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François Jarraud - - Classe
pupitre, quel effet sur les pratiques ?
- Entretien avec Jean-Michel
CavroisDiffusé dans l'académie de Lille,
le dispositif "pupitres" est un
environnement constitué d'autant de
postes que d'élèves, reliés en réseau,
sous le pilotage d'un poste maître, doté
d'outils permettant à l'enseignant,
libéré des contraintes de maintenance
technique, de s'investir dans sa
pédagogie. Enseignant en collège,
Jean-Michel Cavrois fait partie des
professeurs qui ont vu ce curieux objet
pédagogique atterrir dans sa classe.
FJ- Comment se présente une classe
pupitre ?
JMC- Il s'agit d'une classe de 6ème ou
de 5ème dont l'essentiel des cours sont
assistés par ordinateur. En fait, la
classe a une salle informatique
attitrée. les élèves font face au
tableau et au bureau du professeur,
équipé lui aussi d'un PC. La gestion de
la classe nécessite, en tout cas en ce
qui me concerne, l'élaboration de règles
de travail et de comportement très
claires.
FJ- Comment avez vous vécu l'arrivée de
la classe pupitre ?
JMC- Au départ avec beaucoup de méfiance
- mais pas sans intérêt. Lorsque je suis
arrivé au collège Jean-Jaurès de Lens,
je voyais des collègues très motivés se
débattre avec des problèmes techniques
qui ne permettaient pas d'utiliser la
salle au maximum de ses capacités. Cela
ne nourrissait pas particulièrement mon
enthousiasme...
FJ- Quel effet l'équipement a-t-il eu
sur vos pratiques ?
JMC- Au début, enseigner en classe
"pupitre" n'a pas changé grand-chose
pour moi, car la salle... ne
fonctionnait pas ! Peu à peu, j'ai
appris à utiliser les logiciels
exerciseurs, comme "Hot Potatoes".
Cependant, la salle "pupitre" n'avait
aucun intérêt, car les exercices ainsi
créés restaient redondants avec les
activités "normales" de cours, et les
élèves les prenaient pour des jeux. Il
m'a fallu pour déclencheur un stage, où
la formatrice nous a expliqué comment
créer un véritable cadre de travail en
salle "pupitre" en utilisant des
hyperliens créés sur traitement de texte
ou éditeur HTML. À présent que le collège
est doté d'une connexion en réseau, j'ai
pu créer mon site intranet, ce qui
permet aux élèves d'afficher
l'architecture de chaque séquence, et
d'y accéder même en dehors des cours.
Généralement, une séance en salle
"pupitre" commence par la connexion au
réseau. Puis les élèves se rendent sur
mon site intranet en activant un lien
que j'ai placé dans leur dossier de
travail "cours du jour". Là, ils
sélectionnent leur classe. Un menu
déroulant figure sur le "plan de
travail". Nous allons d'abord consulter
le cahier de textes pour savoir où nous
en sommes. Ensuite, ils sélectionnent la
séquence en cours, puis le chapitre où
nous sommes arrivés. L'architecture du
cours est présentée sur une page web.
Les liens vers les exercices figurent
sous la forme d'icônes.
Les activités interactives interviennent
dans une logique d'autocorrection : les
élèves travaillent d'abord à l'écrit,
puis se corrigent grâce aux activités
sur l'ordinateur. Par exemple, en
demandant aux élèves, dans les activités
de repérages, d'utiliser les outils de
soulignement ou de surlignage du
traitement de texte, on leur permet,
avant de mettre au propre sur le papier,
de se tromper et de se corriger à loisir.
J'essaie, dans la mesure du possible, de
ne pas limiter le recours à ces
activités interactives au seul maniement
de la langue. C'est pourquoi je préfère
de loin créer mes propres exercices que
d'utiliser ceux du commerce, souvent
très limités et peu adaptés - et de
toutes façons trop chers.
