Bibliographie (Café N° 75)

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Édition du 15-09-2006

- François Jarraud -

- A la Une : Philippe Meirieu nous invite à construire l'Ecole du futur

"Il faut passer du chemin unique, où les enfants n'ont d'égalité des chances que sur le papier, où les moins adaptés sont envoyés au fur et à mesure dans des structures de relégation… à une institution permettant à tous les élèves d'apprendre ensemble et à chacun de voir reconnaître ses besoins éducatifs particuliers". Dans un nouvel ouvrage, à quelques mois des présidentielles, Philippe Meirieu invite les Français à inventer une nouvelle Ecole.

A l'opposé des innombrables pamphlets sur l'Ecole, il appelle à la reconstruire sur les valeurs traditionnelles de la République : la liberté et la solidarité. "Enseigner c'est être convaincu, en même temps que tous les élèves peuvent apprendre et qu'on ne peut pas obliger un élève à apprendre". Une position qu'il oppose au "darwinisme éducatif" des anti-pédagogues qui pensent que les plus adaptés survivront dans tous les cas.

Que nous propose P. Meirieu ? Une refonte profonde du système éducatif autour d'une Ecole fondamentale de 3 à 16 ans, une filière unique qui revendique l'hétérogénéité. A la sortie de cette Ecole, le lycée pourrait accueillir tous les élèves dans des filières différentes mais avec un fonds culturel commun.

Différencier sans exclure. P. Meirieu ne croit pas en l'efficacité "du socle commun". Pour lui, "l'idéologie du socle risque de nous engager dans une impasse. Nous continuons, en effet, à donner des objectifs sans nous interroger sur les moyens de les atteindre… L'acharnement à faire acquérir le socle ne pourra fonctionner qu'avec des élèves moyens, déjà motivés et peu en retard. Pour les autres, l'important est de reconstruire la voie d'accès aux connaissances. Il vaut mieux pour eux faire un détour par la culture plutôt que s'entêter à leur faire acquérir des connaissances". Il préconise une pédagogie du projet qui s'appuie sur les œuvres patrimoniales et qui reconnaisse et développe l'esprit de décision des enfants. Une pédagogie qui puisse permettre un brassage hétérogène fondateur de démocratie. Et quiexige une modification profonde de l'institution scolaire.


Plus d'Etat et plus d'autonomie.. P.Meirieu invite à ce que l'Etat s'investisse enfin dans la fixation des objectifs sociaux et éthiques de l'Ecole. Et à ce qu'il s'impose moins dans son fonctionnement quotidien. Autonomie des établissements, élection des chefs d'établissement, reconnaissance du rôle éducateur des enseignants avec une présence élargie sur l'établissement, invitation à l'innovation et la réflexion pédagogique commune : voilà autant de propositions à mille lieues du chemin emprunté par les derniers ministres.

Aux citoyens de décider ! C'est dire que P.Meirieu croit à la fois que la réforme de l'éducation nationale est possible et que l'Ecole puisse jouer son rôle auprès de tous les élèves. "Fort heureusement… nous sommes dans une République où les citoyens peuvent décider collectivement qu'il n'est pas acceptable d'abandonner une partie de sa jeunesse sans éducation… Nous sommes dans un pays qui a montré sa capacité à inventer des institutions pour permettre le développement de chacun dans la solidarité de tous". L'ouvrage s'appuie sur les propositions des lecteurs du Café pédagogique. "La consultation ouverte sur le site du Café pédagogique, relayée par France Inter, a été essentielle pour l'élaboration du présent ouvrage. Elle a permis de recueillir une multitude de propositions qui prouvent à quel point nos concitoyens ont à cœur de faire progresser leur Ecole".

