International - N°79

Édition du 15-01-2007

- François Jarraud -

 

- A la Une : Etats-Unis : Nouvelle donne pour l'Ecole

"Le cœur du problème c'est que notre système éducatif a été conçu pour une autre époque, une époque où la plupart des travailleurs n'avaient besoin que d'une éducation rudimentaire. On ne peut pas continuer en rafistolant ce système. On ne peut avancer qu'en changeant le système". Centralisation, développement du préélémentaire, investissement dans l'Ecole : sous le titre "Choix difficiles ou temps difficiles", le rapport de la Commission sur les compétences de la main d'œuvre américaine invite les Américains au sursaut.

Cette commission est composée d'universitaires, d'anciens politiques, de patrons, de formateurs, d'anciens cadres éducatifs. Elle est financée par des fondations privées comme la Fondation Bill et Melinda Gates. Elle succède à une première Commission qui, au début des années 1990, avait mobilisé l'opinion américaine pour un sursaut éducatif alors que la mondialisation commençait.

Le réflexe est le même. Les Etats-Unis se sentent menacés par la montée en puissance de l'Inde et la Chine, deux pays qui forment en grande quantité d'excellents étudiants qui se contentent de faibles salaires. "Il y a 30 ans, les Etats-Unis pouvaient revendiquer 30% des étudiants du monde entier. Aujourd'hui la proportion est tombé à 14%". Pour les rapporteurs sans effort éducatif, le pays ne pourra tenir tête à la compétition internationale. Sa seule issue c'est de hisser le niveau éducatif encore plus haut.

Mais comment faire ? Le rapport propose une réforme profonde du système éducatif. En premier lieu, il invite à investir dans l'enseignement préélémentaire qui semble être une clé du redressement. Dans un pays où l'école maternelle est peu répandue, le rapport demande à ce que tous les enfants soient scolarisés en maternelle à partir de 4 ans pour tous les enfants, 3 ans pour ceux des milieux défavorisés. Pour compenser cet investissement, l'examen de fin de secondaire aurait lieu à 16 ans en seconde. Les lycéens iraient directement en "collège", le premier cycle universitaire. Moyennant quoi la création du préélémentaire ne coûterait que 8 milliards de dollars supplémentaires.

Un troisième point concerne les enseignants. Le rapport invite à recruter les meilleurs étudiants et pour cela à élever les salaires de 45 000 dollars à 95 000 voire 110 000 $.

Parallèlement la commission invite à une recentralisation du système éducatif. A la place des districts, ce sont les états qui gèreraient le système éducatif et passeraient un contrat d'objectif avec les écoles. Un système de bourse viendrait au secours des élèves défavorisés.

"Un bon niveau en anglais, en maths, en technologie et en science aussi bien qu'en littérature, histoire et arts, sera essentiel. Les futurs salariés devront être à l'aise l'abstraction, bons en analyse et en synthèse, avoir un bon sens créatif, savoir s'organiser eux-mêmes, être capables d'apprendre vite… et de s'adapter". Le rapport invite donc à revoir le niveau exigé.

Selon Education Week, le projet de réforme reçoit un accueil positif des syndicats enseignants. L'appel à développer un système éducatif préélémentaire obligatoire, la nécessité de rehausser le niveau scolaire pour faire face à la compétition internationale semblent faire l'unanimité. Seule la centralisation du système éducatif est accueillie avec méfiance, par exemple parle NEA, le principal syndicat enseignant.
http://www.skillscommission.org/pdf/exec_sum/ToughChoices_EXECSUM.pdf
http://www.edweek.org/ew/articles/2006/12/20/16skills.h26.html
http://www.adobe.fr/products/acrobat/readstep2.html


- Québec

Où en est la réforme ?
" La réforme, malgré le blocage des enseignants conservateurs, correspond à un point de non retour du système éducatif". Amorcée en 2000 dans le primaire, elle a commencé son implantation dans le secondaire en 2005. Elle préconise le développement de compétences de deux types : disciplinaires et transversales. Elle stipule un nouveau régime pédagogique à la fois dans le système d’évaluation, dans l’organisation de l’école et des temps de service des enseignants et dans les relations parents/école. Autant de points qui ont soulevé des protestations chez les différents acteurs concernés.

Nous avons demandé à Mario Asselin, précurseur de l’usage des blogs et animateur de l’utilisation des Tic au Québec, son sentiment sur cette mutation de l'école québécoise. Il a exposé son point de vue en son nom personnel et c’est sans doute l’authenticité de ses réponses, l’absence de langue de bois, qui donnent toute sa saveur à cet entretien.
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/asselin/

- Afrique

En Afrique, les filles sont la cible de violences et d'abus sexuels
"Il existe un lien direct entre le châtiment corporel et les abus sexuels: plus un enseignant est autoritaire, plus il punira ses élèves et plus il commettra d’abus sexuels sur les filles. Il ne s’agit pas de pauvreté, mais d’abus d’autorité". Jean-Claude Legrand, conseiller régional de l'Unicef, cité par Irin News, n'en revient pas : selon une étude de l'Unicef les viols et les violences seraient très répandus dans les écoles de l'Afrique de l'ouest. Ainsi, au Ghana, 24% de écoliers auraient participé à des viols et 14% des écolières en auraient été victimes.

" En Afrique de l’Ouest et du Centre, les enseignants qui abusent sexuellement des élèves justifient leurs actes par le fait que les vêtements et les attitudes des jeunes filles sont provocateurs et qu’ils ont besoin d’assouvir leurs désirs sexuels car ils vivent loin de leur foyer" estime M. Legrand. Un comportement qui freine la scolarisation des filles, un enjeu important de l'éducation pour tous et du développement de ces pays.

Le problème est d'abord pédagogique. "Si l’on s’arrête aux sanctions, nous ne résolvons pas le problème. « Nous nous sommes rendu compte qu’avec l’autonomisation des enfants, les sévices disparaissaient d’eux-mêmes".
http://www.irinnews.org/FrenchReport.asp?ReportID=7377&SelectRegion=Afrique_de_l'ouest&SelectCountry=Afrique_de_l_ouest

Au Burkina, la vache ferme l'école
" C’est une honte, voyez comment les salles sont vides. Je ne vois même pas à quoi je sers ici" s'indigne le maître d'école de M'Bamga au Burkina Faso, selon le quotidien Sidwaya. L'école est désertée et le maître d'école est souvent obligé d'offrir des cadeaux pour obtenir des élèves !

Pour ce dernier, "les parents fondent leur réticence sur le fait qu’envoyer un enfant à l’école n’est pas rentable...immédiatement. Ils considèrent donc que c’est une perte, vu qu’à la fin du cycle, les enfants se retrouvent au village sans possibilité de poursuivre leurs études". L’inspecteur de la circonscription a une autre explication : " l’incompatibilité entre le calendrier scolaire et les activités pastorales auxquelles sont soumis tous les enfants. L’abreuvage du bétail ou sa garde ne coïncide pas avec l’emploi du temps à l’école. D’où la réticence des parents".
Article Sidwaya
http://www.sidwaya.bf/sidwaya_10-01-07/soc-cult_1.htm

Sénégal : les délégués élèves entre gouvernement et syndicats
Alors que la crise de l'école sénégalaise s'enlise, les élèves réagissent différemment. Selon Sud Quotidien, des élèves se déclarent en vacances. A Dakar, une délégation du collectif des lycées de la ville s'est invitée à la rencontre entre gouvernement et syndicats pour exiger une prochaine reprise des cours.
http://www.sudonline.sn/social3.php
http://www.sudonline.sn/social4.php


 

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