Pédagogie (Café N° 70)

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- A la Une : Le Mouvement d'André Antibi reconnu par le ministère

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Dossier spécial - Lecture : un enseignement sous pression politique

Édition du 25-02-2006

- François Jarraud -

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André Antibi propose un système d'évaluation qui lutte contre l'échec scolaire. Bénéficiant du soutien de nombreuses organisations professionnelles du public comme du privé, il reçoit maintenant l'appui du ministre.

Comment lutter contre l'échec scolaire ? André Antibi et son Mouvement, le Mouvement contre la constante macabre, ne prétend pas posséder de solution miracle. Mais il ouvre une piste peu onéreuse, accessible et qui permet d'améliorer le niveau des élèves et de les mobiliser.

A. Antibi est parti d'un constat : la répartition des notes dans le système éducatif français est très différente des autres systèmes éducatifs. Elle suit exactement la même courbe de Gauss quels que soient les élèves, éliminant toujours une partie importante de ceux-ci. "En raison de conceptions ancrées sur le classement des individus, les pratiques d’évaluation apparaissent souvent comme un couperet destiné à sélectionner. Elles sont assujetties généralement à la règle des trois tiers : un tiers de « mauvais », un tiers de « moyens » et un tiers de « bons », y compris quand les objectifs ont été globalement atteints par la grande majorité des élèves. Ce phénomène, relaté sous le nom de « constante macabre »* se manifeste à des degrés divers aux différents étages du système éducatif". Ce système de notation "pourrit l'Ecole", démobilise une partie importante des élèves, crée de la rancune et de l'agressivité et finalement génère un taux constant d'échec scolaire.

Pour André Antibi, "une telle situation n’est pas fatale. Inverser la tendance est possible, rapidement, au bénéfice de toutes les parties prenantes. Cela suppose une prise de conscience de ce dysfonctionnement, et la volonté clairement affichée de l’éradiquer. Des solutions simples et efficaces existent, déjà expérimentées… En particulier, le contenu d’une épreuve d’examen ainsi que sa longueur doivent correspondre à un contrat clairement annoncé par l’enseignant, sans piège. Dans ces conditions, l’échec éventuel d’un élève ne serait plus ressenti comme une injustice".

Ce que recommande le MCLCM c'est "l'évaluation par contrat de confiance" (EPCC), une méthode où l'élève est informé du contenu de l'exercice et s'y prépare.

Environ 500 enseignants expérimentent déjà ce contrat avec près de 15 000 élèves. Des enseignants de maths et de français ont pu témoigner de son efficacité : globalement la moyenne remonte même si quelques élève restent en retrait.

Cela tient-il entièrement à l'EPCC ? On se rend compte en écoutant les collègues qu'en fait l'EPCC transforme la relation pédagogique. Les enseignants réfléchissent sur une base nouvelle à leur évaluation et la modifient en conséquence. Du coté des élèves, un nouveau rapport s'installe, l'envie de travailler revient. Philippe Joutard, qui participe au MCLCM, explique que "notre système a une vision négative de l'élève" et que l'EPCC permet officiellement de rompre avec elle. Elle alimente une dynamique positive.

Le MCLCM a déjà le soutien de nombreux syndicats d'enseignants (Sgen, Se-Unsa, Snuipp etc.), de syndicats de personnels de direction (Snpden, Synadec, Snceel etc.), d'inspection (Snia, Snpden), d'associations de parents d'élèves (Peep, Fcpe, Unapel etc.) et de mouvements pédagogiques (Crap, E&D, Cemea etc.). Il a été reçu au ministère le 7 décembre. La Desco a promis d'adresser un courrier aux recteurs et aux inspecteurs d'académie pour faire connaître son soutien à cette initiative. La méthode Antibi entrera dans le Plan de formation.

L'EPCC montre qu'on peut participer à la lutte contre l'échec scolaire sans peser sur le budget de l'éducation nationale. Pour André Antibi, "si on veut que ça change, il faut changer les mentalités". Le ministre enverra-t-il un signal plus explicite aux enseignants ? C'est ce que semble exiger l'accueil reçu par le MCLCM dans l'univers de l'Ecole.
http://mclcm.free.fr/
http://www.cafepedagogique.net/disci/pedago/64.php

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La méritocratie disséquée par F. Dubet et M. Duru-Bellat
" Comment maintenir la foi dans la justice du mérite scolaire quand les méritants eux-mêmes finissent par perdre ? L'affirmation réitérée selon laquelle l'allongement des études et l'élévation du niveau de qualification scolaire sont un bien en soi repose à la fois sur des évidences et sur des illusions". Les sociologues François Dubet et Marie Duru-Bellat partent en guerre contre la méritocratie scolaire dans un article du Monde qui annonce deux ouvrages qui vont compter : L'inflation scolaire. Les désillusions de la méritocratie de M. Duru-Bellat (Seuil) et Injustices. L'expérience des inégalités au travail de F. Dubet (également au Seuil).

" S'il est évident que chacun a intérêt à élever son niveau de diplôme, ne serait-ce que pour résister au déclassement, ce choix rationnel au niveau individuel entretient lui-même le déclassement général des diplômés au niveau collectif. Et, dans ce mécanisme, ce sont les plus faibles qui perdent le plus. Notre société a du mal à se défaire de l'illusion selon laquelle les diplômes pourraient se multiplier sans que leur relation à l'emploi n'évolue profondément". Pour F. Dubet et M. Duru-Bellat, la qualification scolaire croissante des jeunes s'accompagne de leur déclassement.

Cette situation marque d'abord l'Ecole où elle génère le décrochage. " L'affirmation un peu rituelle et vaguement hypocrite selon laquelle les études paient toujours ne doit pas masquer le fait que le doute s'installe quant à l'utilité de ces études". Socialement il durçit les oppositions et déplace les représentations. " Dans les classes moyennes, la peur de la chute se manifeste par des phénomènes de fermeture et d'évitement tout aussi marquants. Fermeture sur les avantages acquis et les statuts". Politiquement, " l'emprise du déclassement et de la peur de tomber entraîne insensiblement une transformation des cadres de la représentation politique" coupant le pays entre ceux qui pensent tirer profit de la globalisation et les autres. C'est le mythe républicain lui-même qui est atteint. " Quelle croyance partagée peut remplacer la confiance dans le progrès quand les schémas hérités des Trente Glorieuses relèvent de l'illusion nostalgique ? Quelles sont les politiques sociales les plus justes possibles quand le déclin de la croissance conduit à partager des sacrifices et des pertes bien plus que des bénéfices ? Enfin, et la question irrigue désormais la totalité de nos débats, que sont la nation et la citoyenneté quand l'Etat et les classes dirigeantes nationales ne paraissent plus maîtriser l'avenir ?"

Cette perspective du déclin français doit-elle nous amener à chercher pour l'Ecole une autre justification que son utilité professionnelle ? Sans doute. L'Ecole a toujours transmis autre chose que des perspectives de réussite sociale. Mais on ne saurait se contenter d'une Ecole totalement détachée des besoins de la société. L'analyse du devenir de nos élèves, par exemple les travaux du Céreq, montre que, si les diplômes se sont effectivement globalement dévalués, le fossé reste grand en terme d'accès à l'emploi, de précarité et de rémunération entre les niveaux de qualification scolaire. Les entreprises exigent des qualifications croissantes et ce n'est pas toujours du à une concurrence sur le marché de l'emploi : c'est aussi que tous les emplois sont affectés par l'évolution technique et sociale et nécessitent de nouvelles qualifications.

D'ailleurs, ce serait faire un contresens que croire que nos auteurs prêchent pour les sorties précoces du système scolaire et l'apprentissage à 14 ans. Reste la question du mythe fondateur collectif et de l'attitude face à l'avenir.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-733638@51-724626,0.html
http://www.cafepedagogique.net/disci/article/36.php
http://www.cafepedagogique.net/disci/article/5.php

L'inflation scolaire
" Les politiques doivent arrêter de penser que "toujours plus" c'est bien. Ils proposent de passer de 40% d'une classe d'âge diplômée du supérieur à 50%, sans aucune justification. Il faut cesser cette politique purement quantitative, pour s'intéresser au qualitatif, en se posant la question de ce que l'on veut à travers l'éducation". Dans l'Observatoire Bovigny, une webzine dédiée à l'enseignement supérieur, Marie Duru-Bellat développe la thèse de son ouvrage "L'inflation scolaire".

