L'actualité européenne (Café N° 76)

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- A la Une : Genève : François Dubet analyse le vote genevois

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- Belgique

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- Suisse

Édition du 15-10-2006

- François Jarraud -

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Il y a quelques jours, les Genevois ont voté, par référendum, sur les notes à l'école et le redoublement. En France, il semble que le débat sur l'apprentissage de la lecture ait un certain écho dans le public et particulièrement les parents. Comment expliquer cet intérêt du public pour des questions qui relèvent plutôt du débat scientifique ? Qu'est-ce que ça nous apprend du rapport qu'entretient la société (par exemple les parents) avec son école ?


FD- Je serais plutôt porté à me féliciter de l'intérêt du public pour les questions scolaires, même si je n'approuve guère les décisions prises. Les questions scolaires n'appartiennent ni entièrement aux savants, ni totalement aux familles. Et le problème est celui d'un débat raisonnable. Mais aujourd'hui, les familles ont souvent peur. Peur que leurs enfants ne réussissent pas quand tout paraît dépendre des succès scolaires, et peur aussi d'une perte des repères et de la discipline. Aussi, sommes-nous pris dans un climat assez profondément conservateur car ce qui est connu, fût-il inefficace, rassure.

A travers les "programmes personnalisés de réussite éducative", le débat sur la lecture et maintenant le calcul et la carte scolaire, on a l'impression que la tendance au consumérisme scolaire s'accélère. Finalement n'est-ce pas dangereux pour les écoliers eux-mêmes ?

FD- C'est évidemment dangereux, mais c'est aussi bien compréhensible dans une société qui ne cesse d'affirmer que le destin social des enfants dépend de leur réussite scolaire. Face à cette tendance qu'il est vain de condamner, les enseignants n'étant pas les derniers à y participer pour leurs propres enfants, on aimerait que le monde scolaire réagisse et donne une autre image de l'éducation. Or lui aussi semble plus intéressé par la réussite académique des élèves que par l'éducation.

Peut-on étendre la réflexion et considérer que c'est un aspect d'une crise plus globale des institutions ?

FD- Il est clair que le temps des institutions fermées et ne rendant de comptes qu'à elles-mêmes est révolu. Le problème est donc de refonder les institutions sur des bases démocratiques, ce qu'essaient, maladroitement, de faire ces débats. En ce sens, quelles que soient les réponses apportées, elles essaient de refonder la légitimité des institutions et l'on pourrait s'interroger sur le faible poids des réponses raisonnables dans ces débats.

Il est frappant de constater que certaines des questions posées aux Genevois sont scientifiquement tranchées : je pense au redoublement, dont la nocivité au primaire est établie mais que les citoyens de Genève viennent de rétablir. Faut-il s'inquiéter pour l'influence des scientifiques sur la société ? Voir un certain rapport à la modernité ?

FD- La modernité classique a fait confiance aux savants, souvent de manière excessive. Aujourd'hui la science a perdu de son autorité et elle n'est qu'un élément des débats de société, dans l'éducation comme ailleurs. Ce qui favorise les réactions irrationnelles dans bien des domaines : l'évolution, l'énergie, les OGM... Là encore, il faudrait que les savants acceptent d'être interrogés et acceptent de s'expliquer, ce que souvent ils ne savant pas faire ou ne veulent pas faire. Il est donc clair que les risques d'irrationalité sont grands.

On est frappé de voir que parallèlement la société éclate en groupes communautaires, en ghettos sociaux (dans les deux sens : riches et pauvres). Chacun s'enferme dans son lotissement, si possible loin de la ville et de ses flux, son immeuble, protégé par des grilles ou au moins un digicode. Quel regard jetez-vous sur cette évolution de la société ? Est-elle en train de se défaire ou de refaire ?

FD- Une certaine image de la société est en train de se défaire, celle d'une société identifiée à une nation culturellement homogène dans laquelle les migrants aspirent à devenir des nationaux et à leur ressembler. Là encore cette évolution est si considérable qu'elle effraie partout, en Suisse comme en France. On peut donc craindre le pire.

Mais en même temps, ce changement paraît irréversible à l'échelle de la planète et lui aussi pose de manière urgente la question de savoir comment on peut vivre ensemble en dépit de nos différences culturelles et pas seulement sociale. Seules les sociétés qui sauront y répondre ont des chances d'entrer dans le monde nouveau. Les autres en seront probablement à la marge.

François Dubet

Entretien : François Jarraud

- Allemagne    [ Haut ]

Plus d'argent pour l'Ecole… en Allemagne
"D'autres nations se transforment avec enthousiasme en sociétés de la connaissance où l'apprentissage et le savoir-faire sont considérés comme des distinctions, l'Allemagne a du mal en ce domaine… Un enfant né dans une famille ouvrière a quatre fois moins de chances d'arriver au lycée que l'enfant d'un couple de diplômés de l'enseignement supérieur…Ce résultat est honteux". Le président allemand, M. Köhler, a consacré son discours de rentrée à l'éducation.

