Bibliographie (Café N° 70)

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Édition du 25-02-2006

- François Jarraud -

- A la Une : Violence à l'école

"S'il est une chose nécessaire à propos de la violence à l'école c'est d'en prendre pleine et véridique mesure. C'est la seule manière d'échapper au fantasme affolant comme au fantasme inverse de la négation rassurante". Et c'est le premier apport du livre d'Eric Debarbieux, université de Bordeaux, directeur de l'Observatoire international de la violence à l'Ecole, que de donner une évaluation claire et même une définition de la violence scolaire.

E. Debarbieux analyse les statistiques officielles, par exemple ceux de Signa en France, et montre le sous-enregistrement des actes de violence. Celle-ci est plus présente qu'on ne le dit. Elle est en légère augmentation dans certains établissements. Surtout elle se manifeste rarement par des actes graves et exceptionnels. "Elle est surtout accumulation, répétition, usure et oppression". Pour les élèves, la violence c'est le manque de respect, les insultes,le racisme, les vols, les coups et le racket. Ce harcèlement des victimes induit l'échec scolaire.

L'ouvrage s'attaque aussi aux fantasmes politiques. Par exemple ceux des conservateurs qui lient la violence à une décadence générale de la société et à un trop-plein de pédagogie et prônent l'autorité, l'ordre et les manières fortes. Il en démonte les réseaux et les liens avec les organisations conservatrices, parfois religieuses. Or ce que montrent les travaux, en France et à l'étranger, c'est justement que, si le laissez-aller est négatif, il y a un lien entre l'autoritarisme, la violence institutionnelle et la violence scolaire. Ce lien, E. Debarbieux le démontre par exemple dans deux états africains où règnent les châtiments corporels et où les meilleurs établissements, à composition sociale égale, sont ceux qui ont abandonné la manière forte. Ce ne sont pas les profs paras qui "sauveront" l'Ecole !

Des nombreuses recherches menées dans le monde, E. Debarbieux tire des enseignements et propose des solutions pour les enseignants. "Il est prouvé que le style coopératif laissant un engagement fort aux élèves est lui aussi un facteur de protection, contrairement aux styles rigides ou au laisser-faire… En fait, facteurs internes et externes sont systématiquement liés : la composition, la stabilité et du couple style pédagogique de l'établissement sont aussi fonction de son implantation et l'on sait bien qu'aux USA comme en France l'instabilité des équipes est plus forte en zone "sensible" qu'en établissement favorisé".

"Chercheur en colère", il déplore le retour des punitions collectives et le discrédit jeté par les derniers ministres sur la pédagogie et l'atmosphère anti-pédagogique qui souffle sur la profession. "Ce manque de formation et ce conservatisme idéologique ont comme conséquence l'impossibilité d'incorporer des routines de prévention dans la pratique ordinaire des enseignants".

Agréable à lire, l'ouvrage constitue un véritable contre-feu aux dérapages sécuritaires actuels. Ce n'est pas rien. Surtout il propose aux établissements et aux responsables de l'Ecole des analyses argumentées, appuyées sur des travaux solides, des méthodes et finalement des pistes pour réduire la violence scolaire.

Eric Debarbieux, Violence à l'école : un défi mondial ?, Paris, Armand Colin, 2006, 315 pages.
http://www.inrp.fr/vst/Ouvrages/DetailPublication.php?&id=2[...]
http://www.ijvs.org
http://www.obsviolence.com

- Lire, dire, écrire en réseaux de Bernard Devanne

Il y a plus de 15 ans déja, Bernard Devanne, professeur d'IUFM normand, avait publié chez Armand Colin "Lire & écrire : des apprentissages culturels", deux volumes pour le cycle II et le cycle III. On était au début des cycles, et la littérature au primaire faisait encore beaucoup peur... Mais depuis, les instructions officielles de 2002 sont passées par là, et les éditeurs de manuels ont du estampiller leurs manuels "conformes aux nouvelles IO".
Or, B. Devanne est un de ceux qui ont le plus porté cette évolution demandée aux enseignants du primaire, dans le but de mieux armer ces élèves qui n'ont pas à la maison toutes les références qui mènent ordinairement à la réussite scolaire.

Ce nouvel ouvrage se veut donc une aide pour les enseignants, et souhaite ne pas les enfermer dans les "exercices" scolaires. Au contraire, il illustre la notion de "projet" (d'écriture, par exemple). A travers de nombreux exemples extraits d'œuvres littéraires, B. Devanne propose des pistes pour lire en réseau, décoder ce qui est implicite, produire des écrits courts ou des textes longs. C'est bien cette exigence des programmes (lire 10 oeuvres, produire de l'écrit, s'appuyer sur l'observation réfléchie de la langue pour construire les habitudes orthographiques...) que veut porter B. Devanne, à travers une attitude exigeante du maître pour faire entrer l'élève dans cette culture littéraire qui sera son sésame pour une entrée au collège réussie.
Un ouvrage riche sans être trop complexe, qui complétera les précédents, avec le recul des années...

