Bibliographie (Café N° 74)

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Édition du 24-06-2006

- François Jarraud -

- A la Une : Enseignant, passeur culturel

Ce dont ont besoin vraiment les enseignants souhaitant s’impliquer, c’est d’abord du temps pour réfléchir ensemble, pour se former, pour travailler en partenariat. Mais ce temps nécessite, pour être bien utilisé, beaucoup de professionnalisme et de rigueur. Il faut attribuer des moyens importants à partir de projets et non de façon mécanique. Même chose pour la diminution des effectifs. J’ai des collègues qui, d’après ce que je vois quand la porte de leur classe est ouverte, ou d’après ce que disent à l’occasion les élèves, n’arrêtent pas de parler et parler, et ne mettent jamais vraiment les élèves en activité. À quoi bon réduire le nombre de leurs élèves? En revanche, quand je travaille sur un projet d’écriture d’un récit long, avec des jeunes de 13-14 ans, comme je le fais en ce moment, j’ai besoin de passer beaucoup de temps avec des petits groupes, d’être aidé par la documentaliste, etc." Interrogé par la revue québécoise Vie pédagogique, Jean-Michel Zakhartchouk défend l'idée d'une politique zep centrée sur les projets des équipes pédagogiques.

Il doit aussi s'expliquer sur un phénomène qui paraît surprenant au Québec : "en suivant de loin les débats français sur l’école, on comprend mal le procès de complot contre la culture que dressent divers intellectuels médiatiques à ceux et celles qui travaillent avec cœur à l’amélioration de la pratique pédagogique". Pour J.-M. Zakhartchouk, "il ne suffit pas de clamer qu’il faut faire étudier Victor Hugo et qu’il ne faut pas renoncer à travailler sur Mozart. Il faut trouver les chemins adéquats, en passant par l’actualité, par les formes familières aux élèves (y compris en « récupérant » ce qu’on peut trouver dans la pub, par exemple) et par diverses astuces et ruses".
http://www.viepedagogique.gouv.qc.ca/numeros/139/vp139.pdf
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index310306.php

- Ecole et violences

"Depuis son émergence au début des années 1990, le spectre de la montée des violences en milieu scolaire réapparaît de manière récurrente dans les discours médiatiques et politiques". Cécile Farra et Daniel Faggianelli regroupe dans ce numéro de Problèmes politiques et sociaux, une série d'études qui apportent une vaste somme d'informations sur le phénomène.

Il convient d'abord de le présenter. Laurent Mucchielli, François Dubet, Eric Debarbieux, par exemple, en montre les aspects sociologiques ou scolaires. Une seconde partie s'intéresse aux causes de la violence scolaire. On y retrouve les principales thèses. Responsabilité des médias ? X. Molénat n'y croit pas. Démission des familles ? A. Barrère et N. Sembet montrent plutôt des styles d'autorité différents entre Ecole et familles populaires (généralement plus strictes). Les chercheurs invitent donc à chercher les causes dans l'organisation sociale : ségrégation scolaire (G. Félouzis), désacralisation de l'ordre scolaire (E Prairat), problèmes sociaux F.. Dubet) etc.

L'ouvrage nous amène donc au débat actuel. Faut-il dépister précocement les enfants violents ? Faut-il mettre en place des pédagogies alternatives ? En une centaine de pages, cet ouvrage permet de mieux comprendre la violence scolaire.
Cécile Carra, Daniel Faggianelli, Ecole et violences, Problèmes politiques et sociaux, n°923, avril 2006, 120 pages.
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/revues-collections/p[...]
Rappel : Article d'Eric Debarbieux
http://www.cafepedagogique.net/disci/article/71.php

- L'Ecole et l'estime de soi : une question française

"L'Ecole est un espace où l'estime de soi est durement mise à l'épreuve. Lieu de passage et de rencontre de nombreux partenaires aux objectifs différents, lieu de socialisation et d'étude pour les élèves, lieu d'espérances et de déceptions pour les parents, lieu d'évaluation et de sélection pour les enseignants, l'établissement abrite autant et peut-être plus de déconvenues que de succès, ce qui ne crée pas le climat favorable à l'instauration d'une saine estime de soi". Marie-Joseph Chalvin ouvre ce dossier d'Education & Management par un bilan : la question de l'estime de soi concerne tous les acteurs de l'Ecole.

