Édition du 07-04-2005 -
François
Jarraud - - A la Une : Education et
normativitéLa crise actuelle de
l'éducation est-elle celle de l'école ou
un élément d'une modification profonde de
la société ? Le numéro 11 d'Education et
Sociétés, revue de sociologie de
l'éducation, apporte des réponses en
penchant vers le second terme. Des
nombreuses participations retenons celle
de François Dubet : "Les enseignants ont
sans doute raison de dire que leur
travail est de plus en plus pénible et
angoissant alors que, bien souvent, ce
travail pourrait sembler plus facile
avec moins d'heures de courts et moins
d'élèves. Le travail que faisait
l'institution doit être maintenant
accompli par les individus eux-mêmes.
Ils doivent motiver des "autrui" qui ne
le sont plus nécessairement, ils doivent
produire tout un travail de coordination
qui a perdu son caractère "naturel"..,
ils doivent en vérité faire des choses
contradictoires : faire entrer les
élèves dans une culture commune, les
préparer aux compétitions scolaires et
sociales et reconnaître chacun comme un
individu singulier… Tous ces problèmes
ne relèvent pas d'une crise…, ils ne
découlent pas de je ne sais quel
effondrement des normes…, ils sont
consubstantiels aux processus de
socialisation engendrés par la modernité
elle-même,par le désenchantement des
institutions, par l'entrée dans un monde
véritablement laïque". Gilles Ferréol,
université de Poitiers, préfère parler
d'un système qui boite "entre ce qui est
économiquement rentable, la vertu
égalitaire citoyenne et l'idéal de
bonheur individuel" et appeler à une
résistance.
Education et Sociétés, n°11.
http://universite.deboeck.com/livre/inde
x.cfm/GCOI/28011100475520
- Mémoire des usages"Comment
l'évolution des TICE est-elle analysée
par ceux qui l'ont vécue ? En quoi le
devenir des usages pédagogiques
dépend-il des outils, des dispositifs de
communication, des grandes fictions à
l'œuvre ?.. Quel impact sur les
pratiques non-Tice et sur les
compétences des élèves ?" C'est un
numéro bilan particulièrement riche que
nous proposent les Dossiers de
l'ingénierie éducative de mars 2005. Il
s'ouvre sur un article d'Anne-Marie
Bardi et Jean-Michel Bérard (IG) qui
retracent 35 ans d'informatique à
l'école. A-t-elle rempli toutes ses
promesses ? "L'essence même des
questions que les enseignants ont à
résoudre depuis la naissance de l'Homme
n'aura pas, elle, changé.. : comment
construire mon enseignement pour que les
élèves acquièrent au mieux l'ensemble des
compétences.. qui leur permettront de
devenir des citoyens actifs et
responsables ?... Il n'est pas certain
que l'ordinateur puisse aider le nouvel
enseignant dans cette réflexion".
Alors inutile, l'ordinateur ? Serge
Pouts-Lajus semble répondre à cette
interrogation. Rappelant que "la valeur
réelle des TIC dans l'éducation n'a
jamais cessé d'être mise en doute", il
passe en revue les différents arguments
avancés en faveur des TICE et souligne
leurs limites. Pourtant l'ordinateur a
bien sa place à l'école : "D'emblée la
présence de l'ordinateur a été fondée
sur un impératif culturel. La place des
ordinateurs dans la culture est telle
que l'éducation… ne peut plus se faire
sans l'apprentissage et l'usage de ces
machines. En vingt ans la démonstration
a été faite qu'elles étaient nécessaires
à l'éducation".
Pour Gérard Puimatto, le multimédia
éducatif a aussi sa place à l'Ecole
parce qu'il est "une composante qui
s'inscrit dans les 4 dimensions
pédagogique, technique, sociale et
économique et tisse des liens entre
elles". Il s'inscrit dans le faisceau de
relations complexes entre les acteurs de
l'école. Une vision nuancée par Jacques
Richard qui montre les résistances du
système éducatif aux TICE parce que
porteuses de rénovation. "La véritable
osmose entre pratiques pédagogiques et
TIC s'est faite à l'occasion de la mise
en place des TPE. A voir les
protestations des enseignants, des
syndicats…, de certains inspecteurs
contre leur suppression en classes
terminales, il y a des raisons d'être
optimiste… Les derniers adversaires de
l'intégration des technologies de
l'information et de la communication
finiront par comprendre le sens de la
rénovation pédagogique qu'elles
induisent".
