International (Café N° 77)

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- A la Une : Quand les progrès de la scolarisation se font aux dépens des tout petits. A propos du Rapport mondial sur l'éducation pour tous

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Édition du 12-11-2006

- François Jarraud -

- A la Une : Quand les progrès de la scolarisation se font aux dépens des tout petits. A propos du Rapport mondial sur l'éducation pour tous    [ Haut ]

"Malgré l’impact avéré des interventions précoces sur le bien-être des enfants et leur future réussite scolaire, très peu nombreux sont les pays, en particulier dans le monde en développement, qui ont une politique nationale de la petite enfance qui intègre la protection, la santé et la nutrition avec l’éducation. Ce sont pourtant les enfants pauvres et défavorisés qui peuvent le plus profiter de ces programmes". Réalisé par l'Unesco, le Rapport mondial de suivi sur l'éducation pour tous 2007 met le doigt sur l'inégalité d'accès à l'enseignement préélémentaire.

"La scolarisation dans l'enseignement préélémentaire a triplé depuis 1970 mais le taux reste très bas dans la plupart des pays en développement". En effet, il est de 12% en Afrique subsaharienne, de 16% dans les pays arabes, de 40% en Asie de l'est. Encore faut-il noter que la moitié des pays du monde n'ont pas de programme de scolarisation avant 3 ans.

Pour l'Unesco cette situation est préjudiciable aux enfants des milieux défavorisés. Elle est également contraire à la Convention internationale des droits de l'enfant.

Comment l'expliquer ? Pour l'Unesco, les gouvernements accordent peu d'importance à l'enseignement préélémentaire dans leurs dépenses". D'une certaine façon ces enfants font les frais du développement des autres secteurs de l'éducation.

Dans les pays en développement, les états ont énormément augmenté leur offre éducative dans l'élémentaire. Aujourd'hui le taux de scolarisation à ce niveau atteint 86%. Il a progressé de 27% en Afrique subsaharienne, de 19% en Asie du sud (mais seulement de 6% dans les pays arabes). Cette croissance a créé des tensions dans les finances publiques à la fois parce qu'il a fallu embaucher des enseignants et construire des écoles et parce qu'il a fallu développer des programmes spécifiques pour faire venir les enfants pauvres, les filles, les minorités et les ruraux à l'école. Par exemple, certains états ont supprimé les frais d'écolage payés par les parents et ont du les suppléer. Ailleurs les écoles distribuent de la nourriture. Souvent il a fallu aménager les écoles pour accueillir les filles (même si encore aujourd'hui seules 94 filles sont scolarisées pour 100 garçons). Ou encore développer du matériel scolaire en langue locale.

A ces tensions générées par le développement rapide du primaire, s'ajoutent maintenant celles qui proviennent de l'explosion du secondaire. Un secteur qui progresse et qui devrait continuer à le faire (le taux de scolarisation du secondaire n'est encore que de 30% en Afrique subsaharienne, 51% en Asie du sud et 66% dans les pays arabes).

Dans les pays développés, "un nombre croissant de pays accorde une priorité élevée à l'éducation des tout jeunes enfants ainsi qu'à la qualité des services. Les premières années sont de plus en plus considérées comme l'une des clés de la réussite des politiques sociales, familiales et éducatives" évoquait un récent rapport de l'Ocde. La plupart des pays développés sont engagés dans des politiques qui visent à augmenter leurs investissements dans ce domaine. La France paraît particulièrement bien placée avec un effort financier qui est à peu près le double de celui des grands pays développés.

Mais, en France, la crise rattrape la scolarisation à deux ans qui est en chute libre : le taux de scolarisation à deux ans est passé de 35% en 2000-2001 à 24% en 2005-2006. Cela résulte d'un double mouvement. Les bambins sont victimes de la pression des choix budgétaires : ici on privilégie le budget des universités à celui du préélémentaire. Surtout le principe même de la scolarisation à deux ans est contesté par certains psychiatres.

Pourtant des travaux ont attesté des bienfaits de la scolarisation précoce, particulièrement pour les enfants des familles défavorisées. On le savait en France depuis l'étude de J.P. Caille : " "À l’entrée en CP, les évaluations cognitives des élèves montrent que ce sont les élèves des catégories sociales défavorisées, mais aussi ceux des catégories sociales les plus favorisées qui bénéficient le plus de la scolarisation précoce. Elle est également plus bénéfique en ZEP que hors ZEP. Concernant l’accès au CE2 sans redoublement, également, l’effet positif associé à une scolarisation à deux ans s’observe principalement chez les enfants de cadres et d’ouvriers, et bénéficie particulièrement aux élèves de nationalité étrangère ou de parents immigrés".

