Pratiques pédagogiques (Café N° 72)

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Édition du 26-04-2006

- Howard Bennett -

- L’ordinateur, un outil pédagogique terrible. - Entretien avec Howard Bennett, professeur d’anglais au collège de Saint-Pierre du Mont, près de Mont de Marsan, Landes

Vous êtes professeur d’anglais, dans un département où les collégiens de 4e et de 3e ont été équipés par le Conseil général d’un ordinateur portable. Quel parti en tirez-vous ?

J’enseigne dans ce collège depuis 2001. Je suis arrivé en France en 1995 et j’ai d’abord travaillé dans l’édition multimédia, chez Auralog, pendant deux ans et demi, sur un produit d’apprentissage de l’anglais, Tell me more. En 2000, j’ai décidé de devenir prof et de passer le CAPES. C’est le hasard des nominations qui nous a amenés dans les Landes – ma femme est prof d’espagnol.
Cette année, j’ai deux classes de 3e, deux classes de 4e, une 6e et une classe de SEGPA. Je suis aussi professeur ressources du collège pour l’opération « 1 collégien – 1 ordinateur portable » et j’anime un groupe de professeur d’anglais pour le Rectorat.
Je me suis servi des ordinateurs portables dès le début mais mes pratiques ont évolué. Au début, je bloquais un cours toutes les deux semaines environ et je me servais surtout des exercices interactifs que je créais avec Hot Potatoes. Je continue à le faire mais j’ai beaucoup diversifié les usages. A présent, je développe surtout les usages par les élèves chez eux, en préparation du cours, en anticipation.
Je mets l’accent de plus en plus sur la compréhension orale ; je leur donne des documents son et vidéo qu’ils vont écouter et regarder chez eux, autant de fois qu’ils le voudront.

D’où viennent ces documents et comment les transmettez –vous à vos élèves ?

Les ressources numériques, ça c’est le gros problème. Les profs ne savent pas où les trouver, comment les récupérer, comment les intégrer dans le cours, etc. Une des sources que j’utilise le plus depuis deux ans, c’est le site de la BBC et, en particulier, un site qui s’appelle Video Nation et qui contient des centaines, de petits films de moins de deux minutes où des gens viennent parler de n’importe quoi, de quelque chose qui les concerne personnellement, ce qu’ils font, ce qu’ils aiment, ce qu’ils croient.
Les films ne sont pas faits pour être téléchargés mais je les capture par streaming, je les compresse et je les mets en ligne sur le réseau du collège. Chaque classe et chaque discipline a son espace où nous partageons des documents. Je leur dis : je vous ai mis un film à regarder ce soir ; nous en parlerons demain. Ils téléchargent le film et le regardent chez eux. C’est très facile. Ils savent tous faire cela.

Quel est l’intérêt pédagogique de ce type d’activité ?

La compréhension orale, c’est très important bien sûr. Avant, on le faisait en classe mais ça prenait beaucoup de temps et tous les élèves n’en profitaient pas de la même manière. Maintenant, ils le font chez eux et prennent le temps qu’il faut. Ils peuvent repasser le film autant de fois qu’ils veulent, le ralentir, etc.
Quand j’ai commencé à faire ce genre de chose, je me suis rendu compte que des élèves qui étaient faibles, qui ne participaient pas en classe, retrouvaient confiance. Simplement parce qu’ils préparent et qu’ils ne paniquent plus en entendant des choses qu’ils ne comprennent pas tout de suite. Ceux que je n’entendais jamais, maintenant, ils participent à la mise en commun.
Si vous donnez un travail à préparer par écrit, un texte à lire, vous avez une minorité d’élèves qui le font sérieusement. Avec les documents vidéos ou sonores, c’est l’inverse, ceux qui ne le font pas sérieusement sont minoritaires, peut-être trois ou quatre dans mes classes. Les élèves adorent, même s’ils ont au début beaucoup de mal. Ils s’accrochent, ça les intéresse parce que c’est du vécu et comme ce sont des gens ordinaires qui leur parlent, c’est comme une immersion. A la fin, ils sont bien rodés.
Les films de Video Nation sont classés par sujet mais aussi par origine géographique. Je m’en suis servi pour préparer des voyages scolaires. On regarde les films qui viennent d’une certaine région et on s’habitue à l’accent, on découvre des choses sur la région.
La difficulté pour les profs d’anglais, je m’en suis rendu compte en faisant des formations, c’est la technique. Ils doivent apprendre à capturer du son et des images sur le Web. Mais une fois qu’ils savent, le reste est facile. Donc je leur montre de façon très pratique comment faire des captures.

Quels autres types d’usages avez-vous avec les ordinateurs ?

Je ne me sers pas des ordinateurs pour tous les cours. C’est assez cyclique. Pendant deux semaines, ça sera tout le temps, et pendant deux semaines, pas du tout. C’est variable. Je me sers beaucoup des ressources vidéos pour la compréhension orale mais je continue à utiliser les exercices interactifs.

L’an passé j’ai essayé quelque chose qui a bien marché. A la fin de l’année, j’ai demandé à mes élèves de 3e de créer eux-mêmes des exercices à trous. Ca les a obligé à rédiger des phrases correctes. J’ai mis les deux classes en compétition et ils ont créé en deux heures plus de 700 exercices ! Bien sûr, je dois les vérifier et les corriger mais ça me fait une grande quantité d’exercices, de tous niveaux, sur tous les thèmes.

Globalement, je dirais que la place de l’ordinateur c’est surtout à la maison, de façon systématique, et en classe de façon plus ponctuelle. Mais c’est vraiment un outil pédagogique terrible.

Vous qui êtes d’origine anglaise, comment percevez-vous les différences culturelles entre les deux milieux que vous connaissez bien ?

Quand je suis venu vivre en France, le plaisir pour moi, en dehors des satisfactions personnelles privées, c’était la conscience collective, l’adhésion sociale qui est si forte ici en France, alors que les britanniques sont plus individualistes. Je ne vais pas comparer les systèmes éducatifs parce qu’ils sont totalement différents. Je trouve qu’en France, on ne travaille pas assez la langue maternelle. Les heures diminuent. On parle d’introduire une deuxième langue en 5e mais si cela réduit encore le temps consacré au français, alors ce serait vraiment dommage.
La chance des profs de langues, c’est qu’ils demandent aux élèves de s’exprimer et d’abord sur des choses personnelles : comment tu t’appelles ? qu’est-ce que tu as fait hier soir ? On parle de ce qui les intéresse, de ce qu’ils font. Ca crée une dynamique dans le groupe. On s’intéresse les uns aux autres.

Howard Bennett

Entretien : Serge Pouts-Lajus


Liens
Video-Nation
http://www.bbc.co.uk/videonation/
Le colloque de Moliets (2004)
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/landes04/index.php
Entretien avec Fabienne Saint-Germain (histoire-géographie)
http://www.cafepedagogique.net/disci/pratiques/26.php
Entretien avec Anne Delorme (musique)
http://www.cafepedagogique.net/disci/pratiques/51.php


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