Primaire (Café N° 68)

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Pour le prof

Édition du 14-12-2005

- Pierre-Marie Lasseron, Stéphanie Leschiera, Patrick Picard. -

- A la Une : Enseignant : un métier individuel ?

Qu’ils soient du premier ou du second degré, les enseignants viennent d’émettre leur choix pour élire leurs représentants face à l’administration pour trois ans, dans les commissions paritaires. En terme d’équilibre des forces syndicales, pas de grands bouleversements, les syndicats de la FSU maintiennent leur leadership (SNUipp : 45%, SNES : 39%), l’UNSA maintient sa seconde place (24% dans les écoles, 7% dans le second degré) et le SGEN peine à garder son espace (7% dans le 1er degré, 10 dans le second). Ni FO (8% dans les écoles, 6% en collège-lycée) ni SUD (5%) ne parviennent à jouer les trouble-fêtes.

Mais ce qui sera sans doute regardé de plus près sera la baisse de participation : près de 4 enseignants sur 10 n’ont pas participé au scrutin, soit globalement un de plus qu’en 2002. On aura beau jeu de critiquer les modalités souvent antédiluviennes d’organisation du vote, d’invoquer la négligence, ou de souligner que ce taux est très largement supérieur aux élections organisées dans les autres corporations.

Mais tout de même, une paille : 300 000 enseignants ne se sont pas sentis suffisamment concernés pour glisser le bulletin dans l’urne. Où sont passés les champions de l’Education Citoyenne ? On invoquera l’inculture politique des jeunes, mais quelques indiscrétions me font dire qu’ils n’ont guère moins voté que leurs aînés… Parce que le syndicalisme enseignant fut longtemps un vecteur d’identité professionnelle, et que cette identité est aujourd’hui largement en crise, cette baisse de participation n’est pas étonnante en soi. Mais elle est comme un signe supplémentaire d’une tendance à l’individualisation du métier d’enseignant. « Ne croyez pas que les collègues soient forcément méfiants envers le syndicat, me disait récemment une collègue. Mais ils sont dans leur classe, bossent comme des fous, et rentrent chez eux en tentant de préserver ce qui peut l’être dans leur univers privé ».
Mais dans un univers professionnel confronté à tant de tensions, marqué tout autant par les difficultés des mouvements pédagogiques ou des associations péri-scolaires, sommes-nous condamnés au repli face au déchaînement des idées toutes faites et aux fausses recettes issu d’un passé mythifié ?

Comme l’explique André Robert, spécialiste du syndicalisme, « la difficulté est bien de faire tenir ensemble de manière cohérente, plausible et recevable pour la profession le développement d’une vision critique de l’école, le développement d’une politique syndicale protestataire et propositionnelle d’autre chose ». On ne peut plus ignorer ni les analyses sociologiques qui démontrent que l’Ecole ne progresse plus dans sa mission d’égalité des chances, ni refuser d’entendre les souffrances au travail des enseignants. Mais à ne plus trouver d’espace collectif pour s’en emparer, ne risque-t-on pas le pire ? Yves Clot, un des meilleurs spécialistes de la psychologie du travail, déclarait mercredi, au séminaire consacré au « travail enseignant » à l’INRP : « Lorsqu’il n’y a plus de « débats d’école » sur les manières de faire, sur les règles et les sous-entendus du métier, prolifèrent alors les « querelles de personnes », qui s’y substituent. Encourageons, entretenons, chez les professionnels, la passion de s’emparer ensemble de l’objectivité du réel du métier, pour en faire reculer les limites, et ainsi soigner le métier, dans les deux sens du terme. Et c’est ainsi que chacun pourra arriver, éventuellement, à faire du « bon boulot » en trouvant des ressources insoupçonnées en lui-même. »

Syndicats, associations ou mouvements de notre monde professionnel ont tous une place complémentaire pour y parvenir, même si c’est parfois aux prix de mutations dont le prix à payer peut être fort, s’ils veulent relever le défi de n’être que des instruments au service de l’élaboration d’une pensée collective qui soit capable de tracer des pistes pour un avenir moins injuste. Mais y-a-t-il une autre voie ?


Et pour finit, une anecdote significative : dans sa dernière livraison, le syndicat des inspecteurs de la FSU annonce en manchette que l’Expresso du Café Pédagogique est devenu LE site d’information de son domaine d’activité… On a beau ne pas se prendre au sérieux, il est parfois de drôles de signes…

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- RESSOURCES THEMATIQUES

Pierre-Marie Lasseron

Français
- Document de travail sur l'ORLF
Une version de travail du document d'accompagnement sur l'Observation réfléchie de la langue française au cycle 3 est mis en ligne sur le site orlf.free.fr. Le site propose également une sélection de ressources et d'articles pour réfléchir à la mise en ˛oeuvre de l'ORLF.
Le site
http://orlf.free.fr


Mathématiques
- Utiliser des calculatrices en classe
http://eduscol.education.fr/D0048/calculatrice.pdf


Sciences
- Des jeux à roues aux objets roulants
Les élèves construisent des objets roulant qui fonctionnent sans moteur, avec moteur (après avoir revu, dans un premier temps, des notions d'électricité simples) et avec hélice, ou sans, et, enfin, avec une courroie. Ceci leur permet d'acquérir des notions sur la transmission de mouvement.
Points du programme : réalisation de circuits électriques simples ; objets mécaniques et électromécaniques, transmission et transformation de mouvements

http://venus.inrp.fr/lamap/activites/mouvement/module/roue.[...]


