Bibliographie (Café N° 55)

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Édition du 21/10/2004

- Blandine Raoul-Réa, Bruno Devauchelle -

- A la Une : Marcel Jean François : Les pratiques enseignantes hors de la classe

Enseigner, ce n’est pas seulement « faire la classe ». Partant de cet a-priori, cet ouvrage propose d’explorer, au sein de l’établissement scolaire, les pratiques qui rompent avec l’unité classe/cours qui est la représentation dominante de l’activité professionnelle des enseignants. Cet ouvrage, basé sur le modèle de la compilation d’articles proposés à l’occasion d’un symposium, examine en premier lieu des pratiques enseignantes hors de la classe, puis les pratiques partenariales pour terminer en proposant un cadre d’analyse des pratiques professionnelles de l’enseignant.

Cet ouvrage tente de montrer qu’il n’est plus possible, désormais, d’étudier les pratiques enseignantes uniquement en se centrant sur l’activité habituelle de l’enseignant dans sa classe avec ses élèves. Ce simple constat suffit à montrer que ce métier a fortement évolué au cours des dernières années et qu’il comporte désormais un ensemble de prescriptions, mais aussi de pratiques non prescrites qui vont enrichir le métier lui-même. Les anciens penseront que ces pratiques ne sont pas nouvelles. Cependant on peut constater qu’elles s’étaient très largement raréfiées au cours des années 70 et que c’est à partir du milieu des années 80 que ces pratiques ont trouvé un écho qui débouchera sur des dispositifs comme les IDD ou les TPE à la fin des années 90. En primaire on peut de même évoquer l’apparition de la fameuse 27è heure consacrée à la concertation qui, aujourd’hui pose encore des problèmes à de nombreuses équipes. Dans le même temps, les enseignants des collèges et lycées appellent de leurs vœux ces heures de concertation qu’ils sont obligées de mettre en place, en plus de leur horaire habituel, pour mettre en place de nombreuses activités complémentaires à leur enseignement et de plus en plus rarement prises en compte dans les contingents horaires des rectorats.

Entre pratique individuelle hors de la classe, pratiques collectives et pratiques partenariales au sein de l’établissement cet ouvrage tente de montrer que ces pratiques sont génératrices de changements dans le métier et ont des conséquences sur l’efficacité de l’enseignement.

On pourra regretter le manque apparent d’unité de cet ouvrage. En fait elle se trouve dans le dernier chapitre qui propose d’analyser la profession enseignante en prenant en compte cette nouvelle façon d’envisager le métier. Les cadres théoriques qui se construisent ici visent à considérer le métier d’enseignant en environnant le cœur du métier d’une approche du système contextuel d’exercice du métier, sans perdre de vue la dimension temporelle de celui-ci. Ainsi la dimension processuelle, comme le rappel Marc Bru est-elle centrale pour analyser le métier.

Cet ouvrage essentiellement le fruit de travaux de recherche peut paraître peu accessible à des lecteurs n’ayant pas une habitude de fréquenter de tels écrits. Toutefois on peut dire que cet ouvrage apporte un regard essentiel et renouvelé de la profession et que de nombreux articles pourront interroger les actuels et les futurs enseignants sur le renouvellement du métier. La commission Thélot, qui vient de rendre son rapport, ne dit pas autre chose dans ses suggestions sur l’école de demain et le renouveau du métier d’enseignant. En effet à la suite de Claude Allègre et Philippe Meirieu à la fin des années 90, elle propose de ne plus décrire le métier d’enseignant par le seul temps de face à face d’enseignement avec les élèves, mais bien en prenant en compte les activités hors de la classe et les activités partenariales qu’elle invite à réintroduire dans le cahier des charges de ce métier et donc dans le définition de son horaire de travail.

Bruno Devauchelle


Marcel Jean François (sous la dir. de), Les pratiques enseignantes hors de la classe, L’Harmattan, Paris 2004

- Trois ouvrages sur l'acte d'apprendre

Les chercheurs en sciences cognitives et en particulier les psychologues ont publié, au cours des derniers mois, des ouvrages qui intéresseront tous ceux qui veulent comprendre avec l’aide des outils issus de ces sciences ce qu’est l’acte d’apprendre. La démarche présentée dans ces travaux s’appuie sur l’approche expérimentale. Elle apporte donc, à partir d’expérimentations de laboratoires ou en classe, une analyse très précise de certains éléments qui constituent le processus d’apprentissage. Ce mode de recherche peut paraître surprenant pour des enseignants habitués aux travaux des sciences de l’éducation, et pourtant il apporte des questionnements nouveaux qui mettent en cause de nombreux allant de soi.