Le Café vous invite à lire l'ouvrage et à continuer le débat. "C'est à chaque lecteur et à chaque lectrice de prolonger, à sa manière, la réflexion entamée ici… Qu'il avance de nouvelles analyses et de nouvelles hypothèses… Qu'il se fasse entendre ainsi auprès de ceux qui briguent nos suffrages. Pour que ces derniers s'engagent clairement sur des projets précis… Bref pour que les citoyens, enfin, construisent l'Ecole"

Philippe Meirieu, Ecole : demandez le programme !, ESF éditions – France Inter – Café pédagogique, Paris, 2006, 159 pages, 12,90 euros. Parution : fin août.
Présentation de l'ouvrage
http://www.esf-editeur.fr/pedagogie/e-docs/00/00/57/6C/[...]
Poursuivre le débat sur le blog du Café :
http://inter.cafe-leblog.net/index.php

- Le Guide pratique de la rentrée

Quels nouveaux textes s'appliquent à la rentrée ? Quels nouveaux programmes ou évaluations ? Dans ma discipline, que faut-il savoir pour démarrer l'année ? Au moment où le système éducatif est profondément remis en question par le pouvoir politique, la question de ses orientations se pose de manière particulièrement urgente.

Le Guide pratique de la rentrée 2006 proposé par le Café pédagogique permet de comprendre ce que seront les enjeux et les combats de 2006-2007. Il a une attention particulière pour les enseignants débutants. Ils y trouveront les conseils, les aides, les ressources pour démarrer un métier qui reste humainement très riche.

Un Guide spécial pour les parents. Socle commun, PPRE, méthode de lecture, note de vie scolaire, nouveau brevet, nouvelles filières au lycée… Comment se retrouver dans toutes ces évolutions ? Comment intervenir dans l'établissement ? Comment participer à l'orientation de mon enfant ? Comment l'aider dans ses travaux scolaires ? Comment mieux le comprendre ? Le "Guide des parents" propose des données, des analyses, des pistes pour accompagner, aider et comprendre son enfant.

En téléchargement. Les deux guides sont proposés gratuitement en téléchargement sur le site du Café. Faîtes les connaître !
Les sommaires des deux guides
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/r2006/index.php
L'affichette pour la salle des profs (en pdf)
http://www.cafepedagogique.net/pdf/aff_2006.pdf

- Contes et fables pour l'enseignant moderne

"Il n’y a pas d’enseignement, pas d'apprentissage, encore moins de formation, sans illustration, sans recours aux images (récits analogiques, métaphores malicieusement choisies, références animales empruntées à un bestiaire effrayant. N’en déplaise à certains, il n’a jamais été possible et, il le sera de moins en moins, d’avoir un enseignement fait seulement d’une rationalité, rigide, trop fortement déductive, sans pause imaginative; pour apprendre, les jeunes ont besoin d’avoir leur attention, leur mémorisation, leur logique attirées par de l’image. Ce qui peut nous paraître trop abstraitement clair risque de ne pas leur laisser de repères de mémoire". Il est rare de voir un ouvrage pédagogique se lancer sur le terrain de la fable. C'est pourtant le chemin qu'ont pris André de Peretti, ancien directeur à l'INRP, et François Muller, coordinateur de la mission Innovalo de l'académie de Paris.

Dans l'ouvrage des deux complices, tout n'est donc que détour, allégorie, allusion et imagination. La forme convient bien aux vacances : "il se pourrait qu'il soit malin d'ouvrir l'ouvrage à n'importe quelle page" préviennent les auteurs. Et pourtant le livre aborde les points les plus sérieux du métier d'enseignant et de l'institution éducative.

Ainsi on appréciera cette "visite dans un mystérieux sérail" où se murmurent des paroles bien connues : "Le niveau baisse, le niveau est tombé; ils ne veulent rien savoir…" où chacun reconnaîtra les propos de salles des profs tenus par les conservateurs de l'Ecole. L'ouvrage consacre plusieurs fables aux difficultés de l'évaluation. Ainsi la fable "des animaux républicains" montre qu'elle doit être plurielle et savoir reconnaître les efforts ("on ne fait pas d'effort si l'on n'a pas confiance"). C'est aussi une façon d'aborder la question du socle commun.

La fable du "rat des villes et du rat des champs" montre l'influence de l'environnement sur les résultats des élèves : l'effet Pygmalion, l'effet Rosenthal, l'effet Milgram ou encore l'effet placebo. Le mythe, si français, de la moyenne est lui aussi soumis à critique.

