Langues anciennes (Café N° 33)

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Dossier spécial

- Robin Delisle -

- A la Une : Colloque de l'Arbresle

Un colloque en langues anciennes a réuni au couvent de la Tourette une assemblée de professeurs (secondaire et université), de formateurs et d'inspecteurs en lettres classiques.
L'objet du colloque était de rendre compte d'une part de la situation, d'autre part des perspectives pour les études classiques.
Les débats on été animés par Carl Heinz Wismann et Pierre Judet de la Combe.
Quelques lignes fortes ressortent de ce colloque :
- Dans un temps où l'horizon des lettres se rétrécit singulièrement, on n'a jamais autant utilisé les concepts antiques à tous les étages de notre société : on parle en effet chaque jour de citoyenneté, la publicité fait référence en permanence à des représentations héritées de l'Antiquité, les sagesses pratiques reviennent en force, bref, tout nous renvoie à notre héritage gréco-latin. Pendant ce temps, l'enseignement du grec ancien se meurt...
- L'assemblée s'est accordée dans son ensemble pour noter que toutes les matières, en particluier universitaires, ne sauraient se passer de l'enseignement du latin et/ou du grec, certains intervenants proposant même de faire des départements de lettres classiques des "prestataires de service" des autres départements.
- On note dans le secondaire, les conditions indignes dans lesquelles souvent, les enseignants de latin et de grec sont contraints d'exercer leur métier, et les jeunes hellénistes et/ou latinistes de poursuivre leurs études : cours le midi rendant impossible la restauration ou encore en dehors des créneaux horaires habituels (à 18h00 le soir, par exemple) regroupements de niveaux sur une seule heure...
- Plusieurs propositions ont été faites, par exemple d'étendre le corpus de textes étudiés au textes médiévaux voire modernes (Renaissance).
- Oraliser l'enseignement du latin, en imitant par exemple les techniques d'enseignement des langues vivantes.
- Il y a eu unanimité de l'Assemblée pour rejeter en bloc une éventuelle fusion des CAPES de lettres classiques et modernes, et la transformation de l'épreuve de latin obligatoire en épreuve optionnelle : comment en effet enseigner le français sans être un tantinet capable de rendre compte de l'histoire de cette langue qui prend ses racines dans le latin.
- Plusieurs professeurs du secondaire on t jugé ne pas être assez formés à l'enseignement des textes authentiques, et suggèrent que la formation continue des enseignants soit remise entre les mains des inspecteurs et des professeurs d'université.

Au final, tous les participants se sont accordés pour juger qu'il serait dommageable de laisser de côté le latin et le grec alors que ce sont les seules disciplines transversales parmi celles qui sont enseignées, pusiqu'elles concernent à des degrés divers tous les autres sujets d'étude : il n'est que de regarder les programmes du secondaire de la sixième jusqu'à la Terminale , mais aussi les programmes du Supérieur pour s'en rendre compte.
Ce dernier point pourrait d'ailleurs être une piste : à défaut de maintenir le modèle littéraire existant, dont l'archaïsme ne paraît d'ailleurs nullement prouvé à plus d'un participant, on pourrait imaginer une culture des humanités diffusée transversalement dans tous les curusus, sous réserve qu'il ne s'agisse pas d'une diffusion à l'économie, c'est à dire un ersatz de culture générale, mais bien de l'enseignement du latin et du grec, phénomènes linguistiques compris.

Ce compte-rendu n'est sans doute pas assez exhaustif, mais une synthèse sera bientôt réalisée par les organisateurs du colloque : les lecteurs du Café seront tenus informés d'une éventuelle parution de cette dernière.