Parmi les trois ouvrages que nous présentons ici, le premier, collectif, est coordonné par Annick Weil-Barais, Les apprentissages scolaires, (Bréal, Paris, 2004). Cet ouvrage rédigé pour les étudiants de psychologie a pour objectif de faire entrer dans la problématique des apprentissages scolaires des étudiants qui seraient plutôt habitués à étudier les apprentissages non-scolaires. C’est parce qu’il apporte un regard de la psychologie sur l’apprentissage scolaire que cet ouvrage pourra constituer une base de réflexion pour tous les enseignants.

Un large panorama de la question de l’enseignement comportant même un chapitre sur l’éducation morale, cet ouvrage se termine sur un chapitre sur les nouvelles technologies. Malheureusement peu au fait des questions scolaires, ce chapitre se contente d’étudier l’apprentissage assisté par ordinateur et se limite donc à un aspect assez restreint de ce questionnement. On remarquera que cet ouvrage permet à l’enseignant de repérer comment certaines des pratiques pédagogiques en vigueurs encore aujourd’hui sont issues de travaux de psychologie dont certains remontent à la première moitié du XXè siècle. Dans la deuxième partie qui cherche à approfondir les connaissances, la lecture, la compréhension, la numération, etc… sont abordés un grand nombre de travaux qui permettront de mesurer l’intérêt qu’il y a, en éducation à s’intéresser aux travaux des psychologues.

Le deuxième ouvrage de cette présentation est celui de Gentaz Edouard , Dessus Philippe (sous la dir de). Intitulé « Comprendre les apprentissages. Sciences cognitives et éducation », Dunod, Paris, 2004, cet ouvrage associe des chercheurs de différentes disciplines, dont les sciences de l’éducation propose trois parties. La première est centrée sur l’apprentissage de la lecture, la deuxième sur le raisonnement et la troisième sur le travail de l’enseignant. Moins centré sur une population étudiante que le précédent, l’ensemble des chapitres après avoir défini précisément sa problématique montre, à partir d’expérimentations et d’observations ce qui peut être dit, ces compte rendus étant la force de cet ouvrage. Les méthodes utilisées dans ces recherches reposent aussi sur l’imagerie cérébrale fonctionnelle ou la simulation. L’exemple de la partie consacrée à la lecture est illustratif du propos qui permet de soulever le voile souvent opaque de ce qui se passe dans la tête de celui qui apprend.

Pour le troisième ouvrage de cette série, il faut saluer le travail des auteurs Claude Bastien et Mireille Bastion-Toniazzo qui dans « Apprendre à l’école » (Armand Colin, Paris, 2004) apportent un outil sérieux et surtout accessible pour sa plus grande partie. Les travaux de recherche présentés ici sont décrits de façon trsè minutieuse et permettent de comprendre comment la recherche en psychologie cognitive se construit et est capable de sortir du laboratoire pour tenter de prendre en compte le contexte de l’activité lui-même. C’est en effet un des reproches les plus fréquents aux chercheurs en psychologie que de travailler plutôt en laboratoire qu’en contexte de vie. L’intérêt de la présentation de toutes ces recherches est de montrer comment la recherche sur le terrain peut aussi avoir un caractère expérimental.
Les auteurs se sont intéressés à un ensemble d’évidence qu’ils interrogent. Ainsi après avoir tenté de comprendre comment les élèves répondent aux questions qu’on leur pose, les auteurs tentent de savoir ce que les connaissances antérieures posent comme problème pour les apprentissages ou encore comment fonctionnent les outils d’aide à l’apprentissage.

Après « les connaissances de l’enfant à l’adulte » (Dunod 1995) Claude Bastien continue dans cet ouvrage son travail patient de déconstruction d’un certain nombre d’évidences. Dans un langage précis mais accessible, cet ouvrage, comme le précédent, apporte des éclairages essentiels pour comprendre ce que c’est qu’un élève qui apprend.