Education civique
- Le Parlement des enfants 2006
Le Parlement des enfants siègera au Palais Bourbon le 10 juin 2006 annonce une note de la Desco. Elle fixe le calendrier de ce sympathique concours qui invite les écoliers de CM2 à proposer un loi et à questionner les responsables politiques.
Au B.O.
http://www.education.gouv.fr/bo/2005/42/MENE0502433N.htm

- La Séparation
L'école laïque célèbre le centenaire de la loi de 1905 en publiant de remarquables dossiers pédagogiques. Ainsi, à Rouen, le site d'Histoire-géographie publie un important dossier de Véronique Fruit sur l'histoire et la géographie du fait religieux. Onze thèmes sont abordés : religion et condition humaine, le lien religieux d'Osiris au christianisme, les lieux de culte, la religion et ses institutions, la religion comme ciment social, les ruptures dans l'Islam et le christianisme, les contacts entre religions, sécularisation et laïcité. Chaque thème est abordé avec une parfaite érudition et l'ensemble du dossier permet aux enseignants d'enrichir leurs connaissances et d'apporter des réponses claires aux questions des élèves.
A Versailles, Paul Stouder a coordonné un important dossier historique sur la Séparation. Il s'appuie sur les documents des archives des Yvelines pour faire découvrir les réactions de la population à la séparation. Une animation Powerpoint de Claude Robinot analyse la propagande anticléricale.
A Créteil, Charles Fleury montre comment étudier le fait religieux en 1ère professionnelle. La séquence présente les trois religions monothéistes, leur évolution dans la société depuis le milieu du 19ème siècle, notamment l'évolution des rapports avec l'Etat.
A Rouen
http://www.ac-rouen.fr/pedagogie/equipes/hist_geo/site/arti[...]
A Versailles
http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/gephg/histoire/1905/DE[...]
A Créteil
http://www.ac-creteil.fr/lettreshg-lp/Histoire/Fait-Religie[...]


Histoire
- Une loi pour la neutralité de l'enseignement de la colonisation
"La loi du 25 février 2005 comporte dans son article 4 l'affirmation sans nuance d'une appréciation pourtant sujette au débat, à savoir : « le rôle positif de la présence française outre-mer », appréciation accompagnée de l'obligation de reconnaître ce rôle dans les programmes scolaires. Il y a donc désormais, sur ce point, une vérité officielle en matière d'histoire de la colonisation et elle doit être enseignée en tant que telle. Cette conception est bien éloignée d'une vision équilibrée de l'histoire indispensable à l'unité de notre peuple dans toutes ses composantes. Elle va susciter non seulement des débats, mais aussi des polémiques, dans une période où les détournements de l'histoire sont souvent utilisés pour cautionner des intérêts de groupes de pensée ou de communautés centrées sur une identité. Dès maintenant, des universitaires, des historiens protestent contre cette obligation d'une écriture officielle, mais nullement consensuelle, de l'histoire. Il faut les écouter". La proposition de loi présentée par le député Jean-Pierre Brard demande l'abrogation de la loi du 23 février 2005 qui a suscité de vives réactions chez les enseignants.
Proposition de loi
http://www.assemblee-nationale.fr/12/propositions/pion2670.[...]
Rappel : Dossier spécial du Café
http://www.cafepedagogique.net/disci/histoire/66.php#96

- La laïcité a 100 ans
Quel est le contenu philosophique de la laïcité ? Quelles sont les propositions pour la laïcité dans l'Union européenne ? Quelles voies définir pour la préserver ? Un collectif d'associations laïques a organisé le 10 décembre un colloque sur "une laïcité à l'échelle du monde" à Paris. Parmi les intervenants : Jean Baubérot, Henri Pena-Ruiz, etc. L'événement s'inscrit bien sur dans la commémoration de la loi du 9 décembre 1905 séparant l'Eglise et l'Etat.
A cette occasion le Café publie un dossier spécial.
http://www.laicite-laligue.org/laligue/laicite-laligue/rubr[...]%E9cembre.pdf
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/laic/
http://www.legifrance.gouv.fr/texteconsolide/MCEBW.htm

- Coup de c˛ur du Prix Médias Jeunesse au Grenier de Sarah
Le jury du Prix Médias Jeunesse récompense d'un "coup de c˛ur" l'excellent site "Le grenier de Sarah". Conçu pour être utilisé facilement par les enfants, le site évoque le destin authentique de cinq enfants juifs en mêlant témoignage sonore, documents d'époque et de belles animations. Ainsi découvre-t-on l'histoire de Francine déportée, d'Irène cachée, d'Albert le jeune maquisard, de Rachel cachée et d'Anne Frank. L'univers visuel est celui des ouvrages pour enfants mais ponctué de documents authentiques et accompagné d'un récit sonore. Ainsi l'enfant s'identifie à l'enfant pourchassé et partage ses sentiments tout en gardant son intelligence éveillée par les documents. Les histoires font découvrir la réalité de la Shoah et apportent les explications dont l'enfant a besoin. Un "épilogue" clôt l'histoire. Les autres parties du site donnent de façon très ludique des clés de compréhension de la culture yiddish terriblement laminée par la Shoah. Un espace documentaire est ouvert aux enseignants où ils peuvent télécharger les récits. Ce site développé par le Mémorial de la Shoah, avec le soutien du ministère, est absolument remarquable.
Le grenier de Sarah
http://www.grenierdesarah.org/