- Rencontres de l'APLG

Yves Touchefeu, président de l'APLG, communique : du 15 mars au 15 avril sont organisées des Journées de l'Antiquité dans la Région des Pays de la Loire. Proposées par l'APLG, ces Journées ont permis de nouer des partenariats nombreux et variés. Conférences, animations dans des musées et sites archéologiques, concours de latin et de grec pour les collégiens, théâtre, cinéma Le programme précis se trouve sur le site de l'APLG :
http://www.aplg.fr.st

- Bases d'informations

Jacques Julien met en place une nouvelle rubrique sur le site de l'académie de Versailles, dont l'objet est de faire le tour de l'actualité nationale et internationale en langues anciennes chaque mois. Voir "rubrique nouveautés" à la page Nouveautés du serveur
http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/Let tres/nouveau.htm

La bibliothèque des sciences de l'Antiquité de l'université Lille-3 possède son propre site. Outre la richesse du catalogue, on pourra consulter les compte-rendus de lecture qui sont du plus haut intérêt. A côté de ceux-ci on peut aussi trouver des bibliographies commentées.
http://www.scd.univ-lille3.fr/bsa/bsa.ht m

- Langues anciennes : Concours Dialogue latin

L'Union Latine, organisme intergouvernemental regroupant 35 états de langue officielle néo-latine, lance la IV Edition du Concours " Dialogue Latin " à l'occasion de la Journée de la Francophonie (le 20 mars 2003) et dans le cadre des activités prévues pour la commémoration de la Journée Internationale de la Latinité, le 15 mai 2003. Ce concours s'adresse aux élèves d'espagnol, italien ou portugais des établissements scolaires français, âgés de 15 à 18 ans. Son objectif est de promouvoir, dans un esprit ludique, l'apprentissage des langues latines et de sensibiliser les participants à la parenté qui existe entre ces langues.
http://www.unilat.org/info_fr/info.html

- Critique de livre : le déchiffrement du disque de Phaïstos

Le nom de l'ouvrage définit clairement son objet. J.Faucounau détermine le cadre historique et archéologique du disque puis critique méthodiquement les précédentes méthodes de déchiffrement. Il expose ensuite la sienne. Il s'appuie dans un premier temps sur une méthode statistique, par des comparaisons avec le lycien, le lydien, l'assyrien, l'akkadien, le hittite, le louvite et l'ancien égyptien et part de l'hypothèse que l'écriture du disque est syllabique. Ensuite, procédant par acrophonie (à chaque signe correspond la première syllabe du mot équivalent), il établit la valeur de chaque signe, en s'appuyant d'une part sur la langue homérique et le linéaire B, d'autre part sur une hypothèse ethno-linguistique d'une peuplade grecque primitive du début du second millénaire qu'il appelle proto-ionienne. Au final, le résultat est séduisant, mais on regrette néanmoins de ne pouvoir comprendre clairement en quoi consiste exactement la méthode statistique, ainsi que son processus opératoire détaillé.
Evaluation : ****

Jean Faucounau, Le déchiffrement du disque de Phaïstos, L'harmattan

- Art

Le site Terra Antiqua de Delphine Acolat réunit une importante iconographie de fresques et de mosaïques et de reliefs, de miniatures, monnaies et cartes sur la géographie, l'arpentage, et le paysage. Bibliographie sur la géographie antique. Le site est appelé à s'enrichir au cours des mois qui viennent :
http://www.terra-antiqua.levillage.org/

- Portrait

Hubert Steiner, pionnier de l'informatique en langues anciennes

Portrait en miniature, par lui-même...

