Pratiques pédagogiques (Café N° 58)

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Édition du 18-01-2005

- Martine Crasez -

- Séisme en Asie : le réseau international « l’arc en ciel » se mobilise…

Depuis la rentrée scolaire, un réseau météo s’est constitué de par le monde. 442 élèves, à ce jour, communiquent ensemble à propos de la météorologie. Scolarisés en primaire (dès le CE1), au collège (4ème générale), au lycée (pour les classes étrangères), dans des établissements spécialisés (I.M.E.), dans des classes d’insertion scolaire (U.P.I., S.E.G.P.A., C.L.I.S.S., I.R.), ces enfants, âgés de 7 à 16 ans, mettent en commun les relevés qu’ils effectuent chaque jour et se les transmettent via Internet.

En outre, ils rédigent des articles, dessinent, photographient, réalisent des expériences, écrivent des poèmes… pour collaborer à la rédaction d’un journal trimestriel qu’ils ont appelé "L’Arc en ciel". Le premier numéro devait sortir courant janvier 2005. Ces élèves, de tous horizons scolaires, proviennent aussi de tous les horizons du Monde : 9 classes en France, 2 classes au Québec, 3 classes en Roumanie, 1 classe en Russie, 1 classe en Pologne, 1 classe en Grèce, 1 classe en Italie, 1 classe aux Etats-Unis, 1 classe au Sénégal. D’autres sont en pourparlers pour intégrer le réseau : le Portugal, le Mali, la Suisse, la Belgique… J’ai initié ce réseau, pendant les vacances d’été, en contactant, sur le site « Momes.net », différentes classes à la recherche de correspondants scolaires. Je souhaitais que mes élèves, déficients légers avec troubles du comportement associés, puissent être en contact avec d’autres enfants en France et dans le monde. C’était, pour moi, un moyen, de les sortir de la « ghettoïsation » du handicap, de leur proposer des outils de communication avec d’autres jeunes dits « normaux »… bref, un détour pédagogique pour étayer les activités scolaires qui leur semblent menaçantes, compte tenu de la souffrance psychologique qu’elles ont engendrée lorsqu’ils étaient dans des classes dites « ordinaires ».

Les objectifs de cette opération, qui devrait se pérenniser au-delà de cette année, sont multiples. La météorologie est un vecteur : elle permet d’aborder l’interdisciplinarité qui facilite les processus d’apprentissage en permettant à l’élève de faire l’expérience des liens entre sa réalité et celle du monde. Il s’agit de donner un sens à son apprentissage.

En adhérant à ce réseau, les différentes classes s’engagent à participer à une pédagogie de projet qui amène les élèves à travailler de façon active, créatrice et réfléchie, qui les implique à un projet signifiant et motivant.
Elles s’engagent aussi dans un projet de travail coopératif : les élèves travaillent en équipe et s’outillent à l’aide des différentes matières scolaires. La pédagogie de la coopération vise d’abord à développer des habiletés de travail en équipe, la confiance en soi, l’autonomie, pour aboutir enfin à l’engagement et à la responsabilisation.

Il s’agit enfin d’un projet de travail interculturel. C’est l’interaction entre les cultures, l’échange, la communication où une personne accepte la réciprocité de la culture de l’autre. C’est une manière d’aborder la citoyenneté.
Chaque enseignant du réseau décide de la manière d’utiliser (ou non) les variables météo qui sont transmises par les autres classes. Pour ce qui concerne ma classe, elles sont l’objet d’un travail important qui occupe l’essentiel des journées. D’abord, un travail d’expression orale et écrite : le « dicton du jour ». C’est le moment de chercher du vocabulaire et de faire de la poésie, ou de jouer au présentateur météo devant la caméra. Ensuite, on va « chercher » le temps qu’il fait : le chercher, c’est d’abord le ressentir, l’évaluer, le dire… avant de vérifier scientifiquement avec les instruments qui nous disent qu’il ne fait que 5°, alors qu’il semble qu’il fait très chaud et que le sweat est inutile pendant la récré. Puis vient le temps des maths : on compare les relevés, on « géométrise » en traçant un cadran solaire, on se crée des situations problème qui sont si réelles qu’on se met au défi de les résoudre Je ne vais pas insister trop : avec la météo, on fait de l’histoire-géo, des sciences, des arts plastiques, du vivre ensemble, on peut même faire de l’éducation musicale en créant des instruments qui jouent avec le vent.
Le travail avec l’ordinateur est intégré dans le rythme de la classe. Certains utilisent le crayon, d’autres le clavier. Ça ne résout pas, quoi qu’on en dise, le problème de l’orthographe (et la météo ne semble pas être un remède au problème). Mais ça permet, quand on est complètement bloqué par la lecture et l’écriture, qu’on a 12/13 ans et que ça « fout la honte », de détourner, de contourner ce sentiment d’échec avec lequel on se bat.
Nous n’avons pas encore de site web. Pour l’instant le réseau en est à ses premiers balbutiements. Nos finances sont celles qui nous sont allouées par nos directions… peu, à vrai dire ! Trop tard, cette année, pour mettre en place un plan Comenius, mais si le réseau vit, ce sera sans doute une piste à envisager…

