Pratiques pédagogiques (Café N° 34)

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- François Jarraud -

- Quelle réforme pour la formation des enseignants ?

Poser la question de la formation des enseignants c'est bien poser celle du type d'école que nous voulons. L'annonce par le ministre d'une réforme de la formation des enseignants a suscité de nombreuses réactions, d'autant qu'elle précède un renouvellement démographique important chez les enseignants.


Depuis trois semaines le débat est ouvert sur un forum spécial du Café. En voici quelques bribes. A vous de faire entendre votre voix dans ce débat.

http://www.cafepedagogique.net/forums/re forme


Points forts pour une formation des enseignants Didier Koenig

Ce qu'il faut attendre d'une formation d'enseignants :
1. Une maîtrise de leur discipline bien sûr, (c'est l'objectif de la formation universitaire) mais aussi du sens de celle-ci.(épistémologie)et de sa place dans l'ensemble des connaissances, et une curiosité intellectuelle dans ce domaine.

2. Mais aussi une connaissance du système éducatif, de ses finalités, des lois qui le régissent, du rôle de chacun des partenaires, une préparation aux différentes facettes institutionnelles du métier : rencontres de parents, conseils de classe, ... Qu'il ait réfléchi aux questions qui traversent le système éducatif, qu'il s'intéresse aux revues et sites professionnels

3. La capacité à travailler en équipe (interdisciplinarité)

4. La capacité à accompagner des apprenants dans un dialogue qui accueille l'échec et le tâtonnement comme l'un des paramètres indispensable de tout apprentissage

5. La volonté de placer l'élève en situation de recherche d'information dans le cadre de la discipline d'enseignement afin qu'il soit pleinement acteur de son apprentissage, et de producteur d'information (le savoir n'est plus seulement entre les mains du maître). Qu'il puisse aussi acquérir des savoirs faire documentaires et informationnels indispensables dans le monde d'aujourd'hui

6. Des compétences en psychologie de l'enfant, en animation de groupe, en gestion de conflit me semblent en outre essentielle

7. la formation doit s'appuyer sur un aller retour constant entre pratique et théorie, apprenant ainsi à l'enseignant à pratiquer un recul critique indispensable à toute autoévaluation professionnelle. (style groupes Balint) En outre elle permet d'apprendre à travail avec et sous le regard des autres, sans complexe, et cela devrait aider au travail en équipe !

8. Qu'il découvre les richesses de la mutualisation des compétences pédagogiques que le réseau internet a permis et qu'il y trouve le goût de l'utiliser mais aussi d'y participer activement


La recherche documentaire - Bernard Bringer

Un impératif dans la formation des futurs professeurs : une sensibilisation et une formation aux techniques de recherche documentaire. Il faut que les enseignants soient capables d'en maîtriser toutes les étapes et les moyens, d'en faire un axe essentiel de leur enseignement et de la démarche pédagogique, de définir des objectifs de recherche, d'évaluer les élèves sur le travail fait à cette occasion et donc de travailler avec le / les documentalistes (promus pour l'occasion - enfin? - pièce maîtresse des dispositifs d'enseignement).


Le voyage à Genève - François Muller

Quelle que soit la structure de formation, existante comme l'IUFM ou à créer, le débat porte bien sur l'efficacité du dispositif de formation, et bien sur les pratiques mises en oeuvre.

A cet égard, un petit livre passé inaperçu en 1999, quand les Mafpen disparaissaient et que les IUFM se trouvaient chargées d'une formation continue: la formation continue des enseignants est-elle utile ?,
MM. CAUTERMAN, L.DEMAILLY, S.SULLYS, N. BLIEZ-SULLEROT, coll. Education et formation, PUF, 1999
(CR sur le site DIVERSIFIER): trois facteurs apparaissent comme déterminants

1- L’effet –établissement, particulier sous deux aspects : la direction pédagogique et incitatrice du chef d’établissement, et la présence d’un travail collectif.
2-La démarche formative de type interactif-réflexif de formateurs-médiateurs
3-L’épistémologie du stagiaire, mêlant parcours professionnel, image de soi et son rapport au savoir professionnel.