Ce qui me va assez mal: je regarde mon minois, et ne le trouve pas frais: à 52 ans, encore à programmer du français en turbo-basic ou turbo-pascal (je n'ai pas eu droit à une formation sous Delphi, j'ai dû en rester à mes connaissances de prof. de la défunte option informatique - vae, Bayrou et Allègre confondus!), oui, programmer pour mes 1ères STT avec du latin pour mes 4èmes et mes terminales, du grec pour mes premières (sans oublier les préparations pour l'IGC en seconde ou la mise à niveau informatique toujours en seconde: le B2i n'a pas encore pris, tant s'en faut!, dans tous les collèges, il faut bien rattraper). Donc, à constater que l'informatique pure occupe, avec 2 h de TICE hors présence élève, la moitié de mon temps d'enseignant. Oui, à consulter ma boîte à courriel, à réparer les PC instables. Vive le sixième sens et la débrouille, le hasard. L'esprit de finesse, disait Pascal. car celui de géométrie a, hélas!, moins à voir avec les PC que n'en croient mes collègues.... J'oubliais: (ré)installer les bécanes (sabotées ou suicidaires). Heureusement, les élèves signalent au gestionnnaire de réseau que je suis les problèmes techniques subis (au rebours de mes collègues qui n'y pensent que quand ils me croisent). Mes propres élèves vont jusqu'à me dénoncer mes erreurs. Curieusement, quand le calcul de la note se fait à leur détriment (soyons pudique: les fautes d'orthographe ne les frappent franchement pas!). Ce survol me donne le vertige: j'ai cru, de 1980 à 1995 (?) que ce que j'appelais l'EAO allait permettre aux moins bons de s'en sortir. J'ai l'impression, vu les performances de mes EIP, de potentialiser les meilleurs. Sans doute l'effet d'un travail resté solitaire: ayant commencé en fait trop tôt (TRS 80 à 16 Ko de RAM, sauvegarde sur K7 autonomes!), j'ai droit aux contre-coups des défricheurs: être dépassé par des troupes nettement plus fraîches (une obsession?), quand ce n'est pas tancé, sommé par les Instances Officielles d'accélérer «l'informatisation scolaire» alors que nous manquons franchement de recul quant à son impact pédagogique avéré. Déçu aussi quand, sur le net, une adresse ne fonctionne plus. Va-t-on vers un cénotaphe virtuel? A peine entrevu, la tâche est finie, pour paraphraser Valéry ? En fait, il y a tant à faire que j'y retourne immédiatement: je suis aussi sensible à Boris Vian

Hubert Steiner
Professeur de Lettres classiques et d'informatique
concepteur d'Urbi (Chrysis), de Minerva (chez le défunt Linguasoft) sur PC (il y a très, très longtemps: Urbi sur MO5, comme Athena)
gestionnnaire du réseau pédagogique de son établissement (Institution Join Lambert, à Rouen)
http://fleche.org (bac STT, et Lutèce)

- Actualités des forums

news:fr.lettres.langues-anciennes.latin
Fil sur l'origine de l'expression "communis juris facere". Le mot "ultrimarum" dans une épitaphe.
Valeur du mot "cabatam". A la suite du dossier du Café, le débat se poursuit sur le forum de latin autour de la méthode Hale.
news:fr.soc.histoire.antique
Question d'élève dans le cadre d'un concours en latin : "Petite fille, petite nièce, fille et belle mère de généraux, mère de deux tribuns de la plèbe, je suis un modèle de la femme romaine. Qui
suis-je ? Je me suis remariée vivant de mon mari empereur ce qui me valut la mort". Chers lecteurs, ne trichez pas : cherchez honnêtement avant de lire les multiples réponses sur le forum d'histoire antique...
news:fr.lettres.langues-anciennes.grec
Plusieurs messages autour du folklore lesbien, dans le cadre d'une étude de Sapphô.

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- Enée ancêtre des Romains

L'académie de Rennes, sous la plume d'Hervé Prigent, met en ligne le compte rendu et les débats d'un atelier du séminaire langues anciennes du 16 et 17 janvier 2002 (Paris, MGEN) : "Enseigner avec ou sans manuel" (dir. Alain Merlet, intervenante : Marie-Christine Loock, professeur au collège de la Morinie à Saint-Omer, académie de de Lille)
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/lettre s/latin/seminla/accueil.htm
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/lettre s/latin/seminla/debat.htm
On peut accéder à la séquence proposée par M-C Loock : les dieux et les héros de la carte du ciel :
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/lettre s/latin/seminla/dieuhero.htm
Ainsi qu'à une progression annuelle sans manuel centrée sur la préparation d'un voyage en Italie :
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/lettre s/latin/seminla/progres.htm

CRDP de Grenoble : Daniel Salles propose un scénario de séquence 4e-3e sur Persée qui s'appuie sur le texte des Métamorphoses et plusieurs documents iconographiques : métope du temple C de Sélinonte, tableaux du Caravage, de Piero di Cosimo et de Mignard ( téléchargeable en .pdf). 7 heures dont 4 en salle informatique
http://www.crdp.ac-grenoble.fr/medias/ou tils/scenarios/persee/persee.htm

