Bibliographie (Café N° 73)

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Édition du 27-05-2006

- François Jarraud - Didier Missenard -

- A la Une : Conduire un projet élèves

"Le premier effet observé de la pédagogie du projet, c'est la construction ou la reconstruction de l'image de soi… Dans le prolongement de la question précédente, redonner du sens aux apprentissages est un autre aspect déterminant de la pédagogie de projet". Avec ce petit livre, Michel Huber, docteur en sciences de l'éducation, présente de façon concrète les objectifs, les bases scientifiques et les moments d'une pédagogie du projet.

Issue des travaux de Piaget et de P. Freire, la pédagogie du projet fait partie des pédagogies de l'émancipation. Elle vise aussi à remobiliser l'élève sur un projet scolaire et à effacer les "cicatrices scolaires". Pour autant elle pose ses exigences aux enseignants. "La pédagogie du projet –élèves est un magnifique outil à condition de respecter une certaine méthodologie. En effet, mal appliquée, elle peut être totalement dévoyée". Aussi, M. Huber pose les conditions d'une réussite. Parmi celles-ci on n'évite pas la question de l'évaluation. M. Huber propose des grilles précises d'évaluation.

La pédagogie de projet a été introduite officiellement dans l'Ecole à travers les PPCP, IDD et TPE. Deux de ces dispositifs ont été remis en question par F. Fillon et son successeur. Par ses conseils, l'ouvrage de M. Huber peut nous aider à maintenir leur place dans le système éducatif.
Michel Huber, Conduire un projet-élèves, Paris, Hachette, 2005,142 pages.
http://www.recit.net/article.php3?id_article=542
http://www.enseignants.hachette-education.com/siteseducatio[...]

- L’imaginaire et l’enseignement des mathématiques

Le parcours de Jacques Nimier explique bien le regard singulier qu’il peut avoir sur l’enseignement. Enseignant de mathématiques en Lycée, il fut ensuite nommé à la chaire de psychologie clinique de l’Université de Reims, puis comme directeur adjoint à l’IUFM de Reims. Cette double compétence, sa pratique de l’enseignement et de la formation lui ont permis ce livre vivant et éclairant.

Vivant, car il s’appuie sur une collection d’entretiens avec élèves, professeurs et chercheurs en mathématiques, dialogues qui sont parfois drôles, parfois émouvants. À tout le moins, ces entretiens montrent bien que l’investissement affectif qui est placé dans les mathématiques n’a souvent rien d’anodin.

L’analyse croisée de ces témoignages a permis à l’auteur une typologie des représentations que l’on peut avoir des mathématiques. Votre mathématique est-elle : une loi structurante, un objet outil, un objet idéal, un autre monde, un mauvais objet ou un objet phobique ? En s’appuyant sur les entretiens, l’auteur fait une description et une analyse fine et convaincante de cette typologie.

Au gré de cet ouvrage au questionnement riche, l’auteur pointe le fait que la représentation que chacun peut avoir des mathématiques est (fortement) liée à son histoire personnelle, met en perspective les problèmes d’éducation avec le rôle croissant de l’imaginaire dans notre culture, aborde des pistes de remédiation (et les dangers qu’elles peuvent receler), parle de la dialectique communicante code - corps, de l’importance de l’écoute dans l’acte d’enseigner, de l’indispensable dédoublement qui fonde la formation…

Jacques Nimier donne des pistes à la fois pour comprendre ce qui est en jeu dans l’enseignement (et, singulièrement, dans celui des mathématiques), et pour l’améliorer (à travers par exemple le jeu ou l’appréhension de la dynamique des petits groupes). Il conclut par une dizaine de pages de perspective relativement à la formation initiale, puis à l’évolution du système éducatif.

Ce livre apporte un regard passionnant sur notre activité d’enseignement. Professeurs et formateurs y feront progresser leur connaissance de ce qui fonde leur travail : ils y trouveront aussi moult questions sans réponses immédiates… En cela, paradoxalement, il est pleinement éclairant.
(Didier Missenard)

Jacques Nimier, Camille a la haine et… Léo adore les maths. L’imaginaire dans l’enseignement, Paris, éditions Aléas, 2006.
http://perso.wanadoo.fr/jacques.nimier/livre.htm

- La culture scientifique

"Si l’on en croit les enquêtes réalisées en Europe, les sciences font aujourd’hui partie des matières scolaires les moins appréciées. En ne répondant pas à leurs questions, en traitant les sujets de manière abstraite, cet enseignement provoque le désintérêt des jeunes. Plus grave encore, l’éducation scientifique fabrique de l’exclusion ; de nombreux adolescents et jeunes adultes ne voient en elle qu’un facteur de sélection scolaire par l’échec". André Giordan ouvre ce numéro 443 des Cahiers pédagogiques consacré à "La culture scientifique" sur cette évocation de la crise des sciences à l'Ecole.