Il est intéressant de voir l'Ocde, puis maintenant l'Unesco appeler les Etats à se mobiliser pour le développement du préélémentaire. Cette évolution mondiale sera-t-elle assez forte pour inverser la tendance en France et surtout permettre une amélioration du sort des enfants des PVD ? L'égalité des chances passe par là.
http://portal.unesco.org/education/en/ev.php-URL_ID=495[...]
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index200906.php
http://www.cafepedagogique.net/disci/primaire/57.php#29[...]


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La réforme de l'Ecole corrigée
Après Genève, Québec. Les conservateurs québécois ont obtenu une petite victoire en arrachant quelques modifications à la réforme éducative entreprise dans la Province. Les programmes de maths, français, science et technologie vont être revus dans le sens du retour au traditionnel.

Une évolution que déplorent les pédagogues québécois et Philippe Perrenoud, Genevois, associé à la réforme québécoise. Pour lui le demi-échec de la réforme est du à la fois aux enseignants et aux parents. "Je pense que toutes les réformes d'aujourd'hui s'adressent à des professionnels qui n'existent pas. Ce n'est pas le nombre d'années d'études qui pose problème. C'est la capacité des enseignants à gérer des situations didactiques, des relations et des dynamismes de groupe qui fait défaut. Les réformes échouent parce qu'elles demandent probablement aux enseignants plus que ne peuvent donner la majorité d'entre eux. .. Je suis aussi intimement persuadé que, malgré les consensus apparents, les parents des classes moyennes s'opposent aux réformes scolaires, parce que les changements qu'elles proposent profitent aux enfants des classes populaires, qui composent en grande partie les 25 % d'élèves qui ne réussissent pas à l'école. Les classes moyennes, en réalité, souhaitent une école élitiste plutôt que centrée vers la réussite".
http://www.cyberpresse.ca/article/20061017/CPACTUALITES[...]
http://www.cyberpresse.ca/article/20061013/CPACTUALITES[...]

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Ghana : Quand l'école explose…
"Les classes se tiendront certainement sous les arbres. Mais qu'est-il préférable ? Un enfant qui ne va pas à l'école ou un enfant qui a la chance de suivre des cours sous un arbre ?" La suppression des frais de scolarité a fait exploser le nombre des écoliers au Ghana; Le taux de scolarisation est passé en un an de 59 à 69%. Résultat :il manque 17 000 enseignants et 13 400 salles de classe. L'Etat a demandé aux églises de prêter leurs salles de réunion et décidé d'organiser l'enseignement par session : chaque élève ne va à l'école qu'une demi-journée.
http://fr.allafrica.com/stories/200610130843.html

En Afrique les difficultés de l'Education pour tous
" Salimou a 25 ans. Son large boubou cache mal un corps squelettique. Ses joues enfoncées, entrouvertes par des lèvres bien sèches, indiquent bien qu’il vit dans une misère constante. Il mange juste, faute de mieux. "Depuis le début de l’année, j’ai été contacté par le président des parents d’élèves pour encadrer les élèves, j’ai accepté parce que j’ai de l’amour pour les jeunes de mon village". Pourtant sur les épaules de Salimou, que nous fait connaître Le Messager, un quotidien camerounais, repose l'ambition de l'Education pour tous.

Embauché par les parents d'élèves du village rural de Mbangboung, Salimou n'était pas assez riche pour aller jusqu'au bac : il a un niveau de première. Il n'a reçu aucune formation pédagogique. Il a en charge les CM1 et les CM2. Il ne sait pas encore combien il sera payé. Il fait partie des milliers de jeunes volontaires grâce à qui tous les enfants camerounais seront peut-être un jour scolarisés. Son salaire mensuel pourrait être de 9,14 euros (6 000 FCFA).

Au même moment, nous apprend Fraternité, le Bénin décide la gratuité de l'enseignement primaire. "J'ai décidé… la suppression pour compter de cette année scolaire des contributions et souscriptions à la maternelle et au primaire sur toute l'étendue du territoire national dans nos établissements publics ; l'évaluation dans tous les établissements scolaires publics, des contributions et souscriptions parentales prélevées, pour permettre au gouvernement de prendre en temps opportun, les mesures les plus appropriées allant toujours dans le sens de l'allègement de la charge des populations" a déclaré le président de la République le 1er novembre. Il a débloqué 42 millions d'euros pour soutenir les écoles. Le taux de scolarisation (GER) atteint 77% au Bénin et 85% au Cameroun.
http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=122[...]
http://fr.allafrica.com/stories/200611020293.html

Guinée : l'inflation vide les classes secondaires
" Les classes sont presque vides" note ce professeur d'un lycée de Conakry dans un reportage d'IRIN News (ONU). " Les parents souffrent énormément pour scolariser leurs enfants" raconte un autre enseignant.