IL a invité à l'apprentissage des devoirs et pas seulement des droits et invité les parents à exercer leurs responsabilités parentales.

Mais il a aussi rappelé celles des Lander, qui en Allemagne, sont maîtres de l'éducation. "Dans l'ensemble, les dépenses d'éducation sont trop faibles", estime-t-il. Elles ne représentent qu'un dixième des dépenses publiques. Or, "faire des économies sur l'éducation, c'est faire des économies au mauvais endroit… La baisse du nombre d'élèves ouvre des marges de manœuvre financières et de nouvelles possibilités d'aménagements. Utilisons-les !"
http://www.amb-allemagne.fr/

La religion musulmane dans les programmes des écoles allemandes
235 élèves du Land de Bade-Wurtemberg suivent depuis la rentrée un cours de religion musulmane. Les religions chrétiennes étaient enseignées dans les écoles du Land. Le gouvernement local a décidé d'inclure la religion musulmane pour une période d'essai de 4 ans. "Le cours de religion sur l'Islam renforce l'identité religieuse tout en favorisant l'intégration" estime le ministre de l'éducation.
http://www.baden-wuerttemberg.de/de/Meldungen/153765.ht[...]

- Angleterre    [ Haut ]

Le gouvernement investit 26 millions pour donner le goût des sciences
Frappé comme la plupart des pays développés par la baisse des vocations scientifiques, le gouvernement britannique a décidé de consacrer près de 30 millions à des projets susceptibles d'inverser la tendance. Ainsi il investit 3 millions dans une nouvelle filière universitaire de sciences appliquées destinée à des étudiants qui n'ont pas suivi d'études scientifiques au lycée. Près de 5 millions iront à la Royal Academy of Engineering qui organisera des clubs scientifiques dans les écoles.
http://news.bbc.co.uk/1/hi/education/6037017.stm

Malgré les amendes l'absentéisme explose en Angleterre
L'absentéisme continue sa progression en Angleterre. Selon BBC News, en 2005-2006, le taux d'absentéisme a légèrement (de 1%) dans le secondaire. Mais il connaît une hausse de 7% dans le primaire. La stabilisation dans le secondaire n'est pas un bon résultat puisque le nombre d'absentéistes est passé de 566 664 élèves en 2001-2002 à 794 877 en 2005-2006.

Des chiffres qui ont un grand intérêt puisque l'Angleterre est le modèle dont s'inspire le gouvernement français sur ces questions. Bien avant l'adoption, ici, du "contrat parental",le gouvernement anglais a créé des sanctions financières pour les parents des absentéistes. Il est même allé plus loin puisque ceux-ci sont passibles de prison. L'échec de ces mesures de responsabilité familiale est patent.
http://news.bbc.co.uk/1/hi/education/5365416.stm
http://news.bbc.co.uk/1/hi/education/5367240.stm
Quatre mois de prison…
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index140806.php

- Belgique    [ Haut ]

Panne de salaire en Belgique
Privés de salaire ! Plus de 20 000 enseignants de la Communauté française de Belgique sont victimes d'un bug informatique.
http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&art_[...]

- Grèce    [ Haut ]

La grève des enseignants continue
C'est le blocage. Le gouvernement grec demande l'arrêt du mouvement avant de discuter. Les syndicats envisagent une nouvelle grève de 4 jours dans le primaire. Les professeurs du secondaire ont rejoint le mouvement et envisagent 48 heures d'action. La grève a commencé à la rentrée. Les revendications portent sur lees salaires.
http://news.ert.gr/en/languages_body.asp?id=2718&nid=26[...]
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index280906.php

- Suisse    [ Haut ]

Genève s'interroge sur l'opportunité d'un retour des notes
"Le vrai débat est politique et économique: la classe aisée veut réintroduire les notes pour rendre l'école plus sélective. Eliminer rapidement les élèves en difficulté permettrait de réduire les coûts… Pour les parents paumés, les notes ne changent rien. Pour les aider, il faudrait accorder plus de moyens aux élèves en difficulté" affirme l'un. "Il faut que les élèves soient confrontés le plus tôt possible à la note. Ils doivent pouvoir se situer par rapport à leurs camarades. Dans le monde du travail, ils seront confrontés à cette compétition. La mission de l'école est de les préparer à cela"pense l'autre. A quelques jours d'un referendum sur le retour du redoublement et des notes, selon Le Temps, les enseignants du canton de Genève s'affrontent sur les notes. Une question qui mérite réflexion…
http://www.letemps.ch/template/regions.asp?page=7&artic[...]
Genève, laboratoire des fusions conservatrices
http://www.cafepedagogique.net/disci/europe/75.php

A Genève : l'Ecole enjeu de la bataille politique du 24 septembre
A l'issue d'une guerre qui a commencé il y a des mois, dimanche 24 septembre, les citoyens genevois sont invités à trancher. Une "votation populaire" les invite à se prononcer sur l'Ecole.