Arts plastiques
- L'initiation artistique avec Décod'Art
Comment sensibiliser et éduquer les jeunes aux arts ? France 5 lance un nouveau magazine en ligne : Decod'Art. Décod‚Art compare les travaux des artistes contemporains avec les chefs d'oeuvre qui les ont inspirés. Il explore les détails des tableaux ou des sculptures classiques, puis joue sur les contrepoints pour éclairer le projet des plasticiens contemporains. Pour illustrer ces comparaisons, Décod'Art propose des animations toujours ludiques et interactives, souvent poétiques, parfois enrichies d‚extraits musicaux ou vidéo, permettant une découverte originale et inattendue des oeuvres.
Côté scolaire, Décod’Art est un atout pour les programmes du premier comme du second degré, de l'école primaire, du collège et du lycée. Il propose de nombreuses pistes pédagogiques à télécharger, utilisables dans différentes disciplines, mais aussi des fiches de préparation des visites au musée.
Décod'Art s'adresse aussi aux parents : l'Espace Parents diffuse des guides de visites pour aborder les collections permanentes de façon plus ludique, incite les familles à découvrir de nouveaux musées, et sensibiliser les enfants aux arts plastiques par le jeu.
Au sommaire des numéros déjà parus : un regard croisé sur le personnage énigmatique de Pierrot par Watteau, Picasso et Alberola ; des jeux d‚ombre et de lumière dans Lumières dans la nuit et une exploration des représentations des aliments dans l‚art, d‚Arcimboldo à Sophie Calle dans A Table ! Le prochain numéro évoquera la Joconde et son sourire mystérieux. Décod'Art est une vraie réussite !
http://education.france5.fr/decodart/

- Une pétition pour l'éducation artistique et culturelle
"Se moquerait-on du livre et de la lecture ?" Des artistes, écrivains, dessinateurs, des enseignants ont lancé le 16 novembre une pétition pour dénoncer le manque de moyens de la politique culturelle de l'Education nationale. "Il est impossible d'ignorer les difficultés que rencontrent les enseignants et les documentalistes pour transmettre aux élèves le plaisir et le goût de la langue, de la lecture, de l'écriture… Face à cette situation, les ministères de l'Éducation nationale et de la Culture s'étaient engagés dans un important projet d'éducation artistique et culturelle associant enseignants, créateurs et partenaires culturels. La pratique de l'écriture créative dans le cadre des ateliers artistiques, le dialogue avec les professionnels du livre avaient trouvé leur place dans l'école élémentaire, les collèges, les lycées d'enseignement général et professionnel… Le 19 octobre 2005 les ministres de la Culture et de l'Education Nationale ont solennellement inauguré une nouvelle institution consultative intitulée Haut Conseil à l'Education Artistique. À notre stupeur, nulle part l'écriture et la lecture ne sont mentionnées dans ses objectifs ! Par ailleurs, les crédits alloués à l'éducation artistique dans son ensemble subissent depuis deux ans une érosion considérable.
http://perso.wanadoo.fr/cielj/charte/

- ARDADO, une association de profs d’arts plastiques, nous signale avec raison qu’aucun site d’arts plastiques ne figure dans les site indispensables que le Café site chaque année… Oubli réparé avec
http://www.arts-plastiques.ac-aix-marseille.fr/asc/ardado/
Le stand des Arts Visuels du Salon de l’Education, qui a connu une belle effervescence, exposait notamment des travaux faits dans les classes de ces collègues sur le thème de l’Oiseau

- Le CAREP (centre de ressources pour les ZEP) de Créteil vient de mettre en ligne un nouveau dossier : "Imaginaire et jardin dans les écoles d'Epinay-sur-Seine" Les objectifs de ce projet sont de "permettre aux enfants de s'approprier le patrimoine des parcs de bords de Seine en l'inscrivant dans leur imaginaire par des activités d'écriture, de photos, de peinture, d'arts plastiques, de lectures et de contes partagés avec les adultes mais aussi en s'y inscrivant physiquement par la création d'un jardin".
Et même pour tous ceux qui n’habitent pas dans le coin, un détour s’impose. Il doit y avoir des jardins ailleurs qu’au bord de la Seine…
http://www.ac-creteil.fr/zeprep/actions/05_epi_jar_pres.htm[...]


Education Physique et Sportive
- Conventions avec 3 fédérations sportives
Le Ministère de l'éducation nationale a signé 3 conventions avec les fédérations françaises d'escrime, de handball et de tennis. Associant l'Usep et l'Unss, elles faciliteront la diffusion de documents pédagogiques et la formation des enseignants pour développer ces sports dans les établissements.
http://www.education.gouv.fr/actu/element.php?itemID=200512[...]


