Bibliographie (Café N° 72)

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Édition du 26-04-2006

- François Jarraud -

- A la Une : Améliorer l'école

"Penser qu'on peut améliorer l'école signifie que l'école peut quelque chose, qu'elle peut faire mieux ou moins bien…Les recherches mettent en évidence le fait que l'école agit à partir d'un contexte social qui en détermine fortement les effets, mais que néanmoins… certaines approches pédagogiques, certains établissements, certains systèmes éducatifs produisent des effets différents". Denis Meuret et Gaëtane Chapelle croient donc encore dans l'école et c'est forts de cette opinion qu'ils nous proposent un livre fort et utile.

Disons le tout de suite : le livre ne dit pas comment améliorer l'école ! A la différence des pamphlets qui inondent les librairies, il ne propose pas de solution miracle pour l'école. Il va bien plus profondément demander à des spécialistes d'analyser les difficultés de l'école et de faire le point sur les solutions testées et sur leurs résultats.

La première partie de l'ouvrage s'attache aux enjeux majeurs de l'école. D'abord les inégalités sociales. Il faut lire Marie Duru-Bellat affirmer que "une part de l'avantage dont bénéficient les enfants de milieu favorisé ne s'explique pas par des facteurs individuels mais bien par le fait qu'ils fréquentent des contextes scolaires plus propices à la réussite" pour comprendre que réduire les inégalités sociales à l'école n'est pas un problème "technique" mais bien politique. François Dubet évoque les "vaincus de l'école". Georges Felouzis parle des inégalités ethniques face à l'école. Eric Debarbieux de la violence scolaire.

Une seconde partie s'intéresse aux acteurs et aux modèles. C'est la partie la plus comparative même si tous les pays du monde semblent engagés vers un modèle unique d'école. La gouvernance locale est-elle plus efficace ? Les parents doivent-ils choisir leur école ? Branka Cattonar et Anne Barrère s'intéressent même aux opinions et aux conceptions des premiers acteurs : les élèves et les enseignants. B. Cattonar cite Dubet : . L'imaginaire a aussi sa place dans les attentes des élèves et finalement dans les dysfonctionnements. Pour Anne Barrère, les enseignants devraient avoir des compétences relationnelles comme "la capacité à interpréter les langages… employés par les adolescents, le tact… et enfin l'humour".

Une dernière partie s'attache à des politiques possibles. Claude Thélot y défend sa vision du socle commun (diversifier les moyens, personnaliser l'apprentissage) qu'il ne retrouve pas dans la loi Fillon. Robert E Slavin témoigne d'un programme d'apprentissage de la lecture qui fonctionne aux élèves. Il mobilise l'ensemble de la communauté éducative sur la lecture : il n'est question ni de globale ni de syllabique... Marcel Crahay a les mêmes hésitations sur les pédagogies efficaces : bien sûr redoublement et classes de niveau ont fait les preuves de leur inefficacité. Mais "il reste beaucoup à faire en matière de recherches" entre autre parce que les recherches française et anglo-saxonne travaillent dans des directions opposées.

Les adulateurs, les condamnateurs, ceux qui cherchent LA solution pour l'école auront depuis longtemps laissé choir le livre. C'est que les conclusions des chercheurs sont tout en nuances et particulièrement sur ce qu'il faut faire.

Alors inutile ce livre ? Bien au contraire je le juge indispensable. D'abord parce qu'en 200 pages il résume sans caricaturer l'ensemble des débats et des connaissances sur la crise de l'école. C'est un tour de force qui n'est possible que parce que les coordonnateurs de l'ouvrage se sont adressés à des spécialistes reconnus. Les enseignants ont ainsi des synthèses claires et courtes qui sont indispensables pour vraiment réfléchir sur l'école et son avenir.

Ensuite parce qu'il permet de fixer les caractères de plusieurs scénarios pour l'école. Des scénarios négatifs qui rendraient l'école plus inégalitaire et moins accueillante ou des scénarios positifs qui en amélioreraient le rendement y compris en terme d'égalité sociale. "Chacun des scénarios… est une caricature. Mais qu'il est utile d'expliciter, peut-être, pour bien se rappeler que la recherche en sciences sociales, lorsqu'elle étudie l'école, n'est pas sans voix, qu'elle offre des pistes d'action, des scénarios... Parmi lesquels les citoyens devront choisir, de toutes leurs voix".

Ces voix, l'actualité récente montre qu'elles peuvent agir. C'est aussi pour cela que ce livre est vivement recommandé.

Gaëtane Chapelle, Denis Meuret, Améliorer l'école, Paris, Puf, 2006, 268 pages.