Séquence 4e-3e proposée par Hervé Prigent (collège P. Perrin, Tremblay) sur le serveur de Rennes : "Tous les chemins mènent à Rome"
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/lettre s/latin/college/chemin/chemins.htm
Cette séquence, qui prépare un voyage à Rome, est divisée en 3 parties :
- La ville aux sept collines
- L'étymologie du nom Capitole
- Les oies du Capitole
Elle se fonde sur des textes simples extraits des Commentaires de Servius à l'Enéide de Virgile, et sur un texte de Varron extrait du De Lingua Latina.
La présentation des auteurs est fort bien faite : l'appareillage du texte et les nombreuses sugestions d'activités montrent qu'on peut fort bien lier langue authentique et civilisation.
Cette séquence peut être enrichie dans sa première partie par l'utilisation du DVD Rome antique.
Pour qui voudrait utiliser d'autres textes des mêmes auteurs, les textes en question sont accessibles ici
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/pte xt?lookup=Serv.+A.+1.pr pour Servius
http://www.thelatinlibrary.com/varro.htm l pour Varron.



Enseignants.com met en ligne une nouvelle fiche en latin, sur Enée, ancêtre des Romains.
http://www.enseignants.com/resume.asp?do c_num=1195

- Spécial Romulus et Rémus : n'oubliez pas de fêter le 21 avril

Le 21 avril de l'an 753 avant JC est une date mémorable dans l'Histoire de l'Humanité. C'est ce jour-là que Rome a été fondée selon la légende qu'exposa plus tard le poète Virgile dans L'Enéide. La légende attribue à Romulus et à son frère jumeau Rémus l'acte par lequel naquit la Ville éternelle.
Les cironstances de la naissance de Romulus et Rémus
http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/ant i/rome/romtxt03.htm
Le règne de Romulus
http://www.ifrance.com/Vitellus/romulus. htm
Un groupement de textes sur la naissance de Romulus et Rémus piur travailler en séquence
http://www.ac-amiens.fr/academie/pedagog ie/lettres/Latgrec/decouvrir_les_origines .htm
Romulus par lui-même, tel que se l'imagine une élève de collège
http://www.ac-amiens.fr/college60/havez_ creil/achille/lpage13.htm
Romulus et Rémus sur une pièce romaine : possibilité de zoomer sur les détails :
http://www.ac-nancy-metz.fr/ia88/musee/p ages/08.html
En images chez le Grenier Clio: c'est le jour de la fête des Parilia que Rome fut fondée.
http://www.chez.com/clio/rome/fondat.htm

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- Spécial révisions pour le bac

Latin


Ab Urbe condita.
Le magnifique travail d'une partie de l'équipe du Weblettres est une perle.
http://www.weblettres.net/languesanc/tit e-live/
Le non moins magnifique travail de l'équipe des Itinera electronica vaut une Somme à soi seul
http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concord ances/intro.htm

Grec

Rappel : les textes grecs sont disponibles sur le site Perseus, avec analyses morphologiques intégrales et traductions anglaises
http://www.perseus.tufts.edu/

Alceste d'Euripide
Très beau travail du Lycée Madeleine Michelis à Amiens
http://www.ac-amiens.fr/lycee80/michelis _amiens/nouveau/grec/alceste/defaultalces te.htm
Recherche de vocabulaire et texte grec sur le site Evandre
http://www.ifrance.com/evandre/grec/grec .htm
Contre Erathostène
Texte grec et recherche de vocabulaire sur le site Evandre
http://www.ifrance.com/evandre/grec/grec .htm


- Littérature

Aristophane : Sitartmag présente la nouvelle traduction de Lysistrata, aux éditions Arléa, par Raphaël Meltz et Laetitia Bianchi. Liens sur Aristophane
http://www.sitartmag.com/aristophane2.ht m