Elle remet en question l'enseignement supérieur et son mode de financement. " On constate que les études des plus aisés coûtent le plus cher. Par exemple, la différence entre le coût d'une 1ère année en droit et celui d'une année en ENS est de 1 à 13. Or il y a 80% d'enfants de cadres en ENS ! Dans ces conditions, ce serait beaucoup plus juste de faire payer. Mais cela supposerait que les études aient des débouchés. Or le rendement de certaines filières n'est pas extraordinaire. Là aussi on est coincé, alors que des frais de scolarité significatifs, compensés par des bourses, seraient plus justes".
http://www.boivigny.com/index.php?action=article&id_article[...]
La note de lecture d'Olivier Rey
http://www.inrp.fr/blogs/vst/index.php?title=tout_ne_se_jou[...]
Et celle de Denis Clerc
http://www.alternatives-economiques.fr/lectures/L243/NL243_[...]

Banlieues, Ecole et exclusion pour F. Dubet
"Les problèmes qui étaient vus il y a vingt ans comme sociaux et interrogeant la société sont vus désormais comme des problèmes culturels, des problèmes d'institutions, des problèmes d'étrangers, des problèmes de classes dangereuses". Dans Libération, François Dubet inaugure un cycle d'articles sur la crise des banlieues.

Pour le sociologue, "l'exclusion s'est également accrue car la volonté d'intégration s'est renforcée. Il y a 20 ans, on arrêtait les études après le collège, maintenant, 70% d'une génération atteint le bac, donc l'école et les stages deviennent très importants, mais on avale les enfants des quartiers et on les relègue dans les filières mauvaises. Ils partagent ce sentiment : “L'école m'oblige à y aller, pour m'exclure. L'école est la seule manière que j'ai de m'en sortir, mais elle ne me propose rien d'efficace.” Donc, on est piégés par les institutions, même si celles-ci font un effort pour qu'on s'en sorte. Il faut aussi dire que les systèmes sont entièrement contrôlés par les blancs".

François Dubet souligne un changement radical qui s'opère dans la lecture de la crise. "Ce qui me frappe finalement, ce n'est pas que les quartiers ont changé, c'est que la vision qu'en a la société a changé. On est complètement dans une déseuphémisation du langage. On ne dit plus “enfants d'ouvriers” mais “cas sociaux, handicapés sociaux”. Maintenant, il s'est créé l'idée que les vraies victimes sont les classes moyennes qui vont au front de ces quartiers. Résultat, des réformes comme l'apprentissage à 14 ans, la fin du collège unique, sont passées très facilement. On manipule le sentiment d'insécurité : une frontière se forme entre les “gens normaux” et ceux qui, parce qu'ils sont victimes, deviennent dangereux. Maintenant, on critique violemment les inégalités sociales, mais on critique aussi violemment le pauvre. Et les classes moyennes ont des sentiments de sympathie pour les pauvres tant qu'ils peuvent assurer leur fuite, qu'ils ne sont pas obligés de fréquenter le même établissement scolaire".
Article de Libération
http://origine.liberation.fr/page.php?Article=353686

L'impact éducatif des TICE confirmé par une seconde étude
Une chose qui est maintenant claire c'est qu'à une époque où les ordinateurs sont fortement présentes dans la vie quotidienne et l'éducation, la minorité d'élèves qui y ont peu accès, qui les utilisent peu, et qui sont peu confiants dans leurs compétences informatiques, n'obtiennent pas de bons résultats". Sous le titre "Are Students ready for a Technology-Rich World ?", l'OCDE publie une enquête qui croise les résultats scolaires des adolescents de 15 ans établis par l'enquête PISA 2003 avec leur familiarité avec l'ordinateur.

Ainsi, si les élèves qui n'ont pas accès à un ordinateur à la maison ont des résultats nettement inférieurs, "c'est partiellement parce qu'ils proviennent plus fréquemment de milieux défavorisés, mais l'écart constaté ne peut s'expliquer par le statut social". Pour autant, l'étude de l'OCDE n'établit pas un lien évident entre l'usage des TIC et la réussite scolaire : "on peut difficilement distinguer les élèves qui effectuent fréquemment des recherches sur Internet de ceux qui le font occasionnellement, même si ceux qui le font rarement ou jamais ont de moins bons résultats scolaires… Ceux qui utilisent le plus l'ordinateur ne l'utilisent pas forcément au mieux".

Ce qui est particulièrement intéressant c'est que cette étude confirme le résultat d'une autre recherche. Signalée dans L'Expresso du 25 janvier, celle-ci se basait sur d'autres données : celles des tests américains mais arrivait à la même conclusion : " Les adolescents qui ont un ordinateur à la maison ont 6 à 8% de chances en plus de réussir leur lycée que les adolescents qui n'ont pas d'ordinateur à la maison compte tenu des variables familiales et sociales".

L'étude OCDE apporte des explications à ce rapport entre TICE et résultats scolaires. Contrairement à ce que beaucoup d'enseignants pensent, les jeunes n'utilisent pas l'ordinateur que pour jouer. Le jeu vient en troisième position dans les usages derrière le courrier électronique (de tous types) et la recherche sur Internet. Suivent, à un faible écart, l'utilisation du traitement de texte et de supports éducatifs. Ainsi l'ordinateur est bien un outil d'accès à la culture contemporaine.

Ces deux études soulèvent d'importantes questions pour l'Ecole. D'abord elles soulignent l'importance de l'utilisation à la maison des TIC. Si l'ordinateur à l'école peut compenser en partie le manque d'équipement à la maison, le fait de posséder un ordinateur chez soi est le facteur le plus clair de réussite. On devine alors l'importance d'une politique effective de lutte contre la fracture numérique. On ne saurait se contenter de ficelles marketing du type de "l'ordinateur à un euro" qui ont plus d'effet médiatique que réel pour les couches populaires.

Elle pose aussi plusieurs questions sur les usages scolaires des TICE. Certains types d'apprentissage sont meilleurs que d'autres et l'enquête reste muette pour les définir. Mais, dans tous les cas, une bonne maîtrise des TIC est liée à de bons résultats. Or les jeunes en France ont souvent fait un apprentissage autodidacte des TIC et leur maîtrise est souvent insuffisante. Cela apparaît par exemple dans la recherche de l'information sur Internet. Les jeunes n'utilisent souvent plus qu'Internet dans leur quête culturelle. Or il faut souvent faire désapprendre aux élèves des modes de recherche inadaptés. La responsabilité de l'Ecole est donc particulièrement importante en ce domaine, pas uniquement pour préparer un avenir social ou professionnel mais pour le développement culturel des jeunes. Cela conforte, si besoin est, l'importance du B2i.
http://213.253.134.29/oecd/pdfs/browseit/9806011E.PDF
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index250106.php

Quels projets pour l'Europe des écoles ?
"Dans le cadre de la construction européenne, l'intérêt général en matière d'éducation semble imparfaitement défini. La question des services publics, exprimée sous les vocables de « bien commun », dissimule mal les risques d'une dérive technocratique et d'un affadissement de la notion même de « service public »… D'où quelques questions : quelle démocratisation de l'enseignement met-on en jeu autour de la construction européenne ? L'organisation pédagogique, les objectifs d'apprentissage, ne posent-ils pas selon les États, des problèmes au plan des acteurs, mais aussi sur le plan du rapport entre les contenus des programmes et les tendances parfois opposées des sociétés civiles ? La notion de socle commun a-t-elle un sens pour l'Europe ?" Introduisant cette Journée d'étude sur l'Europe de l'éducation, José Fouque, Président d'Éducation & Devenir, montre les enjeux de sa construction.

Jean-Richard Cytermann, Ehess, estime que les pays d'Europe partagent davantage des problèmes éducatifs communs que des programmes communs. "Dans le processus européen, on peut trouver à la fois des raisons de craindre des dérives libérales et des raisons d'espérer. Tous les futurs me paraissent encore possibles. L'Europe éducative sera ce que les gouvernements, mais aussi les Européens eux-mêmes, voudront".

Les actes témoignent de ces craintes et de ces attentes. Luce Pépin, Daniel Bloch mettent en valeur les stratégies européennes pour faire entrer le système éducatif français dans l'économie de la connaissance. Mais ce numéro hors-série des Cahiers d'Education & Devenir donne aussi la parole aux syndicalistes et à des enseignants de terrain venus de différents pays européens. Ils nous permettent ainsi de réfléchir à la mise en place de cette Europe des écoles.
http://education.devenir.free.fr/actesenat_2005.htm

Education en état d'urgence
"Il importe que la France et plus largement la Francophonie ne restent pas étrangères à cet enjeu de l'éducation en situations d'urgence, enjeu qui concerne des dizaines de millions d'enfants (dont deux tiers de filles)". Martine Storti, inspectrice générale, représente la France à l'INEE. Cette organisation travaille à construire les bases méthodologiques et organisationnelles pour faire face aux besoins d'éducation en situation d'urgence.