Ces trois ouvrages nous montrent donc la vitalité de ce secteur de la recherche. Souhaitons que la popularisation de ces travaux permettra aux enseignants de disposer de ressources nouvelles pour réfléchir à leur métier. Il est malheureusement trop courant de voir des travaux de cette nature ignorés par les praticiens. Conscient que ces ouvrages peuvent paraître difficile d’accès, il me semble pourtant essentiel que les équipes d’enseignants s’intéressent à ces travaux autrement qu’au travers de revues grand public.

Bruno Devauchelle

Gentaz Edouard, Dessus Philippe (sous la dir de), Comprendre les apprentissages. Sciences cognitives et éducation, Dunod, Paris, 2004

Collectif coordonné par Weil-Barais Annick, Les apprentissages scolaires, Bréal, Paris, 2004

Bastien Claude, Bastion-Toniazzo Mireille, Apprendre à l’école, Armand Colin, Paris, 2004


- Lus

Enseigner les maths, un numéro des Cahiers pédagogiques
"Les mathématiques restent dans les représentations du public, des parents, des élèves et même de beaucoup d'enseignants une discipline qui pose problème". Françoise Colsaët, dans l'introduction de ce numéro 427 des Cahiers pédagogiques, pose le problème : enseigner les maths c'est affronter l'abstraction, les représentations et l'imaginaire des élèves. Aussi la première partie des Cahiers aborde ces questions avec des contributions de chercheurs (Jacques Nimier, Frédéric Laroche). La seconde partie de ce dossier s'intéresse aux concepts et au sens. Rémi Brissiaud, Roland Charnay, entre autres, montrent la difficulté de cet enseignement. Yves Chevallard appelle à une nouvelle épistémologie scolaire. La dernière partie rend compte de pratiques de terrain. On y marie les maths avec l'EPS, les SVT ou la philo au gré des TPE. Les maths c'est aussi ce qui peut faire lien.
Les Cahiers pédagogiques
http://www.cahiers-pedagogiques.com

L'absence de soutien freine l'usage des TICE
"Nonobstant la présence d'ordinateurs réseautés dans l'ensemble des écoles du Québec, le profil de recours à ce matériel scolaire en classe… demeure relativement minimaliste". Au terme d'une enquête auprès de plus d'un millier d'enseignants, François Larose (Université de Sherbrooke, dresse un tableau assez sombre de l'intégration des TIC dans l'enseignement au Québec mais qui éclaire certaines résistances. Soulignons d'abord que les usages des TIC en classe au Québec concernent quand même la moitié des enseignants. Ainsi 62% des enseignants demandent à leurs élèves de faire des recherches sur Internet, 44% utilisent des outils bureautique. Mais les usages sont rarement multidisciplinaires et aboutissent rarement à la réalisation et la publication de travaux d'élèves. Seulement 11% des enseignants utilisent la correspondance scolaire et 10% la diffusion de travaux d'élèves sur Internet. Pourtant ils ont généralement une maîtrise convenable de l'outil informatique, d'ailleurs largement acquise par eux-mêmes et la plupart ont une attitude positive au regard du recours aux TIC. Ainsi l'enquête écarte deux facteurs de résistance souvent mis en avant dans la littérature scientifique : le faible niveau de maîtrise informatique et le stress vis à vis de l'ordinateur. Elle met en évidence deux obstacles majeurs à l'utilisation des TIC en classe. "On constate un glissement progressif des obstacles à l'utilisation de l'informatique scolaire en enseignement.. Ceux-ci ne sont plus essentiellement de l'ordre de la formation au plan techno-instrumental mais plutôt de l'ordre du soutien reçu (formation continue et accès à des personnes ressources compétentes) au plan pédagogique ainsi que de l'ordre de la disponibilité des équipements". Cette étude québécoise pourrait permettre de réorienter les politiques menées de ce coté-ci de l'Atlantique qui visent davantage à encourager la production de contenus qu'à accompagner les enseignants et encourager les réseaux qu'ils ont développé.
Etude de F. Larose
http://www.educ.usherb.ca/crie/enligne/d iffusion.htm