L'utilisation d'une salle en réseau
permet également d'utiliser les PC des
élèves comme des écrans de projection,
en faisant des présentations de
diaporamas, ou, simplement, en
présentant l'écran du professeur sur
tous les postes, grâce à des logiciels
adaptés. Enfin, l'ordinateur peut être
un intéressant outil de création, pour
élaborer un "conte dont vous êtes le
héros", par exemple...
FJ - La mise en place de la classe
facilite-elle le suivi des élèves ?
JMC- Nous n'en sommes pas à ce point. Je
sais que certains collègues utilisent
beaucoup cette fonctionnalité. En ce qui
me concerne, comme je donne toujours la
priorité au classeur sur le traitement
de texte, les travaux enregistrés dans
les dossiers sont généralement des
exercices de repérage ou de
transformation. Mais avec Hermes, un des
outils de gestion du réseau, je vais
commencer à vraiment employer cette
méthode de travail.
FJ- Utilisez vous Internet ?
JMC- Oui, dans le cadre de recherches
sur des auteurs, des sujets généraux...
Nous consultons aussi beaucoup le site
de la BNF, pour voir des manuscrits ou
des documents sur les écrivains, ou
celui du Musée du Louvre, une véritable
mine. Cependant, cette utilisation était
jusqu'à présent fort limitée, faute
d'ADSL. Or, cette année, le haut débit
est arrivé, et le
logiciel Butinage devrait être installé
très prochainement ; là aussi, je pense
que je vais m'adapter ! Et puis j'ai un
peu honte de ne pas "nourrir" - ou m'en
nourrrir ! - autant qu'il conviendrait
le site académique de mutualisation.
FJ- Avez vous l'impression de mieux
enseigner ?
JMC- Des collègues enseignant en classe
"pupitre" font sans doute preuve de
beaucoup plus d'ingéniosité et de
compétence que moi. Et il faut d'abord
parler des obstacles : configuration
spatiale de la salle de la classe,
pannes. Cependant, dès lors que
certaines habitudes s'installent,
travailler en salle "pupitre" peut
apporter beaucoup. Les élèves apprennent
à être plus autonomes, à être plus
attentifs aux messages qui leur sont
transmis à l'écrit, sur l'écran. Ainsi,
avec les exercices créés avec Hot
Potatoes, les élèves doivent fournir
exactement la réponse attendue, ce qui
implique de ne pas se tromper sur
l'orthographe... Une pédagogie
différenciée peut être mise en place, en
créant, par exemple, des parcours
d'activités différents selon les élèves.
Mais surtout, comme je l'ai déjà dit, le
fait d'avoir toujours accès au plan de
la séquence, à des outils de recherche
sur internet, ou à des outils de
création sur ordinateur est très
enrichissant. Les élèves se débrouillent
mieux dans leurs recherches, avec plus
d'autonomie. Cet après-midi même, mon
collègue de Sciences-Physiques m'a fait
remarquer que les élèves de 5ème qui
avaient l'an dernier participé au
"Défi-internet" organisé par le CDDP du
Pas-de-Calais l'ont étonné par leur
aisance, leur autonomie et la pertinence
de leurs stratégies au cours d'une
activité de recherche sur internet...
Si je laisse de côté l'année où la salle
a mal fonctionné, et celle au cours de
laquelle j'ai tâtonné pour trouver une
manière efficace et cohérente
d'enseigner ma matière en salle
"pupitre", voilà un an que je commence à
mieux maîtriser "l'outil"... C'est trop
peu pour juger de son efficacité.
Néanmoins, le projet me passionne de
plus en plus, et je ne laisserais ma
place pour rien au monde !
Surtout, je commence à trouver un sens à
l'utilisation de l'informatique dans mes
cours de français, autrement que comme
une annexe du manuel.
FJ- Peut on chiffrer l'effet sur les
résultats des élèves ?