L'INEE a tenue du 26 au 28 janvier une réunion à Nairobi pour fixer des standards minimums pour l'éducation en situation d'urgence. L'enjeu est de taille : de bons standards peuvent permettre de sauver des vies et faciliter la reconstruction du système éducatif.

Pour le moment, la participation française à l'Inee se limite à celle de Mme Storti qui a traduit en français le manuel des standards. "L'enjeu de l'éducation est décisif pour des millions d'enfants en situation précaire et parce que l'influence éducative, pédagogique, intellectuelle, culturelle s'exerce aussi dans des réseaux de ce genre. D'autant plus que dans le domaine de l'éducation, entre urgence, réhabilitation, reconstruction, développement, les frontières sont floues, les besoins superposés" plaide M. Storti.
http://www.ineesite.org/
http://www.ineesite.org/standards/INEE_MSEE_Fr.pdf
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index170105.php

Violences scolaires : les pistes de P. Meirieu
"Quand on laisse se constituer des « collèges ghettos », qu'on déverse contre leur gré les élèves les plus en difficulté de ces collèges dans certains lycées professionnels, qu'on affecte systématiquement dans ces établissements des enseignants débutants non volontaires - sans les décharger de quelques heures ni les accompagner suffisamment -, quand on diminue de moitié (comme c'est le cas dans de très nombreuses académies) les crédits destinés aux arts et à culture dans les ZEP, quand on fait systématiquement de l'exclusion la seule réponse à l'échec, il ne faut pas s'étonner que des violences apparaissent dans l'Ecole. Et c'est bien de cette politique-là dont sont aussi victimes nos collègues..." Dans une tribune sur son site personnel, Philippe Meirieu réfléchit aux violences scolaires.

" Nous payons aujourd'hui au prix fort l'abandon de notre patrimoine pédagogique" affirme-t-il. Et il avance quelques pistes pour faire face au problème : " une formation initiale et continue des enseignants renforcée sur les questions pédagogiques,… une reconstruction complète de la fonction d'encadrement dans l'Education nationale, … une redynamisation des projets d'établissement dans une logique pédagogique" et un travail sur la carte scolaire et la parentalité.
http://www.meirieu.com/nouveautesblocnotes.htm

De nouveaux modes de régulation de l'Ecole se mettent en place en Europe affirme Christian Maroy
"Notre propos est de nous demander comment évoluent les modes de régulation institutionnels du système d’enseignement secondaire dans cinq pays européens (Angleterre, Belgique (Communauté française), France, Hongrie, Portugal). Plus précisément, nous nous demanderons si les politiques éducatives des vingt dernières années contribuent à construire une certaine convergence de ce point de vue". Dans le numéro 49 des Cahiers de Recherche en éducation et formation, Christian Maroy, Girsef - Université Catholique de Louvain, étudie l'évolution des systèmes éducatifs européens pour dégager des convergences. Peut-on tirer de ces multiples transformations des directions qui permettraient d'affirmer que l'Europe s'engage vers une mutation de son modèle de gouvernance éducative ?

Christian Maroy constate que "la variété des pays et le nombre des pays touchés par ces réformes suggèrent que ces changements ne sont pas seulement conjoncturels mais qu’ils apparaissent comme les signes d’un changement de régime de régulation". Il constate des évolutions convergentes entre pays européens : autonomie accrue des établissements, recherche d'un point d'équilibre entre centralisation et décentralisation, montée de l'évaluation externe des établissements, promotion du choix de l'école par les parents, diversification de l'offre scolaire et érosion de l'autonomie de l'enseignant.

Par conséquent, pour lui, le modèle "bureaucratico-professionnel", marqué par une standardisation élaborée par l'Etat accompagnée d'une large autonomie individuelle des enseignants mis en place dans les années soixante, est en train de s'effacer devant un nouveau modèle. Ou plutôt devant deux modèles de gouvernance "post-bureaucratiques" : la régulation par le quasi-marché et la gouvernance par les résultats.

"Tout se passe comme si les politiques éducatives tendaient, à des degrés et avec des temporalités variables à converger partiellement du point de vue des modèles de gouvernance et régulation qu’elles cherchent à installer. D’une part, certains traits partiels d’un Etat évaluateur tendent à se mettre en place et on assiste à un renforcement de la volonté d’évaluation, de contrôle, de suivi des Etats sur les « producteurs » (notamment les établissements et leurs agents) et les « produits » de leurs systèmes éducatifs (les acquisitions des élèves) notamment par le biais d’outils d’évaluation. D’autre part de façon beaucoup plus variable, des ingrédients d’un modèle de marché sont introduits par la promotion de dispositifs favorisant davantage le libre choix des usagers, plus rarement par la valorisation des vertus de la concurrence entre établissements scolaires. Enfin, par le renforcement de leur autonomie de gestion, les établissements sont appelés à se mobiliser pour améliorer leur fonctionnement ou leurs résultats, en réponse aux besoins divers de leurs usagers ou aux objectifs assignés par des autorités locales ou centrales de tutelle".

Cette évolution vient de loin. "Plusieurs facteurs économiques, sociaux et culturels sous-tendent ces processus de convergence : montée de demandes croissantes de l’économie à l’égard de l’éducation, contexte politique néo-libéral, crise de légitimité de l’Etat-providence, inquiétudes et demandes sociales des classes moyennes à l’égard de l’éducation, et enfin, l’effet de contamination de modèles favorisés par divers acteurs et instances internationales".

D'où pour C.Maroy deux interrogations : ces nouveaux modèles assurent-ils plus d'équité et d'efficacité ? Quelles conséquences ont-ils sur les acteurs du système éducatif ? Sur le premier point, il estime que "les résultats des recherches sur les incidences du quasi-marché restent cependant controversés : d’un côté nombre d’auteurs comme Lauder et Hughes (1999) et Gewirtz et alii (1995) concluent que le quasi-marché renforce les inégalités et les ségrégations scolaires, alors que Gorard et collègues (2003) affirment que la ségrégation scolaire ne s’est pas renforcé en Angleterre tout au long des années 90… Par contre, l’analyse de l’effet des dispositifs de l’Etat-évaluateur reste encore largement en friche pour ce qui concerne l’impact sur l’efficacité ou l’équité des systèmes".

Sur le second point, on ne s'étonnera pas de retrouver une thèse déjà développée par C. Maroy : le nouveau mode de gouvernance complexifie le travail enseignant. "Plus largement, on peut se demander si cela ne diminue pas leur autonomie professionnelle et si un nouveau régime de « performativité » n’envahit pas le monde scolaire comme plus largement l’ensemble des politiques sociales de l’Etat. Dans un tel régime, comme l’avance Stephen Ball (2003), ces personnels sont soumis à plusieurs pressions nouvelles : tensions entre leurs éthiques humanistes et les attentes de résultats visibles attendus par les nouveaux dispositifs d’évaluation étatiques, orientation de leurs pratiques vers la production de « fabrications », d’artefacts qui justifient leurs actions, mais leur laissent un douloureux sentiment d’inauthenticité. Par ailleurs, ce sont aussi les fonctions de direction des établissements qui sont redéfinies dans une optique plus managériale, supposée améliorer l’efficacité et la pertinence des actions des établissements (Gewirtz, 2002)".

Cette étude, qui paraît au moment où les choses s'accélèrent en France, permet d'appréhender plus globalement l'évolution du système éducatif. Il faut noter qu'en France on assiste en plus à une tentative d'inversion réactionnaire des pratiques pédagogiques. C'est très clair par exemple en ce qui concerne la lecture ou les zep. L'objectif ne semble pas être celui d'assurer plus d'équité et d'efficacité…
http://www.girsef.ucl.ac.be/Cahiers_CREF/049cahier.pdf
http://www.cafepedagogique.net/disci/actu/66.php

L'Unesco recommande une décentralisation maîtrisée
"Les stratégies de décentralisation ne doivent pas offrir aux états nationaux une justification pour abandonner leurs responsabilités". L'Unesco rend compte d'un séminaire international sur la décentralisation dans l'éducation.