- Objets d'études en grec ancien

Platon
. réflexion sur la cité
Notes sur la République
http://tlrdoc.free.fr/pages/platon.htm
L'utopie platonicienne dans la République
http://www.ac-nancy-metz.fr/Pres-etab/Cl audeGellee/utopie/utopie4.htm
Le plan de la République
http://plato-dialogues.org/fr/tetra_4/re public/planspkr.htm
. réflexion sur l'immortalité de l'âme
Le corps prison de l'âme
http://www.cyberphilo.com/ref/corps.html
Immortalité de l'âme et Idées, de Pythagore à Platon
http://www.chez.com/philosophie/cours/pl aton/platon.htm
L'immortalité de l'âme dans le Ménon
http://antinomies.free.fr/plat3.html
. réflexion sur la poésie.
Qu'est-ce que le poète ? Texte grec, commentaires et comparaisons
http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/Let tres/grec/coursdegrec6.htm
Traduction du passage :
http://www.cyberphilo.com/ref/possession .html
L'intégralité du Ion traduit en français
http://membres.lycos.fr/delisle/ION.html
Platon contre la poésie (mémoire de maîtrise)
http://www.geocities.com/overkant/conten t/public/plat.html
Un cours d'Antoine Compagnon sur la notion de genre poétique chez Platon
http://www.fabula.org/compagnon/genre3.p hp

L'expression des sentiments dans l'Iliade

Traduction complète sur le site Philoctetes en lien direct avec Perseus
http://philoctetes.free.fr//index.htm
Le site Magister propose un résumé de chaque chant et plusieurs analyses de fond
http://www.site-magister.com/prepas/page 2.htm
Un commentaire de Jacqueline de Romilly sur Homère
http://membres.lycos.fr/coll3/sixieme/gr ece/homnight.html
Sur le site de l'université de Grenoble, tenants et aboutissants de la Guerre de Troie
http://www.u-grenoble3.fr/homerica/troie /guerre_troie.html
Le monde homérique
http://www.chez.com/mondehomerique/
Séquences sur educnet
Le jugement de Pâris
Le personnage d'Achille
http://www.educnet.education.fr/lettres/ lycee/grec/seq1_3gr.htm
http://www.educnet.education.fr/lettres/ lycee/grec/seq1_4gr.htm
Pour rêver...Ecoutez le préambule imaginé par Jean-Philippe Marin et allumez les enceintes de votre ordinateur...
http://www.visionsonore.com/odyssee/

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- La méthode Hale

En 1887, William Gardner Hale, professeur de latin à l'Université Cornell, publiait un livre qui fit du bruit sur le moment, mais tomba dans l'oubli par la suite, jusqu'à ce qu'une équipe de courageux latinistes (et anglicistes) le ressucscitent sur le forum news:fr.lettres.langues-anciennes.latin en octobre et novembre 2002. Yves Ouvrard a exhumé le texte, mais ce sont les usagers du forum suivants qui ont réalisé la traduction en commun avec lui :
* Métrodore
* Zéphyrus
* Notus
* Isabelle Cecchini (qui a traduit toute l'Adaptation et les notes)
* Yves Ouvrard
Le texte est disponible ici :
http://www.weblettres.net/languesanc/hal e/hale_bilingue.html

Nous avons donc enquêté sur cette ingénieuse trouvaille et posé quelques questions à trois des traducteurs.

- Robin Delisle : Qu'est-ce qui vous a donné envie, à vous qui pratiquez le latin de longue date, de traduire le texte ?

- Yves Ouvrard : Je connaissais depuis quatre ans "L'art de lire le latin", que j'avais lu pendant mes premières recherches sur Internet. Dès les premières lignes, j'y ai retrouvé, exprimées dans toutes leurs conséquences, les réflexions que je menais de mon côté. Comme je suis un médiocre lecteur de l'anglais, j'ai eu l'idée, lorsque toutes les conditions ont été réunies, d'organiser
cette traduction en utilisant, comme moyen de communication, le forum news:fr.lettres.langues-anciennes.latin. L'idée s'est révélée judicieuse : comme les deux forums de langues anciennes jouissent d'un vaste lectorat, de précieux contributeurs sont vite venus se joindre aux premiers.