Pédagogie et profession
- La Journée de solidarité n'est plus imposée aux élèves
"Pour les personnels enseignants des premier et second degrés et les personnels d'éducation : une journée, le cas échéant fractionnée en deux demi-journées, est consacrée hors temps scolaire à la concertation sur le projet d'école ou d'établissement... et, dans les établissements publics locaux d'enseignement, à la concertation sur le projet de contrat d'objectif... ainsi qu'à la définition d'un programme d'action en faveur de l'orientation et de l'insertion professionnelle des jeunes". Un arrêté publié au Journal Officiel du 17 novembre redéfinit la Journée de solidarité à l'Ecole. Les élèves seront en vacances et les enseignants réunis dans les établissements. La date sera fixée dans le premier degré par l'IEN, par le chef d'établissement dans le second degré.
Les personnels non enseignants effectueront 7 heures de travail "aux dates déterminées par l'autorité responsable de l'organisation du service".
On se rappelle le fiasco de la Journée de solidarité l'an dernier. On ne sait toujours pas quelle est la rentabilité de cette présence enseignante un jour supplémentaire dans des clases vides...
Au J.O.
http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=ME[...]

- Direction : Des réponses concrètes ?
"La situation de la direction et du fonctionnement de l’école ont déjà fait l’objet de nombreuses réunions depuis plusieurs années. Les discussions n’ont pas abouti à ce jour en raison notamment du refus obstiné de traiter de la question du temps de décharge des directeurs et directrices. C‚est pourtant un aspect incontournable de la demande de nos collègues". Alors que depuis des années la question des directions d'école se pose, le Snuipp et le Sgen-Cfdt réagissent à l'annonce par le ministère de nouveaux groupes de travail.
Communiqué commun
http://www.snuipp.fr/article2949.html

- Travaux supplémentaires
La hausse des salaires intervenue en novembre entraîne le relèvement des indemnités pour travaux supplémentaires : étude surveillée, surveillance, etc.
Au B.O.
http://www.education.gouv.fr/bo/2005/43/MENF0502506N.htm

- Eduquer les tout petits
"Nous espérons que ces articles, tout en donnant un aperçu de la recherche en science de l'éducation à la petite enfance, susciteront de nouvelles questions... susceptibles d'améliorer les programme destinés aux tout-petits". Ce nouveau numéro d'Education et francophonie, la revue de l'Acelf, est entièrement consacré à l'éducation de la petite enfance.
C'est que la situation au Canada est presque à l'opposé de celle de la France. Alors qu'ici la scolarisation à deux ans est contestée, au Canada la tendance est à la scolarisation dès 5 ans. Les états cherchent à définir leur aide éducative entre garde privée et éducation publique et ce numéro offre un panorama des recherches en ce domaine.

Ainsi, une étude établit que "la fréquentation des services de garde a un effet positif sur le développement langagier, cognitif et social de tous les enfants... Les meilleures performances sont associées à la qualité du service de garde... La qualité de l'expérience vécue par les enfants semble déterminante.. La formation des éducatrices et les relations entre les parents et le personnel de la garderie sont également des facteurs qui influencent la qualité des milieux de garde." D'autres études valident des programmes d'intervention basés sur une éducation développementale. Ainsi un article montre l'impact positif de programmes de lecture interactive où des intervenants stimulent le développement cognitif de l'enfant.
En France, Sophie Briquet-Duhazé (IUFM Rouen) montre que "dans les classes à plusieurs niveaux, les CP obtiennent des résultats significativement supérieurs" en lecture que les classes à un seul niveau du fait d'une écoute furtive" des enfants.
Education et francophonie
http://www.acelf.ca/c/revue/sommaire.php?id=18

- De la nécessaire continuité cycle 3- collège
"Comment ce que je sais de la lecture littéraire au collège et au lycée informe ma compréhension des objectifs de l'éducation littéraire au cycle 3". Jean Jordy, IG, se prête au jeu du décryptage des textes officiels pour expliquer ce que doit être la lecture au cycle 3. "« il les aide à construire les articulations entre chaque séance de lecture d’un même texte». Nous sommes aux antipodes de la lecture dirigée traditionnelle. Nous sommes dans un apprentissage méthodologique de l’acte de lire. Je remémore et j’anticipe ; j’utilise le tremplin du connu pour plonger dans l’inconnu. Le maître devient au sens premier du terme un pédagogue, celui qui accompagne l’élève dans son parcours dans l’oeuvre, faisant expliciter l’implicite, surlignant en quelque sorte sur la carte le chemin suivi et le chemin à suivre. Il prend aussi appui sur le texte du lecteur construit antérieurement pour projeter la curiosité et l’affect dans l’avenir du texte. C’est au sens propre du terme une leçon de lecture".
Ce document complète une série de réflexions pédagogiques publiées par l'académie de Versailles sur la continuité cycle 3 ˆ sixième. Ils mettent en évidence des cohérences entre les programmes et les compétences de l'école et du collège en français, maths, physique-chimie et dans la maîtrise de l'oral. Des documents qui permettent d'atténuer la rupture et de faciliter l'intégration des élèves en collège.
Conférence
http://pole-pedagogique.ac-versailles.fr/article.php3?id_ar[...]
Dossier
http://pole-pedagogique.ac-versailles.fr/article.php3?id_ar[...]