D'autres points sont soumis aux lois de la fable. Ainsi la parabole des porcs-épics nous interroge sur la communication avec les élèves et les collègues. Plusieurs réflexions renvoient aux bases d'une formation renouvelée des enseignants.

Ecrit avec sérieux mais dans un style alerte, de lecture facile, l'ouvrage couvre ainsi les grands enjeux du système éducatif et souscrit aux usages de la fable : il propose aux enseignants une morale. Il trouve toute sa place dans le sac de plage de cet été. "Notre vœu est de toute façon de vous permettre d'envisager votre profession avec esprit et de retirer des arguments métaphoriques ou des illustrations qui pourront intervenir comme intermèdes dans la saga de votre profession". Certaines fables, telle "les chevaux et la chance", ouvriront de façon profitable la réunion de rentrée avec les élèves.

André de Peretti et François Muller, Contes et fables pour l'enseignant moderne, Paris, Hachette Éducation, 2006, 224 pages.
http://francois.muller.free.fr/contes/index.htm
http://www.enseignants.hachette-education.com/siteseduc[...]

- Apprendre à lire à l'école

"Ce livre repose sur une conviction, forgée au fil de notre propre expérience de chercheurs et de formateurs : la qualité de la communication entre parents et enseignants influe positivement sur celle de l'apprentissage des élèves". Pour Roland Goigoux et Sylvie Cèbe, ce dialogue "suppose que les maîtres sachent expliquer et justifier leur travail". Il implique également que les parents connaissent les méthodes d'apprentissage mises en œuvre par les maîtres. Et c'est tout l'intérêt de ce petit livre que d'entrer dans la vie de la classe et d'exposer en détail ce que font les enseignants pour l'apprentissage de la lecture et pourquoi ils le font.

Mais on est bien obligé de lui trouver une seconde nécessité : celle de rompre avec le débat caricatural, entretenu par les médias mais aussi par des déclarations ministérielles, sur les méthodes de lecture. "Soucieux d'éviter les caricatures qui ont ajouté à la confusion et accru l'inquiétude de tous, nous avons rédigé cet ouvrage pour redonner confiance dans le travail des enseignants en le rendant plus transparent".

Et cela commence par un décryptage de la fameuse circulaire sur la lecture de mars 2006. "Il ne faut pas croire ceux qui affirment que la méthode syllabique est préconisée. Ce sont les approches combinant analyse et synthèse que le ministre recommande aujourd'hui. L'arrêté… exige en effet "le recours à deux types d'approches complémentaires".

Les auteurs montrent que ce texte est en accord avec la recherche qui a écarté également méthodes syllabique et intégrale. Il montre précisément les limites d'un apprentissage avec la méthode syllabique et égratigne au passage les textes d'un manuel célèbre. Il souligne aussi les limites de la recherche. "Les recherches scientifiques ne permettent pas (encore) de savoir quelle est la meilleure manière de faire… En effet on ne compte que peu de travaux qui se sont attachés à étudier les pratiques des enseignants et leurs effets sur les apprentissages des élèves".

Alors si la solution n'est pas dans la méthode, comment puis-je aider mon enfant ? R. Goigoux et S. Cèbe s'attachent à conseiller les parents : que faire avec les enfants à la maison ? Comment aider l'enfant à relire ? Comment faire face à des refus ? Comment faciliter la mémorisation orthographique ? Que faire avec un enfant qui apprend mal ? A chaque question les auteurs apportent les réponses que permettent la recherche et l'expérience acquise.

Face au fatras médiatique, à l'incohérence des déclarations et des textes, ce petit livre fait le pari du dialogue apaisé entre parents et enseignants. Pour cela il utilise une arme efficace : la transmission de la connaissance, l'appel à la raison.

Roland Goigoux et Sylvie Cèbe, Apprendre à lire à l'école. Tout ce qu'il faut savoir pour accompagner l'enfant, Paris, Retz, 2006, 79 pages, 3 euros.