Lire, dire, écrire en réseaux, Bernard Devanne, Bordas 2006, 16,30€, 222 pages

Patrick Picard


Voir aussi le dossier "Journal d'une GS en ZEP" en ligne sur le Café Pédagogique :
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/i3l.php
et l'article de B. Devanne sur la lecture :
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/i2l.php

- Violence : le regard du psychopédagogue

"Nous avons été, tous, très concernés par ce qui est arrivé à certains de nos collègues agressés physiquement. Qu'aurions-nous fait à leur place et dans quelle mesure cela peut-il aussi nous arriver? Nous savons bien que ces agressions physiques sont peu nombreuses, en tout cas, beaucoup moins nombreuses que les agressions verbales, mais elles sont, par nature, différentes: elles résultent, le plus souvent, d'un "passage à l'acte". Pouvait-on l'éviter? Pourquoi ce jeune, à ce moment là? Que faire?" Jacques Nimier nous invite à réfléchir à ces passages à l'acte et à essayer de les prévenir en nouant le dialogue. "Lui proposer de s'identifier à certains de ses camarades ou de se différencier d'autres, l'encourager pour les travaux qu'il effectue ou pour ses projets lui donnant ainsi des perspectives de réparation. Vérifier qu'il saisit la perche tendue. S'il la rejette: attention! Danger grave ! Aller chercher de l'aide auprès d'un collègue ou de l'administration. Le fait de se trouver face à un groupe d'enseignants et non devant une personne isolée est sécurisant pour celui qui se sent prêt à déraper".

Une réflexion qui est étayée par un dossier important. Ainsi J. Nimier décrypte les agressions verbales et nous invite à les écouter vraiment pour apporter la meilleure réponse possible.

Jacques Salomé interprète la violence des cités et invite les adultes à "descendre dans la rue pour s'ouvrir à une confrontation directe, retrouver un dialogue qui puisse prendre en compte l'écoute des besoins relationnels de leurs enfants". Jacques Demorgon la perçoit comme le symptôme d'une crise identitaire mondiale.
http://perso.wanadoo.fr/jacques.nimier/passage_a_l_acte.htm

- Quelles formations pour 2015 ?

"À l’horizon 2015, les domaines professionnels « agriculture, marine, pêche, sylviculture » et « industries légères (textile, cuir, bois, industries graphiques) » devraient poursuivre leur fort recul. Les domaines professionnels « mécanique, travail des métaux », « industries de process » et « gestion, administration » devraient perdre des emplois, après en avoir créé un nombre relativement important au cours de la période 1993-2002. Les domaines professionnels « électricité, électronique », « banques et assurances », « maintenance » et « bâtiment, travaux publics » devraient, soit continuer à perdre des emplois, soit continuer à créer peu d’emplois. Les domaines professionnels « communication, information, spectacles » et « études et recherche » devraient créer, en moyenne chaque année entre 2002 et 2015, autant d’emplois qu’entre 1993 et 2002. Le domaine professionnel « hôtellerie, restauration, alimentation » devrait voir ses effectifs progresser de 7 000 par an… Les domaines professionnels « ingénieurs et cadres de l’industrie », « fonction publique et professions juridiques », « enseignement, formation »et« tourisme et transports »devraient connaître une inflexion à la hausse de leurs créations d’emplois. Cette inflexion devrait être forte pour les trois domaines professionnels « fonction publique et professions juridiques », « enseignement, formation » et « tourisme et transports ». Quatre domaines professionnels devraient tirer l’essentiel des créations d’emplois entre 2002 et 2015 : « informatique », « commerce », « santé, action sociale, culturelle et sportive » et « services aux particuliers » (emplois familiaux, sécurité, etc.)".

Cette étude de la DEP (ministère de l'éducation nationale) tente de prévoir les besoins en effectif et en formation pour 2015. Premier enseignement : même en partant d'une hypothèse assez optimiste (taux de croissance de 2%), le nombre de jeunes sortant de formation (680 000) sera nettement supérieur aux emplois offerts (594 000). Malgré les départs en retraite massifs, le chômage se maintiendra donc à la hauteur de 7,4% en 2015.

Surtout l'étude permet d'évaluer les besoins de formation par niveau de diplôme. " Il est possible, grâce à cette étude, d’indiquer les domaines qui recruteront le plus de jeunes sortant du système éducatif : commerce, santé-action sociale, bâtiment-travaux publics, services aux particuliers, enseignement-formation, hôtellerie-restaurationalimentation, gestion-administration, et à quels niveaux de diplôme. Si certains domaines ont des besoins dans tous les niveaux de diplôme, d’autres sont davantage centrés sur quelques niveaux : niveaux élevés : études-recherche, enseignement- formation, informatique, banque assurances, fonction publique-professions juridiques ; niveaux inférieurs au baccalauréat : bâtiment- travaux publics, mécanique-travail des métaux, services à la personne, hôtellerie-restauration-alimentation".
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/ni/ni2006/ni0603.pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/readstep2.html


- La santé des jeunes

"Certains enseignements contribuent directement à développer des compétences en rapport avec la santé. D'autres... peuvent mettre en œuvre des activités, exploiter des situations ou des supports utiles pour l'éducation à la santé". Dans ce nouveau numéro de la revue V.E.I. Diversité, Nadine Neulat rappelle l'importance de l'éducation à la santé dans l'éducation nationale. Elle annonce d'ailleurs la publication par la Desco d'un livret sur "L'éducation aux comportements responsables au collège et au lycée".

