Édition du 11/02/2005 -
Bruno
Devauchelle - - Socle et B2i : quelques
réflexionsL’usage du terme « socle » tend
à prendre de l’ampleur dans le monde de
l’éducation. La loi d’orientation
l’utilise, la sous-direction des
technologies l’utilise aussi à propos
des Environnements numériques de
travail, les enseignants plébicitent le
terme d’après un sondage syndical.
Les hésitations perçues ici ou là ne
portent pas sur la notion de socle,
assez communément acceptée, mais sur ce
que l’on désigne avec ce terme :
s’agit-il d’un socle de connaissances,
d’un socle de compétences ? S’agit-il
des fondamentaux à maîtriser ou ce par
quoi il convient de commencer dans les
apprentissages ?
Un programme du collège proposé à la
réflexion sur le site de la direction de
l’enseignement scolaire laisse à penser
que d’aucuns ont commencé à y réfléchir
au moins pour les élèves concernés par
les dispositifs en alternance.
http://eduscol.education.fr/D0188/accueil
.htm
Le B2i, créé en 2000 fournit un bon
exemple de tentative de mise en place
d’un « socle de compétences » et à ce
titre nous donne quelques indications, à
partir des observations que nous avons pu
en faire, sur ce qu’il pourrait advenir
de la notion de socle.
Rappelons que le B2i est désormais
considéré (bien que cela ne soit pas
explicitement dit dans la loi
d’orientation) comme le « socle de
compétences et de connaissances » qui
sera intégré au brevet. L’analyse de ce
dispositif qui a déjà quelques années
soulève quelques questions qu’il sera
important d’intégrer quand il s’agira de
parler de socle dans tous les
établissements.
Compétences ou connaissances ?
Pour beaucoup d’enseignants, les
connaissances sont la base de
l’enseignement. Il suffirait donc de
vérifier qu’elles ont été acquises
(mémorisées ?) par des exercices
appropriés pour en attester. Dès que
l’on parle de compétences, les choses
sont plus compliquées : en effet la
compétence suppose une action de
l’apprenant au cours de laquelle il va
faire appel à des connaissances pour
résoudre le problème (au sens large du
terme) que lui soumet l’enseignant. En
attester suppose un posture différente
que la simple activité d’exercice
systématique, il faut en observer la
maîtrise…
Dans le cadre du B2i, beaucoup
d’enseignants ont réduit ce socle à un
cours d’informatique suivi d’un test
pour vérifier que les élèves savent
répondre aux questions qu’ils posent. Or
il aurait fallu, selon le texte, que les
compétences soient attestées dans des
situations d’activités ordinaires de
différentes disciplines, faisant appel
aux compétences listées dans le B2i. On
voit aisément le dilemme qui va se poser
sur le terrain.
Quelle durabilité pour ce socle ?
La question de la durabilité des
apprentissages n’est pas nouvelle mais
elle prend avec la notion de socle un
relief nouveau. Beaucoup d’enseignants
observent que des élèves ayant réalisé
en début d’année un ensemble d’activité
montrant qu’ils mobilisaient une
compétence de façon satisfaisante (une
bonne note à un contrôle par exemple) se
sont aperçus plusieurs mois plus tard que
ces apprentissages n’étaient plus
opérants. Toute la difficulté de
l’enseignement tient là : à partir de
quand peut-on considérer qu’un
apprentissage est durable ? Dans le cas
du B2i, des élèves déclarent, lors
d’entretien, qu’ils maîtrisent les
compétences de base du traitement de
texte, mais sont incapables de les
mettre en œuvre à la demande de
l’intervieweur. Les élèves déclarent
alors qu’ils ont répondu positivement
car ils avaient eu une bonne note au
contrôle d’alors (deux années plus tôt).
Autrement dit la représentation de ce
qu’est une compétence durable n’est pas
sans poser problème.
Un socle à 100% ou à 80%
Dans une assemblée d’enseignant à qui
était présenté le B2i, un enseignant
posait la question suivante : si un
élève à 80% des item du B2i peut-on le
lui délivrer. La réponse était
évidemment non. Mais la question n’est
pas anodine. Elle révèle le paradigme
évaluatif qui est sous-jacent que l’idée
de socle de compétence met à mal : Si
l’on est compétent on est dans le 100%.
Au sein de ce 100% il y aura des seuils
de performance et des niveaux de
maîtrise qui varieront au cours des
apprentissages, mais seul le 100%
permettra d’attester la compétence.
Cette idée que 80% est suffisant renvoie
à une pratique qui doit interroger tous
les enseignants : lorsque l’on admet que
10 sur 20 suffit à avoir le Baccalauréat,
n’est-ce pas implicitement reconnaître
une sorte de « seuil » de connaissance
minimal que signifie ce 10. Ainsi on
pourrait demander à un enseignant qui
met 10 sur 20 à une copie quel socle de
connaissances il exige pour mettre cete
note. On aurait alors la définition d’un
socle et l’on n’admettrait plus que le 20
sur 20 comme note acceptable. Cette
logique de l’absurde veut simplement
mettre en évidence le changement
progressif d’approche que le B2i a mis
en évidence.
Enfin pour poursuivre notre analyse à
partir du B2i, on peut être inquiet du
sort qui sera fait à ce socle dans les
établissements scolaires. En effet pour
le B2i on est très loin du compte.
Certes on pourra toujours contester les
choix des compétences, mais si l’on en
juge par les débats continus qui
traversent les échanges entre
enseignants (en particulier de
technologie et de documentation), il y a
du chemin à parcourir pour que la notion
de socle prenne sa place. A moins que
l’on ne retienne seulement le mot «
connaissance » qui, associé au mot
socle, pourrait acquérir des lettres de
noblesse scolaire, comme jadis le
dictionnaire alphabétique ou
l’encyclopédie, un entassement d’objets…
dont il restera toujours qu’il faudra
savoir quoi faire, autrement dit, être
compétent….
Bruno Devauchelle