L'Histoire : Les islamistes
De la révolution iranienne aux réseaux
d'Al Qaida, l'islamisme est devenu
synonyme de terrorisme international.
L'Histoire retrace son histoire et ses
parcours depuis 1970. C'est l'occasion
de réflexions sur les rapports entre
pouvoir et religion dans l'islam ainsi
que sur le voile et le Coran. L'Histoire
a demandé à Bernard Lewis de conclure le
dossier. Pour le grand historien
américain, "l'islam n'est pas un ennemi
de l'Occident et il existe aussi bien
là-bas qu'ici, des musulmans chaque jour
plus nombreux qui ne désirent rien tant
qu'un approfondissement des relations
entre l'islam et l'Occident et le
développement d'institutions
démocratiques dans leur propre pays". B.
Lewis appelle donc les occidentaux à ne
pas confondre islamistes et musulmans.
L'Histoire, novembre 2003, n°281
http://www.histoire.presse.fr
Histoire des médias
La Société pour l'histoire des médias et
le groupe "Temps,médias, sociétés" de
l'IEP de Paris lancent une nouvelel
revue : "Le temps des médias". Le
premier numéro brûle un peu les mains :
il concerne "les interdits. Tabous,
transgressions, censures". Au sommaire
de ce numéro : un siècle de pédophilie
dans la presse par A.-C. Ambroise-rendu,
les caricatures homophobes dans la presse
française et allemande 1900-1940 par F.
Tamagne, la signalétique TV par Hélène
Duccini, Sexe musiques et médias en
Grande-Bretagne par B. Lemonnier,
l'usage de la loi de 1949 par T. Crépin
et A. Crétois, Internet et censure par
M. Marzouki, éléments pour une gender
history des médias français par P.
Eveno, etc.
http://perso.wanadoo.fr/sphm/ltmindex.ht
m
Distance et Savoirs n°2
"Distances et savoirs" est une revue
pédagogique consacrée à l'enseignement à
distance. Ce second volume a pour titre
"Le temps du partenariat". Il reflète
l'engouement actuel pour ce phénomène. A
travers témoignages et études, ce numéro
tente d'en cerner la portée dans le
monde de la formation universitaire.
Ainsi le partenariat est analysé comme
un positionnement dans l'économie du
savoir (G. Tremblay), la valorisation de
la recherche (E. Delamotte, G. Paquette),
l'instauration d'un système
d'enseignement international (O.
Chantraine) ou un effort en faveur du
Sud (O. Ikomé). Objet culturel le
partenariat a aussi ses limites "la mise
en réseau est certes séduisante mais à
condition d'éviter la création de
nouvelles tours de Babel" (E. Fichez, P.
Guillemet). Ce numéro fait un état des
lieux d'une pratique fondatrice de la
formation à distance en gardant un oeil
critique.
Distances et savoirs, volume 1 numéro
2/2003.
http://ds.e-revues.com/acceuil.jsp
Regards sur l'actualité : Education les
enjeux
L'école va mal : c'est à la fois ce que
montrent les manifestations du printemps
dernier et le débat national lancé cet
automne. Ce numéro de Regards sur
l'actualité tente de faire un inventaire
de ses difficultés à travers des articles
variés écrits le plus souvent par des
chercheurs, parfois par des acteurs.
Citons en quelques uns. André Robert
analyse la crise des vocations, réelles
dans certaines filières, et recommande
des incitations matérielles et
symboliques. Yves Dutercq analyse la
politique de décentralisation : "les
mesures préconisées privilégient en fait
la régionalisation, bien plus que
l'autonomie des établissements ou la
responsabilisation des acteurs locaux".
François Dubet plaide pour le collège
unique : "il est préférable d'aider (les
enseignants) à surmonter (les difficultés
entraînées par l'hétérogénéité) plutôt
que de l'annuler en séparant les publics
scolaires". Annie Quiniou (SNALC) plaide
au contraire pour la séparation au nom
des 62% d'enseignants en collège rebutés
par le collège unique. Marie Duru-Bellat
semblelui répondre en analysant les
rouages sociaux de l'échec scolaire. On
le voit, en parcourant ce numéro, le
lecteur peut se faire une bonne idée des
débats et des enjeux du débat sur
l'école.
Regards sur l'actualité n°293
http://www.ladocfrancaise.gouv.fr/revues
/ra/index.shtml
- Expositions : L'Algérie en héritage
et L'Algérie des peintres. De Delacroix
à RenoirCes deux expositions de
l'Institut du Monde arabe constituent
des moments très forts de l'Année de
l'Algérie.
La première restitue à travers 300
pièces l'histoire de l'Algérie depuis
ses origines. La préhistoire,
l'antiquité, la période post-hégirienne
sont évoquées et le choix de ce
découpage en lui-même fait sens. C'est
bien la diversité et la richesse de son
histoire que l'Algérie donne à voir. Ce
passé est d'une extrême richesse.
Soulignons encore que des circuits
pédagogiques pour les scolaires
permettent de s'appuyer sur l'exposition
avec efficacité.
http://www.imarabe.org/popup_artethistoi
re.html
L'Algérie des peintres est un peu un
pendant historique puisque, d'une part,
chronologiquement elle se situe en
prolongement et, d'autre part, elle
évoque l'histoire des relations entre la
France et l'Algérie. Celles-ci sont vues
dans ce qu'elles eurent de meilleur : la
transmission et l'influence artistique
mais aussi la contestation de la
conquête. Ainsi c'est Delacroix qui en
1832 la conteste : "il était réservé aux
Européens de détruire à Alger et comme à
plaisir tout ce qu'il était possible de
la distribution et de l'ornement des
maisons mauresques. Il semblait qu'avec
nos fracs et nos casquettes nous allions
introduire sur la terre d'Afrique un
autre climat et de nouvelles conditions
d'existence". Les toiles orientalistes
prennent alors une certaine
signification. L'exposition donne à voir
une centaine d'oeuvres, Delacroix,
Fromentin, Renoir, etc., tirées de
musées américains et français.
http://www.imarabe.org/temp/expo/delacro
ix-renoir.html
François Jarraud