Il y a de l'intérêt à prendre appui sur des réflexions approfondies et des pratiques déjà expérimentées. A GENEVE, l'école et les formateurs d'après PERRENOUD
http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/p errenoud/php_main/php_1999/1999_15.html

Quelques extraits sur les compétences nécessaires du formateur d'enseignant

le formateur aura intérêt à maîtriser tout ou partie des dispositifs suivants :
§ La pratique réflexive.
§ L’analyse des pratiques en groupe.
§ L’observation mutuelle.
§ Le questionnement et l’écoute des usagers.
§ L’écriture clinique.
§ La vidéoformation
§ L’entretien d’explicitation.
§ L’histoire de vie.
§ La simulation et les jeux de rôle.
§ L’expérimentation et l’expérience

(...)
La question de la formation d'enseignants masque un autre dilemme tout aussi important qui peut expliquer les querelles présentes dans la presse entre anciens et modernes; celle de la définition des compétences de l'enseignant.
A ce titre, il me semble qu'à côté de la trés récente et encore mal connue tentative de la DESCO datée du 29 mai 1997 (non présente sur l'internet) "missions et compétences de l'enseignant du secondaire" que vous pouvez trouvez sur le site DIVERSIFIER, il est intéressant de travailler sur la famille de 10 compétences listées par le même Perrenoud
http://agora.unige.ch/ctie/educateur/per rint.htm
1. Organiser et animer des situations d'apprentissage 2. Gérer la progression des apprentissages 3. Concevoir et faire évoluer des dispositifs de différenciation 4. Impliquer les élèves dans leur apprentissage et leur travail 5. Travailler en équipe 6. Participer à la gestion de l'école 7. Informer et impliquer les parents 8. Se servir des technologies nouvelles 9. Affronter les devoirs et les dilemmes éthiques de la profession 10. Gérer sa propre formation continue

ET AU QUEBEC
Un autre aspect du débat est la question de la formation en présentiel; il s'agit de penser la formation dans des développements alternatifs au simple mode traditionnel du cours au stagiaire, pour toutes sortes de raisons. L'internet s'y prête aussi (e-learning) en liaison avec un suivi plus individualisé. Une bonne expérience est mise en ligne par l'université de Québec: il ne s'agit pas à proprement parler de cours, mais bien de situations de formation qui invite l'étudiant, comme l'enseignant en situation, à la réflexion sur sa propre pratique et à la confrontation.
Un dispositif assez complet à analyser pour distinguer les savoirs à enseigner et les "savoirs pour enseigner".
http://web2.uqat.uquebec.ca/forpro/plan_ site.htm


Pour les IUFM - Une jeune PE

Nous avons une chance immense de pouvoir apprendre la musique (notre professeur est extraordinaire), les sciences, matière où l'on nous donne des cas très pratiques à appliquer en classe etc .. On a la chance de rencontrer des formateurs qui se mettent à notre disposition pour tout problème rencontré et même qui se proposent pour nous aider dans les années suivantes (lorsque nous serons T1, T2). Est-ce que l'université sera capable de remplacer tout cela ?
Pourquoi vouloir supprimer le mémoire que nous devons rendre en fin d'année ? Parce que c'est une mesure populaire ? Il faut quand même savoir que grâce à ce mémoire, nous adoptons une attitude réflexive par rapport à nos pratiques dans nos stages et c'est vraiment important même si on ne s'en rend pas compte sur le moment et que cela nous peine de l'écrire.


L’espoir des plateformes pédagogiques de mutualisation des connaissances : les bureaux virtuels. Philippe STEGER

Le lycée du Mas de Tesse a rendu opérationnelle une plateforme d’Intra/extranet, « le bureau virtuel NUMA », qui permettra aux lycéens, étudiants et professeurs de communiquer entre eux, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’établissement et de partager de nombreuses ressources gérées avec une grande sécurité de droits d’accès. .
En 2002/2004, l’opportunité unique pour un enseignant (encore peu initié aux TICE), de conduire une classe sur le chemin du cartable nomade, de la distanciation et de la virtualité, lui permettra de s’auto-promouvoir rapidement comme un des « pionniers » d’une des plus incroyables aventure technologique et culturelle de ce siècle : « Tous les savoirs et Toute la communication ici, maintenant et partout ».(WAP, I-MODE, BLUETOOTH, WIFI, UMTS, …). Une expérimentation est en cours, qui vise à mettre en ligne des ressources accessibles par téléphone portable:
http://www.wapeduc.com

