Bibliographie (Café N° 52)

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Édition du 24-06-2004

- François Jarraud -

- A la Une : VEI Diversité : Souffrances et vitalité des profs

"On ne peut pas continuer à placer des enseignants dans cet espèce de piège infernal, celui d'un imaginaire construit par l'agrégation et le capes confronté à des conditions d'exercice qui n'ont rien à voir". Ce nouveau numéro 137 de VEI, rebaptisé "VEI Diversité" s'ouvre sur un stimulant entretien avec François Dubet (Bordeaux II). Le sociologue de l'éducation analyse le malaise des enseignants comme une crise de l'institution et des représentations. C'est que tout le numéro est consacré, avec une quinzaine d'articles, aux souffrances des professionnels de l'éducation, de la santé ou du social. Tous ont en commun un certain mal-être lié à un métier difficile. Ainsi Pierre Perrier (IUFM Bretagne) s'intéresse aux tensions identitaires des professeurs débutants en ZEP. Il conclue "désormais, les ressources validées par l'institution comptent sans doute moins que la capacité à faire face dans des contextes scolaires dont la complexité peut s'analyser comme une forme d'enrichissement d'un métier qui se joue moins sur la capacité à développer des apprentissages. Qu'à créer des situations d'enseignement qui font ordre et sens". Laurence Bergugnat-Janot (IUFM d'Aquitaine) semble lui répondre au terme d'une enquête sur le stress des enseignants. Elle relève que les enseignants les plus stressés ne sont pas ceux des ZEP mais ceux des zones sensibles hors-ZEP. Pour elle, "le métier d'enseignant ne peut être le même partout en France et il nécessiterait une gestion des ressources humaines au plus près des enseignants". Une conclusion qui nous ramène à l'interview de François Dubet. L'école peut-elle continuer à rêver d'un monde disparu ou doit-elle s'inventer à nouveau ? Le politique qui ravive les vieux fantasmes en évoquant l'autorité et la tradition ne contribue-t-il pas à l'effondrement de l'école réelle ? Ce nouveau numéro de VEI Diversité nous offre des analyses et des outils pour penser l'école, sa crise et celle des enseignants. En prime, une nouvelle maquette aérée et agréable. Sa lecture s'impose.
http://www.cndp.fr/vei/

- Revue de l'ACELF : La violence à l'école à la rencontre du scolaire, du familial et du communautaire

Assistons-nous à une flambée de la violence à l'école ? Comment expliquer ce phénomène ? Education et francophonie, la revue de l'ACELF, n'est pas la première à travailler sur un sujet qui interpelle si puissamment la communauté éducative et la société. Mais ce dossier propose de nombreuses participations, venues des deux rives de l'Atlantique, qui s'articulent autour des trois contextes familial, scolaire et communautaire. Ainsi Alain Landy (Bordeaux 2) rend compte d'une recherche sur la place du père des jeunes de quartiers populaires. La démission des pères expliquent-elle, comme certains médias l'ont suggéré, la délinquance des fils ? La réponse d'A. Landy mérite d'être méditée : " Les difficultés rencontrés par les enseignants, en particulier dans l’expression de l’autorité dans le milieu scolaire, ne semblent pas différentes de celles rencontrées par les pères. Ces derniers exercent comme ils peuvent le rôle qui leur est dévolu, isolés dans un contexte rendu difficile par la précarité. Pour notre étude, le rapport n’est pas établi entre une certaine absence du père, ou une démission – que nous n’avons pas rencontré de façon significative –, et la violence de certains jeunes. Or si les jeunes de quartiers populaires sont soumis à un plus grand risque d’attitudes déviantes, ceci n’est pas une fatalité. Les pères parviennent pour la plupart à éviter à leurs enfants, à leurs adolescents, d’adopter des comportements les mettant sur la voie de la délinquance. La manière dont ils procèdent est source d’enseignement". La violence est aussi soumise à l'enquête des psychologues. J.L.Gaspard, M. Lapeyre, T. Broussolle et M. Gouinaud (Toulouse II) ont travaillé sur une population d'élèves de cycle III de Zep. Ils rappellent que " rien n’est joué d’avance, de même que rien n’est jamais acquis" et soulignent en conclusion "l’importance pour l’avenir de nos démocraties modernes d’un nécessaire développement, au sein de l’école, des pratiques d’expression citoyenne (telles que médiation scolaire, parlements d’enfants, petits conseils, etc.). Ainsi, seul un ensemble cohérent (et non dépendant du seul degré de mobilisation et de motivation des divers intervenants scolaires) d’actions de sensibilisation et de prévention vis-à-vis des diverses formes de violence, harcèlement, incivilités, maltraitance, abus sexuels, etc.) peut permettre à chaque élève de s’engager sur les voies de l’éthique et de la responsabilité. Quitte, pour ce faire, à ce que l’institution lui laisse le temps et l’accompagne dans la modification, voire la rectification d’une position subjective par trop attachée à l’Infantile". La violence des élèves nous enseigne aussi.
http://www.acelf.ca/revue/32-1-2004/inde x.html
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/ violence/

