Pratiques pédagogiques (Café N° 37)

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- François Jarraud -

- En ZEP : CDI et TICE

"Quand on commence à les former de façon suivie, les élèves deviennent vite très organisés, intéressés, autonomes dans leur travail"


Entre tours et pavillons, le collège Langevin-Wallon de Rosny-sous-Bois (Seine Saint-Denis) est un établissement de 460 élèves environ situé en zone de prévention violence. Brigitte Pierrat y est documentaliste. Son expérience des TICE est reconnue.

FJ- Dans un établissement difficile comme votre collège, quel peut être le rôle du CDI dans la diffusion des TICE ?

BP- En effet l'établissement connaît régulièrement des problèmes Par exemple de nombreux actes de violences, y compris des incendies criminels, de nombreuses incivilités entre les élèves ou à l'égard des profs. Pourtant le projet d'établissement du collège s'articule autour de quatre pôles interactifs qui soulignent la volonté de l'ensemble de la communauté pédagogique et éducative de favoriser la réussite des élèves : enseignement, éducation à la santé et à la citoyenneté, animation et ouverture sur l'extérieur, communication avec les familles.

Les nouvelles technologies se sont développées au collège par l'intermédiaire du CDI. Dès 1990, nous avons informatisé la base documentaire. En 1994 le collège a expérimenté Internet. Enfin, en 1999, on a créé une option Nouvelles Technologies en 4ème et 3ème.

Depuis 1995, tous les élèves de 5ème apprennent à trouver l'information dans un cédérom, et en 4ème, depuis 1998, ils sont initiés à la recherche sur le web. Chaque année, plusieurs actions ponctuelles sont menées parallèlement, chacune étant prétexte à une double recherche: celle des élèves, et celle de la documentaliste. Depuis 4 ans, grâce à la création de l'option NT en 3ème, les élèves apprennent à créer des pages web et prennent en charge la partie élève du site. Notions abordées concernant le CDI : recherche documentaire orientée internet, recherche d'images, droits d'auteur, structure de l'information et des fichiers, métabalises.

Aujourd'hui, la plupart des projets menés au sein du CDI s'orientent plus particulièrement vers la RDI, dans un souci d'égalité de tous devant les Technologies Nouvelles et la conviction qu'une formation appropriée permettra d'exploiter au mieux l'hypertexte et les puissantes fonctions de recherche des logiciels.

FJ- Pourquoi cet intérêt pour les TICE ?

BP- Je suis une accro de la technique et des NT en général, j'aime bien me tenir au courant de l'évolution des techniques (photo, informatique, hifi, video etc) et avoir du matériel performant, mis à niveau régulièrement. C'est essentiel pour moi en tant qu'enseignante d'être à la pointe de mon métier et d'aller de l'avant constamment. L'outil informatique m'a fasciné par toutes les possibilités qu'il offrait dans la gestion du CDI et en décuplant les possibilités de recherche pour les élèves (base de données, cédérom, internet etc). Je voulais absolument apprendre aux élèves à chercher l'information.

FJ- Mais cet enthousiasme est-il efficace auprès des élèves ? A-t-il réussi à améliorer le niveau des élèves, à juguler les passions ?

BP- Quand les élèves voient les ordinateurs, ils n'ont qu'une phrase à la bouche : " M'dame on peut jouer sur les ordinateurs ? ". Patiemment il faut leur expliquer qu'ils sont là dans un but pédagogique, pour les aider dans leurs recherches, pour compléter les cours etc. Leur répéter encore et encore qu'on utilise les ressources papier et les cédéroms avant d'aller sur internet. D'un seul coup, ils n'ont alors curieusement plus de recherches à effectuer...

Par contre les élèves adorent l'EAO, les logiciels comme Adibou, Galswin ou encore les dictées électroniques. Il y a quelques années, j'avais demandé aux professeurs de me signaler les élèves en difficulté en maths et français et de les encourager à venir s'entraîner au CDI. Quelques élèves sont venus, j'ai affiché le suivi de leur progression, mais sans retour de la part des collègues. Depuis, les ordinateurs sont occupés presque entièrement par le grand nombre de projets qui ont lieu au CDI, ce qui réduit la place laissée au libre accès : environ 30%, entre les projets à l'année et les actions ponctuelles. C'est dommage ; cependant les élèves qui ont eu la chance de bénéficier des formations (et ils sont nombreux) sortent du collège avec un bon niveau en recherche informatisée, ils savent constituer des documents secondaires, respectent le droit d'auteur et savent naviguer sur internet. C'est valorisant à la fois pour eux et pour nous, et nous n'avons ainsi pas l'impression de faire office de cybercafé ;-)
Cependant pour la plupart des autres élèves qui n'ont pas encore bénéficié des projets ou qui passent à travers les mailles de la formation, l'ordinateur est encore perçu comme un jeu, un moyen de passer le temps ; les élèves veulent aller sur internet mais ne savent pas quoi y faire quand on les questionne. C'est pareil pour les romans ou les documentaires, ils ont à disposition les dernières nouveautés mais se contentent de les feuilleter sans regarder les pages et en bavardant avec leurs voisins. Civilisation du zapping.

