Bibliographie (Café N° 71)

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Édition du 23-03-2006

- Blandine Raoul-Réa - François Jarraud -

- A la Une : Rapport mondial de l’UNESCO : Vers les sociétés du savoir

La révolution technologique appliquée à l’information et à la communication permet d'accéder à plus de connaissances pour un public plus nombreux. Toujours plus abondante et accessible par des moyens toujours plus performants, la mise à disposition de l’information est un facteur marquant des transformations de notre société du 21 siècle. Certes nous devons nous efforcer de réduire les fractures numériques ainsi que toutes les contraintes qui font que tous n’ont pas le même accès à l’information numérique à l’échelle planétaire, mais là où ce rapport de lUNESCO intervient est bien au-delà de ces constatations. Donner accès oui, mais aussi nous poser la question de savoir comment la transformer en savoir, comment la maîtriser. Plus que la société de l’information nous sommes dans des sociétés apprenantes. «Société apprenante» car nous sommes dans un nouveau type de société où "l’ acquisition des savoirs ne s’arrête ni aux murs des institutions éducatives (dans l’espace) ni à la fin de la formation initiale (dans le temps)" [p. 57]. C’est pourquoi la mutation des technologies induit celle des apprentissages. Le savoir de plus en plus accessible ne doit plus être le fondement de l’école, mais bien comment se l’approprier tout au long de sa vie.

Apprendre à apprendre

Il importe donc de donner, lors de la formation initiale, les moyens aux citoyens d’une réelle autonomie dans l’acquisition des savoirs. "Puisque l’accélération des progrès techniques rend de plus en plus rapide l’obsolescence des compétences, il convient, dans ces différentes sphères du savoir [les savoirs descriptifs (faits et informations), les savoirs de procédure (qui portent sur les « comment »), les savoirs explicatifs (qui visent à répondre à la question « pourquoi ? ») et les savoirs comportementaux.] (p. 60), d’encourager l’acquisition de mécanismes d’apprentissage souples, au lieu d’imposer un corps de connaissances bien défini. Apprendre à apprendre, cela signifie apprendre à réfléchir, à douter, à s’adapter le plus rapidement possible, à savoir questionner son héritage culturel tout en respectant les consensus : tel est le socle sur lequel reposeront dans l’avenir les sociétés du savoir.". Chacun pouvant être d’ailleurs consommateur ou/et producteur ce qui fait de la société du savoir une société de type collaboratif (voir l’importance des réseaux).
Ces sociétés du 21ème siècle se développent sur la base de la valorisation des savoirs –indispensable dans l’acte d’innovation. Cette culture de l’innovation prend en compte une formation, formation qui devient périssable. Périssable donc à réactualiser constamment et le plus souvent, au cours de sa carrière professionnelle, seul ou en formation continue. L’accent est alors mis sur la nécessité de "repenser, à l’aune de ces découvertes, les démarches sociales liées à la production et à la transmission du savoir –l’éducation, bien-sûr, mais aussi la diffusion publique des connaissances-, tout comme les supports matériels de leur pratique : livre, voix et écrans" [p. 61]. Les disciplines devront être repensées et le travail doit se faire en termes de compétences nécessaires à acquérir. Cette façon de penser remet en cause outre la définition des disciplines, mais aussi leur hiérarchie et modalités de transmission (cours magistraux). Une des conséquences est donc aussi de repenser l’évaluation.

