Pratiques pédagogiques (Café N° 51)

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Édition du 06-06-2004

- Serge Pouts-Lajus -

- Entretien avec Anne Delorme, professeur de musique au collège Jean Moulin à Saint-Paul lès Dax (Landes)



SPL- Comme tous les professeurs de musique en collège, vous avez autant de classes que d’heures de cours, c’est-à-dire 18. Et puisque vous enseignez dans le Département des Landes, tous vos élèves de 3e sont équipés d’un ordinateur portable personnel. Comment les choses se passent-elles pendant le cours de musique ?

AD- Comme tous les professeurs de musique, j’ai plus de 500 élèves de tous les niveaux, 6e, 5e, 4e, 3e et les SEGPA que je vois chacun 55 minutes par semaine. Parmi tous ces élèves, cette année, j’ai 3 classes de 3e. Depuis 2001, ces élèves de 3èmes sont tous équipés d’un ordinateur portable. Et moi également. Avant cela, j’avais un peu pratiqué l’informatique mais peu.
Les deux premières années, on a tâtonné, à cause des problèmes techniques : les machines à configurer ou les capacités trop faibles du réseau. On a découvert ensemble. Cette année enfin, ça a tourné convenablement. Les choses se passent bien, même si on déplore « de la casse ». Les machines ont trois ans et certaines commencent à fatiguer.

Vous utilisez l’ordinateur à chaque cours ?

AD- Les élèves l’ont toujours avec eux et ils me demandent en entrant s’ils doivent le brancher. Tout dépend de ce que l’on fait. Je fonctionne par périodes, par cycle. Si on pratique le chant ou la flûte, alors bien sûr, les ordinateurs restent éteints. L’utilisation de l’ordinateur en classe de musique, ça m’intéresse et ça intéresse les élèves. Et lorsqu’on utilise l’ordinateur, le temps passe vite. Ca sonne toujours trop tôt : on aimerait bien continuer.

Prenons l’exemple d’un cycle qui réclame l’utilisation de l’informatique.

AD- Nous avons fait un cycle « musique et cinéma ». Je leur ai donné de courts extraits filmés que j’avais tourné à Capbreton sur le mur de l’Atlantique : les vagues, des bateaux et des blockhaus sur la plage que des gens se sont amusés à taguer et à peindre. Je leur ai donné également un stock de sons, des portes qui claquent, des grésillements de talkie walkie, le reflux des vagues, des extraits musicaux (Y.Tiersen, Debussy). Tout ça stocké dans un dossier sur le serveur du collège. Ils devaient se connecter, récupérer les fichiers images et sons et les mixer en utilisant le logiciel Music Maker.

Comment ont-ils appris à se servir de ce logiciel ?

AD- C’est un logiciel assez facile. Je leur ai montré en classe, avec le vidéoprojecteur, les fonctions dont ils avaient besoin, au fur et à mesure. Ils se débrouillent et découvrent aussi par eux-mêmes.

Pour créer leur film, ils ont travaillé seuls, en classe ?

AD- Au total, ce travail nous a occupé 6 séances. Ils ont un casque et pendant toute l’heure, je peux vous dire qu’ils sont absorbés, très concentrés sur ce qu’ils font. Je suis là pour les aider à résoudre les problèmes. Chacun travaille pour lui-même. Je leur ai demandé de réaliser une séquence multimédia d’une minute environ. Ce n’est pas facile sur le plan technique. Il y a pas mal de manipulations. A la fin, il faut transformer le fichier de travail en un fichier au format AVI et me l’envoyer par le réseau. Dans chaque classe, environ 15 élèves sur 25 ont réussi à aller au bout. Je pense que certains ont travaillé chez eux, et c’est là un des intérêts de l’outil informatique.

Et alors ? Quels sont les résultats ?

AD- Certains ont travaillé plutôt sur l’image, d’autres sur le son. Pas mal d’entre eux ont eu des difficultés à structurer leur production. Plusieurs ont utilisé une structure en arche : le même thème au début et à la fin avec un événement entre les deux. Dans l’ensemble, on a tous été surpris, je ne dirais pas par la qualité des pièces mais par leur intérêt.

Vous avez diffusé leurs productions ?

AD- Pour la dernière séance, nous avons visionné ensemble toutes les créations des élèves. Je dois dire que ça a été une surprise pour tout le monde. Pour eux comme pour moi. J’ai découvert que ces jeunes qui ont parfois l’air éteints, peu expansifs, avachis même, eh bien lorsqu’ils sont tranquilles, sans le regard des autres pour les juger, ils sont capables de créer des choses artistiques et intéressantes. Pendant cette séance d’écoute, ils étaient très attentifs, très concentrés. Je crois qu’ils ont été surpris de découvrir chez leurs camarades qu’ils côtoient tous les jours, des choses qu’ils ne soupçonnaient pas, sous la carapace protectrice du quotidien. Et puis je pense aussi que l’exercice de création leur convient et les motive. Il n’est pas question d’avoir juste ou faux. Dans la création, il y a une infinité de possibles. Le jugement que l’on peut porter n’est pas le même que dans l’exécution. L’élève en tant que personne peut être valorisé.


Entretien : Serge Pouts-Lajus


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