- Robien interdit la méthode globale
" Je prendrai des décisions en ce sens très prochainement". A CSE, le ministre de l'éducation nationale a annoncé son intention d'interdire la méthode globale. "Il est temps, en effet, de tirer les conclusions de l’expérience : les conséquences négatives des méthodes globales (ou qui commencent par une approche globale) sont désormais bien documentées. Non seulement par les neurosciences, mais aussi, plus simplement, par les orthophonistes qui voient monter une « vraie-fausse » épidémie de dyslexie, simplement due à un mauvais départ en lecture ! Ces études et ces pratiques thérapeutiques montrent que les enfants les plus fragiles, et ceux qui manquent un peu de maturité en entrant au CP, sont littéralement noyés par la découverte non progressive de la langue. Ce sont ces élèves que l‚on retrouve perdus en 6 ème". Le ministre a donné une semaine à l'Inspection générale pour rédiger une circulaire.

La mesure suscite l'indignation des syndicats d'enseignants qui évoquent la culpabilisation des maîtres et un faux débat. La principale organisation d'orthophonistes conteste également les propos ministériels. "Il n'existe à ce jour aucune étude menée par des orthophonistes, validée scientifiquement, mettant en évidence des liens de causalité entre méthodes de lecture et pathologies du langage écrit" déclare la Fédération nationale des orthophonistes.
http://www.education.gouv.fr/actu/element.php?itemID=200512[...]
http://actu.voila.fr/Depeche/ext--francais--ftmms--emploied[...]
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/goigoux.ph[...]

- L'école de proximité se pose en modèle
" L'Ecole de proximité est le socle historique de notre système éducatif. C‚est le cadre le plus performant pour la réussite de tous les élèves. Elle facilite les innovations pédagogiques. Elle tisse du lien social". Le Collectif pour la défense de l'Ecole publique de proximité organise les 24 et 25 novembre un colloque à Paris sur l'école de proximité "levier du projet de territoire" et "levier pour les apprentissages : le multi-âge, un modèle pédagogique des classes rurales, repris dans les textes et en zone urbaine".
http://ecoledeproximite.free.fr/DefenseEcolePubliqueProximi[...]


Divers
- Encyclopédie
http://www.gallimard-jeunesse.fr/encyclopedia/home.jsp

- La roulette au CP (et en 5ème)
Une heure pour découvrir les joies de la roulette. Selon l'AFP, le ministre de la santé a annoncé le 25 novembre que des chirurgiens dentistes interviendront dans les classes de CP et de 5ème pour "dédramatiser les soins dentaires" et inciter à l'hygiène dentaire. Des examens gratuits seront proposés aux enfants de 6 et 12 ans.
Dépêche AFP
http://actu.voila.fr/Depeche/ext--francais--ftmms--emploied[...]



- Yves Clot, psychologue du travail, CNAM :

conférence à l’INRP à Lyon, le 7 décembre 2005, dans le cadre du séminaire sur le travail enseignant
voir notre édition du café :
http://cafepedagogique.net/disci/primaire/67.php

Le travail n’est-il pas une valeur en baisse, dans une société où on travaille de moins en moins ?
Je m’instaure en faux contre l’idée que la place du travail serait en voie de disparition. A mesure que le temps de travail diminue, l’importance psychologique du travail augmente : nous ne voulons pas nous contenter de survivre au travail, mais aussi y faire quelque chose de notre vie. Le temps du « hors-travail » se développe (éducation, culture, loisirs). Les attentes qui se construisent hors du travail reviennent « contaminer » le travail, en fabriquant des présupposés pour la vie professionnelle. Au travail, on imagine qu’il y a autre chose à faire que ce qui est contraint, défini par autrui.
Mais lorsqu’on est dans des situations professionnelles qui l’interdisent, cette attente peut s’éteindre, parce que la vie y est de moins en moins défendable. La fonction psychologique du travail peut se perdre. Repoussant, le travail est repoussé.

Comment définir le « métier » ?
Dans les dernières années, la montée des « services » (activité dont l’objet est un sujet, et parfois des sujets… de mécontentement !) impose une nouvelle et impérative définition du « métier », là où, dans l’industrie, on parlait « geste », « outils »…
Qu’on parle des services sociaux, des guichets, des soins, de l’enseignement, on voit monter de nouveaux critères controversés sur la « qualité » du travail. On peut travailler sur l’usager, pour l’usager, avec l’usager, ou même contre l’usager...
A l’intérieur même de chaque personne au travail, on retrouve ce conflit, et mon problème n’est pas d’identifier des bons et des méchants. On voit émerger, dans le travail dans les services, de véritables « problèmes de conscience », sur le juste et l’injuste, le bien et le mal, bref ce qu’est « faire du bon boulot ». L’intensité du travail, de plus en plus forte, demande au sujet d’opter, de trancher, de débattre avec soi-même, faisant monter ses soucis, là où l’opérateur taylorisé pouvait avoir « la tête ailleurs » une fois que le « geste avait fait son nid », en séparant la pensée du travail.
Par exemple, dans les hôpitaux, on doit multiplier les tâches, organiser le travail, fabriquer des « scripts professionnels » (prescriptions) qui tentent de standardiser le temps, de faire rentrer le réel dans des procédures. Dans les entretiens téléphoniques des centres d’appels, on développe des procédures strictes de « pseudo-dialogue ».