Une crise qui est d'abord questionnée sur son principe même : comment réconcilier l'homme moderne et une science qui apparaît autant destructrice que créatrice. "Le rétablissement de liens organiques entre l'activité scientifique et la vie culturelle me paraît une condition indispensable à une réorientation de la première, qui serait un approfondissement de la seconde" affirme Jean-Marc Lévy-Leblond. Pour lui c'est la condition d'une société démocratique : "si aujourd'hui nous sommes en mesure de choisir nos dirigeants,…, les choix en matière de technosciences échappent très largement au débat démocratique". Bertrand Delamotte (Cnrs) dénonce un enseignement des maths décalé : "existe-t-il une culture mathématique ? On pourrait en douter dans le cadre scolaire où elles sont trop souvent enseignées comme un produit fini au lieu de participer à la formation de l'esprit critique".

Alors comment faire accéder à cette "culture scientifique" ? De la main à la pâte à l'apprentissage du monde en 3ème, la revue soumet aux lecteurs, parfois de façon critique, des pratiques innovantes. Elle pose aussi la question des lieux de la culture scientifique ateliers, clubs, tout est bon pour ouvrir à la culture scientifique.
La culture scientifique, Cahiers pédagogiques n°443,mai 2006.
http://www.cahiers-pedagogiques.com/numero.php3?id_article=[...]

- L'invention de l'école des filles

"Instruire les filles ? A quoi bon ? Il faut se méfier de cette engeance "pire que le démon" et dont l'intervention "dérègle" le cours des choses, comme disait le doux Fénelon". En introduction à l'ouvrage de Michel Fiévet, l'historienne Michelle Perrot rappelle qu'en pays catholique, aux 17ème et 18ème siècles, "l'instruction populaire des filles n'est pas une priorité".

Elles n'en ont que plus de mérite les Angèle Mérici, Louise de Marillac, Françoise de Bermont, Anne de Xaintonge, Marguerite Bourgeoys qui s'acharnent à créer des écoles pour les filles. Bien sûr, elles oeuvrent sous contrôle d'hommes d'Eglise. L'enseignement est plus préoccupé de décence et de contrôle des corps que de savoir. "Encadrement et normalisation progressent plus que l'instruction". S'ajoutent à cela les difficultés de l'enseignement populaire. Ainsi, chez les Ursulines, les élèves reçues gratuitement sont à 50 par classe quand les élèves payantes ne sont jamais plus de 20. Chez les Chanoinesses de Saint Augustin, il faut, avec obstination, ruser avec les vœux, la hiérarchie et les statuts pour éduquer les petites filles pauvres.

Michel Fiévet fait connaître ces pionnières. Comme le dit M.Perrot, "enseigner, enseigner les filles, c'est une manière d'agir et de s'affirmer, de contester les limites imposées aux femmes, tout en s'y conformant. Entre contrainte et liberté, ainsi cheminent ces "Amazones".

Michel Fiévet, L'invention de l'école des filles, Des amazones de Dieu aux 17ème et 18ème siècles, Paris, Imago, 2006, 237 pages.
Sommaire
http://www.editions-imago.fr/IMAGO/listeauteur.php?recordID[...]


- L'absentéisme scolaire

"L'absentéisme nous choque parce qu'il est sans doute la critique la plus radicale de l'école. Les élèves chahuteurs et violents manifestent d'une certaine manière leur intérêt pour l'école. Les élèves absentéistes votent avec leurs pieds et disent qu'elle leur semble ni utile, ni intéressante". Ouvrant l'ouvrage collectif "L'absentéisme scolaire, du normal au pathologique", François Dubet fournit une clé d'un certain type d'absentéisme, celui du refus.

Mais c'est la richesse de cet ouvrage que de multiplier les points de vue et d'accorder une large place aux pédopsychiatres et à leur lecture du phénomène. Ainsi le psychiatre Patrick Delaroche analyse des cas précis et nous faut comprendre leurs rapports avec des ressorts psychologiques puissants. Michel Basquin lit certaines formes d'absentéisme comme une tentative de faire reconnaître des souffrances en atteignant les parents à un endroit sensible : la scolarité. Si les pédopsychiatres illustrent largement l'ouvrage de leurs analyses, il comporte également des témoignages d'enseignants et des analyses pédagogiques.