Pour l'organisation internationale, la décentralisation peut améliorer la qualité de l'éducation et régénérer son administration. Mais ça ne peut être le cas que si elle est un outil de participation sociale et si elle s'accompagne de la formation des acteurs de l'Ecole. Elle nécessite des structures de pilotage.
http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001412/141221e.pdf

Alsic : Langues et systèmes d'information
Le volume 8 d'Alsic est enligne. Au sommaire de nombreuses contributions concernant les rapports entre l'enseignement des langues et les TIC. Signalons par exemple l'article d'Emmanuelle Duchiron qui analyse les exercices proposés par les didacticiels de langue. "Ces quelques recommandations montrent très nettement qu'est maintenant dépassé le temps où il était de bon ton de critiquer le QCM et le choix fourni de manière systématique. Si ce panorama a mis en avant de nombreux exercices critiquables à bien des égards, il a également tenté de montrer que, sous certaines conditions, le choix fourni peut s'avérer être un outil très précieux…. Quel que soit le but que chacun se fixe lorsqu'il s'inscrit dans une démarche d'enseignement / apprentissage d'une langue, le didacticiel peut constituer une aide précieuse".

Catherine Caws montre comment des exercices collaboratifs sur Internet peuvent amener un renouveau de l'engagement des étudiants en FLE et une véritable réflexion sur leurs stratégies d'apprentissage. Martine Eisenbeis et Nicolas Marti montrent l'intérêt d'une autre démarche : la création d'un site Internet pour l'apprentissage du FLE. Leur article analyse les spécificités du site Internet, la place de la médiation humaine et ses effets sur la répartition des rôles.
http://alsic.u-strasbg.fr/

Psychologues et pédopsychiatres refusent la médicalisation du mal-être social
"Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance". Il est rare que les spécialistes de l'enfance lancent un débat public. Cette pétition, signée par près de 10 000 personnes, a été lancée à l'initiative de pédopsychiatres et de psychologues représentatifs (les présidents du syndicat national des médecins de PMI, de l'association des psychiatres de secteur infanto-juvénile, du syndicat des psychiatres français etc.), avec le soutien de Boris Cyrulnik. Elle dénonce une médicalisation des problèmes sociaux, introduite par le rapport Bénisti, par celui de l'Inserm et enfin dans le projet de loi sur la délinquance.

"Les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d’héritabilité (génétique] du trouble des conduites ». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : « indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas », etc. Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ? Devant ces symptômes, les enfants dépistés seraient soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories de neuropsychologie comportementaliste qui permettent de repérer toute déviance à une norme établie selon les critères de la littérature scientifique anglo-saxonne. Avec une telle approche déterministe et suivant un implacable principe de linéarité, le moindre geste, les premières bêtises d’enfant risquent d’être interprétés comme l’expression d’une personnalité pathologique qu’il conviendrait de neutraliser au plus vite par une série de mesures associant rééducation et psychothérapie. A partir de six ans, l’administration de médicaments, psychostimulants et thymorégulateurs devrait permettre de venir à bout des plus récalcitrants".

Pour les signataires, "l’expertise de l’INSERM, en médicalisant à l’extrême des phénomènes d’ordre éducatif, psychologique et social, entretient la confusion entre malaise social et souffrance psychique, voire maladie héréditaire. En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant, en isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l’abord du développement singulier de l’être humain est nié et la pensée soignante robotisée".

Les signataires refusent " la médicalisation ou la psychiatrisation de toute manifestation de mal-être social" et s'engagent à "préserver dans nos pratiques professionnelles et sociales la pluralité des approches dans les domaines médical, psychologique, social, éducatif… vis-à-vis des difficultés des enfants en prenant en compte la singularité de chacun au sein de son environnement".
http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index230905.php

Critique de la rhétorique anti-pédagogique
"La rhétorique républicaine fait flèche de tout bois : culte du fait divers monté en épingle, colportage des rumeurs sans le moindre souci de vérification des sources, témoignages reçus sans critiques et enfin souvenirs personnels plus ou moins nostalgiques érigés à la dignité de faits historiques et opposés aux “charlataneries” des statisticiens. On ne traite d’ailleurs pas mieux l’histoire que la sociologie. L’intégrisme républicain, contempteur du présent de l’école, peut tranquillement se fabriquer un âge d’or, une école parée de toutes les vertus républicaines. Les républicains accusent la gauche de trop aimer le monde qu’elle ambitionnait jadis de transformer. On pourrait dire d’eux qu’ils haïssent trop le monde pour tenter de le changer et même tout simplement de le comprendre".

Sur le site d'Education & Devenir, Michel Fabre, philosophe, directeur du CREN, analyse le discours des "républicains". "Le refus du temps et de l’histoire conduit au primat d’une argumentation formelle, à la fois impeccable et vide : un “géométrisme abstrait ” qui s’épuise dans une symétrie manichéenne, sans dialectique ni compromis".
http://education.devenir.free.fr/Tribune.htm

7000 signataires pour l'appel contre le renoncement
"Ce qui nous a paru mériter une réaction d’envergure est le fait qu’un seuil a été franchi, que le choix a été fait d’un retour en arrière par rapport aux politiques antérieures (qui méritent certes examen critique) qui avaient fait de l’ensemble école-collège le corps de la scolarité commune obligatoire. Ces mesures organisent la déscolarisation des jeunes les plus en difficultés, qui appartiennent souvent aux milieux sociaux les plus victimes de la domination et de la précarisation. C'est un renoncement aux objectifs de démocratisation de l’accès au savoir. Comme souvent, la mise en avant des aspects critiques et du bilan décevant, tant du « collège unique » que de la politique ZEP, la critique nécessaire du fonctionnement élitiste et ségrégatif de notre système éducatif ne sont utilisées que pour mettre en cause ses missions de service public et pour justifier des mesures qui ne pourront qu’aggraver les inégalités sociales et sexuées".

Dans Fenêtres sur cours, Jean-Yves Rochex, Paris 8, explique les motivations de l'appel lancé avec d'autres chercheurs pour dire "non au renoncement" à l'Ecole.

Le site a déjà recueilli près de 7 000 signatures.
http://www.ecole-resister.net/phpPetitions/?petition=2


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16ème Salon Freinet
"Quels savoirs aujourd'hui pour quelle école , pour quelle société ?" Disons que l'actualité souligne vivement l'intérêt de cette conférence d'André Giordan lors du 16ème Salon des apprentissages pédagogie Freinet, les 29 et 30 mars à Nantes. Jean Houssaye y parlera de "la gestion pédagogique de l'hétérogénéité". Le Salon proposera également des ateliers pour visiter et revisiter la pédagogie Freinet.
http://www.freinet.org/icem/dept/idem44/idem44_pedagogiefre[...]

Parents et enseignants au Forum Retz - LMDE
Parents et enseignants exercent-ils le même métier ? Une collaboration entre les deux est-elle vraiment possible ? Le 8 mars, le Forum Retz – Le Monde de l'Education donnera la parole à Antoine Prost qui retracera l'histoire de la "mésentente" entre Ecole et famille. Agnès Van Zanten évoquera le rapport des parents à l'école "entre consumérisme et exercice de la citoyenneté". Deux tables rondes réuniront des pédagogues (J.L. Auduc, J. Simon) et des représentants des fédérations de parents. Inscription gratuite.
http://www.editions-retz.com/espace_pedagogique/forum.html

Colloque Education et Devenir
"Nous avons encore en tête un modèle de l'école selon lequel, pour des enfants enfermés dans leurs particularismes, l'école est le lieu d'entrée dans l'universel, dans le domaine de la raison. Le maître se trouve dans un rôle de médiateur entre des êtres définis par leurs particularismes et l'universalité des principes. Il n'entre pas dans le secret des différences individuelles, sociales, culturelles. Mais dans un monde où les structures primaires se délitent et où la population est imprégnée d'une culture de masse, l'école ne peut plus revendiquer d'être le seul passeur du monde privé au monde public". Pour son 22ème Colloque national, à Rouen du 31 mars au 2 avril, Education et Devenir invite à "croiser les regards" sur le rapport entre l'élève et l'Ecole aujourd'hui.

