Édition du 11/02/2005 -
François
Jarraud - Marie Fontana-Viala - François
Gadeyne - - A la Une : L'heure de vie de
classe"La création de l'heure de vie de
classe vise à prendre en compte la vie
des adolescents dans la classe en
permettant à chacun de trouver sa place.
Elle s'inscrit dans une tradition
pédagogique née au XVIIIème siècle".
Voilà ce que dit le prof. "C'est une
heure où l'on parle de ce qu'on veut, de
ce qui se passe au collège… Ca enterre
toute ma haine que j'ai contre les
profs. Elle est utile car les
professeurs principaux et les camarades
nous écoutent et ça résout les
problèmes… Elle fait réfléchir les
gens". Voilà ce que dit Laure, élève de
troisième. En effet, l'ouvrage d'Arnaud
Dubois et Muriel Wehrung lie la mise en
place de l'heure de vie de classe à un
courant pédagogique, celui de la
pédagogie institutionnelle. C'est dire
que sa diffusion réelle dans les
établissements est difficile. Elle
demande un véritable changement de
posture de l'enseignant. L'intérêt de ce
livre est de mettre en perspective cette
pratique dans la tradition de la
pédagogie institutionnelle tout en nous
offrant des exemples concrets
d'utilisation de cette heure. Car
l'heure de vie de classe ne sert pas
qu'à régler les conflits et nouer un
dialogue entre adulte et adolescents.
Elle se met aussi au service d'une
véritable éducation civique. Les auteurs
montrent comment la programmer pour
préparer et rendre compte des conseils
de classe ou pour aider les élèves dans
leur travail personnel. L'heure de vie
de classe apparaît alors comme un
dispositif particulièrement créatif et
innovant pour l'Ecole.
François Jarraud
A. Dubois, M. Wehrung, Professeur
principal. Animer les heures de vie de
classe, CRDP d'Amiens – Crap Cahiers
pédagogiques, Amiens, 2004, 172 pages.
http://crdp.ac-amiens.fr/cyberlib/sommai
re.htm
http://www.cafepedagogique.net/expresso/
index291004.php
- La France et les Français pendant la
Seconde guerre mondialeRéalisé par deux
professeurs d'histoire-géographie, édité
par le CRDP de Franche Comté et les Amis
du musée de la résistance et de
déportation de Besançon, ce coffret
multimédia comprend pas moins de trois
DVD.
Les deux premiers comprennent 17 films
originaux réalisés et commentés par les
auteurs en s'appuyant sur des images
d'époque. Ils évoquent la défaite et
l'armistice de 1940, la naissance de
Vichy et ses politiques, la vie
quotidienne, Vichy de 1942 à 1944 ainsi
que la Résistance et la Libération.
Chacun propose en complément des
documents bruts : discours enregistrés,
dont les célèbres allocutions de juin
1940, films de propagande, actualités
filmées. Le dernier DVD est une banque
de données d'un millier de documents :
tracts, affiches, dessins, presse,
photos, textes officiels etc. Tous sont
accessibles grâce à un moteur de
recherche efficace et d'un maniement
aisé.
On appréciera la parfaite adaptation de
ce coffret aux programmes du collège et
du lycée et aux conditions d'exercice
des enseignants. Par exemple, les films
sont courts (en moyenne 12 minutes) et
permettent donc d'aborder une question
et de la poursuivre par un débat en
classe. Ils reflètent l'état actuel des
connaissances et des problématiques.
Chaque film est accompagné d'une fiche
pédagogique, en général des questions
pour le collège et le lycée. Même
parfaite adaptation aux normes
pédagogiques : le film met l'élève dans
la situation qu'il connaît bien : celle
de l'enseignement frontal, l'acteur
habituel étant simplement remplacé par
une autre personne.
C'est peut-être là où réside notre
déception. Certes la qualité des textes,
parfaitement compréhensibles par les
élèves, rend ce coffret utilisable en
autonomie par les élèves. On pourra leur
faire faire des montages ou des exposés.
Certes le dossier documentaire donne la
possibilité de recherches autonomes par
les élèves. Mais on se souvient d'autres
outils qui croisaient les regards, qui
problématisaient davantage ou qui, à
partir d'une source de même nature,
amenaient à une véritable éducation
critique. Ce faisant ils allaient
au-delà de l'exigence du transfert des
connaissances.