- Le rapport Durpaire

Parce que "la fracture numérique n'est pas entre ceux qui peuvent s'offrir les machines et les services et ceux quine le peuvent pas, mais entre ceux qui savent les utiliser à leur avantage et ceux qui sont victimes de la surinformation" (H. Rheingold), le rapport réalisé par Jean-Louis Durpaire (Inspection générale) appelle à la mise en place de véritables politiques documentaires dans les établissements. Il dresse d'abord un état des lieux. La documentation a été largement soutenue par l'institution ces dernières années : création du Capes, efforts d'équipement et de postes de l'Etat et des collectivités locales (70% des CDI visités ont été réaménages grâce à des subventions locales). Le rapport n'omet pas les efforts des enseignants eux-mêmes en citant les sites institutionnels (savoirscdi) ou personnels (docsdocs.free.fr par exemple) qui ont créé de véritables réseaux de compétences. Le Café pédagogique lui-même (page 24) est reconnu "utile" pour sa veille documentaire. Mais l'institution leur a aussi demandé beaucoup en leur donnant une place essentielle dans les nouveaux dispositifs (TPE, IDD, PPCP, ECJS etc.). Aussi les documentalistes apparaissent"inquiets, désireux d'être mieux reconnus". C'est que, pour J.-L. Durpaire, "le risque qui menace les documentalistes est celui d'un positionnement incertain" entre la qualité de formateur et celle de professionnel de l'information dans un contexte d'évolution rapide mais pas toujours assumée de l'Ecole. Aussi l'Inspection demande-t-elle des mesures qui engagent l'Ecole. Et d'abord une nouvelle circulaire précisant les enjeux de la maîtrise de l'information et définissant le rôle de la documentation dans l'établissement. Elle souhaite également de nouvelles études sur les compétences que les élèves doivent acquérir en matière d’information ainsi que sur les conditions du travail autonome des élèves. Enfin le rapport appelle à la mise ne place de véritables politiques documentaires dans les établissements. Au-delà, on retiendra la dimension prospective de ce rapport qui met en évidence des lignes de force de l'évolution de l'école et appelle l'institution à s'engager. En ce sens il intéresse tous les enseignants.
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/s yst/igen/rapports/politiques_documentaire s.pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/rea dstep2.html