Durant ces trois journées, alterneront conférences (Marcel Crahay, Roger Establet, Jean-Luc Fauguet, etc.) et ateliers pour une radiographie des élèves d'aujourd'hui et poser des jalons de l'Ecole de demain.
http://education.devenir.free.fr/colloque2006.htm

Mutations du travail
Jean-Marc Weller évoquera le 8 mars à l'INRP (Lyon) "la relation de service et les mutations au travail" dans le cadre du séminaire sur le travail enseignant animé par Jean-Louis Derouet et Françoise Lantheaume. A noter que les interventions précédentes sont disponibles sur le site : "Difficulté au travail, souffrance au travail, médicalisation", "Le travail fait l'homme ? La dimension psychologique du travail" et "De la mission à l'activité".
http://ep.inrp.fr/EP/r_actualites/francoise_lantheaume_chri[...]
http://ep.inrp.fr/EP/news

Qu'avons-nous fait du droit à l'éducation ?
"Qu’est-ce qui, dans les faits, garantit l’application du droit à l’éducation ? Dans quoi peut-on l’ancrer, pour rendre effectif son caractère inaliénable ?... En effet, les valeurs fondatrices de la démarche éducative et de la transmission des savoirs supposent d’adopter une attitude équitable, respectueuse du droit de chacun. Mais, au quotidien, la diversité des acquis préexistants - en termes de cultures sociétales et familiales - et les différentes capacités des jeunes à se projeter dans l’avenir, obligent à se poser la question de l’équité. Ces disparités de fait se traduisent par des écarts voire des ruptures entre éducation familiale et éducation scolaire, entre culture des élèves et culture professorale, qui peuvent mettre à mal la relation d’équité dans l’application du droit à l’éducation… L’hypothèse sur laquelle s’appuie cette journée d’étude est que l’application équitable du droit à l’éducation est sous-tendue par la nature éthique de la relation d’enseignement. C’est donc celle-ci que l’on se propose de réexaminer".

Organisé par le Ministère de la Recherche, le Forum européen des Chefs d'établissement scolaires, l'AEDE, le CNED et la Fondation Ostad Elahi, le 8 mars, à Paris, un colloque réfléchira aux choix éthiques qui peuvent fonder la relation d'enseignement. Parmi les participants : André de Peretti, Jean-Pierre Rosenczveig etc.
http://www.fondationostadelahi.fr/colloque.html

Eduquer à l'égalité entre garçons et filles
"Quelles pratiques éducatives construisent l'égalité entre les garçons et les filles ? Les Ceméa organisent les 16 et 17 mars, à Strasbourg, un colloque européen qui vise à "déconstruire les stéréotypes et rôles sociaux sexués dans les programmes de formation aux métiers de la petite enfance". Il s'adresse aux professionnels de la petite enfance, aux ONG, aux élus syndicaux ou politiques.
http://www.cemea.asso.fr/agenda.html#colloque_aquoijouestu

Journée Internationale de la langue maternelle
"Plus de 50% des 6000 langues du monde risquent de disparaître dans quelques générations et des milliers de langues sont absentes des systèmes éducatifs et du cyberespace". L'Unesco se mobilise pour sauvegarder ce patrimoine à l'occasion de la Journée internationale de la langue maternelle. " La langue est bien plus qu’un instrument, bien plus qu’un outil. En structurant notre pensée, en articulant nos relations sociales et en construisant notre rapport à la réalité, elle constitue une dimension fondamentale de l’être humain. C’est dans le langage, par la langue, que nous vivons. Il est donc naturel que, loin d’être perçue comme une simple question technique, l’utilisation des langues constitue le point de rencontre de nombreuses problématiques sensibles et contrastées. L’utilisation ou la non utilisation d’une langue dans des espaces publics comme l’école, les médias ou l’Internet renvoie ainsi aux registres de l’identité, de l’appartenance nationale ou du pouvoir".

La question de l'absence de la langue maternelle comme langue scolaire se pose bien sur en Afrique, un continent où la langue du colonisateur domine l'Ecole et où l'Unesco encourage l'intégration des langues nationales. Mais la dernière étude sur l'enquête PISA réalisée par l'OCDE a identifié l'absence de la langue maternelle des enfants immigrés comme un des facteurs sérieux d'échec scolaire des enfants d'origine immigrée en France. Elle recommande sa prise en compte.
http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=2309&URL_[...]

Intertice 2006
Au programme de ce point de rencontre des enseignants franciliens : "l'éducation citoyenne sur le net", "les TICE de la maison à l’école", "TICE et langues" et "les Environnements numériques de travail". Intertice aura lieu le 10 mai à la Cité des Sciences et de l'industrie.
http://www.intertice.fr/index.php?go=programme

Cyber-Langues 2006 en préparation
"L'intégration des TICE dans l'enseignement des langues : quelles pratiques pour quels résultats ?" Crée en 200, l'association Cyber-Langues regroupe des enseignants de langues utilisateurs des TICE. Son colloque annuel est un événement qui offre à des dizaines de professeurs une belle occasion d'échanger sur leurs pratiques. Ainsi le colloque 2005 a présenté des contributions sur eTwinning, Télé Tandem, les blogs au service de l'écriture collaborative, ou encore les TIC au service de l'autonomie des élèves.

Du mardi 22 au jeudi 24 août 2006, à Louvain-la-Neuve (Belgique), le colloque Cyber-Langues offrira des conférences et des ateliers. Un appel à contribution est lancé.
http://www.cyber-langues.asso.fr/
http://www.cafepedagogique.net/divers/cyberl2003/index.php

ZEP : Quel avenir ?
L'Unsa Education organise le 22 mars, à Paris, avec la Ligue de l'enseignement et l'OZP, un colloque sur l'avenir des ZEP. Au programme : des interventions d'acteurs reconnus (M. Kherroubi, P. Meirieux, C. Cavet, E. Favey, J.-L. Auduc, N. Renard etc. et le compte-rendu d'une enquête lancée par l'Unsa auprès des personnels travaillant en ZEP.
http://www.fen.fr/modules.php?name=Dossiers&pa=showpage&did[...]

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Orthographe : l'affaire de tous les profs
"Certains s’alarment régulièrement de la baisse du niveau des élèves en orthographe ; d’autres dénoncent un instrument de sélection sociale qui n’aurait rien à voir avec la compétence à manier la langue écrite". Ce nouveau dossier des Cahiers pédagogiques (n°440) entend s'éloigner de ces excès : "donnons donc à l’orthographe, dans l’apprentissage de la langue écrite, toute sa place et rien que sa place !"

Pour cela ce dossier donne de nombreux exemples de situations pour enseigner l'orthographe. Il montre les procédures et les connaissances mobilisées par les élèves pour réduire leurs fautes. Il plaide également pour l'étude de la langue : pour Jacques Crinon, "focaliser le travail sur l'utilitaire et les contenus thématiques détourne les élèves de ce qui est le plus difficile, adopter une posture métalinguistique. L'absence de cette posture est génératrice d'échec scolaire".
http://www.cahiers-pedagogiques.com/numero.php3?id_article=[...]

Les aides aux devoirs en dehors de la classe
"Les élèves qui ont recours aux cours particuliers payants ont un profil socio-économique marqué : les familles d’enseignants, de cadres et de chefs d’entreprise ou commerçants y sont relativement plus représentées. Ce sont également des parents qui se disent plus que la moyenne dépassés et qui disent manquer de temps, à la fois le père et la mère. Les élèves sont également plus souvent scolarisés dans le secteur privé". Cette étude ministérielle met en évidence les inégalités sociales devant le soutien scolaire.

Elle répartit les élèves en 5 catégories : ceux qui bénéficient d'une aide familiale (souvent la mère, parfois les frères et sœurs ou le père) : c'est le groupe le plus important, qui concerne plutôt des jeunes sans grandes difficultés, et qui va déclinant de l'élémentaire au lycée. Un troisième groupe concerne des élèves suivant des soutiens gratuits : "ce sont des jeunes ayant des difficultés scolaires et dont les familles sont peu favorisées". Ce groupe disparaît presque au lycée. Un quatrième groupe rassemble les bénéficiaires de cours payants : il concerne des élèves du secondaire favorisés socialement. Enfin il y a les élèves sans soutien : il progresse dans l'enseignement secondaire où il représente presque un jeune sur deux en professionnel.

Cette étude apporte des éclairages sur le débat sur l'accompagnement scolaire. D'une part elle montre le caractère socialement inégal du soutien payant qui bénéficie pourtant de subventions publiques (via des dégrèvements fiscaux). D'autre part elle est publiée quelques semaines après un séminaire national sur l'accompagnement scolaire qui a évoqué une action publique en ce domaine.
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/ni/ni2006/ni0604.pdf
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/amiens/index.php
http://www.adobe.fr/products/acrobat/readstep2.html

Quelles formations pour 2015 ?
"À l’horizon 2015, les domaines professionnels « agriculture, marine, pêche, sylviculture » et « industries légères (textile, cuir, bois, industries graphiques) » devraient poursuivre leur fort recul. Les domaines professionnels « mécanique, travail des métaux », « industries de process » et « gestion, administration » devraient perdre des emplois, après en avoir créé un nombre relativement important au cours de la période 1993-2002. Les domaines professionnels « électricité, électronique », « banques et assurances », « maintenance » et « bâtiment, travaux publics » devraient, soit continuer à perdre des emplois, soit continuer à créer peu d’emplois. Les domaines professionnels « communication, information, spectacles » et « études et recherche » devraient créer, en moyenne chaque année entre 2002 et 2015, autant d’emplois qu’entre 1993 et 2002. Le domaine professionnel « hôtellerie, restauration, alimentation » devrait voir ses effectifs progresser de 7 000 par an… Les domaines professionnels « ingénieurs et cadres de l’industrie », « fonction publique et professions juridiques », « enseignement, formation »et« tourismeet transports »devraient connaître une inflexion à la hausse de leurs créations d’emplois. Cette inflexion devrait être forte pour les trois domaines professionnels « fonction publique et professions juridiques », « enseignement, formation » et « tourisme et transports ». Quatre domaines professionnels devraient tirer l’essentiel des créations d’emplois entre 2002 et 2015 : « informatique », « commerce », « santé, action sociale, culturelle et sportive » et « services aux particuliers » (emplois familiaux, sécurité, etc.)".