Rôle des bibliothèques

La première condition est celle de l’alphabétisation. Elle en est à la base, mais elle ne sera plus suffisante. Cette transformation des apprentissages dans la société de l’information doit intégrer des transformations plus insidieuses comme celle de la lecture : la métamorphose des supports de connaissances implique d’autres repères à acquérir premièrement dans la lecture, mais aussi en terme de sélection des informations et d'assimilation »La bibliothèque, qu’elle soit spécialisée ou généraliste, de plus en plus souvent partagée entre un lieu physique et un espace virtuel, entre l’imprimé et l’écran, va désormais devoir assurer sont travail sur une masse documentaire considérable » [p. 66]. Son activité d’archivage se complexifie, mais sa mission de réduction de la fracture numérique, de la mission d’accueil du public et de la gratuité sont à défendre. La gratuité de l’information n’est pas possible. Le coût sera bel et bien exponentiel, parallèle à la masse disponible. Afin d’en assurer ses missions, il faudra multiplier les coopérations et les rapprochements. Mais il faudra aussi intégrer dans les apprentissages une méthodologie à l’exploitation documentaire en bibliothèque. "La capacité à tirer le meilleur parti d’une bibliothèque a toujours nécessité un apprentissage, parfois formel, mais très souvent informel, par la fréquentation du lieu et la familiarisation progressive avec les outils bibliographiques. Autrement dit, la bibliothèque est depuis longtemps un lieu où l’on apprend à apprendre et où s’élabore la transformation de l’information en savoir. Dans des sociétés apprenantes qui reposent sur l’apprentissage tout au long de la vie, les bibliothèques doivent promouvoir et faciliter l’apprentissage à tous les niveaux. […] Elles peuvent considérablement faciliter des parcours d’apprentissage qui s’individualisent. Les réseaux de stockage, qui ouvrent la perspective d’espaces de stockage virtuel permettant notamment un stockage à la demande, joueront un grand rôle dans le développement de l’autodidaxie. Du bibliobus au grand complexe architectural contemporain, la bibliothèque restera un pilier de la circulation sociale des savoirs et un facteur de vitalité pour les réseaux d’apprentissage. N’est-elle pas, avec ses fonctions cognitives et évolutives, le paradigme de l’organisation apprenante ?"[p. 68].

Dématérialisation des lieux d’apprentissage

Lieux de savoir et lieux d’apprentissages, les bibliothèques peuvent être le point de départ des nécessaires formations à l’exploitation du réseau Internet. L’e-learning en est une conséquence. Il permet d’assurer un suivi individualisé mais nécessite des développements. Ils sont à favoriser. Au-delà des offres institutionnelles, l’Internet tend à devenir le média privilégié de l’autodidaxie en fournissant des outils à l’apprentissage informel et en permettant de constituer des clases virtuelles » [p. 85]. L’éducation de base pour tous est une priorité. Les moyens de la mettre en œuvre se multiplient et il faut savoir les exploiter, les développer à cette fin d’accès de tous au savoir tout au long de la vie. Développer le partage et la coopération en matière de savoir est indispensable. Le développement et l’accès de tous aux nouvelles technologies est une condition nécessaire pour y parvenir, tout en préservant les savoirs autochtones et la diversité linguistique (attention à la globalisation).


Ce rapport de l’UNESCO ne se concentre pas uniquement sur ces questions fondamentales liées à la transformation des sociétés en sociétés apprenantes. La réflexion se poursuit à travers d’autres chapitres, tels que l’éducation tout au long de la vie, l’avenir de l’enseignement supérieur, la place de la recherche, les sciences, les risques, les savoirs locaux et autochtones, la fracture cognitive au partage du savoir, les femmes et dans les société dus savoir, la protection et le partage de la propriété intellectuelle, le renouveau des espaces publics démocratiques.
Un rapport à lire pour intégrer certains points dans nos pratiques d’enseignants.

Blandine Raoul-Réa

Bindé, Jérôme (dir. de publication). Rapport mondial de l’UNESCO : Vers les sociétés du savoir. Unesco, 2005. (Ouvrages de référence de l’UNESCO)
237 p. Isbn : 92-3-204000-X.

http://www.unesco.org/publications

- L'Ecole en santé

" École en santé propose une vision globale, car elle demande d’agir simultanément sur les facteurs clés du développement des jeunes au moyen d’un ensemble d’actions qui touchent à la fois les jeunes, l’école, la famille et la communauté. Intervenir sur plusieurs facteurs et à plusieurs niveaux permet d’obtenir un impact optimal. Cela s’explique, d’une part, parce que le jeune reçoit constamment les mêmes recommandations concernant la santé partout où il se trouve. D’autre part, les facteurs clés s’interinfluencent et constituent les fondements de plusieurs aspects de la réussite, de la santé et du bien-être". Ce nouveau numéro de la revue québécoise "Vie pédagogique" est totalement dédié à un concept intéressant : l'Ecole en santé.