Par contre quand on commence à les former de façon suivie, je pense aux élèves de 4ème et 3ème option nouvelles technologies, ils deviennent vite très organisés, intéressés, autonomes dans leur travail et par rapport au réseau, refusant même d'aller en récréation alors qu'ils ont 3 heures de cours d'affilée... Souvent dans ces classes émergent des passionnés et nous apprenons alors beaucoup d'eux. Ils restent en contact longtemps après leur départ du collège, leurs messages sur le livre d'or du site témoignent du plaisir qu'ils ont eu à travailler en NT avec nous et de ce que ça leur a apporté.

FJ- Une question qui agite beaucoup le monde de l'enseignement c'est celle de la sécurité sur Internet. Comment cela se passe-t-il à Langevin Wallon ?

BP- Il n'y a pas de libre accès. Les élèves sont autorisés à utiliser Internet après avoir reçu la formation dispensée en cours de technologie et au CDI, ou également dans le cadre de leurs projets. Les recherches libres sont alors soumises à l'élaboration de requêtes contrôlées et guidées par la documentaliste. Au CDI nous sommes plus en faveur de la prévention que de la répression ou du bridage des logiciels et des machines. Nous insistons plus particulièrement sur le respect : du matériel (livres, ordinateurs etc), des personnes (élèves et adultes), du travail effectué (fichiers des autres élèves), du droit d'auteur. Jusqu'à présent cela a toujours été efficace et en 10 ans, je n'ai jamais constaté de dégradation volontaire sur les machines.

FJ- On a l'impression de fortes résistances dans le collège alors que, peut-être plus qu'ailleurs, l'intégration des TICE pourrait être un appui. Comment l'expliquez-vous ?

BP- C'est d'abord un phénomène de génération. Au début, je suis passée pour une martienne, très longtemps, suscitant les incompréhensions : " il y a de l'argent pour acheter des ordinateurs, mais pas pour les manuels "... alors que ce n'est pas du tout le même budget. Avec le temps, les " vieux " professeurs sont partis, mais les jeunes ne sont pas forcément plus utilisateurs du CDI ou des NTIC. Ils utilisent l'outil informatique pour préparer leurs cours ou les bulletins, mais c'est tout. Très peu sont conscients de l'importance de former les élèves à la recherche.

Il n'y a pas vraiment d'équipe ; on travaille par affinité, par petits groupes, avec les collègues avec lesquels on sait que ça se passera bien et qu'on a les mêmes objectifs. C'est peut-être dû aussi au fait que longtemps, il y a eu un noyau dur de professeurs qui ont fait la création du collège jusqu'à leur retraite. Il n'en reste plus beaucoup aujourd'hui, mais les jeunes ne restent pas non plus très longtemps.

FJ- A vous entendre l'intégration des TICE n'est pas qu'une question de moyens ?

BP- Non, car j'ai toujours carte blanche pour mener mes projets (merci à mon ancien chef d'établissement et à ma gestionnaire !!!) et eu ce que je voulais, en le justifiant bien sûr par des comptes rendus et en obtenant des résultats. Là je suis arrivée au bout de ce que je pouvais impulser (en temps, en moyens humains et en reconnaissance). Il faudrait plus de collaboration pour aller plus loin. Les profs ne viennent à l'informatique que quand leurs enfants sont en âge d'avoir un micro.

FJ- Pensez vous qu'une évolution positive soit possible ?

BP- Tout dépend de l'impulsion du chef d'établissement, par exemple pour constituer une équipe chargée de mettre en place le b2i ou de s'occuper de la future salle multimédia. Tout dépend de l'arrivée des nouveaux collègues. Il y a beaucoup de choses qui reposent sur moi et ce n'est pas bien. Si je pars, personne n'a les compétences pour s'occuper du réseau du CDI ou effectuer un peu de maintenance. Paradoxalement, je n'ai aucune décharge.

Brigitte Pierrat

Entretien : François Jarraud

Le site du collège :
http://www.ac-creteil.fr/clglwallonrosny /
Et son CDI :
http://www.ac-creteil.fr/clglwallonrosny /cdim/cdim.htm


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