Les TICE vues du Québec
Quelle approche, quels usages nos collègues québécois ont-ils des TICE ? Le dernier numéro de "Vie pédagogique" (n°132) ouvre le dossier des TICE. Plus qu'un éclairage, il montre un certain décalage avec les pratiques en France. Ainsi, parmi les nombreux articles de ce numéro, le témoignage de Céline Gravel, professeur des écoles, illustre une approche des TICE qui veille en permanence à les situer dans une perspective sociale et humaine. " Il est intéressant de noter qu’avec les ordinateurs, la plupart du temps nous nous retrouvons physiquement du même côté que nos élèves et non plus constamment face à eux, dans une position autoritaire. Nous regardons dans la même direction, nous nous intéressons ensemble à une source d’information extérieure… Nous avions appris à l’université à préparer nos leçons en demeurant maître de la situation du début à la fin. Aujourd’hui, les questions sont ouvertes et les réponses multiples. Non seulement parce que nos connaissances ont augmenté, mais parce que nous avons accès à différentes personnes à travers le monde qui ont des vécus différents et des systèmes de valeurs qui leur sont propres. Les ordinateurs ne nous apprendront pas à faire preuve de sagesse, mais ils peuvent permettre de créer des liens et de favoriser la compréhension entre différentes communautés… Il faut admettre qu’une classe fermée sur elle-même et ayant comme seuls outils le papier et le crayon ne répond pas aux besoins des jeunes. À plus forte raison si les élèves ont vécu de nombreux échecs avec ces mêmes outils… Paradoxalement, la grande vitesse de développement des TIC met en évidence la nécessité de prendre le temps d’être avec nos élèves". On appréciera également dans ce numéro les autres exemples de pratiques et les témoignages d'adolescents sur la place des TIC dans leur vie et le rôle de l'école. Enfin écoutons les jugements portés par les enseignants québécois sur les TICE et les conseils pour en faciliter l'intégration. " Il faut inviter les enseignants à partager entre eux ce qui se fait. « Regarder ce que tes élèves sont capables de produire, être spectateur et t’émerveiller devant leur travail. Transmettre aux autres enseignants que les résultats dépassent de beaucoup l’investissement. Dans ma classe, j’ai souvent trois évaluations de niveaux différents (comme au plongeon); l’élève décide ce qu’il peut passer. On peut commencer à proposer des solutions plutôt qu’uniquement des problématiques" affirme Stéphane Côté.
http://www.viepedagogique.gouv.qc.ca/num eros/132/numero132.asp

Quelle orientation en établissement ?
"Trop de bulletins sont encore remplis par la négative et ne donnent aucune indication précise sur les qualités et les compétences de l'élève… Trop souvent encore le bulletin est un règlement de comptes et non un bilan / conseil.. Ne pourrait-on souhaiter que toute évaluation d'un élève, qu'il se destine à la voie professionnelle ou à une autre formation, passe par (un) bilan complet d'habiletés sociales ?". On le voit : le dernier Cahier d'Education & Devenir (n°3, sept. 2004) nous conduit au sein des difficultés de l'orientation dans les établissements. Les articles font réfléchir au fonctionnement conseil de classe, instance-clé de l'orientation. Le Cahier propose une "charte du conseil de classe" et un "guide du conseil" qui posent les bases d'un fonctionnement plus transparent de ces instances. D'autres articles évoquent l'éducation à l'orientation en collège et en lycée ainsi que des dispositifs innovants comme l'opération "Démission impossible" en Pas-de-Calais et les conseils de délégués de parents. Un Cahier indispensable aux professeurs principaux.
Cahier Education & Devenir
http://education.devenir.free.fr/cahier3 _or.htm

Comment se préparer à l'école ?
Sous le titre "Les enfants de Los Angeles sont-ils prêts pour l'école ?", une étude de la Rand Corporation étudie les facteurs d'une intégration réussie à l'école. Elle montre l'importance du niveau culturel et social des parents. Les enfants de familles riches et éduquées réussissent mieux à l'école. Plus intéressant, l'étude montre que les enfants de familles autoritaires sont plus anxieux et plus violents que les autres. D'où la proposition de développer des campagnes en priorité vers les mères peu éduquées et les enfants des quartiers pauvres.
Etude (en pdf)
http://www.rand.org/publications/MG/MG14 5/MG145.pdf
Pour lire les pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/rea dstep2.html

François Jarraud


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