Édition du 14-11-2004 -
Blandine
Raoul-Réa, Bruno Devauchelle - - A la
Une : Intégrer les TIC dans l’activité
enseignante Jean François Desbiens, Jean
François Cardin, Daniel Martin, Intégrer
les TIC dans l’activité enseignante :
Quelle formation, quels savoirs, quelle
pédagogie ?, Les presses de l’université
Laval, Saint Foy, Québec, 2004
Au moment où plusieurs documents (le
monde de l’éducation du mois de Novembre
2004, le dossier B2i n°2 du Café
Pédagogique) confirment la frilosité des
enseignants à intégrer les TIC dans leur
pratique pédagogique, cet ouvrage
apporte un éclairage sur ce qui se passe
au Québec. L’ensemble des communications
scientifiques présentées dans cet
ouvrage est précédé d’une introduction
synthétique et riche qui met en évidence
que ce phénomène touche aussi ce pays
pourtant souvent mythifié dans les
discours sur les TIC. « Lorsque l’on y
regarde de plus près, les problèmes liés
à l’utilisation en classe de l’ordinateur
et autres outils technologiques sont
nombreux et certains sont profonds. »
(p.15) Cet inventaire proposé par les
auteurs, sans êtr exhaustif a pour objet
de faire comprendre ce que révèle
l’introduction des TIC sur la façon dont
le système scolaire fonctionne et comme
ses acteurs le vivent. « Insistons
toutefois sur le fait que malgré leur
intérêt, les enseignants hésitent à
utiliser les TIC dans le cadre de leur
travail parce qu’ils ne peuvent
facilement s’approprier les nouveautés
pédagogiques et technologiques tout en
continuant à assurer l’ensemble de leurs
fonctions » (p.20)
Cet ouvrage devrait être un outil
intéressant pour tous les responsables
des établissements qui expérimentent le
C2i niveau 2. Proposant de réfléchir à
la formation des enseignants, les
auteurs nous invitent à faire dans les
établissements de formation
d’enseignants autre chose que la simple
application du C2i, mais plutôt
d’engager une réflexion plus avancée sur
l’adéquation de la formation avec les
enjeux réels de ces TIC
Bruno Devauchelle
- Pratiques d’apprentissage en
ligneLouise Marchand, Jean Loisier,
Pratiques d’apprentissage en ligne,
Chenelière éducation/Chroniques
sociales, Montréal, Lyon, 2004
Le développement de la formation en
ligne après avoir été un objet de mode
devient un véritable objet d’étude.
Autrement dit on est en train de
basculer d’un engouement irraisonné pour
la formation en ligne à une utilisation
de plus en plus attentive de ces
dispositifs. C’est pourquoi ce genr
d’ouvrage s’avère indispensable. Les
auteurs proposent dans cet ouvrage un
tableau assez large, contextualisé et
aussi suffisament précis pour avoir un
regard « pragmatique » sur ces
formations en lignes et surtout sur leur
mise en œuvre. Tout chef de projet TIC
devrait en avoir fait la lecture avant
de s’aventurer à lancer de tels projets,
ne serait-ce parce que les Québecois avec
la TELUQ (Télé université du Québec) ont
une longue expérience de ces pratiques
de formation avec les technologies.
Comme son titre l’indique cet ouvrage
pose la question du coté de
l’apprentissage, c'est-à-dire qu’il
prend le parti de rechercher les
conditions d’une formation efficace pour
l’apprenant et non pas seulement rentable
et faisable du coté des
concepteurs/producteurs. Signalant que
la formation à distance n’est pas
adaptée à tous les auteurs rappellent
que « Toutefois l’usage des technologies
dans les contextes d’apprentissage
individualisé à distance, chez soi ou au
bureau, nécessite certaines qualités
personnelles telles l’autonomie, la
proactivité et la responsabilité face à
la formation visée »(p.150)
On regrettera que dans cet ouvrage que
l’analyse du processus d’apprentissage
ne permette pas de davantage poser la
question de ce que c’est qu’une
situation qui permet de développer des «
compétences ». Pourtant abordée en
filigranne cette question est
aujourd’hui au centre du questionnement
sur l’efficacité de la formation (à
distance ou non).
Saluons le fait que ce document apporte
un regard global et accessible sur cette
question qui permettra au néophite de
comprendre les enjeux et aux praticiens
d’interroger leur pratique. Chaque
chapitre est ponctué d’un résumé qui
donne déjà une bonne idée du contenu
abordé et de l’intention de ses auteurs.
