International (Café N° 76)

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- A la Une : Etats-Unis : Augmenter les profs améliore-t-il les résultats ?

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Édition du 15-10-2006

- François Jarraud -

- A la Une : Etats-Unis : Augmenter les profs améliore-t-il les résultats ?    [ Haut ]

"Double solde". C'est ainsi qu'en Californie est nommée la prime spéciale accordée aux profs qui acceptent d'enseigner dans les écoles difficiles. Selon Education Week, 30 états américains ont lancé des programmes d'incitation financière pour attirer des profs expérimentés dans des zones difficiles ou pour recruter dans des disciplines rares.

L'hebdomadaire cite en exemple l'Arkansas qui offre 4 000 dollars aux enseignants qui prennent un poste dans des établissements difficiles. En Californie, c'est 20 000 $ qui sont accordés sur 4 ans. En Virginie les enseignants qui y arrivent reçoivent 15 000 $ et ceux qui y restent 3 000 $.

Tout cela pour quels résultats ? Selon Education Week, ils sont rarement mesurables. En Virginie le niveau des élèves ne s'est élevé la première année que dans les lycées. Les résultats de la seconde année sont meilleurs.

Alors pourquoi cette pression vers l'efficacité ? Ces expériences illustrent les nouvelles exigences du système éducatif américain depuis la loi No Child Left Behind. Celui-ci s'est totalement orienté vers des exigences de résultat. C'est en fonction des résultats des élèves à des tests fédéraux ou locaux (au niveau des états) que les établissements perçoivent les aides fédérales promises. L'objectif est que tous les élèves atteignent un niveau de connaissances fixé par l'Etat fédéral. Pour remplir cet objectif, tout est bon. Cela génère une pression suffisante pour que les autorités locales recrutent davantage de profs ou des enseignants plus expérimentés.

Il est sans doute trop tôt pour affirmer que ces politiques ont un effet sur les résultats aux tests d'évaluation. Mais on peut déjà discerner les retombées négatives de ce qui peut sembler, à première vue, une idée "de bon sens".

Il faut d'abord poser la question du thermomètre. Que mesurent les tests d'évaluation ? Il semble bien que leur importance ait amené les établissements à privilégier les disciplines incluses dans les tests au détriment des matières "inutiles". Ainsi les deux tiers des districts scolaires ont réduit leur offre scolaire.

Selon un article de Bénédicte Robert dans la revue internationale d'éducation (septembre 2006), les tests ont considérablement fait évoluer les pratiques pédagogiques. D'un côté, dans leur recherche d'efficacité, les états ont imposé des programmes extrêmement contraignants, allant jusqu'à des plans de cours. Les enseignants, soumis à ces "bonnes pratiques" imposées se démobilisent et les meilleurs fuient.

L'accent mis sur les tests au détriment de la formation générale des élèves invite les professeurs à privilégier ce type d'exercice dans leur enseignement et à ne pas s'éloigner d'un pouce du manuel. Pire encore, les tests ont envahi les heures d'enseignement : dans le Massachusetts ils absorbent 37 jours de classe !

Alors que la loi d'orientation de l'Ecole invite à multiplier les tests et à s'en servir comme outil de pilotage, l'exemple américain met en évidence les limites de cette logique. Il nous invite à rappeler que l'enseignement ne se réduit pas à une liste de connaissances et à une démarche d'ingénieur. L'éducation ne peut être abordée comme la fabrication d'un produit. C'est une construction d'humanité.
http://www.edweek.org/ew/articles/2006/09/27/05incentiv[...]
http://www.ciep.fr/ries/ries42.htm
http://www.cafepedagogique.net/disci/tribune/75.php


- Etats-Unis    [ Haut ]

Un rapport privé propose de réformer la formation des maîtres
"Plus que jamais, nous devons avoir des enseignants de qualité. Dans l'économie de l'information, l'éducation est devenue le moteur de l'avenir du pays et de nos enfants… Si l'on doit relever le niveau des élèves en vue de l'économie de l'information, il faut aussi relever celui des enseignants. En général, augmenter la qualité des enseignants nécessite d'en réduire le nombre et augmenter leur nombre de réduire la qualité. Nous devons relever le défi de faire les deux en même temps". Quels éléments sont nécessaires pour fabriquer de bons profs ? Arthur Levine ouvre ce rapport sur la formation des enseignants aux Etats-Unis, financé par des fondations d'entreprises, en présentant l'enjeu que représenterait sa réforme pour le pays. "Les enseignants d'aujourd'hui doivent être capables de faire des choses que leurs prédécesseurs ne faisaient pas. Ils doivent être formés à éduquer tous leurs élèves pour qu'ils atteignent le plus haut niveau de formation jamais atteint dans l'histoire. La plupart ne sont pas formés à cela."