Il n'en reste pas moins que ce coffret
multimédia est efficace et mieux adapté
à notre public que nombre de
documentaires diffusés à la télévision.
Il trouvera facilement sa place en salle
d'histoire – géographie. Ajoutons qu'il
est peu cher.
François Jarraud
Nicolas Arnaud, Laurent Garbin, La
France et les Français pendant la
Seconde guerre mondiale, diffusion CRDP
de Franche – Comté, 2005.
http://crdp.ac-besancon.fr/france-en-guerre/
- Jean-Pierre Vernant, La Traversée des fontières
"Pourquoi avons-nous besoin de la Grèce pour penser notre présent ?"
Jean-Pierre Vernant pose cette question au seuil d'un court texte ("Penser
la différence"), paru en 2002, et repris dans ce recueil. Elle éclaire le
titre de l'ouvrage, qui dessine l'axe de gravité de la réflexion de Vernant
au cours de ces dernières années.
Il s'agit donc, on l'aura compris, d'un recueil de textes (articles,
conférences, entretiens, etc.), déjà publiés ici et là, entre 1995 et 2002.
Ces textes paraissent hétéroclites, par leur propos, leur forme, leur
longueur... Ainsi, derrière l'idée de franchissement, le lecteur passe
d'Athènes à Vichy, de Troie à Strasbourg... L'auteur, dans sa préface,
reconnaît "effacer les frontières entre les âges de la vie".
Néanmoins, nous aurions tort de déplorer cet effacement, qui permet au
lecteur de franchir avec bonheur les âges de notre histoire. Et il ressort
de ce voyage une étonnante unité : une idée, rationnelle mais vivante, de
la mémoire. Celle-ci est indissociable de la vie humaine ; elle est, par
conséquent, à la fois une et complexe : à la fois "individuelle, sociale,
historienne", notre mémoire franchit elle-même les ponts, et ignore les
cloisons trop opaques. "La mémoire n'est pas en nous comme un organe qui
remplirait une fonction délimitée et précise" ("Histoire de la mémoire et
mémoire historienne", p. 127).
Jean-Pierre Vernant déploie ainsi quelques versants de sa propre mémoire,
rendant ainsi la nôtre plus lisible. C'est un anthropologue, un fin
connaisseur de la Grèce et de ses mythes. En tant que tel, il nous parle de
l'héroïsme, de la mort et du temps dans L'Iliade et L'Odyssée : comment les
Grecs, grâce à leurs mythes, pensaient-ils la mort, la gloire, et
l'immortalité ? Il prend chez Homère deux exemples : Achille, qui, par sa
mort, aussi glorieuse que précoce, continue de vivre dans la mémoire des
hommes, jusque dans l'idée de liberté qui est au cour de la démocratie
athénienne ; et Ulysse, qui, par ses récits et ses métamorphoses, invente
et élabore sa propre identité, réalisant ainsi son idéal de fidélité à
lui-même. La mémoire est toujours celle des hommes vivants.
Mais c'est aussi un témoin d'une guerre qui n'a pas fini, soixante ans plus
tard, de remettre en question notre rapport, collectif et individuel, à
notre histoire; en tant que tel, il pose, en particulier à propos de
l'affaire Aubrac, la question du témoignage.
C'est un grand-père enfin, conscient de pratiquer l'art immémorial de la
transmission.
Vernant nous apprend non pas à douter de tout (le bien et le vrai, le mal
et le faux, le passé et le présent), mais il nous invite, au contraire, en
nous rappelant que "l'homme est la mesure de toutes choses", à lire et à
penser en épousant les mouvements variés de la mémoire et des textes, qui
s'interprètent en se transmettant, et qui se transmettent en s'interprétant
- c'est-à-dire, fondamentalement, en se comprenant.
Marie Fontana-Viala, François Gadeyne
Jean-Pierre Vernant, La Traversée des fontières, Seuil, coll. La librairie
du XXIe siècle, oct. 2004.
Lire une interview de Jean-Pierre Vernant :
http://www.lire.fr/entretien.asp/idC=47849/idR=201/idG=8