Un exemple à la Poste :
A un guichet de la Poste, la réorganisation du travail induit des modifications dans la formation professionnelle, qui cherche à mieux préparer les guichetiers à affronter les conflits : on organise des jeux de rôles confrontant les formés à un « client bougon et conservateur ». Extrait :
Formateurs : « vous n’êtes pas là pour établir une relation de confiance avec eux, vous êtes là pour leur dire « la Poste vous propose »…
Giuchetier : « ce qui est bon pour eux ou pour la Poste ? »
Formateur : « c’est pareil. Etre un vrai professionnel, c’est connaître ses produits, pas se mettre à la place de votre cliente »
Guichetier : « si on se mettait à leur place, on ne leur vendrait pas le paquet tout fait de la Poste qu’ils vont payer trois fois plus cher »
Formateur : « justement, vous ne vendez pas beaucoup, c’est pour ça que vous êtes là… »
On voit ici que l’intensification du travail entre en conflit avec le sens commun de la professionnelle, qui voudrait faire comme quand elle va chez le garagiste : « avoir confiance dans la personne qui est en face d’elle, se fier aux choix qu’elle ferait pour elle-même »
Bien malin celui qui dirait la « bonne » manière de faire ou de nier les évolutions de la Poste.
Mais ce qui est possible, c’est de confronter l’expérience présente dans les « collectifs le travail » (un lieu, un espace, une histoire) au sein duquel les conflits de critères existent, dans le but d’en faire l’objet d’un travail sur le travail, permettant de discuter sur le travail, aidant ainsi chacun à fabriquer des instruments de travail, et ainsi de l’aider à affronter les conflits de critères.

Et quand le « collectif de travail » n’existe plus ?
Lorsque cet espace-temps n’existe plus, que le « sentiment de vivre la même histoire » (une histoire qui continue) disparaît, il n’existe plus cet intercalaire entre ce qui est prescrit et ce que chacun vit. Il n’y a plus de « débats d’école » sur les manières de faire, sur les règles, les sous-entendus. Prolifèrent alors les « querelles de personnes », qui s’y substituent.
Lorsqu’il y a « déflation du métier », il y a « inflation de la querelle ».
La perte de l’histoire commune provoque un face-à-face entre une prescription tournant au script comportemental, et donc une transgression exponentielle, individuelle, masquée, laissant les individus face à eux-mêmes, démunis pour affronter le réel. Cette « pseudo-émancipation » à l’égard de la règle met chacun en situation d’errance face à l’étendue des possibles, renforce la prescription contre la faute, engendre la souffrance au travail et la perte de santé, là où le collectif était au contraire un opérateur de santé, permettant de savoir où on peut aller, sans pour autant être un moule puisqu’il autorise la « controverse », le « débat d’école ».

Quelle différence faites-vous entre « métier », « pratique », « activité » ?

Le métier est composé de quatre instances discordantes :
- l’activité personnelle : la manière dont, dans la situation, je me conduis pour échapper au « conflit de critères ». Elle est toujours adressée à quelqu’un : il n’y a pas de travail sans adressage à quelqu’un. Sans destinataire, il n’y a pas de sens.
- A l’opposé de l’activité, un métier est impersonnel : la tâche, la mission, la prescription, ce qui est écrit, affiché. Dans certaines activités professionnelles, on souffre terriblement de défaut de prescription : « dites-nous ce qui est à faire ! ».
- La manière dont chacun s’empare du script pour en faire quelque chose de personnel
- Tout métier est transpersonnel : aucun n’en est seul dépositaire, mais tous en sont comptables : on l’a trouvé avant soi, on devra le laisser derrière soi, comme un maillon dans une chaîne, produisant une histoire qui ne vous appartient pas en propre. C’est le genre, dans lequel je dois mettre du mien, du style.

Dans toute activité, il y a discordance, tissage du personnel et de l’interpersonnel, adressage à l’interlocuteur, intégration à une fonction identifiée, refroidie dans une institution, mais en même temps création d’un maillon de l’histoire de mon métier (qui me pose la question, en même temps, de savoir si je serai capable de continuer l’histoire collective de mon métier). Et l’Histoire, ce n’est pas seulement les grandes batailles, c’est aussi les tabous refoulés et inhibés, les cadavres dans le placard…

La pratique
Pour comprendre une activité en situation, il faut comprendre qu’elle est aussi située ailleurs qu’à l’endroit où elle s’exerce. C’est pour cette raison que je n’utilise pas la notion de pratique : elle comporte le risque de la confusion. Quand on dit « bonne pratique », on mélange l’activité personnelle et l’adhérence à la prescription. J’appelle ça l’orthopédie sociale : exécuter la bonne pratique congelée ailleurs. « Pratique » mélange les genres entre la prescription et l’activité. Voilà pourquoi je récuse cette notion. L’activité est un concept, la pratique n’en n’est pas.