Présentant un système de formation qui est extrêmement décentralisé et divers, Arthur Levine en dresse un portrait très sombre. Chacun des 1 200 instituts de formations forme à sa façon, les futurs profs, avec des cursus de formation de durées très variable (de 1 à 5 ans !). A. Lévine dénonce des étudiants souvent de niveau très faible et des professeurs ayant eux-mêmes peu de diplômes et peu d'expérience pédagogique. Hors de 4 établissements signalés comme exemplaires, il jette un sérieux discrédit sur la formation des enseignants dans son ensemble. Il appuie sa condamnation sur des sondages auprès des anciens étudiants et des chefs d'établissement ce qui peut sembler peu scientifique.

Pour nous, l'intérêt de l'ouvrage c'est que, ce faisant, cela l'amène à définir ce que devrait être une bonne formation des enseignants pour lui et pour ses commanditaires.

Qu'est ce qu'une bonne formation ? "Les instituts de formation doivent devenir des écoles professionnelles", à l'image de ce qui se passe en médecine. Il faut que la pratique équilibre la théorie, c'est-à-dire que les étudiants aient un contact régulier avec la classe et des enseignants de terrain, qu'ils soient suivis par des tuteurs. Les établissements reconnus comme exemplaires imposent tous environ une centaine d'heures de cours effectués par le stagiaire dans des établissements difficiles (centre ville aux Etats-Unis). Un d'entre eux utilise un portfolio pour suivre les travaux des stagiaires et demande aux étudiants de filmer et d'analyser une de leurs heures de cours.

Le contenu théorique doit évoluer pour que les étudiants soient formés à transmettre les connaissances et pas seulement à en avoir. Pour cela il doit être rééquilibré entre les connaissances disciplinaires, la pédagogie et la psychologie de l'enfant. Il propose 4 recommandations : il faut élargir la formation des futurs maîtres à 5 ans; la reconstruire autour des connaissances nécessaires pour soutenir les acquisitions des élèves; la diviser en 3 parties : des connaissances scientifiques dans une discipline, une formation pédagogique et une formation à la psychologie de l'enfant; mettre en place un système de contrôle de la validation des formations.

Ne serait-ce que par le tableau catastrophique qu'il fait de la formation actuelle des maîtres, par la classification des instituts de formation qu'il propose, nul doute que le livre d'Arthur Levine ne fasse du bruit et n'entraîne des réactions aux Etats-Unis et peut-être ailleurs. Il met en évidence les attentes du monde des affaires et les moyens dont il dispose pour peser sur les débats nationaux.

On retrouve dans cet ouvrage des critiques qui s'expriment également ici : une formation jugée trop théorique et pas assez professionnelle, une demande de formation à la psychologie de l'enfant et à la gestion de la classe. Apporte-il des solutions réalistes ? Il y a peu d'études sur le rapport entre la formation des maîtres et la réussite des élèves mais on sait néanmoins que, parmi les multiples critères de réussite, la formation pédagogique et le niveau de connaissances disciplinaires ont un impact sur leurs résultats. Une synthèse réalisée par l'Inrp sur les politiques de formation en Europe montre l'évolution du modèle professionnel en France et en Europe. Les modèles "du praticien réflexif", de "l'organisation apprenante" semblent s'y imposer.
http://www.edschools.org/pdf/Educating_Teachers_Report.[...]
Le débat sur la formation
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/r2006/gen15.php
Une synthèse sur la formation en Europe
http://www.inrp.fr/vst/LettreVST/decembre2005.htm

Les partisans de la méthode syllabique et les petites affaires…
Derrière le discours de la méthode, le dollar. Un rapport officiel du Département de l'éducation des Etats-Unis révèle des collusions entre le directeur du programme fédéral "Reading First", mis en place par Bush, et les éditeurs d'une méthode syllabique d'apprentissage de la lecture. Arguant de sa position, il aurait exercé des pressions pour que les autorités locales achètent ce produit. Il vient d'annoncer sa démission. Des poursuites devraient être engagées.
Article Education Week
http://www.edweek.org/ew/articles/2006/09/22/05readfirs[...]