- Ségrégation sociale et environnement scolaire

Quels effets ont les différentes formes de ségrégation sur les réussites individuelles des élèves ? Comment lutter contre elles efficacement ? La Commission Thélot met en ligne une étude de Marie Duru-Bellat qui fait le point, en une trentaine de pages, sur les recherches sur la ségrégation et passe en revue les différentes formes de ségrégation. Oui l'école souffre de ségrégation sociale. Elle "ne se contente pas de subir la ségrégation urbaine et son évolution; elle fabrique elle-même de la ségrégation : interagissent ainsi les stratégies résidentielles et scolaires des familles, le découpage de la carte scolaire, les politiques des établissements". Elle est aussi traversée par une ségrégation ethnique. Les deux interréagissent avec les exigences des enseignants et les projets des élèves. Ainsi "dans les collèges populaires, les enseignants (font) une plus grande place à l'oral , à l'image ou au jeu". Les élèves de leur côté sont moins ambitieux et moins attentifs. Alors que faire ? M. Duru-Bellat rappelle que la ségrégation sociale profite à certains et qu'imposer plus de mixité sociale rencontrerait des résistances. Pour elle "assurer une égalité de résultats partout est la meilleure manière de rendre injustifié tout comportement de choix… Jouer la carte de l'égalité… passe par des évolutions standardisées, permettant de mettre toutes les écoles aux mêmes normes… S'y ajoute des mesures de type discrimination positive.. Si l'école ne peut rien face à la différenciation des quartiers, il lui revient, par une politique de qualité contrôlée, combinant des évaluations externes des résultats et des audits réguliers d'établissements, de contrer une part au moins des effets délétères de la ségrégation". C'est toute une culture de l'évaluation du système qui est à mettre en place.
http://www.debatnational.education.fr/up load/static/lemiroir/pdf/apport2.pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/rea dstep2.html

- Réussir l'ECJS au lycée

La première originalité de cet ouvrage tient dans ses rédacteurs. Alors que l'éducation civique au collège et l'ECJS en lycée sont très souvent traités par les professeurs d'histoire-géographie, l'équipe qui a conçu ce livre comporte une enseignante de français. Et cela se lit clairement : tout un chapitre montre comment aborder l'ECJS avec des textes littéraires. Le premier point fort de cet ouvrage est ainsi d'affirmer la dimension transdisciplinaire de l'ECJS. Les auteurs nous invitent par exemple à aborder les élections présidentielles sous le regard de plusieurs disciplines.

C'est que l'essentiel de l'ouvrage concerne les pratiques mises en œuvre dans la classe d'ECJS. Il donne des exemples précis de progression notionnelle, fournit des grilles d'évaluation de débats ou de dossier, propose des exemples de sujets. Tout cela permet aux enseignants de se faire une idée précise des attentes de cet enseignement. On appréciera également la réflexion sur l'évaluation de cet enseignement. On sait à quel point elle est difficile, voir contestée par les élèves. Les auteurs nous invitent justement à les associer à leur évaluation.

On appréciera également l'intérêt porté tout au long du livre aux programmes et aux spécificités pédagogiques de l'enseignement professionnel.

Ce livre paraît au moment où l'horaire d'ECJS en terminale est malmené ce qui témoigne de la difficulté pour l'ECJS à s'installer dans le système éducatif. Pourtant jamais la volonté de rappeler les règles républicaines n'a été aussi forte dans la société. Ce livre peut y aider.

Guy Lagelée, Marie-Sylvie Claude, Réussir l'ECJS au lycée, CRDP de Créteil, décembre 2003, 190p.

- Lu

Inégalités régionales dans la formation initiale
D'Ajaccio à Toulouse, le taux de sortie de du système scolaire sans qualification reconnue varie de 1 à 5 : 3% à Toulouse, 15% en Corse. Une étude ministérielle étudie ces inégalités. En effet, quelques académies ont à la fois un fort taux de réussite au bac et peu de sorties sans qualifications : Rennes, Toulouse, Lyon, Nantes et Limoges. La situation est inverse à Montpellier, Nice, Lille, Besançon, Orléans, Reims, Amiens, Caen et la Corse. Comment expliquer ces inégalités ? Certes les variables socio-économiques ont leur place. Mais bien davantage les inégalités dans l'offre de formation. Les sorties sans qualification sont bien plus fréquentes dans les académies où on offre une gamme restreinte de formation technologiques ou professionnelles. Un élément qui éclaire le débat sur l'échec scolaire.
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/d pd/ni0417.pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/rea dstep2.html