C’est bien pour ça qu’elle est récupérable par le prescripteur dans les « groupes d’analyses de pratiques » dans lesquels on développe la compassion de la bonne parole, l’écoute du mal vécu subjectif, dans un « néo-fordisme monté sur coussin compassionnel du groupe de parole ». Selon moi, on est en train d’aller vers un nouvel hygiénisme social avec les bons experts, la bonne manière à laquelle les experts ont réfléchi. Et comme le réel va continuer de résister, les personnels vont encore avoir plus mal, quand rien ne change.
Mais l’institution vous dira que ça n’est pas grave, parce qu’on vous écoute, afin que vous puissiez « trouver en vous même » les moyens de supporter ce qui est insupportable.
Pour moi, c’est l’inverse de notre démarche : développer des « débats d’école » permettant de transformer ensemble la tâche. Cette « analyse de pratique » revient à enfermer le sujet entre deux piliers : la prescription et l’écoute compassionnelle retraitant les déchets subjectifs du travail… Sous-entendu : « Travaille ton histoire personnelle, mais ne cherche pas avec tes collègues les moyens collectifs de changer la pratique du travail. »

Je préfère donc utiliser « activité » d’abord parce que ça permet de sortir du duo infernal théorie-pratique : toute activité est imbibée de pensée, même lorsqu’il faut parfois « s’empêcher de penser » pour ne pas se rendre malade.
Je propose une définition de l’activité entièrement dressée contre l’idée de bonne pratique. L’activité est un conflit entre deux directions simultanées : vers son objet et vers l’activité d’autrui portant sur cet objet. Quand je vous parle, je suis en dialogue avec ce que j’imagine que vous pensez. Cet objet, dans une autre situation ou avec un autre public, je peux le modifier, le transformer. L’activité du public affecte la mienne, dans un processus de lutte.
Par définition, toute activité se discute, et c’est bien ce qui en fait le corps…

Comment restaurer le pouvoir d’agir des professionnels sur leur situation, dans une perspective de « clinique de l’activité » ?

Dans les situations d’intervention en milieu professionnel dégradé (accidents, baisse d’efficacité), nous intervenons toujours avec la même idée : restaurer la fonction psychologique du collectif, réhabiliter le sentiment de vivre la même histoire professionnelle, au sens transpersonnel : développer du genre, dans l’objectif non pas de soigner les personnes par une empathie formelle, mais de soigner le métier, dans les deux sens du terme : les personnels sont comptables du travail que qualité, dont ils ne peuvent s’exonérer. Faire du bon boulot, on ne peut pas finir de discuter de ce que c’est, mais c’est justement la seule solution pour étendre le spectre des gestes professionnels, en découvrir les critères, en étendre le clavier des possibilités, sur lequel le sujet va pouvoir jouer, élaguer, retenir, écarter… à travers la dispute professionnelle réglée, pour que le métier devienne un surdestinataire de son activité : « Quand le métier parle, je suis moins seul ». Du point de vue technique, nous cherchons à séparer les professionnels entre eux, en séparant le travail du travailleur. Cette activité de séparation est indispensable pour chercher à soigner le métier, et non à se soigner soi-même.

Refusons la compassion, la confession à l’expert de ses limites personnelles.
Encourageons, entretenons, chez les professionnels, la passion de s’emparer ensemble de l’objectivité du réel du métier, pour en faire reculer les limites. Et c’est ainsi que chacun pourra arriver, éventuellement, à trouver des ressources insoupçonnées en lui-même.


Fin de l’exposé
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Discussion de quelques termes… avec la salle

La séparation… ?
« Faire son métier », c’est à la fois faire ce qu’il y a à faire (ce qui se discuter, d’ailleurs), mais c’est aussi construire du métier en faisant un travail sur le travail.

La défense ?
c’est une production entamée (au deux sens du terme : commencée, mais nécrosée dans l’œuf, incapable de se dépasser). Respectons les défenses, et essayons de les impliquer dans de nouvelles fonctions pour qu’elles s’échappent de cette enveloppe.

La clinique ?
C’est de l’action pour redescendre au conflit dont elle est issue, en tentant de lui donner un autre destin que celui de la défense. La clinique est un trajet risqué dans lequel on va proposer au sujet de retrouver le conflit, dans un cadre réglé et collectif, pour retrouver la passion du métier (l’amour du métier) dans le geste professionnel réalisé.
Mais la clinique de l’activité, c’est comme les fourmis dans les jambes : juste au moment d’y aller, ça fait un peu mal, et on peut être tenté de rester assis. Et c’est respectable. Quand le sang revient à la vie, ça fait mal. C’est pour cela que l’intervenant doit avoir le temps de s’y engager, avoir les bons cadres pour convaincre les gens que ça vaut le coût… et des accompagnateurs qui partagent la passion du métier.


L’évaluation ?
Je suis un partisan résolu de l’évaluation. Vivre, c’est évaluer, comparer des valeurs, affronter des valeurs. Il est naïf de faire croire qu’on puisse s’en passer. Evidemment, c’est aujourd’hui tellement une marque du contrôle qu’on a du mal à imaginer que ça puisse être remontant (du bas vers le haut). Rien n’est pire que de laisser l’évaluation aux évaluateurs. C’est quand un métier cesse de s’évaluer ou de se sentir comptable de l’histoire du métier, que se développe l’inflation du contrôle. Il faut relancer l’évaluation, faire du travail un objet de controverse pour refuser l’étalonnage actuel. L’évaluation, comme développement trans-personnel du métier, permet de transformer la tâche, transformer l’institution, transformer le métier. « La littérature trace une autre langue, qui échappe à la langue par la langue, qui attaque la langue par la langue ». disait Proust… Je propose de remplacer langue par métier. Si nous ne nous mettons pas ensemble à attaquer le métier, ce qu’il est et ce qu’il a été, alors il est mort.