Et d'abord les professeurs. Ecoutons Jean-Yves Langanay, IPR, souligner les blessures narcissiques infligées par un mode d'inspection qu'il souhaite voir évoluer. "Si le critère premier de leur recrutement reste l'excellence disciplinaire, il ne suffit plus. Les inspecteurs sont de plus en plus conscients d'agir au nom d'une institution et dans une appréhension de plus en plus globale et systémique… Leurs pratiques doivent être marquées par l'exigence éthique et déontologique qu'appelle la réponse à la question de l'estime de soi". Il invite donc les inspecteurs à prendre en compte les différentes dimensions du métier, à "des rencontres et des échanges pédagogiques plus fréquents et diversifiés", à "aider l'enseignant à sortir de son isolement", à s'attacher au projet de l'établissement : n'est ce pas reconnaître que le mode d'inspection "à la française" est à revoir ?

Evidemment, la question concerne aussi les élèves. Yves Dutercq rappelle que "les enseignants français ont, dans leurs évaluations, tendance à insister sur les échecs plus que sur les réussites des élèves" et relève la faible diffusion des recherches en ce domaine. D'après Pierre Merle, "un collégien sur cinq s'est déclaré senti souvent ou assez souvent humilié par son professeur". Cette culture du "rabaissement scolaire", qui rappelle tant le mépris vécu par nombre d'enseignants lors des inspections, nuit évidemment aux résultats. Pour P. Merle "les recherches ont montré que les jugements des enseignants influencent davantage la réussite des élèves faibles que celle des élèves forts".

Ne serait ce que par ces analyses, complétées par bien d'autres articles, ce numéro 31 d'Education & Management mérite de circuler dans les établissements. Alors on s'étonne qu'il n'ouvre pas sur des questions et des perspectives. Cette culture du mépris scolaire est-elle une spécificité française ? Peut-on évaluer autrement ? Comment font nos voisins ? Au moment où on veut baser les politiques éducatives sur des évaluations rigoureuses, pourquoi ne pas observer chez nos voisins comment se construit l'évaluation des uns et des autres et en rendre compte ?
Education & Management, numéro 31, mai 2006.
http://www.crdp.ac-creteil.fr/scripts/cyberlibrairie/result[...]%20et%20management
Rappel : Entretien avec Pierre Merle
http://www.cafepedagogique.net/disci/article/66.php

- Des outils pour les mathématiques

"De fait, dans de nombreux établissements,le programme de mathématiques dans certaines classes (cycle central du collège,seconde GT) n'est pas appliqué". Ouvrant le numéro 54 des Dossiers de l'ingénierie éducative, Jacques Moisan, doyen de l'Inspection générale de maths, fait le point sur les utilisations des TICE en mathématiques. Si "aujourd'hui enseigner les mathématiques nécessite impérativement d'enseigner en même temps l'usage des outils de calculs, de représentation ou de programmation", l'Inspection est bien consciente des limites de l'entrée des TICE dans cet enseignement.

Pourtant bien des progrès ont été réalisés : utilisation des logiciels de géométrie, logiciels de calcul, exerciseurs, calculatrices etc. Mais J. Moisan plaide pour l'introduction d'une épreuve pratique de mathématiques au brevet et au baccalauréat. "Cette épreuve consisterait en la résolution d'un ou plusieurs exercices avec utilisation d'un ordinateur ou d'une calculatrice évoluée". Pour Didier Roussel, IREM, la situation est meilleure en enseignement professionnel : "les TICE via les outils de visualisation collective… opèrent une rupture importante par rapport aux méthodes traditionnelles moins efficaces sur des élèves en instance de décrochage dans les matières générales".

Mais l'essentiel de ce numéro est consacré aux applications pédagogiques. Didier Missenard, du Café, en présente les évolutions et les limites : si Internet offre de nouveaux documents aux élèves, le soutien souffre encore d'un manque de logiciels performants. Calculatrices, logiciels de géométrie, vidéoprojection, sites personnels (le mathoumatheux, l'e-cureuil par exemple) sont présentés en situation d'enseignement. La dernière partie de la revue évoque la mutualisation entre enseignants et particulièrement Sésamath et son manuel numérique libre.

Ce Dossier offre donc une vision assez exhaustive des usages des TICE en mathématiques. Les enseignants y trouveront des exemples de séquence, des conseils concrets pour utiliser les TICE et des interrogations pour l'avenir.
http://www.cndp.fr/DossiersIE/54/som54.asp

- Eduquer à la citoyenneté

"L'éducation active à la citoyenneté n'est pas une affaire de recettes miracles mais de stratégies pédagogiques sous-tendues par la volonté d'une part de donner sens aux connaissances et aux concepts enseignés et, d'autre part, de mettre les valeurs et les principes que l'Ecole souhaite construire au cœur de son fonctionnement comme au cœur des classes et de la construction des apprentissages". Dans ce "guide de poche de l'enseignant" sur "Eduquer à la citoyenneté", Jean-François Vincent, président de l'OCCE, opte pour une définition ambitieuse et militante de l'éducation à la citoyenneté.