Présentation par l'INRP
http://www.inrp.fr/vst/Ouvrages/DetailPublication.php?id=24[...]


- Apprendre et faire apprendre

"Les enseignants et formateurs du début du XXIème siècle doivent-ils se résoudre aux difficultés d'"apprendre et faire apprendre" ou peuvent-ils espérer comme leurs prédécesseurs que la psychologie scientifique puisse les aider dans leur pratique ?... Peuvent-ils définir les conditions nécessaires pour apprendre, les situations ou les contextes plus favorables que d'autres ? Savent-ils comment l'individu s'engage dan ce processus ? Oui. Cet ouvrage prend le parti de l'affirmer. Et se donne l'ambition de rendre ces réponses accessibles". Gaëtane Chapelle et Etienne Bourgeois, dans l'introduction à "Apprendre et faire apprendre", fixent clairement leur ambition : faire bénéficier les enseignants d'une synthèse efficace des apports de la recherche sur les apprentissages.

Et pour cela ils ont fait appel aux spécialistes aussi bien cognitivistes que psychologues sociaux. L'ouvrage s'articule en trois grandes parties. La première s'intéresse aux progrès des connaissances dans le fonctionnement cérébral. Serge Laroche présente les mécanismes cérébraux et neuronaux. Michel Fayol décrit le fonctionnement de la mémoire forcément impliquée dans l'acte d'apprendre.

Une seconde partie analyse les conditions sociales des apprentissages. Quelle influence a le climat de classe ? Dans quelle limite joue "l'effet maître" ? Les chercheurs montrent par exemple comment la mise en compétition, la stigmatisation de certains, la comparaison des résultats sont défavorables aux apprentissages. La dernière partie s'intéresse donc à la motivation. Etienne Bourgeois montre comment elle se construit au carrefour de la confiance en soi, de l'image de soi, des préjugés et de l'histoire.

L'ouvrage est-il un manuel dont on pourrait suivre les recettes pour "réussir" sa classe ? Non bien sur. "Néanmoins", avertissent les éditeurs, "même si la science ne peut dire la vérité, nous pensons utile d'affirmer qu'elle peut décrire des conditions nécessaires- mais non suffisantes ! – pour apprendre… Mieux les connaître ne rendra aucun enseignant infaillible face à l'apprenant… Mais cela peut l'aider à mieux fonder ses pratiques".

Cette raison seule suffirait à motiver la lecture de cet ouvrage. Il a aussi une autre utilité. Face aux pamphlets qui inondent les bacs de librairie et qui brassent idées creuses, désinformation, flatteries et mépris, cet ouvrage apporte des réponses scientifiques qui peuvent faire raisonner ceux qui veulent vraiment améliorer l'école.

Chapelle, Gaëtane, Bourgeois, Etienne, (dir.), Apprendre et faire apprendre, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, 304 pages.

Présentation par l'INRP
http://www.inrp.fr/vst/Ouvrages/DetailPublication.php?id=24[...]

- Le rapport 2006 de la Banque mondiale

"Si les pays prennent les dispositions nécessaires pour que les institutions fassent respecter sans discrimination les droits des individus, les droits politiques et les droits de propriété, ils pourront attirer beaucoup plus d’investisseurs et d’innovateurs et être bien plus efficaces pour fournir des services couvrant l’ensemble de la population. À terme, une plus grande équité peut être un facteur d’accélération de la croissance". Ce souci d'équité est affiché par la Banque mondiale qui publie, sous le titre "Equité et développement", son rapport annuel 2006.

La Banque relève que " les tendances de l’inégalité dans le monde varient. Entre 1960 et 1980, il y a eu une baisse marquée des inégalités d’espérance de vie entre les pays, baisse favorisée par les importants progrès qu’ont accomplis les pays les plus pauvres du monde sur ce front… Mais depuis 1990, la propagation du VIH/SIDA (surtout dans de nombreux pays d’Afrique) et l’augmentation des taux de mortalité dans les économies en transition (d’Europe de l’Est et d’Asie centrale en particulier) ont réduit à néant certaines des avancées antérieures. La crise du SIDA a fait chuter l’espérance de vie de façon dramatique dans certains des pays les plus démunis de la planète, et grandement creusé de la sorte l’écart avec les pays plus favorisés".