Métier, profession ? Formation ?
Dans le concept de « métier » que je propose, il y a l’activité adressée, non-réitérable. C’est la situation où l’inattendu nous fait transformer, créer. Un métier ne reste vivant que si les professionnels respectent les inattendus pour tisser de l’attendu. Je pense que le concept de profession est très loin de ça.

Je me méfie beaucoup de l’idée que c’est par la formation que pourrait se développer une « activité réflexive » sur le métier. Je me méfie de l’idée qu’il faudrait réfléchir beaucoup pour être un bon praticien. Il y a des endroits où on ne réfléchit pas beaucoup, où on se contente de travailler, et où ça produit des résultats.
Quand on voit un collectif qui fonctionne, ça se passe comment ? Non pas dans l’accord, mais dans la comparaison. On cherche les contrastes. L’activité de l’un se réfléchit dans l’activité de l’autre. C’est le sens de réflexion (miroir) que je garde. Ca marche lorsque des professionnels n’arrêtent pas de comparer.

Formation des débutants ?
Quand je regarde la formation des débutants, qui arrivent dans un collectif, je vois que l’expérience ne se transmet jamais directement. C’est quand deux anciens « discutent du métier » que la situation est vraiment formatrice pour le jeune. C’est dans ce cadre que le geste professionnel échappe aux seuls « chevronnés », surtout quand ils parlent de quelque chose qu’ils n’arrivent pas à faire. Et comme le geste n’appartient pas à quelqu’un en particulier, alors le débutant peut s’en emparer. La vraie transmission, c’est quand celui qui transmet redécouvre son expérience, quand elle lui échappe, et qu’on peut alors l’attraper ! Il faut mettre les anciens en position de toucher les limites de leur expérience, et c’est alors que les nouveaux peuvent « y mettre du leur ». Pour s’occuper des jeunes, il faut attaquer le métier des anciens, pour le rendre visible aux jeunes.
Sinon, le vieux transmet toujours aussi le genre professionnel nécrosé, avec les cadavres dans le placard…

La recherche ?
Le drame de la recherche en sciences humaines, c’est qu’il n’y a que des solutions pratiques à des problèmes pratiques. Quand on fait de la formation professionnelle, il faut provoquer les limites des anciens pour faire apprendre les jeunes. Un métier peut mourir de l’excès de réflexion. Ce qui est obligé, c’est de faire son boulot, pas de réfléchir. Ce qui est intéressant, c’est comment font les gens qui y arrivent encore alors qu’ils sont dans des situations incroyables…

Mais la formation, tout de même… ?
La formation, si c’est un moment où on demande aux gens de se réunir pour réfléchir, tant mieux. Mais je pense qu’on n’a pas assez travaillé l’idée que pour réfléchir, les gens doivent « se réfléchir dans l’action ». Il faut penser la formation pour que se réfléchisse encore plus ce qui se fait habituellement.
Par exemple : quand on fait une auto-confrontation à partir d’images vidéo, on organise de la pensée sur de l’activité ordinaire, et on en fait un objet de controverse. On a alors un changement de destinataire de la description de l’action, par exemple dans les auto-confrontations croisées. Et lorsque le destinataire change, la description du geste se modifie. C’est de la migration fonctionnelle du geste en fonction du destinataire.
C’est un invariant du développement : si vous voulez fabriquer du savoir sur le geste, changez l’interlocuteur ! En formation, on peut alors fabriquer de la lucidité conceptuelle sur le développement de l’expérience, qui va enrichir et instrumenter l’outillage du praticien, grâce à la mise à distance.
Mais la formation, c’est aussi l’enseignement sur ces processus, en expliquant ce qui vient de se passer, surtout à ceux qui l’ont vécus, en prenant les concepts comme objets, et pas seulement l’activité…

Est-ce qu’il y a des lieux où se dépose l’Histoire du métier ?
Quand je parle d’histoire, je parle bien d’instruments d’action, qui se cristallisent dans des artefacts (règle, procédure, programmes, outils, lieux), ou des institutions. Et la passion du métier transite aussi par les objets du métier…


Le management ?
C’est aussi un métier. On a tendance à regarder l’organisation sous sa forme congelée (procédure et règles). Mais c’est aussi une activité, donc à prendre au sérieux. D’autant plus que ce management commence à souffrir sérieusement des activités empêchées… Il n’y a pas de raison de ne pas s’y intéresser, même si nous avons un peu de retard là-dessus. Ne pas travailler avec eux, c’est prendre le risque qu’ils renforcent les défenses, l’incarcération et le vissage…

L’organisation apprenante ?
La possibilité de soutenir l’inattendu, y compris à soutenir le conflit pour considérer que l’organisation du travail doit être une ressource pour développer le pouvoir d’agir de ceux qui sont en première ligne : la lente construction de l’organisation au service du travail. Si c’est ça, j’accepte le terme. Mais ceux qui disent en faire un fondement de leur action managériale en sont souvent très loin…

Ecouter cette intervention sur le site de l'INRP
http://ep.inrp.fr/EP/r_actualites/intervention_yves_clot

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