Selon une enquête de l'IRIN dans 6 établissements, la moitié des élèves manquerait à l'appel. Alors même que seulement 28% des garçons et 13% des filles étaient inscrits dans le secondaire en 2004.

Le pays connaît une inflation galopante et les parents ne peuvent faire face aux frais demandés par les écoles.
http://www.irinnews.org/FrenchReport.asp?ReportID=7302&[...]

Sénégal : Aider la cantine pour aider l'école
Selon Le Soleil, le Programme alimentaire mondial mettra à disposition de 23 collèges sénégalais de zone rurale des vivres pour ouvrir des cantines dans les établissements. Le programme vise à aider à la scolarisation des villageois.
http://fr.allafrica.com/stories/200610301275.html


- International    [ Haut ]

La faim reste un fléau mondial
"En novembre 1996, tous les regards étaient tournés vers Rome, où les chefs d’État et de gouvernement de plus de 180 pays participant au Sommet mondial de l’alimentation (SMA) ont déclaré leur intention d’éradiquer l’un des pires fléaux pesant sur la conscience collective de la société: la faim. En vue de réaliser ce noble objectif, trop longtemps différé, les dirigeants de la planète se sont engagés à atteindre ce qu’ils ont considéré comme une étape intermédiaire, ambitieuse certes, mais réalisable: réduire de moitié, en 2015 au plus tard, le nombre de personnes sous-alimentées au niveau mondial, en prenant pour base le niveau de 1990. Dix ans plus tard, nous sommes confrontés à une triste réalité: aucun progrès n’a été réellement accompli en la matière". Ce constat Jacques Diouf, directeur général de la FAO, l'agence des Nations Unies chargées des questions alimentaires, va diplomatiquement l'adoucir. "Comparé à la période 1990-92, le nombre de personnes souffrant de la faim dans les pays en développement n’a reculé que de trois millions, nombre tellement faible qu’il peut être assimilé à une erreur statistique…. Dans ce tableau d’ensemble, on note toutefois des signes encourageants. Malgré la réduction décevante du nombre de personnes souffrant de la faim, celle ci touche désormais un pourcentage plus faible des populations des pays en développement qu’en 1990-92, soit 17 pour cent contre 20 pour cent. En outre, les projections de la FAO montrent que la proportion de personnes souffrant de la faim dans les pays en développement en 2015 pourrait être inférieure de moitié à celle observée en 1990-92, soit une chute de 20 à 10 pour cent selon les estimations".

En clair : la faim a reculé mais reste, compte tenu de la forte croissance démographique, un des plus urgents problèmes mondiaux. Qui est concerné ? 212 millions d'Indiens, 162 millions d'Asiatiques hors Inde et Chine, 150 millions de Chinois, 206 millions d'Africains et 38 millions de personnes vivant au Proche Orient et en Afrique du nord.

Si la faim a reculé proportionnellement an Afrique de l'Ouest et de l'est, en Chine, en Inde, c'est aujourd'hui en Afrique centrale, en Amérique centrale et dans les pays arabes qu'elle progresse le plus rapidement.
Que faire contre elle ? "Une réduction efficace de la faim passe par la mise en place de politiques cohérentes. La priorité doit être accordée au financement de l’agriculture et du développement rural. Cependant, la paix, la stabilité et une «bonne gouvernance» sont cruciales". La faim ne touche pas également tous les membres d'une même société. Par suite pour la FAO, elle ne dépend pas que d'une situation économique elle est aussi liée à des facteurs politiques.

La première urgence pour la FAO c'est de lutter sur "deux fronts". "Des politiques à plus long terme visant à améliorer les capacités de production doivent être associées à d’autres politiques répondant aux besoins immédiats des pauvres confrontés à l’insécurité alimentaire. Les premières doivent surtout mettre l’accent sur l’agriculture et le développement rural au profit des plus pauvres. Elles doivent également s’efforcer de créer des emplois et de faciliter l’accès des pauvres aux ressources productives, qu’il s’agisse de ressources matérielles, humaines ou financières. Les deuxièmes, quant à elles, doivent inclure la protection sociale, les transferts financiers en espèces, les interventions sanitaires et les programmes nutritionnels et alimentaires".
http://www.fao.org/docrep/009/a0750f/a0750f00.htm


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