Cette étude de la DEP (ministère de l'éducation nationale) tente de prévoir les besoins en effectif et en formation pour 2015. Premier enseignement : même en partant d'une hypothèse assez optimiste (taux de croissance de 2%), le nombre de jeunes sortant de formation (680 000) sera nettement supérieur aux emplois offerts (594 000). Malgré les départs en retraite massifs, le chômage se maintiendra donc à la hauteur de 7,4% en 2015.

Surtout l'étude permet d'évaluer les besoins de formation par niveau de diplôme. " Il est possible, grâce à cette étude, d’indiquer les domaines qui recruteront le plus de jeunes sortant du système éducatif : commerce, santé-action sociale, bâtiment-travaux publics, services aux particuliers, enseignement-formation, hôtellerie-restaurationalimentation, gestion-administration, et à quels niveaux de diplôme. Si certains domaines ont des besoins dans tous les niveaux de diplôme, d’autres sont davantage centrés sur quelques niveaux : niveaux élevés : études-recherche, enseignement- formation, informatique, banque assurances, fonction publique-professions juridiques ; niveaux inférieurs au baccalauréat : bâtiment- travaux publics, mécanique-travail des métaux, services à la personne, hôtellerie-restauration-alimentation".
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/ni/ni2006/ni0603.pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/readstep2.html

Formation : Accompagner une équipe
" En tant que formateurs second degré appelés à intervenir sur site, nous avons visé trois objectifs correspondant à trois axes : un travail sur l’identité du formateur : positionnement professionnel, rôle institutionnel dans la chaîne de formation : Axe politique; un travail sur les compétences en ingénierie de la formation : auditer les attentes, analyser les besoins, négocier un projet de formation, élaborer un contrat de formation : Axe technique; un travail sur les pratiques : diversifier ses techniques, ses outils, ses modes dans la conduite de formation d’adultes à l’occasion d’un travail d’analyse de pratiques sur la mise en œuvre dans les collèges du dispositif « idd »".

Résultat d'un travail de trois années, l'IUFM de Dijon publie un remarquable dossier sur l'accompagnement de formateurs. Il s'articule autour de 5 thèmes : l'identité du formateur, les nœuds de la formation, l'ingénierie de formation, les outils de la formation et les contenus de formation. Chacun donne accès à une remarquable collection de ressources mises en perspective. Ainsi, le dossier sur l'identité du formateur réfléchit aux enjeux de la formation sur site, aux points d'appui du formateur, à la place de la formation, aux modèles des formateurs et des enseignants.

Les "16 nœuds de la formation" proposent un référentiel de compétences de l'enseignant, font réfléchir au concept de "compétence collective" et au "changement durable" ou encore propose une réflexion pour travailler les résistances.

Plus qu'une trousse à outils ou un guide, ce dossier éveille la réflexion bien au-delà de sa cible. A découvrir !
http://www.dijon.iufm.fr/format/formform/ac_equip_for/index[...]

La réussite inégale de la génération 90
"Quatre élèves sur dix entrés en sixième en 1989 sont sortis du système éducatif avec un diplôme de l'enseignement supérieur. Mais les écarts sont très importants selon leur origine sociale". Une étude ministérielle (DEP) analyse le devenir d'une tranche d'âge. 43% ont obtenu un diplôme de l'enseignement supérieur, 20% ont le bac, 20% un Cap ou Bep, 6% le brevet seulement et 12% ont quitté l'Ecole sans aucun diplôme.

Mais l'étude révèle également des inégalités. Entre les sexes : 50% des filles sont diplômée du supérieur, contre 38% des garçons. Surtout on observe de grandes différences sociales : 76% des enfants d'enseignants, 67% des enfants de cadres supérieurs, mais seulement 21% des enfants d'ouvriers non-qualifiés ont obtenu un diplôme du supérieur. 90% des titulaires d'un diplôme bac + 3 possèdent un bac général.
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/ni/ni2006/ni0601.pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/readstep2.html

Le guide 2006 des indispensables du web pédagogique
On le sait bien au Café pédagogique : avec le développement de l'Internet, les sites éducatifs se multiplient, au point que chaque numéro du Café pédagogique en fait connaître plusieurs centaines. Au risque de se perdre dans le cyberespace éducatif.

De cet univers virtuel, quelques webs se détachent et apparaissent comme des repères incontournables. Ce sont ces sites que le "guide 2006 des indispensables du web pédagogique" vous propose.

Pour chaque discipline, l'équipe du Café pédagogique a sélectionné les dix sites incontournables. Il s'agit des sites Internet que tout enseignant doit connaître et utiliser. Ceux que nous visitons très régulièrement et qui pourront trouver place dans vos signets. Chaque rédacteur a pu ajouter trois sites "coups de cœur" qui les ont séduit. Au total, le Guide propose plus de 500 sites éducatifs pour une trentaine de disciplines du primaire et du secondaire.

Autant dire que le tri a été très difficile tant le Web est riche d'initiatives et de ressources. Et que cette sélection est très subjective. Il faut ajouter qu'elle nous laisse sur notre faim ! Mais vous trouverez chaque quinzaine dans le Café pédagogique de quoi vous rassasier.
Le Guide
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/indisp2006/index.ph[...]
Le Guide en pdf (1 Mo)
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/indisp2006/indisp06[...]
L'affichette pour la salle des profs (en pdf)
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/indisp2006/indisp06[...]

Formation des élites et ségrégation scolaire
La Cellule de veille scientifique et technologique de l'INRP nous offre une remarquable synthèse sur les récents travaux sur les inégalités scolaires. Orientation, stratégies d'évitement, marché scolaire, ségrégation sociale : sur ces différents points la Lettre de l'INRP propose des analyses claires et courtes des travaux des chercheurs. "Si les recherches ou études sur la formation des élites ont fait l'objet de quelques publications récentes, bon nombre de travaux sur la ségrégation ou les inégalités scolaires datent de la fin des années 90. Les enquêtes sur lesquelles ils s'appuient restent bien souvent d'actualité. Cette note de synthèse, tout en reprenant les fils conducteurs élaborés il y a quelques années, cherche à faire le point sur les derniers travaux, dont certains sont en cours, tant en France qu'à l'étranger".
http://www.inrp.fr/vst/LettreVST/janvier2006.htm
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index230905.php

Les chiffres de l'Ecole
Avec le "Global Monitoring Report", l'Unesco met en ligne des statistiques récentes sur l'éducation dans le monde : taux d'illettrisme, taux de scolarisation, dépenses pour l'éducation etc. Pour près de 180 pays dans le monde, on accède d'un clic aux données de base sur l'Ecole.
http://gmr.uis.unesco.org

Dossier spécial    [ Haut ]
- Lecture : un enseignement sous pression politique

Le point de vue de scientifiques
"Dans le débat sur "les méthodes de lecture", la Science a bon dos. Invoquée à la fois par le Ministre de l'Education Nationale et par ses opposants, elle semble se plier aux différents points de vue. Pourtant, après maints débats alimentés de citations tronquées, les nuances d'un point de vue qui vise à l'objectivité scientifique n'ont toujours pas réussi à se faire entendre. Il nous paraît donc important de clarifier ce que les recherches scientifiques permettent (ou pas) de dire". Franck Ramus, Liliane Sprenger-Charolles et nombre d'autres chercheurs signent ensemble dans le Café pédagogique un texte qui éclaire le débat sur la lecture

Faut-il revenir, comme le ministre l'exige, aux vieilles méthodes enseignant exclusivement le B-A-BA de manière répétitive et dénuée de sens ? "Certainement pas" répondent les chercheurs. "Sur ce point nous rejoignons largement l'avis du monde enseignant pour dire que les méthodes qui, dans l'état actuel de l'art, semblent optimales, initient l'enfant non seulement au déchiffrage, mais également à la morphologie, à la syntaxe, à la compréhension de textes ayant un sens, ainsi qu'à l'écriture. Simplement, le déchiffrage doit être présent dès le début du CP".