La revue s'organise en trois parties consacrées aux recherches sur la santé des jeunes, à l'éducation à la santé et aux disparités territoriales.

Disons le : ce numéro prend parfois à rebrousse poil des convictions. C'est ainsi que Gilles Brandibas analyse les attitudes d'opposition de l'adolescent comme le signe parfois d'une maturation. "Refuser ne signifie pas systématiquement une opposition symptomatique, mais cela peut être le signe d'un processus de maturation et d'intégration de l'interdit….L'opposition à l'école participant à cette étape de maturation est une opposition constructive… Ainsi la santé psychique des adolescents… est le produit d'une interaction entre un environnement plus ou moins averti de ces manifestations et d'un adolescent plus ou moins à même de faire la part des choses entre ses conflits internes et ce qu'il perçoit du désir qu'ont les adultes de l'aider".

Marie-Christine Toczek dévoile la "face cachée de l'estime de soi". Pour elle, "l'idée communément admise selon laquelle une estime de soi élevée est une qualité indiscutable pour l'élève est remise en question : elle peut être contreproductive".

Mais VEI Diversité donne aussi à réfléchir sur la santé des jeunes, hors de tout contexte scolaire. Dans un remarquable entretien, Marie Choquet, Inserm, fait le point sur l'évolution de la santé des jeunes ces dernières années. Sait-on par exemple que "on a aujourd'hui une importante augmentation de la consommation de cannabis, dans des proportions inattendues : en l'espace de 5 ans, le taux a triplé". Elle signale également le doublement des suicides chez les filles, alors que les garçons ont un taux stable. Face à ces préoccupations elle communique ses déceptions face à l'immobilisme de l'Ecole.

Pourtant Marc Loriol, CNRS, dégage une évolution : celle de la médicalisation croissante de la souffrance des jeunes. Devant les difficultés d'accès à l'emploi,la société passerait d'une réponse sociale à une aide psychologique, niant la dimension sociale. Pourtant Marta Antunes-Maia retrouve celle-ci jusque dans les représentations des adolescents en matière de sexualité.

On le voit, ce numéro de VEI Diversité nous emmène loin dans un univers encore peu exploré par les enseignants alors même qu'ils ont un rôle croissant à y jouer : celui de la santé des jeunes.
http://www.cndp.fr/revueVEI/som143.htm


- Les méthodes en pédagogie

Il y a des Que-Sais-Je dont on se demande pourquoi ils n'ont pas été écrits plus tôt, tant leur lecture semble apporter un éclairage déterminant.

Le numéro 572, signé de Marc Bru, professeur à l'Université de Toulouse, traite des "méthodes en pédagogie". En 124 pages, l'ambition pourrait être disproportionnée, mais le résultat est tout à fait clair.

Dépassant l'opposition "traditionnel"/"méthodes actives", Marc Bru prend la peine de croiser les disciplines scientifiques qui peuvent contribuer à l'organisation du quotidien scolaire. Il montre comment s'enchevêtrent les différentes conceptions philosophiques de l'Education, les apports successifs de la psychologie, de la sociologie, de la psychologie sociale. Il distingue trois grandes familles de méthodes, de celle où l'élève "est agi" sans qu'on fasse une place importante à sa psychologie, à celle au contraire centrée sur le sujet en train d'apprendre. Il détaille enfin la troisième famille, d'origine plus récente, au sein de laquelle on tente de réconcilier le savoir et l'élève, dans une perspective où l'empreinte forte du maître organise des situations d'apprentissages rigoureuses.

A la lueur de cette catégorisation, il tente une lecture des méthodes d'enseignement de la lecture, dont l'approche rigoureuse tranchera avec la légéreté des points de vue ministériels récents...

De la même manière, il réinterroge les derniers avatars des pédagogies "différentiées" ou "par objectifs", tenant dans un dernier chapitre de regarder de près s'il est possible d'évaluer toutes ces méthodes d'enseignement, tentant de dégager les critères d'efficacité.

Sa conclusion n'étonnera pas ceux qui tentent de regarder ces phénomènes en essayant d'être lucide et efficace : la recherche savante manque encore cruellement de données sérieuses pour mesurer l'efficacité des différents paramètres. Pas vraiment nouveau, mais rassurant pour ceux qui ont encore un peu envie de se remonter les manches.

Patrick Picard

Marc Bru, Les méthodes en pédagogie, PUF, collection Que-Sais-je, janvier 2006.

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