L'inégalité existe aussi face à la scolarité. "L’action engagée pour égaliser les chances dans l’enseignement scolaire doit viser à ce que tous les enfants acquièrent au moins le bagage de base nécessaire pour prendre une part active dans la société et dans l’économie mondiale qui est la nôtre aujourd’hui. Même dans des pays à revenu intermédiaire tels que la Colombie, le Maroc et les Philippines, la plupart des enfants qui achèvent le cycle de l’éducation de base n’ont pas un niveau suffisant… Les possibilités d’accès à l’école sont essentielles — en particulier dans les pays très pauvres — mais, dans de nombreux pays, ce n’est souvent qu’une petite partie du problème. L’élargissement de l’accès à l’éducation doit être complété par des politiques axées sur l’offre et des politiques axées sur la demande. Il n’existe pas de formule magique pour cela, mais, parmi les interventions possibles du côté de l’offre, nous pouvons citer l’augmentation des incitations offertes aux enseignants, l’amélioration de la qualité de base des infrastructures physiques scolaires, ainsi que la recherche et l’application de méthodes pédagogiques permettant d’améliorer l’acquisition des connaissances des élèves qui n’obtiennent pas de bons résultats lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes. Du côté de la demande, il existe maintenant de très nombreux éléments d’appréciation qui montrent que l’attribution de bourses subordonnées à l’assiduité des élèves est une mesure qui donne des résultats".

Le rapport annuel de la Banque constitue une source d'information appréciée sur le développement mondial. Attention : certaines annexes statistiques n'étaient pas accessibles le 2 avril au soir.
http://siteresources.worldbank.org/INTWDR2006/Resources/477[...]
http://econ.worldbank.org/external/default/main?pagePK=6416[...]

- Transmettre vraiment la culture à tous nos élèves

"Eh bien non, la culture ne doit pas être réservée à ceux qui ont envie de culture (d'ailleurs s'ils en ont envie ce n'est pas un hasard mais plutôt la résultante de lois sociologiques pour l'essentiel..). Nous ne devons pas travailler seulement pour ceux qui sont dès le départ motivés… Il faut œuvrer pour tous, avec tous. Et c'est là le point de départ de ce livre". Jean-Michel Zakhartchouk est professeur de français dans un collège de ZEP et rédacteur des Cahiers pédagogiques. C'est aussi un homme un peu en colère devant le mépris des élèves et l'élitisme ambiant même quand il se déguise sous un habit rouge…

Avec "Transmettre une culture à tous les élèves", il nous livre à la fois des réflexions sur l'importance du passage culturel à l'Ecole et de nombreux exemples de pratiques de classe. Pour lui, l'enseignant doit se garder du relativisme."Face à des élèves qui peuvent vite cataloguer ces chefs d'œuvre que nous aimons en "trucs pour bourges" ou "pour les vieux", il est important à la fois de ne pas douter de notre mission et de trouver les bonnes stratégies". Il doit aussi se garder du découragement et avoir confiance dans sa mission culturelle. "Le monde scolaire se doit d'être l'allié du monde de la culture dans un refus commun du confinement de l'individu dans ce qu'il est spontanément… et d'un abandon du plus grand nombre à la culture dite de masse, au monde du people et de l'instant".

Tout le pari est donc dans l'obligation de rendre les élèves actifs et créatifs. Sur ce point, l'ouvrage offre de nombreux exemples qui concernent toues les disciplines, y compris l'enseignement professionnel. Ainsi Patrick Perrier, PLP, qui fait travailler ses élèves sur l'histoire de la mode pour les amener à réfléchir au "beau". Céline Balki, prof de lettres, a aidé ses élèves à réaliser un spectacle, une belle façon de changer leur rapport au monde et à soi. Chantal Dulibine, prof de lettres également, disserte sur "l'art d'ouvrir les huîtres en cours de français et les ruses pédagogiques"… L'ouvrage offre ainsi une trentaine de témoignages.

Ces profs sont-ils extraordinaires ? Oui sans doute mais il sont aussi formés ou auto-formés. Et Jean-Michel Zakhartchouk explique dans la dernière partie du livre que "devenir passeur culturel ne s'improvise pas. Il ne suffit pas d'être soi-même cultivé".

L'ouvrage se lit assez goulûment. Et on lui sait gré à la fois d'éveiller notre imagination avec tant d'exemples réussis et de nous ramener à notre rapport personnel à la culture. Parce que, souvenons nous, il n'est pas sans rapport aussi avec notre attachement à ce métier.

Jean-Michel Zakhartchouk, Transmettre vraiment une culture à tous les élèves. Réflexion et exemples de pratiques, Amiens, CRDP, 2006, 234 pages.

Sommaire, extraits, travaux d'élèves
http://crdp.ac-amiens.fr/librairie/vient_de_paraitre/accuei[...]

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