Ce texte vient après la publication par d'autres chercheurs de textes qui critiquent la circulaire ministérielle sur la lecture. On verra par exemple, dans le Café, les articles de R. Goigoux, A. Ouzoulias ou B. Devanne. La particularité de cette contribution c'est qu'elle est signée par cinq chercheurs dont les travaux étaient cités par G. de Robien à l'appui de sa décision. Quelle caution scientifique lui reste-il ?
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/ramus.php
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/actu/2006/apprendre_a_lire_reference.pdf
http://www.adobe.fr/products/acrobat/readstep2.html

Syllabique : Une obligation injustifiée pour R. Goigoux
"En imposant la méthode syllabique, (Gilles de Robien) proscrit toute tâche de mémorisation et toute activité d'analyse de mots entiers avant l'apprentissage du déchiffrage de leurs composants élémentaires. Il nomme "semi-globales", pour les stigmatiser et les interdire, toutes les méthodes qui intègrent ces activités. Pourtant, aucune donnée scientifique ne permet d'affirmer que celles-ci sont néfastes, bien au contraire". Dans un article publié par le Café, Roland Goigoux, IUFM d'Auvergne, juge "scientifiquement injustifiée" l'obligation faite par le ministre d'utiliser la méthode syllabique au CP.

Il évoque "la grande méconnaissance de la réalité des pratiques pédagogiques" chez le ministre et montre les méfaits de la méthode syllabique pure prônée par G. de Robien. "Dans les méthodes syllabiques, plusieurs mois sont ainsi consacrés à l'étude de phrases simplement juxtaposées, loin des récits de la littérature pour la jeunesse que les élèves avaient l'habitude de travailler à l'école maternelle : tous les verbes sont au présent, on ne trouve pas de connecteurs, peu de substituts nominaux ou pronominaux, etc. L'enseignement de la compréhension, pourtant exigé par les programmes, n'y est pas assuré. De manière plus générale, l'entrée dans la culture de l'écrit (ses œuvres, ses codes linguistiques et ses pratiques sociales) est délaissée".

Des défauts que l'Inspection générale avait dénoncés en 2004 sous la plume de Jean Hébrard. " Il y a un autre problème dans la méthode Boscher comme dans celles qui lui ressemblent. La question de la compréhension y est laissée à l’abandon. Comprendre un texte écrit est difficile car les textes écrits ne parlent pas du tout comme le langage oral que l’enfant connaît bien. Pour s’en rendre compte, il suffit d’essayer de transcrire un moment de conversation enregistré au magnétophone. Lorsque l’on essaie de le lire, c’est du charabia. L’écrit utilise une autre syntaxe que l’oral, d’autres mots, une autre organisation du langage. L’objectif de l’enseignement de la lecture est de permettre à un élève de comprendre l’écrit en en lisant les mots qui le constituent. Mais lire les mots d’un texte ne suffit pas pour comprendre le texte. Combien d’élèves qui déchiffrent bien, longtemps ne comprennent rien à ce qu’ils lisent ? Ce qui permet à un élève de comprendre ce qu’il lit, c’est sa familiarité avec les livres".
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/goigoux3.php
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/goigoux2.php
http://www.bienlire.education.fr/04-media/a-interview21.asp

La conférence de Clermont-Ferrand
C’était le 14 février dernier à Clermont-Ferrand. L’IUFM d’Auvergne invitait, dans une conférence publique, deux experts, Roland Goigoux et Michel Fayol, à faire le point sur l’état des savoirs concernant la lecture. Il faut croire que l’initiative était pertinente : plusieurs centaines de personnes ont du rester dehors, les deux amphis universitaires prévus pour accueillir les auditeurs se révélant trop petits.

"Je conteste l’approche syllabique stricte, parce qu’elle exclut l’analyse mais aussi parce qu’elle vide les textes de toute signification (Léa sort le cheval, Faro le mord, le cheval a mal, Léo lui parle fort, il file)" affirme Roland Goigoux. "Si on choisit que le O ne fera que le son O, on se prive de tellement de mots que ça donne des textes dérisoires…. Pourtant, les manuels actuels organisent un travail partant de l’oral, font un travail d’analyse phonologique, localisent les phonèmes (« où entend-on OU dans MOUTON ? » et permettent de faire les relations entre ce qu’on entend et ce qu’on voit".

"L’activité de lecture est une vraie activité, qui doit se pratiquer en tant que telle même si on doit aussi pratiquer des exercices spécifiques" estime Michel Fayol. "Mais il ne faut pas oublier que l’activité de lecture fait beaucoup référence aux connaissances antérieures et à la culture… Sur la formation à l’enseignement de la lecture, je pense qu’il faut un minimum de connaissance sur ce qu’est un phonème, comme sur ce qu’est un processus d’apprentissage. Former les maîtres à repérer le niveau de difficulté de ce qu’ils donnent à faire aux élèves, c’est déjà leur donner plus d’efficacité. Si on veut dépassionner les débats, ça vaut la peine de s’interroger sur les aspects sur lesquels on n’a pas de réponse, et plutôt que d’apporter des réponses passionnelles, travailler à développer des travaux empiriques, par exemple sur la place à donner à l’écriture dans l’apprentissage".

Patrick Picard rend compte de cette conférence et des propos des intervenants.
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/clermontf.php

Scientifiques et praticiens…
"Si « l'efficacité comparée de différentes pratiques pédagogiques est une question qui peut et qui doit être abordée de manière scientifique », les scientifiques doivent se garder de trancher entre des pratiques pédagogiques qui n’ont pas encore fait l’objet d’une telle étude scientifique. Le rôle du scientifique n’est pas de conformer les pratiques humaines à celles qu’il a déjà étudiées et qui lui paraissent les plus recommandables. Il doit accepter que l’objet qu’il étudie soit plus complexe que le modèle provisoire que sa communauté scientifique en a élaboré et accepter que l’impression de certitude que fournit un tel modèle, soit relativisée par l’expérience des praticiens. Il doit même accepter que l’expérience des praticiens prime quand lui-même manque d’informations !" Dans un article publié par le Café, Rémi Brissiaud (IUFM Versailles) revient sur la contribution de 18 scientifiques au débat sur la lecture et les invite à prendre davantage en charge les pratiques des enseignants.
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/brissiaud.php
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/ramus.php

Le syndrome de la tortue de Floride (A Ouzoulias)
"Le 3 janvier dernier, avec sa circulaire sur la lecture et ses justifications, le ministre a officialisé la transposition, on aurait envie de dire l'intrusion, dans « l'écosystème pédagogique » français (contexte linguistique, scolaire et didactique) de concepts, débats et politiques éventuellement pertinents dans « l'écosystème pédagogique » anglo-américain (contexte linguistique, scolaire et didactique). Il se pourrait qu'arrivant rue de Grenelle, le ministre qui a fait baisser la mortalité routière de 30 % en installant 500 radars, ait cru qu'on pouvait résoudre aussi simplement le problème de la lecture… Si c'était le cas, on serait tenté de regarder ce dérapage avec indulgence.

Aujourd'hui, en tout cas, les dégâts créés par ce geste mal inspiré et précipité sont encore réparables. Mais pour éviter que la « méthode syllabique pure » dite aussi « phono-synthétique », ne détruise tous les acquis de notre histoire pédagogique de ces trente dernières années, il faudra vraisemblablement procéder avec les concepts et débats psycho-pédagogiques anglo-américains comme avec la tortue de Floride : en suspendre l'importation, pendant un certain temps du moins, apaiser les parents et les praticiens, puis ne les réintroduire en France qu'avec d'infinies précautions".


Dans un bel article publié par Le Café pédagogique, André Ouzoulias explique pourquoi l'importation de concepts pédagogiques américains sur l'apprentissage de la lecture n'est pas forcément pertinente dans l'espace culturel français. Cela tient à la fois à la langue elle-même et au système scolaire français qui scolarise déjà tous les enfants 3 ans avant le cours préparatoire.
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/ouzoulias.php
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/i3l.php
http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1058

B. Devanne ouvre son Journal d'un Grande Section en Zep
" Comment se fait-il qu'on puisse rencontrer en ZEP des enfants aussi nombreux à un tel niveau de compétences dès le mois de janvier de la grande section ? L'explication en est simple, du moins dans son principe : alors que d'ordinaire on traque en ZEP tous les risques potentiels de difficultés de façon à prévenir l'échec annoncé, et que l'on consacre de ce fait, et de plus en plus tôt, l'essentiel de son énergie à des remédiations, les enfants de cette classe ont, depuis la petite section, été considérés comme courant le risque de la réussite".