On nous pardonnera d'arrêter là le
compte-rendu de ce riche numéro qui mêle
analyses et retour sur expériences et
retrace vingt ans de TICE.
Dossiers de l'ingénierie éducative,
n°50,mars 2005.
http://www.cndp.fr/DossiersIE/accueil.as
p?menu=sdl
Alain Chaptal
http://www.cndp.fr/tice/dossiersie/tribu
ne200503.htm
- A quoi servent les grands pédagogues
?"Comment démontrer l’influence (des
grands pédagogues) sur l’évolution de
nos pratiques, plus concrètement les
liens avec la théorie, et comment
celle-ci éclaire-t-elle nos décisions
dans le feu de l’action? Qui sont nos
mentors, les philosophes, sociologues et
psychologues, qui ont structuré notre
identité collective professionnelle?
Comment la filiation et la pérennité de
ces courants s’illustrent-elles dans nos
pratiques?" Ces questions extraites du
numéro de février-mars de la revue
québécoise "Vie pédagogique" illustrent
la révolution tranquille que connaît
l'enseignement québécois : la province
est engagée dans une réforme éducative
qui demande de construire des programmes
par compétences et par suite qui exige
une réflexion pédagogique plus élevée
des enseignants. D'où ce dossier sur
"les grands pédagogues" qui mêle
réflexion théorique et analyse de
pratiques autour de cinq grands enjeux
de la réforme : le statut des
connaissances, l'élève actif, l'approche
différenciée, le retour réflexif et la
métacognition et la citoyenneté.
Il s'ouvre sur un entretien avec
Britt-Mari Barth qui expose son modèle
de la médiation et de l'apprentissage.
"l’école ne doit pas être un lieu
d’accumulation de savoirs statiques qui
servent essentiellement à répondre à des
questions lors des examens. Ce qui compte
beaucoup, je pense, pour éviter cela,
c’est la conception que l’on a de ce
qu’est le savoir, car elle guide l’acte
pédagogique : le savoir est-il une
entité posée là comme un programme qu’il
faut « couvrir », ou peut-on plutôt le
concevoir comme un ensemble « d’outils »
qu’il faut apprendre à maîtriser?
Quelqu’un qui sait, un expert dans un
domaine, n’utilise pas son savoir pour
répondre à des questions du genre
stimulus- réponse; il pense avec le
savoir, grâce à lui il peut interpréter
des situations, résoudre des problèmes,
prendre des décisions… Le savoir est
donc inséparable de la capacité d’agir
et de participer à une culture donnée".
Le numéro propose de nombreux
témoignages d'enseignants sur leur
application de la réforme. Ainsi un
professeur d'histoire réfléchit au rôle
des connaissances dan une approche
centrée sur le développement de
compétences : ses élèves apprennent à
argumenter : "à « boucher »… Ils peuvent
étayer leur communication à l’aide
d’arguments solides… La tâche les amène
aussi à développer et à organiser leur
pensée : il faut ordonner
chronologiquement les événements, les
discriminer, les ordonner, les
organiser… Dans une épreuve
traditionnelle, des élèves peuvent avoir
90 sur 100, mais à partir du moment où on
leur pose des questions « entre les
lignes », cela ne va plus pour eux. Or,
quand ils ont à communiquer et à
justifier le bien-fondé de leurs
arguments, toute cette démarche de
recherche aide les élèves à mieux le
faire".
Un de ses collègues montre l'influence
de penseurs de l'éducation sociale sur
les pratiques enseignantes : " neuf
principes à la base de pédagogies
favorables à l’éducation sociale des
jeunes et tout particulièrement à
l’éducation à la citoyenneté : 1.
L’enseignant ne monopolise plus l’avant
et le centre des activités de la salle
de classe; 2. Les enseignants deviennent
moins instructeurs et davantage des
facilitateurs de l’apprentissage…; 3.
