Tribune (Café N° 59)

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Édition du 11/02/2005

- Bruno Devauchelle -

- Socle et B2i : quelques réflexions

L’usage du terme « socle » tend à prendre de l’ampleur dans le monde de l’éducation. La loi d’orientation l’utilise, la sous-direction des technologies l’utilise aussi à propos des Environnements numériques de travail, les enseignants plébicitent le terme d’après un sondage syndical.

Les hésitations perçues ici ou là ne portent pas sur la notion de socle, assez communément acceptée, mais sur ce que l’on désigne avec ce terme : s’agit-il d’un socle de connaissances, d’un socle de compétences ? S’agit-il des fondamentaux à maîtriser ou ce par quoi il convient de commencer dans les apprentissages ?

Un programme du collège proposé à la réflexion sur le site de la direction de l’enseignement scolaire laisse à penser que d’aucuns ont commencé à y réfléchir au moins pour les élèves concernés par les dispositifs en alternance. http://eduscol.education.fr/D0188/accueil .htm

Le B2i, créé en 2000 fournit un bon exemple de tentative de mise en place d’un « socle de compétences » et à ce titre nous donne quelques indications, à partir des observations que nous avons pu en faire, sur ce qu’il pourrait advenir de la notion de socle.

Rappelons que le B2i est désormais considéré (bien que cela ne soit pas explicitement dit dans la loi d’orientation) comme le « socle de compétences et de connaissances » qui sera intégré au brevet. L’analyse de ce dispositif qui a déjà quelques années soulève quelques questions qu’il sera important d’intégrer quand il s’agira de parler de socle dans tous les établissements.


Compétences ou connaissances ?

Pour beaucoup d’enseignants, les connaissances sont la base de l’enseignement. Il suffirait donc de vérifier qu’elles ont été acquises (mémorisées ?) par des exercices appropriés pour en attester. Dès que l’on parle de compétences, les choses sont plus compliquées : en effet la compétence suppose une action de l’apprenant au cours de laquelle il va faire appel à des connaissances pour résoudre le problème (au sens large du terme) que lui soumet l’enseignant. En attester suppose un posture différente que la simple activité d’exercice systématique, il faut en observer la maîtrise…

Dans le cadre du B2i, beaucoup d’enseignants ont réduit ce socle à un cours d’informatique suivi d’un test pour vérifier que les élèves savent répondre aux questions qu’ils posent. Or il aurait fallu, selon le texte, que les compétences soient attestées dans des situations d’activités ordinaires de différentes disciplines, faisant appel aux compétences listées dans le B2i. On voit aisément le dilemme qui va se poser sur le terrain.


Quelle durabilité pour ce socle ?

La question de la durabilité des apprentissages n’est pas nouvelle mais elle prend avec la notion de socle un relief nouveau. Beaucoup d’enseignants observent que des élèves ayant réalisé en début d’année un ensemble d’activité montrant qu’ils mobilisaient une compétence de façon satisfaisante (une bonne note à un contrôle par exemple) se sont aperçus plusieurs mois plus tard que ces apprentissages n’étaient plus opérants. Toute la difficulté de l’enseignement tient là : à partir de quand peut-on considérer qu’un apprentissage est durable ? Dans le cas du B2i, des élèves déclarent, lors d’entretien, qu’ils maîtrisent les compétences de base du traitement de texte, mais sont incapables de les mettre en œuvre à la demande de l’intervieweur. Les élèves déclarent alors qu’ils ont répondu positivement car ils avaient eu une bonne note au contrôle d’alors (deux années plus tôt). Autrement dit la représentation de ce qu’est une compétence durable n’est pas sans poser problème.


Un socle à 100% ou à 80%

Dans une assemblée d’enseignant à qui était présenté le B2i, un enseignant posait la question suivante : si un élève à 80% des item du B2i peut-on le lui délivrer. La réponse était évidemment non. Mais la question n’est pas anodine. Elle révèle le paradigme évaluatif qui est sous-jacent que l’idée de socle de compétence met à mal : Si l’on est compétent on est dans le 100%. Au sein de ce 100% il y aura des seuils de performance et des niveaux de maîtrise qui varieront au cours des apprentissages, mais seul le 100% permettra d’attester la compétence.

Cette idée que 80% est suffisant renvoie à une pratique qui doit interroger tous les enseignants : lorsque l’on admet que 10 sur 20 suffit à avoir le Baccalauréat, n’est-ce pas implicitement reconnaître une sorte de « seuil » de connaissance minimal que signifie ce 10. Ainsi on pourrait demander à un enseignant qui met 10 sur 20 à une copie quel socle de connaissances il exige pour mettre cete note. On aurait alors la définition d’un socle et l’on n’admettrait plus que le 20 sur 20 comme note acceptable. Cette logique de l’absurde veut simplement mettre en évidence le changement progressif d’approche que le B2i a mis en évidence.

Enfin pour poursuivre notre analyse à partir du B2i, on peut être inquiet du sort qui sera fait à ce socle dans les établissements scolaires. En effet pour le B2i on est très loin du compte. Certes on pourra toujours contester les choix des compétences, mais si l’on en juge par les débats continus qui traversent les échanges entre enseignants (en particulier de technologie et de documentation), il y a du chemin à parcourir pour que la notion de socle prenne sa place. A moins que l’on ne retienne seulement le mot « connaissance » qui, associé au mot socle, pourrait acquérir des lettres de noblesse scolaire, comme jadis le dictionnaire alphabétique ou l’encyclopédie, un entassement d’objets… dont il restera toujours qu’il faudra savoir quoi faire, autrement dit, être compétent….


Bruno Devauchelle




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