- Québec    [ Haut ]

Les sectes et l'éducation
"L'idée c'est de ne pas perdre les enfants dans la brume". Le gouvernement québécois est sur les dents : il est peut-être déjà trop tard. Les médias québécois ont attiré l'attention du public sur les 144 enfants scolarisés clandestinement par une secte, la Mission du Saint Esprit.

Au début du siècle, un agent de police québécois, doté d'un physique et d'une moustache qui évoquent irrésistiblement Staline, découvre subitement qu'il est un nouveau Jésus. A l'aide de quelques syllogismes il bâtit une mystique au croisement des ouvrages de vulgarisation scientifique et des croyances chrétiennes populaires. Et il organise une église en s'appuyant sur sa famille et quelques amis. On est assez près des Marx Brothers quant au physique et au discours mais la guerre de 1914 soude la communauté dans le refus des armes.

Aujourd'hui cette église miniature existe toujours et impose à ses enfants les enseignements du Maître. "L'objectif immédiat de la Mission de l'Esprit-Saint est de procréer par la parturiante une race meilleure, la préparation cela va sans dire se fait même avant l'existence et le développement prénatal de l'enfant puisque nous enseignons la mère à procréer des fruits sains et pacifiques. La jeune fille est préparée par des instructions spirituelles à sa carrière de procréatrice et l'enfant est consacré au Seigneur avant même sa conception afin de lui éviter les fâcheuses conséquences de l'atavisme et de l'hérédité charnelle. La pédagogie en usage chez-nous est essentiellement biblique et partout évangélique".

Les enfants sont éduqués officiellement à la maison. Leurs résultats aux tests sont très bas. La découverte d'une école clandestine et l'atmosphère qui entoure cette affaire pourraient entraîner la secte dans une fuite désastreuse.
http://radio-canada.ca/nouvelles/regional/modele.asp?pa[...]
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/regional/modele.as[...]


- Afrique    [ Haut ]

Quelles langues pour l'école africaine ?
"L'insertion de l'enseignement de la langue amazighe dans le système éducatif reste, sans conteste, l'une des marques majeures du Maroc du 3ème millénaire. Si d'aucuns parlent d'acquis, d'autres vont jusqu'à qualifier cet événement de révolution… Le Maroc a récupéré l'une des composantes essentielles de sa personnalité nationale… Toutefois, cet acquis est resté orphelin. Sa mise en application reste à la merci des conditions objectives et subjectives de chaque école à part" Libération, le quotidien de Casablanca, souligne les problèmes posés par l'entrée de l'amazigh à l'école. Outre les questions matérielles, il y a celles qui sont liées à la langue elle-même : " Plusieurs écoles n'enseignent pas nécessairement la langue amazighe comme l'élève l'a apprise et la parle dans sa maison et son douar. Deux langues cohabitent dès lors au sein du foyer. Les parents ont leur amazigh, les enfants ont la leur".

Or ce qui justifie l'introduction des langues nationales à l'école c'est d'abord les nécessités de l'alphabétisation pour tous. On sait que celle-ci est plus aisée dans la langue maternelle. Encore faut-il que celle-ci soit codifiée, ce qui pose la question du codificateur.

Le même jour, à quelques milliers de kilomètres du Maroc, au Sénégal, le ministre de l'alphabétisation intronisait la 17ème langue nationale du Sénégal : le Kanjad. Il invitait les chefs locaux à collecter les traditions orales et à produire des textes pour un programme d'alphabétisation.

Le même jour encore, mais un peu plus au sud, au Congo Kinshasa, A. Mbuyamba Kankolongo Unikin lançait un appel pour l'entrée de la littérature francophone congolaise dans les programmes de l'école.
kanjad sgal
http://fr.allafrica.com/stories/200609150061.html
congo kin
http://fr.allafrica.com/stories/200609150948.html
amazigh
http://fr.allafrica.com/stories/200609150460.html

Sénégal : Scolarisation des filles, école et communauté
" Des mariages précoces à l'accès et au maintien des filles à l'école, en passant par les grossesses précoces, entre autres facteurs de la déperdition scolaire à Kabiline, les populations, sans complaisance aucune, ont saisi l'opportunité pour poser les véritables causes de ces fléaux et proposer ensemble des solutions avec les enseignants du village et les autorités académiques de la région de Ziguinchor" Le Soleil nous fait partager cette rencontre au sommet, à Kabiline, au Sénégal, entre les enseignants, les parents et les autorités civiles et religieuses. La région connaît une forte croissance de la scolarisation et notamment celle des filles.