JMC- Je suis personnellement réfractaire
à cette logique du résultat... Un élève
en difficulté rencontre généralement une
difficulté supplémentaire lorsqu'il est
confronté à l'ordinateur. Les effets
positifs sont peu quantifiables : le
classeur est mieux organisé, et certains
élèves gagnent en autonomie. Mais les
plus débrouillards sont les seuls à
vraiment tirer parti de l'outil.
FJ- Vous pensez que le dispositif ne
bénéficie qu'aux élèves des familles
aisées ?
JMC- Je ne poserais pas la question en
ces termes, bien que j'aie pu constater
que les élèves possédant déjà un PC à la
maison tirent un meilleur bénéfice du
dispositif - ce qui n'est pas
nécessairement lié à la situation
financière de la famille. Mais c'est
loin d'être systématique. Les
difficultés purement scolaires ont
beaucoup plus d'incidence. Ainsi,
l'utilisation de l'ordinateur exige de
bien comprendre et de bien appliquer les
consignes. Or, dans mon collège, cela
pose problème à beaucoup d'élèves,
toutes catégories sociales confondues.
En effet, peu d'élèves sont autonomes.
La plupart réagissent assez vite, et
tâchent de remédier à ces lacunes ; mais
d'autres non... Un simple exemple. Pour
se connecter au réseau, les élèves
doivent taper la première lettre de leur
prénom, un point, puis leur nom de
famille. Même après toute une année de
travail en salle "pupitre", il faut
réexpliquer à certains élèves - peu
nombreux, heureusement ! - la différence
entre leur nom de famille et leur prénom,
l'ordre dans lequel ils doivent donner
ces informations, voire quelle est la
première lettre de celui-ci.
Pour conclure sur ce sujet, je dirais
que les difficultés que certains élèves
rencontrent en classe "normale" (suivre
une consigne orale ou écrite, lire un
texte, répondre à des questions,
accomplir une tâche...) peuvent avoir
des conséquences décuplées en salle
"pupitre", car se tromper dans une
manipulation ou être incapable de
l'accomplir peut accentuer le sentiment
d'échec de certains. L'ordinateur n'est
pas, loin s'en faut, un remède-miracle !
FJ- Qu'en pensent les élèves et les
parents ?
JMC- Il est difficile de dépasser avec
les élèves l'aspect ludique. Mais
lorsqu'ils ont compris la logique dans
laquelle nous travaillons, ils prennent
l'outil beaucoup plus au sérieux, tout
en appréciant toujours de venir
travailler en salle "pupitre". Quant aux
parents, ils ne se plaignent pas !
FJ- Comment la classe pupitre est elle
vue par les collègues ? Se sont ils mis
à l'informatique ?
JMC- Les choses bougent petit à petit.
Le B2I a tendance à changer les
mentalités, comme l'a fait l'arrivée de
ProfNote dans le collège. Nos profs
ressources TICE se démènent pour nous
former à ces nouveaux outils qui ne
suscitent pas de réaction de rejet
violente... Si ce n'est parfois une
pointe de frustration de devoir laisser
la priorité de l'utilisation de la salle
"pupitre" aux classes attitrées.
FJ- Comment expliquer ce succès ? Suffit
il de mettre du matériel pour changer les
pratiques ?
JMC- On ne va pas se plaindre de
bénéficier de dotations de matériel.
Cependant, j'ai pu constater, ayant
"cafouillé" lamentablement pendant un an
parce que je ne m'investissais pas
sérieusement dans le projet, que sans
réflexion sur l'utilisation de ce
matériel en lien avec les pratiques
d'enseignement, soit on risque le
découragement, soit on perd son temps,
et on fait perdre beaucoup de temps aux
élèves...
Entretien : François Jarraud
Présentation des classes pupitre
http://www.ac-lille.fr/academie/tice/pup
itre/default.cfm
Le riche site académique de
mutualisation
http://www3.ac-lille.fr/crid/
Le site de Jean-Michel Cavrois
http://perso.wanadoo.fr/jmcavrois/conten
u/pupitre.htm