Finalement c'est la lecture sociologique du phénomène qui semble un peu délaissée.
Présentation Inrp
http://www.inrp.fr/vst/Ouvrages/DetailPublication.php?id=24[...]

- Le droit de la vie scolaire

"La robe rouge du juge remplacerait-elle la blouse grise du maître ?" Aujourd'hui l'école n'est plus à l'abri des démarches contentieuses à propos de tout et n'importe quoi : suppression de la sieste à l'école maternelle, exclusion de collégien etc. Face à cette judiciarisation, les enseignants sont souvent bien démunis. L'ouvrage de Yann Buttner, André Maurin et Blaise Thouveny veut aider les utilisateurs de l'Ecole, professeurs, parents et élèves, à y voir plus clair en synthétisant et ordonnant les règles du droit.

Ainsi il aborde les questions de la scolarisation, par exemple l'inscription des élèves étrangers, de l'orientation et de ses recours, des activités périéducatives, du respect du droit d'auteur, des droits des élèves, des accidents et des poursuites des enseignants. Sur chaque point il apporte des réponses claires, dans la mesure où les textes le permettent.

Pour les auteurs, "si l'Ecole se trouve saisie par le droit, c'est là une réalité qui d'une part concerne l'ensemble des acteurs du système éducatif, d'autre part s'intègre au concept même d'éducation… Il importe de se convaincre de l'enrichissement de cette "intrusion" (du droit) pour les usagers mais également pour les personnels".
Buttner Yann, Maurin André, Thouveny Blaise. Le droit de la vie scolaire : écoles, collèges, lycées. Paris : Dalloz (Etats des droits), 2005, 492 p.

- Les pédagogies de l'apprentissage

"Ces pédagogies centrées sur la réussite de l'apprentissage scolaire et les moyens de la réussite des apprenants ont, en utilisant les apports des théories cognitivistes, procédé à l'inversion du processus pédagogique, en se décentrant du processus d'enseignement et en privilégiant le processus d'apprentissage. Elles ont ainsi renversé les rapports maîtres – élèves, enseignants – apprenants et ont produit une véritable prise en compte de l'élève en redonnant dans le triangle pédagogique, une place dominante à la relation apprenant / savoir et au rôle médiateur de l'enseignant". Dans ce petit ouvrage, devenu un classique, réédité par les PUF,Marguerite Altet, directrice de l'Iufm de Nantes, présente les pédagogues de l'apprentissage et nous laisse les découvrir à travers de brefs extraits.
Marguerite Altet, Les pédagogies de l'apprentissage, Paris, PUF, Quadrige, 2006, 128 pages.
http://www.unige.ch/fapse/SSE/groups/life/livres/Altet_R199[...]
http://www.aideeleves.net/index.htm

- Un kit pour l'éducation interculturelle

"Il est facile de dire "je ne suis pas raciste"… Il est difficile de dire "je veux prendre mes responsabilités pour faire en sorte que, à l'avenir, les choses changent". Selon cet ouvrage du Conseil de l'Europe, la population européenne compterait environ 10% de racistes, 40% de personnes ayant des penchants racistes, autant de tolérantes et 10% de personnes engagées contre le racisme. Clairement, le racisme a progressé et les anti-racistes pourraient se trouver minoritaires.

Le "kit pédagogique" est donc une arme pour mobiliser les anti-racistes et soutenir leur cause. Persuadés que "les jeunes ne peuvent parvenir à comprendre leur position… sans une compréhension des circonstances internationales et nationales qui façonnent leur monde", l'ouvrage commence par une argumentation en faveur de l'éducation interculturelle. La seconde partie est une véritable boîte à outils contenant des méthodes et des activités à exploiter avec les jeunes.

Le kit pédagogique offre une assez grande variété de scénarios ludiques, adaptés à des niveaux différents et qui permettent de travailler les stéréotypes, générer de l'empathie pour les personnes déplacées ou prendre conscience de la discrimination dans la vie quotidienne. Ces exercices peuvent aussi servir à souder le groupe et à le mobiliser pour des actions.

On ne peut que recommander une large diffusion de cet ouvrage.
Tous différents tous égaux. Kit pédagogique. Idées, ressources,méthodes et activités pour l'éducation interculturelle informelle avec des adultes et des jeunes, Conseil de l'Europe, 2005, 224 pages.
Le kit pédagogique (zippé)
http://www.democratie-courage.com/documents/kit.zip
Rappel : un autre outil très performant
http://www.cafepedagogique.net/disci/ecjs/37.php

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