Sa "Lettre au ministre" l'avait annoncé : Bernard Devanne nous fait partager les progrès et le quotidien d'une classe de Grande Section. Et il met en évidence le fait que la réussite du petit S…, originaire de Mayotte, ou de H…, d'origine syrienne, contredit les idées de G… de Robien. A suivre…
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/i3l.php
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/i2l.php

Lecture : Les programmes de 2002 menacés
"Le Se-Unsa n’acceptera aucune proposition de changement des programmes qui ne soit dictée par une démarche de progrès dans l’intérêt des élèves" annonce le syndicat qui craint une refonte des programmes de 2002. Le Se-Unsa rappelle que ces programmes "ont été arrêtés en février 2002 après un long processus de concertation impliquant durant plusieurs mois des praticiens de terrain, des représentants des parents d’élèves, des formateurs d’IUFM, des inspecteurs et des universitaires"

Il dénonce " la spirale idéologique dans laquelle s’enferre le ministre sur ce sujet complexe où le souci de faire progresser les élèves dans la maîtrise de la langue devrait l’emporter sur toute autre considération" et "s’inquiète de voir ainsi une démarche politicienne s’insérer dans la définition du contenu des programmes scolaires". C'est aussi cette intrusion du politique dans un domaine scientifique qui mobilise également de très nombreux chercheurs.

Le Snuipp a manifesté également son hostilité. "L’obstination du Ministre sur les méthodes de lecture est inadmissible. Elle finit d'exaspérer les enseignants et peine à masquer le manque de moyens engagés pour l'école primaire. Laisser croire qu'il suffirait d'éradiquer la méthode globale pour un retour exclusif à la méthode syllabique va à l’encontre de l’expérience des enseignants et de l’avis des chercheurs". Le Snuipp dénonce la volonté ministérielle de réformer les programmes de 2002. Ce point est fixé à l'ordre du jour du Conseil Supérieur de l'Education du 1er mars. "Le SNUipp estime que la question de la lecture et des programmes est trop importante pour faire l’objet de déclarations démagogiques et être instrumentalisée".
http://www.se-unsa.org/presse/comm/page.php?id=060221
http://www.snuipp.fr/article3180.html

Lecture : Un nouvel acte de censure ?
Début février c'était une formation sur la lecture animée par des universitaires qui était annulée par le ministère et remplacée par un séminaire officiel. Le ministère aurait-il à nouveau pratiqué la censure ?

Selon l'intersyndicale Fsu – Sud – Unsa de l'IUFM d'Auvergne, "à la demande du cabinet du ministre, le recteur de l'académie de Clermont-Ferrand vient d'exiger que l'IUFM d'Auvergne renonce à son projet d'édition d'un DVD sur l'apprentissage de la lecture". Le DVD proposait des extraits de conférences de Roland Goigoux et Michel Fayol, deux spécialistes du sujet. Pour l'intersyndicale, "l'interdiction pédagogique qui pèse sur l'IUFM équivaut à exclure de la formation des enseignants tout apport universitaire critique".

Cette nouvelle affaire intervient alors qu'un large consensus s'est fait chez les spécialistes pour condamner la politique ministérielle sur la lecture. Encore récemment pas moins de 6 scientifiques dont les travaux avaient été utilisés par G. de Robien pour se justifier ont marqué, dans le Café, leur désapprobation de la politique ministérielle. Robien ambitionne-t-il la postérité de Lyssenko ?
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/ramus.php
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index020206.php

Robien censure l'université ?
"La pensée totalitaire progresse avec la manipulation méthodique de l'opinion publique. L'autoritarisme se développe. Voici venu le temps de la pédagogie officielle, unique, imposée!" Sur le site du syndicat du SIEN Unsa, Pierre Fracowiak dénonce l'annulation de formations sur la lecture au bénéfice d'une conférence de de Robien sur le même sujet.

"Après le karcher dans les banlieues, le karcher dans l'école du 21ème siècle? A l'Ecole Supérieure de l'Education Nationale (établissement de formation des cadres de l'Education Nationale à Poitiers), l'intervention de R.Goigoux prévue la semaine prochaine a été supprimée par le ministre au motif que "son discours est non pertinent". Deux jours de stage sont supprimés et seront remplacés par un "séminaire officiel". Les recteurs, inspecteurs d'académie, directeurs d'IUFM sont convoqués à un séminaire national le 9 mars pour entendre la "bonne parole sur le b-a ba", avec de "bons scientifiques", et des instructions à répercuter sur le terrain: séminaires académiques pour les inspecteurs et conseillers pédagogiques, stages à la rentrée pour tous les maîtres de CP. Une seule méthode: au premier trimestre, les lettres et les sons; au second trimestre, des phrases; au troisième des petits textes. Ainsi tout le monde saura ânonner en fin de CP. Pour savoir lire et pour le sens... on verra plus tard... pour ceux qui ont la chance de lire beaucoup et bien hors de l'école. Tout le monde au garde à vous!"

Après le discrédit jeté sur les instits, voici que le ministre jette le doute sur le professionnalisme des universitaires.
http://www.unsa-education.org/sien/

Lecture et autorité à Montpellier
Alors que la circulaire ministérielle sur la Lecture fait déjà de grosses vagues dans les écoles, les recteurs vont-ils faire la course de l'exécution la plus servile de ce texte controversé ? Dans un communiqué officiel, le recteur de Montpellier, Christian Nique, avertit : "les méthodes à départ semi-globales doivent être interdites !" Mais de qui parle-t-il ? Ratus et Gafi ? Le service de presse du Rectorat refuse de donner des noms lorsqu'on lui demande de dire comment il compte "appliquer cette mesure dans toutes les écoles".

Le Recteur entend ainsi "tirer toutes les conséquences" de la circulaire De Robien, "en CP, mais aussi en maternelle et dans l'ensemble de l'école élémentaire", en exigeant l'utilisation exclusive de méthodes "syllabiques ou phono-graphiques".

Ce qui semble aller un peu plus loin que la circulaire ministérielle. Elle demande que "l'apprentissage de la lecture passe par le décodage et l'identification des mots conduisant à leur compréhension", qu'un "entraînement systématique à la relation entre lettres et sons (soit) assuré" et réfute "la mise en mémoire de la photographie de la forme des mots qui caractérise la méthode globale". Bref elle attend des maîtres qu'ils "écartent résolument ces méthodes qui saturent la mémoire des élèves sans leur donner les moyens d'accéder de manière autonome à la lecture".

Pour critiquable qu"elle soit, sur le fond, même la circulaire du ministre n'ose prétendre mettre à l'index toute autre méthode, au simple motif qu'elle serait "à départ global". En allant plus loin que la circulaire, le Recteur de Montpellier pourrait prendre le risque de raviver le mouvement revendicatif.
http://www.ac-montpellier.fr/Actualites/presse/fev06/060206-lecture.pdf

Syndicats et organisations pédagogiques engagent une campagne pour la lecture
"Le Ministre de l’Éducation Nationale vient de diffuser une circulaire « apprendre à lire » qui cherche à imposer une conception de l’apprentissage de la lecture se limitant au déchiffrage. Cette circulaire constitue une tentative de passer en force contre les textes réglementaires en vigueur et de faire prévaloir des idées simplistes sur la lecture et son apprentissage. Elle jette le discrédit sur les pratiques des enseignants. Elle fait fi de l’expérience des formateurs et reste sourde aux observations argumentées des chercheurs. De cette façon, elle introduit la confusion dans l’opinion publique et dans l’esprit des familles, qui sont à juste titre très sensibilisées à l’apprentissage de la lecture". Le Se-Unsa, le Sgen Cfdt, la Snuipp Fsu, mais aussi l'Association des enseignants de français, l'Agiem, le Crap, la Fcpe, la Ligue de l'enseignement etc. lancent une campagne pour " mettre en échec une vision passéiste, autoritaire et parcellaire de l’apprentissage de la lecture et promouvoir les avancées des programmes de l’école maternelle et élémentaire publiés en 2002 et les apports des associations pédagogiques et des mouvements d’éducation populaire dans ce domaine".

Elles prévoient notamment d'aller au devant des parents d'élèves pour expliquer leur combat et appellent à signer leur pétition.
http://www.sgen-cfdt.org/actu/article.php3?id_article=1009
http://www.sgen-cfdt.org/actu/article.php3?id_article=966


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