Bruno Devauchelle
- Manuel à l’usage des parents dont les
enfants regardent trop la
télévisionTisseron Serge, Manuel à
l’usage des parents dont les enfants
regardent trop la télévision, Bayard,
Paris, 2004
Comme son titre l’indique, cet ouvrage
est destiné à répondre aux questions que
de nombreux parents posent à propos de la
télévision. En réponse à une
impressionnante liste de questions que
l’on a souvent entendues, Serge
Tisseron, auteur prolifique et réputé
(dans les médias aussi), propose un
discours accessible, presque de bon
sens. Reprenant dans cet ouvrage une
tradition inaugurée par D.Winnicot à la
radio après la guerre 39-45, et plus
récemment par Françoise Dolton, l’auteur
s’adresse à ceux qui sont directement
concernés par ses travaux en leur
proposant dans un langage accessible des
pistes de réflexion sur la place de
l’ensemble des TIC à la maison et leur
usage par les enfants. De la presse
enfantine à Internet et aux jeux vidéo,
l’ensemble des artefacts qui peuplent
désormais l’environnement des jeunes est
interrogé.
On retiendra particulièrement cette
phrase de la conclusion : « Certains
parents se plaignent qu’il n’y ait pas
suffisamment de communicaiton entre
leurs enfants et eux, et pourtant les
images nous y invitent à tout moment !
C’est aux parents de prendre
l’initiative de ces échanges : il y
garedront un contact avec leurs enfants
en même temps qu’ils les prépareront à
devenir des citoyens libres et
responsable ».
On pourra aussi méditer cette phrase
dans les salles des professeurs, tant
sur ce terrain des TIC il est
souhaitable que familles et enseignants
soient en dialogue….
On pourra aussi consulter ce mois ci les
revues scientifiques suivantes :
Revue Médiatique Récit et Société,
L’information pour enfant, n°34
Printemps, Louvain la neuve, 2004
Hermès (revue), les sciences de
l’information et de la communication,
Savoir et Pouvoir, (Dir. Dominique
Wolton), n°38, CNRS Editions, Paris,
2004
Bruno Devauchelle
- Favoriser la réussite en lecture
André Ouzoulias, Favoriser la réussite
en lecture : les MACLÉ. SCEREN
Versailles. RETZ, 255 p.
André Ouzoulias, prof à l’IUFM de
Versailles, notamment connu pour la mise
au point de l’outil d’évaluation Médial
et pour ses collaborations avec Rémi
Brissiaud, publie un précieux ouvrage
relatant son expérience en matière
d’aide aux élèves en difficultés en
lecture.
Le principe : une organisation interne à
l’école pour mobiliser toute ressource
adulte disponible (si possible formée à
l’enseignement…) pour organiser des
moments d’ateliers permettant de
travailler en petits groupes pour les
enfants identifiés comme les plus
fragiles aux évaluations CE2.
Les activités : centrées autour de trois
dominantes : compréhension, appropriation
du « système pluri-orthographique » (le
grapho-phono, les analogies
orthographiques, la ponctuation, les
marques syntaxiques…) et production
d’écrit.
Rien que vous n’ayez déjà appris à
l’IUFM ? Sans doute. Mais Andre
Ouzoulias entre dans le détail : une
trentaine de pages sont consacrées aux
situations à mettre en place dans la
classe, aux différents niveaux, du CE1
au CM. Chacun y découvrira sans doute
une activité qu’il a déjà pratiquée en
classe, mais le recensement est ici
varié et pertinent, travaillant sur tous
les aspects de la lecture/écriture.
La dernière partie de l’ouvrage expose
clairement les points de vue de l’auteur
sur les difficultés d’apprentissages, et
les conditions de la réussite.
Bref, un outil « à la Ouzoulias » :
sérieux, pragmatique, orienté sur la
mise en œuvre à partir d’une réflexion
théorique sans a-priori.
Ah, je ne vous ai pas précisé le sens de
MACLÉ ? Allez, vous trouverez bien vous
même à partir de deux indices : M pour
Modules et É pour Écriture…
Patrick Picard
- Le défi éducatif, des situations pour
réussir... Certes, le titre n’attirera
peut-être pas votre attention en tête de
gondole du libraire. Le problème, avec
les livres sur l’Education, c’est qu’il
en sorte dix par semaines, dont nombre
qui ne révolutionneront pas votre
pratique auprès de vos élèves. Le Café
vous recommande cependant chaudement la
lecture de celui-ci.