Rapport annuel du HCEE
Le Haut Conseil de l'évaluation de l'école publie son troisième rapport d'activité. Il rend compte des travaux du HCEE et annonce ses projets. Ainsi le HCEE nous promet des études sur l'attitude de la France à l'égard des évaluations comparatives internationales, sur le redoublement ou encore le traitement de l'échec scolaire. Tous ces thèmes mêlent pédagogie et choix politiques : le HCEE n'hésite pas à poser les bonnes questions ! Au-delà le HCEE milite pour une véritable culture de l'évaluation dans le système scolaire français. C'est qu'en effet "la variété des dispositifs d'évaluation en place et la richesse de leurs résultats contrastent avec la faiblesse de leurs usages". Et c'est cela que veut changer le HCEE qui n'hésite pas à demander "une authentique politique d'expérimentation".
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/b rp/notices/044000230.shtml

Une nouvelle revue pédagogique québécoise
Crée par des universités québécoises, La Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire publie son premier numéro. "Elle a pour but la diffusion d’expériences et de pratiques pédagogiques, d’évaluations de cours sur le Web ou à distance, de réflexions critiques et de recherches en pédagogie universitaire portant sur l’intégration des technologies de l’information et de la communication (TIC) en enseignement supérieur". Ainsi le premier numéro nous offre, sous la plume de Marcel Lebrun, une réflexion sur la formation des enseignants aux TIC, et, sous celle de Stéphane Villeneuve, une présentation des avantage set des écueils des logiciels de présentation.
http://www.profetic.org:16080/revue/

L'Ecole au risque de la décentralisation
Comme tous les pays de l'OCDE, la France a entamé une certaine décentralisation de son système éducatif. La politique française est-elle originale ou se situe-t-elle dans une norme des pays développés ? La décentralisation permet-elle à l'école d'être plus efficace ? La Commission Thélot publie une étude qui synthétise les recherches sur ce point. Force est de dire d'abord que la décentralisation en France est plutôt une modeste déconcentration où les acteurs ont du mal à assumer leur marge d'autonomie, tellement celle-ci déroge à la tradition. La France apparaît comme nettement plus centralisée que ses voisins. Par exemple, le recrutement des enseignants, généralement localisés, reste national. Il en va de même pour l'essentiel du budget de l'éducation. Enfin l'efficacité éducative de la décentralisation n'est pas attestée par les recherches qui mettent plutôt l'accent sur la nécessité d'associer les enseignants à la rénovation du système scolaire."Tout refus de coopérer peut vouer la réforme à l'échec… L'autonomie ne se décrète pas".
http://www.debatnational.education.fr/up load/static/lemiroir/pdf/apport3.pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/rea dstep2.html

Les sciences humaines aux Cahiers pédagogiques
"Un des objectifs de ce dossier est de faire le point sur les pratiques et les débats actuels dans ces deux disciplines scolaires (histoire-géographie et S.E.S.) dédiées traditionnellement aux sciences humaines" nous dit Philippe Watrelot qui a cordonné ce numéro. Mais ce numéro 425 (juin 2004) des Cahiers pédagogiques va au-delà pour poser la question du rapport entre savoirs savants et scolaires dans ces disciplines et celle de leurs frontières. "La science humaine n’est-elle pas en train de se construire ou de se recomposer dans les travaux interdisciplinaires et croisés que sont les itinéraires de découverte (IDD), l’éducation civique juridique et sociale (ECJS) ou les travaux personnels encadrés (TPE) ?... Peut-on considérer ces lieux de rencontre comme l’occasion d’une recomposition et d’une nouvelle manière de concevoir les enseignements et le rapport au savoir ?" Le dossier aborde également la question de la place des STG, sciences qui ne sont pas "inhumaines". A lire également dans ce numéro, le charmant billet de Gisèle Ruault sur les niveaux de langage en L.P. : " Un collègue voulant montrer son impartialité déclare : « Il n’y aura pas de tête de Turc dans ma classe »... et s’aperçoit bien sûr trop tard qu’au moins trois élèves sont de cette origine…"
http://www.cahiers-pedagogiques.com/nume ro.php3?id_article=918


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