Le maître d'école pose la question du ventre des filles, source de déscolarisation. "Il s'agit d'amener les parents d'élèves à briser le tabou social sur tout ce qui a trait à la vie sexuelle des jeunes. Il a estimé que les enseignants, les maîtres coraniques et les chefs religieux tels que les imams du village doivent également s'impliquer dans cette campagne" Il faut aussi que les filles soient moins absorbées par les tâches de la maison.

Les parents répondent : "pour ce qui est du renforcement de la qualité dans les écoles du village, les populations ont demandé au corps enseignant de faire davantage montre de conscience professionnelle, en s'évertuant au respect du quantum horaire qui, un peu partout dans la région, reste une problématique à résoudre".
Article du Soleil
http://fr.allafrica.com/stories/200609220794.html

Sénégal : 8% de bachelières…
"Les filles d'ici aimeraient bien aller à l'école, mais leurs parents n'ont pas les moyens. Ils ne peuvent pas se permettre de payer pour les frais d'inscription ou le matériel scolaire". Mais, selon l'Irin, la pauvreté n'est pas le seul obstacle à la scolarisation des filles au Sénégal. Les traditions religieuses amènent les parents à marier très tôt leurs filles, parfois à peine nubiles. Une fois mariée la jeune fille n'a pas le temps d'aller à l'école. Aussi si 80% des filles commencent l'école seulement 8% obtiennent le bac. Pour la présidente de la Commission scientifique du Forum des femmes éducatrices, Mme Komté , un autre obstacle décourage les filles : "Actuellement, les jeunes filles ont très peu de modèles intellectuels. Il n'est donc pas anormal qu'elles arrêtent leurs études".
http://fr.allafrica.com/stories/200610040182.html


- Asie    [ Haut ]

En Irak le système éducatif s'effondre
Dans tel lycée, selon le Guardian, il n'y a plus que 20 professeurs au lieu de 42. Deux ont été tués en septembre. 20 autres ont fui. Le risque permanent sur les routes fait fuir les élèves alors que les assassinats peuvent cibler certains professeurs. Dans le sud du pays, les organisations para-religieuses découragent les filles et les professeures d'aller à l'école. Selon le Guardian l'insécurité est en train de faire s'effondrer le système éducatif.
http://education.guardian.co.uk/schools/story/0,,188745[...]

- International    [ Haut ]

Le monde aura besoin de 18 millions de profs
" Les données collectées par l’UNESCO indiquent que d’ici à 2015, la planète aura besoin de 18 millions de nouveaux enseignants pour atteindre l’objectif consistant à fournir un enseignement primaire de qualité à tous les enfants du monde. C’est l’Afrique subsaharienne qui doit relever le plus grand défi. Il lui faudra accroître de 68% le nombre d’enseignants au cours de cette période. Les Etats arabes devront créer 450.000 nouveaux postes dans l’enseignement, principalement en Egypte, en Iraq, au Maroc et en Arabie saoudite. L’Asie du Sud et de l’Ouest auront besoin de 325.000 professeurs supplémentaires ; en Afghanistan, par exemple, le personnel enseignant devra augmenter de près de 9% par an au cours de la prochaine décennie" souligne l'Unesco. La pénurie touchera également les pays développés particulièrement pour l'enseignement des sciences.
http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=34949&URL_DO=[...]

L'OIF soutiendra la publication de contenus éducatifs par TV5 Monde
"L’OIF, l’AUF et TV5Monde, dans le respect des droits d’auteur, se mobiliseront pour élargir la base de contenus éducatifs gratuits consultables sur Internet, et en faciliter l’accès et l’utilisation pédagogique, notamment par l’élaboration de guides pour les enseignants, en tenant compte des aspects éthiques de l’usage de l’Internet, s’agissant notamment de la protection des enfants". A l'issue du XIème Sommet de la Francophonie, qui s'est tenu les 28 et 29 septembre à Bucarest, les états membres ont apporté leur soutien a développement de contenus éducatifs par la chaîne francophone.
http://www.sommet-francophonie.org/

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