D’abord, parce que l’angle de recherche
des auteurs n’est guère répandu. La
psychologie sociale (c’est leur
spécialité) les amène de penser les
difficultés de l’élève non pas en
fonction de « troubles » ou de « manques
», comme l’envisagent certaines entrées à
la mode, mais en fonction des
inter-actions sociales que rencontrent
les sujets dans leur parcours scolaire.
Ça vous semble lointain, comme ça ?
Voyons du concret :
- on vous demande de « faire travailler
les enfants en groupe », mais dans votre
classe ça dégénère. Mais vous a-t-on déjà
montré comment faire ? Vous a-t-on déjà
précisé que certaines modalités du
travail de groupe étaient inefficaces ?
C’est le pari de Marie-Christine Toczek
- Vous ne savez pas comment « motiver »
vos élèves ? Et si la question n’était
pas là ? Ni carotte, ni bâton, mais
engagement volontaire. Trop facile ?
Robert-Vincent Joule explore quelques
principes d’action largement utilisés
par les vendeurs d’encyclopédies pour
amener leurs sujets à collaborer.
Dangereux et loin de votre éthique ? On
en reparle après lecture...
- Pas réussi, la faute à qui ?
Jean-Claude Croizet et Emmanuelle
Neuville jettent un sacré pavé dans la
mare des amateurs de dys- (lexie,
praxie, calculie...) vendeurs de «
nouvelles maladies déficitaires
particulièrement contagieuses » en
demandant de s’intéresser de près aux
conceptions de l’intelligence... et aux
compliments qui en découlent. Que
l’élève pense qu’il ne vaut rien en
biologie, ou qu’il n’a pas réussi parce
que l’exercice est trop difficile, ce
n’est pas la même chose...
L’intelligence, un acquis pour toujours,
ou une faculté qui se travaille ? Et pour
ceux d’entre vous qui penseraient que les
auteurs enfoncent des portes ouvertes, un
petit test à faire même sur la plage
(p.80) devrait vous remettre les idées
en place... L’auteur de ces lignes en
fit récemment la cruelle expérience...
Il serait fastidieux de faire ici
l’inventaire des autres chapitres qui
traitent de sujets aussi divers que la
violence à l’école, la mixité et
l’égalité des chances ou les conduites à
risques des ados.
La doxa n’a rien à voir avec les
sciences sociales, et c’est bien ce qui
nous donne quelques pistes d’actions
concrètes et efficaces...
Sous la direction de Marie-Christine
Toczek et Delphine Martinot
Le défi éducatif, des situations pour
réussir, Armand Colin
Patrick Picard
- P. Meirieu publie Le monde n'est pas
un jouet"Les élèves ont de plus en plus
de difficultés à sortir de la toute
puissance de l’égocentrisme enfantin, à
sortir de cet univers où le monde entier
est un jouet. Pour l’éducateur, le monde
n’est pas un jouet ; un enfant a le
droit d’arracher les yeux de sa poupée,
il n’a pas le droit d’arracher les yeux
de sa petite sœur… ce qui n’est plus une
évidence pour beaucoup d’enfants.
Sachons-le : le monde entier est devenu
un jouet et, pour beaucoup d’entre eux,
jouer avec le corps ou l’esprit de
l’autre est devenu une banalité. Avec
les jeux électroniques ou les émissions
de télévision, y a une convergence qui
conduit les enfants à penser que le
monde entier est un jouet". Cette
réflexion, Philippe Meirieu l'avait
menée sur Savoirs CDI voici quelques
mois. Il reprend cette image dans un
ouvrage qui est publié chez Desclée de
Brouwer et qui réfléchit sur de
multiples éléments de la vie quotidienne
: la télé-réalité, les jeux vidéo, la
télé-surveillance, le rapport à
l'autorité. Pour amener à une réflexion
centrale : comment comprendre un
phénomène aussi préoccupant que la
transformation du monde en gigantesque
ludothèque ? Comment réagir devant les
triomphes de l'instrumentalisation du
monde au service de nos fantasmes de
toute-puissance ? Comment agir pour
préparer un autre monde, qui soit plus
accueillant et solidaire ?
Entretien sur Savoirs CDI
http://savoirscdi.cndp.fr/rencontrelyon/
meirieu/meirieu.htm