Quel métier ? Dominique

Un premier constat : à entendre bon nombre de collègues, jeunes ou moins jeunes, de passage dans mon collège de ZEP, dire "je ne suis pas devenu professeur pour faire cela !" Comment se fait-il que les différents concours de recrutement ne demandent aux candidats aucune connaissance préalable de ce qu'est la "maison éducation nationale" ? Des textes de base comme la loi de juillet 89 ou celui sur la mission des enseignants. On rentre dans cette fonction sur une vague idée de ce qu'est le metier que l'on a cotoyé ... en tant qu'élève ! Puis on est recruté sur une connaissance uniquement disciplinaire. Puis, un petit tour sur le terrain .. et là, ça passe parfois, ça casse souvent, et bonjour les dégâts!! C'est la meilleure façon pour nous pondre des générations de collègues réactionnaires nostalgiques, et d'élèves dégoûtés du système éducatif.


Formation et carence politique - André Giordan

Car ce qui manque en matière de formation, c’est un minimum de réflexions… et bien sûr un optimum d’innovations et de recherches. Au moment où l’on renouvelle en dix ans la moitié des personnels de l’éducation, comment peut-on encore prendre au sérieux tout projet, monté entre quatre copains, dans l’urgence d’un cabinet de ministre ! C’est comme si on concevait le programme du nouvel Airbus sur un coin de table de bistrot… Quel manque d’envergure quand on proclame que la matière grise est notre plus grand capital. Quel mépris pour l’éducation de la Nation ! Quel manque de vision sur l’avenir…

Au-delà de cette carence effrayante de volonté politique qui frise l’inconscience, on ne peut avancer sérieusement en matière de formation, tant que plusieurs oppositions stériles auront cours. N’oppose-t-on pas inlassablement et de façon puérile la «formation théorie » à la «pratique» , la «formation académique dans une discipline» à la «formation professionnelle», la formation «commune» et la formation «spécialisée». Comme si on pouvait les séparer !.. La séparation entre «formation initiale» et «formation continue» est tout aussi dangereuse.
Une formation des enseignants ne peut se limiter à une formation académique dans une discipline accompagnée d’une patine psycho-socio-pédagogique, le tout en début de carrière. Au contraire, il s’agit de mettre en antagonisme ces aspects opposés pour faire émerger les nouvelles propositions.

Mais les principales questions à soulever pour (re)penser la formation sont aussi en aval, le recrutement n’est jamais neutre. Si seule la «formation théorique initiale, qui s’acquiert dès le début des études supérieures, est évaluée à l’occasion des épreuves théoriques des concours de recrutement » (déclaration de Luc Ferry du 9 4 2003), comment repérer au moins une sensibilité pour les jeunes, pour l’apprendre, pour le travail en équipe ou simplement pour le métier !

Un peu de « bon sens » serait utile… Et pas seulement sur ce plan… En période de mutation, de situations complexes, un enseignant devrait avoir avant tout une «personnalité» ; ensuite, elle devrait être porteur de savoirs issus de vie. Pas seulement de savoirs universitaires… Ne devrait-on pas imposer à tout candidat au métier une expérience de vie au préalable, dans une autre profession, dans une association ou en matière humanitaire. Peut-on être un véritable enseignant si on n’a jamais quitté l’école !

Le bon sens est à mettre également en aval... Il reste de terribles lacunes pour un tel métier. Nos enseignants ne reçoivent toujours pas une formation pour comprendre ce qu’apprendre veut dire. Le rapport de l’élève aux savoirs est toujours aux «abonnés absents ». Pourquoi ne continueraient-ils pas à l’envisager que comme le «bon élève» qu’ils ont toujours été !

Last but not least… quand envisagera-t-on enfin quelques séquences lors de la formation pour apprendre à «poser sa voix », être à l’aise avec son corps, travailler en équipes, comprendre ce qu’est une institution, gérer les conflits ou simplement… «parler aux parents »…


Pour participer au débat : http://www.cafepedagogique.net/forums/ref orme

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