Deux camps se font face. D'un coté les partis de droite qui dénoncent les faiblesses de l'école et invitent à modifier la loi sur l'école et à voter pour un projet déposé par l'association conservatrice Arle. Le projet de loi prévoit de rétablir le redoublement, d'instaurer des notes certificatives et d'évaluer les établissements. De l'autre, les partis de gauche qui appellent à améliorer l'école genevoise dans l'esprit des réformes précédentes largement inspirées de la pédagogie constructiviste. Ils sont soutenus par les chercheurs en sciences de l'éducation de Genève. Ainsi le belge Marcel Crahay est amené à rappeler que les notes traditionnelles apportent peu d'explications aux élèves et que toutes les études démontrent la nocivité du redoublement.

C'est que l'école genevoise a connu dans les années 90 une profonde rénovation, impulsée par Philipe Perrenoud. Les niveaux traditionnels sont remplacés par des cycles. Les notes sont remplacées par des évaluations formatives. Ou plutôt devraient. Car 15 ans après le lancement de la réforme seule une partie des écoles l'appliquent réellement.

Droite et gauche se renvoient les difficultés de l'école. Pour les uns, elles viennent des théories "pédagogistes". Pour les autres, elles résultent de l'inapplication de la réforme. L'éditorialiste du Courrier souligne l'importance du vote du 24 septembre. " Qui ne voudrait pas de solutions simples à des problèmes en apparence inextricables? La droite s'est donc engouffrée dans la brèche. Car, non seulement il y avait à y gagner en termes de popularité – du moins les députés ont fait ce calcul – mais les mesures envisagées sont en accord avec leur ligne idéologique: que les meilleurs gagnent, que les autres se débrouillent seuls… Au-delà du débat actuel «sur les notes», aux allures souvent infantiles, se dessine un véritable choix de société. Laissera-t-on une seconde chance au Département de l'instruction publique pour rendre l'école plus égalitaire?" On aura compris que cette question résonne jusqu'ici.
Editorial du Courrier
http://www.lecourrier.ch/modules.php?op=modload&name=Ne[...]
Article de M. Crahay
http://www.lecourrier.ch/modules.php?op=modload&name=Ne[...]
Dans le Café : documents de la votation etc.
http://www.cafepedagogique.net/disci/europe/75.php

Les Genevois votent pour le retour à l'école traditionnelle
Selon Radio suisse romande, une large majorité des Genevois ont voté pour le retour à l'école traditionnelle. Le projet, soutenu par la droite, comprend le retour aux notes, au redoublement et l'évaluation des établissements.

Nul doute que cette victoire des conservateurs de l'Ecole n'encourage ailleurs les partisans du retour en arrière. Les partis de droite ont maintenant un nouveau cheval de bataille : la suppression des fonctionnaires.
http://info.rsr.ch/fr/rsr.html?siteSect=500&sid=7094657[...]
http://www.lecourrier.ch/modules.php?op=modload&name=Ne[...]
http://www.cafepedagogique.net/disci/europe/75.php

Après le 24
Après le référendum du 24 septembre, qui a adopté le retour des notes et du redoublement à l'école genevoise, les partisans de la réforme mise à mal gardent espoir.

"En choisissant de renforcer une école dont le moteur est la sélection, le peuple genevois vient de décider d’aller à contre-sens des pays qui réussissent à instruire le mieux tout en étant le plus juste pour tous". Le Groupe romand d’éducation nouvelle revient sur les résultats de la votation sur l'école.

Pour lui la nouvelle loi aura des effets "pervers". "Premier effet : Une école sélective dénature le sens des savoirs et supprime leurs véritables intérêts. Un savoir appris dans une école dont le moteur est la sélection devient synonyme de ticket de passage et pour beaucoup de jeunes, ce sens des savoirs à acquérir devient l’essentiel… Deuxième effet : Les enseignants vont devoir continuer à travailler dans une école qui biaise, souvent à leur insu, leurs meilleures intentions pédagogiques. Comment former, instruire et éduquer au mieux quand vous devez, dans le même temps, travailler à l’exclusion de certains enfants de leur groupe d’appartenance, de leur classe d’âge? Troisième effet : L’institution va continuer à voir ses choix opérés en matière d’organisation de lutte contre l’échec scolaire voués à l’échec. Lutter contre l’exclusion scolaire dans une école sélective est une aberration et un immense paradoxe. Car quoi que l’institution propose, elle se retrouve dans l’obligation de produire de l’échec. C’est le cercle vicieux le plus déprimant, le plus démobilisateur qui soit pour tous les acteurs de l’école conscients du phénomène. Quatrième effet : Les citoyens sont tous perdants. Qu’ils aient des enfants ou pas. Parce qu’une école sélective provoque l’exclusion tout court de beaucoup de jeunes. Avec son flot de dégradations du lien social pour tous et une probable prolifération des incivilités, qui ont un coût".

Le GREN a des raisons de garder espoir. Il souligne l'incompatibilité entre le projet de loi adopté et les décisions nationales concernant les cycles d'apprentissage. "Ce vote cantonal devrait en toute logique n’aboutir à aucune mise en place sérieuse de ce qui vient d’être accepté par le peuple".
http://www.gren-ch.org/
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index250906.php




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