C'est qu'éduquer à la citoyenneté ce n'est pas seulement transmettre des connaissances mais aussi piloter un apprentissage délicat pour toute institution scolaire. Aussi J.-F. Vincent divise-t-il l'ouvrage en 6 objectifs : construire l'estime de soi, s'approprier des valeurs nécessaires pour vivre ensemble, faire l'apprentissage de la démocratie participative, construire le rapport à la loi, articuler droits et obligations et finalement éduquer aux médias.

Le programme est vaste, le guide "de poche". Pourtant l'auteur ne sacrifie rien d'essentiel. La grande force de l'ouvrage est même de nous proposer, sur chaque thème, des questionnaires et des fiches pédagogiques pour agir sur nos pratiques et se lancer dans une éducation à la citoyenneté qui est aussi, pour J.-F. Vincent, celle de l'apprentissage coopératif.

Au total, un petit livre à emmener en vacances pour réfléchir et prendre des résolutions de rentrée.
Jean-François Vincent, Eduquer à la citoyenneté, Paris, Delagrave, 2006, coll. Guides de poche de l'enseignant, 108 pages.
http://www.delagrave-edition.fr/fiche/?isbn=2-206-08955-6

- Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans

"Cette tentative de définition de la personnalité des enfants dès leur plus jeune âge constitue un véritable enfermement; ils seront définitivement catalogués, devenus des objets décrits par le premier psy qu'ils auront eu la malchance de rencontrer… On retrouve dans cette recherche la tentative de voir en chacun des humains le simple aboutissement des informations qu'il a reçues lors de sa conception. Cette hypothèse du tout génétique est à l'opposé du regard des généticiens qui sont conscients de la pauvreté de cette dotation initiale". Personne mieux qu'Albert Jacquard ne pouvait l'affirmer dans sa préface à l'ouvrage du collectif .

On sait que ce collectif s'est constitué en réaction à un rapport de l'Inserm qui définissait une nouvelle maladie,"le trouble de comportement" et demandait la détection et la surveillance des enfants dès l'âge de trois ans. La pétition lancée par le collectif frôle les 200 000 signatures et reste d'actualité : le projet de loi sur la délinquance juvénile pourrait en reprendre plusieurs points.

L'ouvrage réunit les contributions de spécialistes hostiles au rapport : pédopsychiatres, pédiatres, psychologues, sociologues, spécialistes de la prévention ou de l'éducation. Ils démontent le texte et mettent à nu l'idéologie qui le sous-tend. Ainsi, Pierre Suesser, pédiatre, rappelle que "inciter à dépister "la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme, l'index de moralité affective bas" renvoie à des notions sujettes à caution et inadéquates chez de jeunes enfants. Préconiser d'inscrire à 3 ans dans le carnet de santé "n'a pas de remords, ne change pas sa conduite" conduit à situer les professionnels dans un registre normatif et moral et non plus médical".

Le sociologue Laurent Muchielli porte la contradiction sur la notion même de délinquance. Il explique que des études portant sur des jeunes de Grenoble et Saint-Etienne ont montré que 76% d'entre eux avaient fraudé dans les transports dans les 2 années précédentes, 32% acheté un objet volé, 24% volé dans un grand magasin, 18% dégradé un espace vert. Alors tous malades à surveiller ?

Philippe Meirieu rappelle la "méthode d'observation systématique des enfants" mise au point par Albert Huth, conseiller du gouvernement allemand de 1928 à 1945. Lui aussi appelait à distinguer des catégories physico-morales chez les enfants "pour mieux les éduquer". Il partait du principe selon lequel "il n'est pas possible de faire faire à n'importe quel enfant n'importe quoi". Pour P. Meirieu, "voilà justement l'argument d'autorité implicite dans tous ces travaux et qui les oriente toujours : l'éducation n'est pas un élément significatif dans le développement de l'homme et, en dernier ressort, celle-ci se résume à une opération de tri qui, par ailleurs, permet d'optimiser le fonctionnement économique et social". Le combat contre le rapport de l'Inserm est d'abord celui des enseignants, du moins de ceux qui posent le préalable de l'éducabilité.
Le collectif "Pas de zéro de conduite", Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans !,Paris, érès, 2006, 240 pages.
La pétition
http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/index.php
Le livre
http://www.edition-eres.com/resultat.php?Id=1836
Rappel : L'analyse du Café
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index230905.php

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