- Métrodore : Yves Ouvrard, qui nous l'a présenté. La thèse principale m'a paru d'emblée formuler des idées que je n'avais jamais osé me dire explicitement, et répond à mes voeux. Cela dit ma modeste contribution s'est bornée à vérifier quelques passages d'anglais, et à chercher des expressions un peu plus idiomatiques.

- Zephyrus : La méthode Hale m'a paru plus efficace que celles que j'ai vu pratiquer en France et ailleurs à notre époque.

- RD : Pouvez-vous résumer succintement en quoi consiste la méthode Hale ?

- Y.O : C'est un essai de restitution quasi archéologique de ce que pouvait être la lecture pour un cerveau antique. Les résultats sont apparus très différents de la méthode scolaire traditionnelle. Au lieu de chercher le sujet, le verbe, les compléments du verbe, etc., Hale conseille de lire le latin de gauche à droite, en tirant le maximum de ce que chaque mot peut apporter. Arrivé au dernier mot, le lecteur doit avoir parfaitement compris la phrase.

-M : Y. O. l'a fait très bien. il s'agit d'apprendre à penser en latin, selon l'ordre propre à cette langue, et en se maintenant dans une sorte d'indétermination qui peut faire peur, comme une corde raide, mais c'est bien plus palpitant que d'avancer avec les lourdaux instruments traditionnels. C'est comme faire vraiment du vélo, sur deux roues, au lieu de rouler sur quatre roues comme les petits.

- Z. : Prenons un exemple. Je cite Hale. Il dit : « Je prends une phrase simple dans la quatrième Catilinaire, 3, 5 [...] « Haec omnia indices detulerunt. » Je cherche mon sujet. [...], il se trouve juste sous ma main. C'est « haec », nomin. pl. Ensuite je le traduis, ces; ou, puisqu'il est neutre, ces choses. Ensuite je me mets à chercher le verbe, qui lui aussi est évident, c'est à dire « detulerunt », 3ème personne du pluriel, qui s'accorde avec le sujet « haec ». [...], très méthodiquement, je vise le sens le plus simple que je puisse imaginer, c'est à dire apportèrent. Maintenant je suis bien parti: Ces choses apportèrent. Ensuite je cherche ce qui modifie le sujet, et je trouve « omnia ». Je continue ma construction et mon sujet est maintenant « toutes ces choses » - Toutes ces choses apportèrent. Ensuite je cherche ce qui modifie le prédicat, et je trouve « indices », témoins, acc. pl., objet du verbe. Tout marche bien. Toutes ces choses apportèrent les témoins. Je termine, et quand j'arrive en classe et que le professeur m'appelle, je lis : Toutes ces choses apportèrent les témoins, me préparant à en donner une analyse complète, uniquement pour m'entendre dire que j'ai tout faux. Or un jeune Romain de mon âge, et bien moins savant que moi, s'il avait pu se faufiler dans la Curie ce jour-là, aurait compris ce que signifiaient ces quatre mots à l'instant où Cicéron prononçait le dernier d'entre eux, « detulerunt ». Quelle différence entre nous deux ? Chacun, lui comme moi, savait parfaitement le sens de chaque mot, sa déclinaison, la syntaxe requise. Pourtant j'ai raté l'idée, alors que lui l'a saisie. D'où venait sa supériorité ? D'où ? simplement de ceci : Moi, suivant les instructions de mes professeurs, j'ai d'abord trouvé le sujet, et j'ai décidé que c'était « haec ». Le jeune Romain ne savait pas si « haec » était sujet ou objet. Il le connaissait seulement comme étant « haec ». Je savais que ce « detulerunt » était le verbe, et il l'a su de même quand il est arrivé. Je savais que « omnia » s'accordait avec le sujet « haec », alors qu'il conjecturait seulement qu'il était en relation avec « haec », quoi que cela s'avère être. Je savais que « indices » était l'objet, alors qu'il a seulement senti que ce «indices » était sujet ou objet, et qu'il était opposé à « haec omnia » (l'apposition étant hors de question), devenant objet s'il apparaissait qu'il n'était pas sujet, et sujet s'il apparaissait qu'il n'était pas objet. Ensuite il entendit « detulerunt », et à ce mot tout retomba à sa place ».