L’image de l’élève comme un vase vide à
remplir est rejetée; 4. Les élèves
participent activement à leurs
apprentissages et les orientent; 5. Les
classes, ouvertes et démocratiques, sont
caractérisées par le partage et le
respect mutuel entre les élèves ainsi
qu’entre le professeur et ses élèves; 6.
L’enseignant perçoit moins son rôle dans
le registre de l’autorité que dans celui
de la fonction qui consiste à aider
l’élève à grandir et à se développer; 7.
Le but principal de l’intervention de
l’enseignant est que l’élève ait de plus
en plus de pouvoir sur sa vie; 8. Le
curriculum prend racine dans la réalité
des élèves; 9. L’approche de résolution
de problèmes est privilégiée". D'autres
articles de ce très riche numéro
évoquent la métacognition, la pédagogie
différenciée, la coopération et la
citoyenneté. Au moment où le
conservatisme pédagogique voire l'ordre
moral le plus archaïque semblent
triompher en France, ce numéro de Vie
pédagogique apporte un peu d'air frais
et nous rappelle que décidément nous
sommes un pays singulier…
Vie pédagogique, n°134
http://www.viepedagogique.gouv.qc.ca/num
eros/134/numero134.asp
- Orientation : les métiers du
socialAssistant de service social,
médiateur familial, animateur
socio-culturel, éducateur spécialisé,
agent de développement local : ce
nouveau numéro de la revue de l'Onisep
"Parcours" fait connaître un secteur qui
a d'importants besoins de recrutement :
l'animation et le social. Il présente
les emplois, les métiers ainsi que les
formations pour les atteindre.
http://www.onisep.fr/national/librairie/
html/cadres/cadre_consultation.asp?type=p
romo
- Philosophie : La philo en
discussion"Où en est la philosophie ? La
première réponse peut se faire en forme
de paradoxe : d’un côté surgit
massivement une vive demande dans la
société, de l’autre, on assiste à un
essoufflement de l’enseignement
philosophique traditionnel… Au lieu
d’aborder la question de fond : «
Comment enseigner à l’ensemble d’une
classe d’âge, dans un lycée aujourd’hui
massifié, une discipline jadis pensée
pour des élèves socialement et
scolairement sélectionnés ? », le débat
professionnel se focalise depuis des
années sur le contenu des programmes, en
éludant une réflexion pédagogique et
didactique pourtant urgente". Et c'est
bien sur à cette réflexion que veut
mener ce numéro d'avril 2005 des Cahiers
pédagogiques, coordonné par Michel Tozzi
et Florence Carraud qui mêle réflexions
sur l'enseignement de la philosophie
dans le cadre actuel et éclairages sur
les nouvelles pratiques et leurs enjeux.
Ainsi Bruno Jay met en scène la figure
du prof de philo dans son habit de
"panseur" (plutôt que penseur) : "quand
l'élève entre dans la classe de philo,
il n'envisage pas son prof comme un
technicien des concepts, mais comme un
fils de Socrate, en tant qu'il y a du
"psy" chez Socrate". Comment rendre ce
transfert utile pour l'élève et la
discipline ? Nicole Grataloup propose 6
principes clairs pour démocratiser
l'enseignement de la philosophie, dont
la moindre est justement de ne jamais se
prendre pour Socrate. Avec Nicolas Go,
Iufm de Nice, on est déjà à la frontière
entre le cadre traditionnel et les
nouvelles pratiques. Ancien instit
Freinet devenu prof de philo il a adapté
à son enseignement des outils de la
pédagogie Freinet : "laissant de côté la
question de la leçon de philosophie…, je
souhaiterais relater la manière dont
l'ai abordé le problème de l'écriture
philosophique". N. Go a créé des outils
qui facilitent l'apprentissage de la
dissertation, particulièrement en série
STT.
La seconde partie de ce dossier présente
de nombreuses expériences d'introduction
de la philosophie au primaire, au
collège ou dans la société.
Jean-François Chazerans, Françoise
Carraud, Sylvain Connac, Thierry Bour,
par exemple, partagent leurs
expériences. Peut-être
préfigurent-elles, comme le donne à
penser même la loi Fillon, un
élargissement de la place de la philo
dans le système éducatif.
Les Cahiers pédagogiques, numéro 432,
avril 2005.
http://www.cahiers-pedagogiques.com/nume
ro.php3?id_article=1483