Édition du 04-12-2003 -
François
Jarraud - - "Travailler sur des projets
pour former les futurs citoyens européens
que sont nos élèves" - Entretien avec
Annie Ysebaert coordinatrice
Europschoolnet"Les apprentissages
précoces des langues en Europe", "Les
TIC dans les écoles maternelles
européennes". Voilà deux conférences
organisées par Europschoolnet au salon
de l'éducation. Les thèmes originaux ont
suscité la curiosité du Café.
FJ- Qu'est-ce qu'Europschoolnet ?
AY- Europschool.net est un projet
européen porté par la Ligue de
l’Enseignement avec ses
partenaires allemands, belges et
français , et soutenu par la Commission
européenne, dans le cadre des projets
eLearning. L’objectif est de
mettre les TIC au service des écoles
maternelles et élémentaires des pays de
l’Union européenne qui veulent
mener des projets d’échanges et de
correspondance scolaire sur internet par
la création d’un site internet et
l’élaboration d’outils
multimédias et multilingues.
Le travail s’appuie sur une
recherche action dans laquelle sont
impliqués des enseignants d’écoles
maternelles et élémentaires de trois pays
partenaires et des membres des
associations partenaires. Quatre groupes
travaillent sur l'interculturel et les
langues, la pédagogie et la petite
enfance, la formation des adultes et les
développements techniques. Les membres du
projet se réunissent régulièrement pour
proposer de nouveaux outils au service
de leurs projets, mais aussi pour
évaluer les outils proposés dans leurs
classes ; les enseignants sont à la fois
des concepteurs et des utilisateurs des
outils dans cette méthodologie adoptée.
FJ- Europschool.net s’est fixé
comme objectif de faire reculer
l’échec scolaire. Pour cela que
proposez-vous ?
AY- L’objectif prioritaire
d’europschool.net est de mettre
des outils informatiques accessibles et
gratuits au service des enseignants pour
mettre en place des projets pédagogiques
innovants. Ces outils sont élaborés pour
pouvoir être utilisés par le plus grand
nombre des utilisateurs et visent en
particulier les écoles isolées situées
en zone rurale et dans les zones
d’éducation prioritaire des trois
pays partenaires du projet. Ainsi le
site internet propose, en bilingue,
toutes les informations nécessaires qui
vont aider un enseignant, où qu’il
soit dans un des trois pays, à mener son
projet pédagogique, moyen rapide de
sortir de l’isolement
professionnel.
Un volet important de l’action
recherche porte sur l’accueil des
enfants d’âge préscolaire et
l’apprentissage précoce des
langues. Le site, qui met en relation
directe des équipes éducatives diverses,
de différents pays, est un véritable
outil de promotion et de valorisation
des pratiques pédagogiques innovantes,
mais aussi de réflexion et
d’évaluation de ces pratiques,
dans la perspective de la réussite
scolaire.
FJ- Pour vous les TICE sont un apport
incontournable ?
AY- Clairement oui. A l’heure où
nos sociétés sont définitivement entrées
dans une phase de révolution des
Technologies de l’Information et
de la Communication, l’école et en
particulier l’école primaire, a
encore un long chemin à parcourir.
L’acquisition de ces nouvelles
compétences ne doit pas se faire en
dehors de l’école. Adapter
l’utilisation des outils
informatiques à des fins éducatives,
former les enfants, et ce dès le plus
jeune âge, à la pratique
d’internet ( protection des
données personnelles, charte de bonne
conduite, …) est une mission
incontournable de l’école.
FJ- Mais vous les utilisez avec des
enfants très jeunes. Est-ce efficace en
école maternelle ?
AY- Les enseignants des écoles
maternelles, par des échanges directs
sur leurs pratiques et leurs besoins
pour mener leur action pédagogique, sont
parfaitement en capacité de participer à
l’élaboration de produits
éducatifs adaptés et utilisables en
classe. Je donnerais pour exemple
l’idée du « clavier adapté» que
nous développons sur demande précise des
enseignants d’europschool qui
trouvent que les claviers des
ordinateurs sont compliqués, tristes, et
inadaptés pour les plus petits. Je
pourrais également vous parler des jeux
éducatifs bilingues, sonores et
interactifs que nous avons développés
sur le site pour les enfants de 2 à 12
ans, et qui permettent entre autre les
apprentissages de base à
l’utilisation des outils pour les
plus jeunes. Je pourrais aussi parler
des présentations qui ont été faites sur
le site par différentes classes dont des
classes en maternelles. Je ne parlerais
pas en terme « d’efficacité »,
mais plutôt de richesse du contenu des
échanges amorcés ( langage, écoute,
ouverture aux autres, découverte
d’une autre langue, être acteur du
projet….).
FJ- Vos objectifs vont au delà de la
lutte contre l’échec scolaire ?
AY- Aider les communautés éducatives à
mener des projets pédagogiques
innovants, former les enseignants à
l’utilisation des outils
informatiques au service des projets,
explorer de nouvelles méthodes
d’apprentissage des langues,
réfléchir sur les structures
d’accueil des enfants d’âge
préscolaire, participer à une réflexion
collective des pratiques pédagogiques,
sensibiliser les enfants à la notion de
citoyenneté européenne, fédérer,
valoriser, multiplier les « bonnes
pratiques » de chaque pays, tout cela
vise non seulement la réussite scolaire
des élèves, mais aussi la construction
de futurs adultes et citoyens formés à
l’esprit critique dès le plus
jeune âge.
FJ- Vous avez des partenaires belges et
allemands dont les systèmes scolaires
sont différents des nôtres. Quels
regards jetez-vous sur ces systèmes et
leurs difficultés ?
AY- Les tables rondes que nous avons
organisées pendant le Salon de
l’Éducation ont démontré à chaque
fois que les politiques éducatives et
les systèmes scolaires sont différents,
mais qu’au fond, les
interrogations des acteurs de
l’éducation que nous sommes sont
les mêmes : quelles pratiques
pédagogiques pour « raccrocher » des
enfants en dérive, comment intégrer le
mieux possible les enfants de cultures
différentes dans nos systèmes scolaires,
quelle politique d’apprentissage
des langues, quelle évolution des
structures d’accueil des moins de
5 ans, quelle gestion des TIC dans les
écoles primaires… ?
Travailler sur des projets européens,
c’est partager nos difficultés et
trouver ensemble des réponses adaptées
pour former les futurs citoyens
européens que sont nos élèves.
Annie Ysebaert
Entretien : François Jarraud
Pour plus d’informations :
http://www.europschool.net
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aysebaert@laligue.org