Il s'agit d'une mobilisation de l'Ecole et de ses partenaires qui se fixe comme objectif le développement du jeune aussi bien sous l'angle de la santé physique que celui de son épanouissement social et psychologique. Cela inclut l'estime de soi, la compétence sociale, les habitudes de vie, les comportements, l'environnement familial et scolaire. Le programme va donc plus loin qu'un enseignement de consignes ou de connaissances. Il amène les parents et les enseignants à se mobiliser ensemble à travers des enseignements et des pratiques.

" Ce que les éducateurs et les administrateurs font dans une école parle aussi fort, plus parfois, que ce qu’ils disent. Les jeunes découvrent des façons d’être chez les adultes qui comptent pour eux. La mise en cohérence des matières à l’étude avec les façons d’étudier et d’être notés, avec le climat d’une école ou avec les apports des services complémentaires, a une tout autre portée que des exhortations périphériques. C’est pourquoi, si la prise en charge collective de ce domaine général de formation qu’est la santé, comme des autres sans doute, est ardue (…), elle est… crédible et (…) enrichissante pour les élèves. Nous parions sur une sorte de désenclavement interne, dans le curriculum, en matière de santé. Celui-ci correspond en toute cohérence à une perspective de plus en plus partenariale : école et famille, éducation et services publics de santé, école et ressources communautaires de son milieu d’enracinement".

Vaste programme donc, fort différent des exhortations de "l'éducation à la nutrition" ou à la sexualité des programmes français, qui laissent volontiers à l'EPS la gestion de l'épanouissement physique. Ce numéro donne quelques exemples d'application de ce programme lancé en 2003. Pour pleinement l'apprécier une consultation du programme officiel n'est pas inutile.
http://www.viepedagogique.gouv.qc.ca/numeros/138/numero138.[...]
http://www.mels.gouv.qc.ca/DGFJ/csc/promotion/ecoleensante.[...]

- Quel avenir pour les jeux vidéo à l'école ?

"Les jeux sont efficaces pas pour ce qu'ils sont, mais à cause de ce qu'ils incarnent et de ce que les joueurs font quand ils jouent". Après 25 années de prêche pour l'intégration des jeux vidéo dans l'enseignement, Richard Van Eck, University of North Dakota, signe dans Educause une analyse de l'apport pédagogique des jeux.

Il relève d'abord leur accointance avec les "Digital Natives", ces étudiants nés après l'apparition de l'ordinateur qui ont grandi avec Internet. Cette génération est habituée aux raisonnements inductifs, ont des habiletés visuelles et aiment croiser les sources d'information. Toutes choses qu'on retrouve dans les jeux. Mais pour R. Van Eck le principal intérêt des jeux est dans les processus d'apprentissage mis en œuvre. Ainsi dans les jeux il faut apprendre des règles fixées par l'environnement du jeu et mises en pratique dans le jeu. On a là une forme d'apprentissage efficace. R. Van Eck retrouve dans les jeux des principes définis par Piaget. Le jeu amène le joueur à résoudre des conflits cognitifs. "Jouer demande à élaborer un cycle constant d'hypothèses, de test et de révision". Quand le jeu est trop simple, il n'intéresse plus.

Le même numéro d'Educause montre l'intérêt pédagogique de certaines applications nouvelles du Web 2. Ainsi, pour Bryan Alexander, les nouvelles plateformes peuvent aider les apprentissages d'étudiants, comme Goggle News et Memeorandum peuvent faire accéder les élèves à des points de vue différents.
http://www.educause.edu/pub/er/erm06/erm062.asp

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