- Bien débuter avec les Cahiers

" Je me rends compte aussi que ce qui constitue une montagne pour la débutante que je suis n’est parfois rien pour les professeurs un peu plus expérimentés qui ont oublié l’épreuve abrupte des commencements". Marianne Le Moign, qui ouvre ce numéro spécial des Cahiers pédagogiques, en éclaire l'objectif. En une centaine de pages, des professeurs expérimentés partagent leur savoir faire sur la rentrée.

Il y a l'angoisse de faire cours. Jacqueline Castany interroge ses élèves sur ce qu'est un "bon cours". Florence Castincaud et Raoul Pantanella nous interpellent sur le travail des élèves. "Plus je parle moins ils travaillent" estime ce dernier. Alors faut-il abandonner le cours ? Philippe Meirieu estime qu'il a toujours sa place.

Il y a la question de l'autorité : Guy Lavrilleux a "admis alors qu’au contraire de la musique chez certains, comme le prétend le poète, l’autorité n’est pas « une chose qui vient de l’intérieur » et qu’elle a tout à voir avec ses dimensions institutionnelles. Point de talent (de don ?) individuel particulier relevant d’une dimension personnelle, tant pis pour le narcissisme. Il fallait assumer un pouvoir s’appuyant sur une représentation construite dans et par le collectif qui seulement la délègue à l’individu".

Il y a encore des fiches fort utiles comme les "tentatives pour aider les élèves à se motiver" ou "les 10 comportements qui empêchent de réussir à l'école" de Jean-Michel Zakhartchouk. Un document peut-être à dupliquer pour le 4 septembre… Un ouvrage très utile aux débutants et qui redonne du punch pour la rentrée aux plus anciens.

A voir également sur le site de Cahiers " La première heure. Comment faire le jour de la rentrée ou la première heure devant sa nouvelle classe ?" : une sélection de témoignages mêlant trucs et réflexions.
Quelques outils et réflexions pour (bien) débuter dans l’enseignement, Cahiers pédagogiques, numéro vendu en ligne.
Le sommaire
http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_art[...]
La première heure
http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_art[...]
Le dossier Rentrée du Café
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/r2006/index.php

- L'apprentissage précoce d'une langue étrangère

"Nous avons tous à notre disposition des exemples qui attestent de la facilité avec laquelle de jeunes enfants peuvent apprendre une langue qui n'est pas leur langue maternelle… Il s'agit en général de situations dans lesquelles l'enfant est confronté à une seconde langue de manière naturelle, c'est-à-dire dans des circonstances qu'on rapproche de celles qui ont présidé à l'acquisition de la langue maternelle… Il s'agit donc de situations que l'on qualifie habituellement de langue seconde plus que de langue étrangère. Ces observations… conduisent à des généralisations sur la facilité d'apprentissage des langues qu'auraient les jeunes enfants… Les contenus de ce livre ne remettent pas en cause l'idée qu'il soit intéressant, au plan pédagogique, de commencer tôt l'enseignement des langues étrangères, mais ils cherchent à montrer que les faits sont un peu plus compliqués". Daniel Gaonac'h, Laboratoire Langage Mémoire et Développement Cognitif, Université de Poitiers, soulève ainsi bien des préjugés sur l'apprentissage des langues.

En se basant sur des travaux récents sur le fonctionnement cérébral, il remet en question des points bien précis. Ainsi, pour lui, "l'existence d'une période critique favorable à l'apprentissage d'une seconde langue n'est pas établie". Il ne faut donc pas compter sur un apprentissage "naturel" de la langue d'autant que "les situations scolaires habituelles… rendent sans doute peu aisée la mise en œuvre des modalités d'acquisition habituellement observées en situation naturelle".

Alors faut-il abandonner l'apprentissage précoce des langues ? Non, estime l'auteur, il faut "définir précisément des objectifs d'apprentissage" et ne pas hésiter à faire des exercices répétitifs.

Daniel Gaonac'h, L'apprentissage précoce d'une langue étrangère, le point de vue de la psycholinguistique, Paris, Hachette, 2006, 159 pages.
Sommaire
http://www.enseignants.hachette-education.com/siteseduc[...]

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