La « méthode Hale » : baser l'enseignement des langues anciennes sur la démarche mentale des locuteurs de ces langues. C'est tout simple mais nous ne savons pas le faire.

- RD : Sa critique vous semble-t-elle toujours actuelle ?

- Y.O : Elle le semble en tout cas à Oxford. Et j'ai l'impression que les bons lecteurs, de tous temps, ont lu à la manière de Hale. J'ai moi-même de nets souvenirs d'un de mes professeurs de lycée nous montrant que cette lecture était possible, et nous relisant une phrase en passant par les diverses étapes de la découverte du sens par un lecteur latin. La principale critique, à mon avis, est celle de l'opportunité de l'appliquer dès le début. Je ne suis pas sûr que Hale soit efficace chez nous dès la classe de cinquième. La méthode Hale me paraît plus indiquée pour quelqu'un qui travaille intensivement, et souhaite réellement atteindre un très bon niveau de lecture. Le latin en collège est plutôt une initiation. J'essaie cependant de la pratiquer ponctuellement avec des débutants. Le principe en est vite compris, mais il manque l'essentiel : une pratique soutenue et régulière.

- M. : Tu veux dire sa critique de la méthode ordinaire ? Oui, tout à fait. Ce qui rebute la plupart des gens qui apprennent le latin, y compris d'ailleurs ceux qui se prennent au jeu, c'est le décalage entre l'analyse et la compréhension; au bout d'un moment on se résigne à ne jamais pouvoir saisir le sens du premier coup - serait-ce lentement. La méthode de Hale est en effet intéressante en ce qu'elle est "synthétique" ou "intuitive", ce qui ne signifie pas nécessairement rapidité, mais simplicité, adhésion au génie de la langue. Alors que la méthode ordinaire, qui découpe la phrase en morceaux avant de chercher le sens, même si elle peut être rapide, reste en deux temps et étrangère au latin, elle perd donc l'esprit, le rythme propre à la langue. C'est comme si au lieu de jouer soi-même, on se contentait de faire jouer la partition par un ordinateur: c'est sinistre et mécanique. Or, j'ai pu observer sur moi-même que je suis arrivé à un certain moment à presque lire du grec directement (une fois surmontées les difficultés lexicales et morphologiques) mais, bizarrement, pas du latin, parce qu'il exige une gymnastique spécifique.

- Z. : Oui. J'ai utilisé des méthodes inspirées de celles des langues vivantes et parlé latin avec mes élèves, leurs résultats ont été très satisfaisants, mais Hale va plus loin.

- RD : Ne vous semble-t-il pas subversif de remettre en question l'intérêt des catégories grammaticales pour analyser un texte en langue éteangère ? On pourrait notamment rétorquer que les catégories grammaticales ne sont pas seulement taxinomiques mais qu'elles rendent compte de la structure même de la pensée, et plus encore qu'elles constituent une appréhension du sens de nature philosophique (aristoélicienne pour être très précis). Qu'en pensez-vous ?

- Y.O. Je ne pense pas que Hale remette en question les catégories grammaticales. Si on le lit attentivement, on s'aperçoit vite qu'il fait constamment appel à la grammaire traditionnelle des catégories. Les réflexes de lecture sont même fonction de ces catégories : par exemple, si on lit un adjectif, il faut savoir si le nom auquel il s'applique est déjà connu, de manière à examiner le sens du groupe ainsi formé. Si le nom est encore inconnu, il faut rester attentif pour ne pas manquer son apparition. Cette règle s'appuie solidement sur les catégories grammaticales. D'autres règles procèdent par élimination dans le champ sémantique. Par exemple, étant donné le mot "pater", qui signifie « père » ou « sénateur » : si on découvre que nous sommes au Sénat, le sens « sénateur » prend aussitôt la première place dans les possibilités. En revanche, ce qui mettrait en danger la pratique de la taxinomie et des catégories, c'est l'apprentissage de structures globales, que les anglo-saxons appellent "preassembled chunks". Il s'agit de reconnaître des assemblages de mots portant sens, dont le discours serait constitué en grande partie. Hale est bien loin de tout cela.

