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François Jarraud - - Internet et
l'estime de soiAngelina Caussé fait
partie des pionnières d'Internet. Cet
entretien est l'occasion de faire le
point après plusieurs années de pratique
et d'innovation plus ou moins solitaire.
FJ- Angélina, comment ça s'est passé
l'arrivée d'Internet dans ton collège ?
AC- Au début il a fallu convaincre les
collègues qu'Internet avait un avenir.
Et encore aujourd'hui, alors que
beaucoup de profs ont Internet chez eux,
c'est encore difficile de le faire passer
en classe car ça demande une réflexion
pédagogique et ça prend du temps. Mais
c'est génial de briser la routine !
FJ- Cela a-t-il fait évoluer les
relations avec les collègues ?
AC- Je travaille dans un collège ZEP et
les relations sont bonnes entre
enseignants malgré un turn-over
important. Les collègues qui acceptent
d'entrer dans le jeu sont vite
enthousiastes. Les autres c'est le
contraire... Mais ils sont quand même
impressionnés par les réalisations des
élèves quand ils les voient. Ce qui est
amusant c'est quand ils découvrent que
des personnes éloignées du collège le
connaissent mieux qu'eux ! En fait c'est
surtout dans la relation avec les élèves
qu'Internet entraîne des changements.
FJ- On dit souvent qu'Internet stimule
l'intérêt des élèves. Cet argument
revient sans cesse. Est-ce réel ?
AC- Pour les gamins, être publié c'est
magique. D'autant que c'est sur un écran
que leur texte apparaît. Finalement on
fait avec les TICE le même genre de
travail qu'avant avec les cahiers et les
livres. Par exemple des récits réalisés
dans le cadre d'ateliers écriture. Mais
c'est le média qui leur plaît.
FJ- Par exemple que fais tu avec eux ?
AC- En dehors des ateliers d'écriture,
on fait aussi de la correspondance. Dans
les deux cas, les élèves pratiquent
beaucoup l'autocorrection. Avant
d'envoyer un mèl, il faut le relire,
corriger les fautes. En langue, Internet
sert à faire des recherches à partir
desquelles les élèves devront rédiger
des questionnaires. En fait, l'impact
d'Internet est plus puissant aujourd'hui
car les élèves savent que leurs textes
seront lus un peu partout dans le monde.
Ils le savent car ils reçoivent du
courrier électronique, y compris
nominatif. Par exemple, ils sont fiers
d'avoir eu un message de Charlélie
Couture, du groupe I am ou d'une
universitaire canadienne. Ils font des
efforts pour produire des textes. Ils
sentent qu'ils sont beaux et quand un
gamin voit en ligne un texte pour lequel
il a produit de gros efforts, ça le
touche. Internet ça sert d'abord à
améliorer l'estime de soi et c'est très
important, particulièrement en ZEP.
FJ- Cette image arrive à être relayée
auprès des familles ?
AC- La plupart des parents n'ont pas
d'ordinateurs. On est là aussi pour
réduire la fracture numérique. Les
parents voient le travail de leurs
enfants au collège. Les enfants leur
montrent.
FJ- Cet effet positif existait
probablement au début d'Internet.
Aujourd'hui n'est ce pas devenu plus
banal et moins enthousiasmant ?
AC- Ce qui compte c'est l'utilisation
que l'on fait d'Internet. L'outil
facilite l'invention. Par exemple, les
exercices interactifs réalisés avec Hot
Potatoes plaisent beaucoup aux élèves en
ce moment . Si une pratique fonctionne
moins bien, on en inventera une autre !
C'est à nous d'inventer continuellement.
Les Enfants d'Anatole
http://www.ac-amiens.fr/college60/afranc
e_montataire/