Les tsunamis qui ont frappé l’Asie le 26 décembre dernier, ont brutalement mis à l’épreuve ces différents objectifs. Tandis que nous nous occupions paisiblement de la rédaction de notre premier numéro, la réalité du monde est venue heurter nos sens. Les enfants de « chez nous », alors en vacances pour la plupart, ont reçu sans filtre toute la crudité et la violence des images relayées sans relâche par les médias. Le jour de la rentrée fut, pour beaucoup, un moment de grande effervescence : que de terribles et personnels tsunamis psychiques furent réveillés dans l’inconscient de ces jeunes ! D’autres ont préféré faire « comme si cela n’avait pas été ». Les sentiments d’effondrement, d’engloutissement, d’anéantissement ont fait surface. Les uns exprimaient leur angoisse par l’excitation ; pour les autres, le silence et le déni paraissaient préférables. Parler de la souffrance des victimes est aussi un moyen de dire la sienne. Mais quels mots ? Comment mettre du sens sur une catastrophe qui semble n’en avoir aucun ? L’idée est venue de réaliser un numéro spécial de L’ARC EN CIEL, qui parlerait des tsunamis… Ce numéro sera vendu 1 euro. Le produit de la collecte sera adressé à l’U.N.I.C.E.F. pour venir en aide à d’autres enfants.

Ainsi les élèves se sont mis au travail. Le grand planisphère que certains avaient élaboré pour y repérer les différents pays du réseau météo va être une aide précieuse. On sort les atlas et on recherche l’emplacement du séisme ; on localise, on encadre la région concernée, on cherche qui sont les gens de ces pays si cruellement touchés. Le web est très sollicité : c’est quoi un tsunami ? Pourquoi ça arrive ? Comment ? Est-ce qu’il y en eu d’autres avant ? Où ? Ça pourrait arriver en France ? Dans les pays de nos correspondants ? Petit à petit la maquette du numéro spécial prend forme ; spontanément, chez eux, les enfants font des dessins. Les échanges entre les classes du réseau sont plus fréquents, plus précis, plus personnels, même si certaines écoles ne pourront participer à cette aventure mise en route dans l’urgence. L’inhumanité des images que les enfants ont prises en « pleine face » doit être substituée par des représentations qu’ils vont forger eux-mêmes.
Pour exorciser ce drame, nous ferons appel aux mythes, à l’imaginaire : L’arche de Noë et le déluge vont servir de trame à la réalisation d’une bande dessinée collective. « LA PROPHÉTIE DES GRENOUILLES », le film d’animation de Jacques-Rémy Girerd sorti en 2003, va être utilisé pour aborder, ici aussi, le thème du déluge. qui apparaît comme un accident climatique… un accident climatique, comme en Asie.

Et nous ferons aussi des maths : outre sa valeur morale, solidaire, citoyenne, quelle valeur financière a notre petit journal à un euro dans cette immense calamité ? Et nous découvrirons, par exemple, que la vente d’un seul journal permettra à l’U.N.I.C.E.F. de procurer 25 sachets de sels de réhydratation aux enfants de là-bas.

Il n’est pas facile de conclure, parce que la souffrance n’a de terme que dans l’espoir de la vie. C’est un arc en ciel qui a confirmé le dénouement du déluge de la légende de Noë, c’est « L’ARC EN CIEL » de ces enfants du Monde qui les fera grandir et s’épanouir et devenir acteur de la vie.
Le réseau est ouvert à tous ceux qui le souhaitent.

Vous pouvez me contacter : martine.crasez@wanadoo.fr.

Martine Crasez
Institutrice
I.M.E.
38440 MEYRIEU LES ÉTANGS

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