- M. : J'ai du mal à comprendre la question, et encore plus la réponse proposée. je ne vois pas en quoi Hale remet en question les catégories grammaticales. Au contraire, il leur redonne toute leur puissance.

- Z. : La méthode Hale ne remet pas en question les catégories grammaticales, seulement l'ordre dans lequel on les perçoit.

-R.D : Si vous deviez mettre en oeuvre à l'échelle nationale cette méthode pour réformer l'enseignement du latin, que préconiseriez-vous ?

- Y.O : Si je devais mettre cette méthode en oeuvre, je pense qu'elle aurait été d'abord soigneusement testée, et c'est la procédure de test qu'il faudrait bien étudier. Il ne faudrait surtout pas renouveler les querelles provoquées jadis par la généralisation rapide des maths modernes et de la méthode globale d'apprentissage de la lecture. J'entrevois qu'on commencerait par les études supérieures, après avoir demandé leur avis aux professeurs d'université. Au bout de longues années, en cas de succès réel, c'est à dire d'amélioration évidente des capacités de lecture des étudiants, on pourrait se risquer à faire des expériences en lycée, mais il faudrait les abandonner si elles devaient ne pas se révéler entièrement positives. Les langues anciennes sont dans une situation trop périlleuse pour qu'on se permette de telles aventures.

- M. : J'irais un peu plus loin que Y. O. ; sans doute il faut commencer par l'apprentissage des catégories grammaticales et pas par une méthode "globale" dont on connaît les effets catastrophiques dans l'apprentissage de l'orthographe, mais je pense qu'on doit pouvoir à tout niveau pratiquer l'ordre latin, en commençant par de petites phrases, et en expliquant à chaque fois la poésie propre à cette façon de faire, par exemple en montrant aux enfants que l'ordre de la phrase française est tout aussi arbitraire. Je me souviens d'ailleurs encore que c'est la première chose qui m'a séduit dans le latin, en quatrième, cette possibilité de jongler avec l'ordre des mots, et j'ai toujours eu plaisir à le faire dans les thèmes: un bon professeur doit insister là-dessus tout de suite. Après tout, on est bien forcé de pratiquer ainsi pour l'allemand, ou l'hébreu, toutes les langues dont l'ordre est différent du nôtre. Sans doute c'est quelque chose de pénible au début, mais c'est bien pourquoi il faut commencer tout de suite, car après cela devient presque impossible; je me suis entraîné tout à l'heure à lire du Cicéron selon la méthode Hale, c'est une quasi souffrance de s'empêcher de réunir les groupes de mots comme on a appris, on a du mal à se passer des béquilles, une fois qu'on s'y est accoutumé. Certains mêmes, on l'a vu, jugent cette méthode absurde, tant ils sont contaminés. Donc le mieux est de n'avoir jamais recours auxdites béquilles et de repenser toute la méthode depuis le début. Cela reste à faire, car Hale ne présente sa méthode que pour des étudiants déjà aguerris. J'ai pourtant l'impression que la principale difficulté dont il parle, qui est de changer de méthode, disparaîtrait si on l'appliquait tout de suite! D'ailleurs, il me semble que c'était le cas dans mon bouquin de 4e. C'est après, quand on se met aux textes, que le palier à franchir étant trop important, on passe à l'analyse. Donc, ce qu'il faut, c'est soigner les paliers.

- Z. : Comme Yves Ouvrard, je pense qu'il faudrait d'abord tester la méthode. L'équipe qui la mettrait au point devrait comporter une ou plusieurs personnes cultivées en linguistique. Il faudrait aussi dans l'équipe des gens qui se sont intéressés à la didactique des langues. Et bien sûr les autres (nombreux) savoir-faire sans lesquels linguistique et didactique seuls ne serviraient à rien.

R.D : eh bien, Yves Ouvrard, Métrodore et Zephyrus, il ne me reste plus qu'à vous remercier d'avoir bien voulu répondre à ces quelques questions.

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