Le colloque et ses partenaires
Les organisateurs
du 7e colloque européen sur l'autoformation ont accueilli
pendant trois jours plus de 430 participants à l'enfa
(Ecole Nationale de Formation Agronomique) de Toulouse,
Cinq ans
après le dernier colloque, c'est donc un succès
d'affluence pour cette rencontre organisée par trois
réseaux : les APP (Ateliers Pédagogiques
Personnalisés), les centres de ressources de
l'enseignement agricole et les GRETA.
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| En amphithéâtre - Photo Jean-Baptiste Puel |
Le colloque se
propose d'éclairer les conditions qui favorisent la
rencontre entre dynamique d'autoformation et dispositif
d'accompagnement. Il se veut un temps d'échanges et une
opportunité d'interactions pour toutes les personnes
cherchant à développer les pratiques
d'autoformation dans des environnements multiples : formation
initiale ou continue, formations professionnelles,
universitaires, qualifiantes, informelles, personnelles. Durant
trois jours, se sont succédés conférences
de chercheurs et ateliers de présentation où 91
contributions ont nourri les débats.
Les Centres de
Ressources de l'enseignement agricole et les Ateliers de
Pédagogie Personnalisé pourraient être
cousins avec tous les deux un lien fort avec leurs territoires
et, objet de cette conférence, une organisation
basée sur les principes de l'autoformation
accompagnée, l'idée que l'apprenant est acteur et
co-auteur de son parcours de formation. ALGORA veille sur le
développement de la FOAD, par des études,
publiées sur son site, et par l'accompagnement des
APP.
L'ensemble des
acteurs présents se retrouve autour de valeurs communes
définies par Philippe Morin (Directeur d'ALGORA) lors de
l'ouverture du colloque "rendre les savoirs accessibles
à tous et donc ne pas exclure une partie de la population
; mettre en oeuvre des organisations pour favoriser la
maîtrise des apprentissages et la maîtrise des
parcours ".
Le site du colloque :
http://www.enfa.fr/autoformation/
Les centres de ressources de l'enseignement agricole :
http://www.cdr.educagri.fr/default.html
Les Ateliers de Pédagogie Personnalisés :
http://app.algora.org/
ALGORA :
http://www.algora.org/
Les pages EDUCNET sur l'autoformation :
http://www.educnet.education.fr/dossier/eformation/modularite2.htm
Cours de Christian Verrier sur l'autoformation :
http://educ.univ-paris8.fr/LIC_MAIT/weblearn2002/AUTOFORMATION/Accueil.htm
Le site du GRAF (Groupe de Recherche sur l'AutoFormation)
http://membres.lycos.fr/autograf/
Les conférences
Philippe
Carré a ouvert les réflexions avec une
intervention sur l'apprenance <"ensemble de dispositions
favorables à l'acte d'apprendre dans toutes les
situations" et a retracé les courants de
l'autoformation jusqu'à nos jours pour mieux
définir les conditions favorables à l'acte
d'apprendre. La motivation (autodétermination), le savoir
apprendre (autonomie dans l'apprentissage), la croyance en soi
(autoefficacité) et la possibilité d'apprendre
dans un environnement favorable sont autant
d'éléments nécessaires pour que l'apprenant
soit produit et producteur de son parcours de formation.
Dans la
société du XXIe siècle, placée sous
le signe de l'hypermodernité, le savoir devient la
première matière première. Il s'agit alors
pour les organisations de mettre en œuvre un environnement
favorable (" écologie de l'apprenance ") pour stimuler et
développer le désir d'apprendre ("
appétence "), le savoir apprendre et la puissance d'agir
par soi-même (" agentivité ").
Biographie de
Philippe Carré :
http://www.u-paris10.fr/76071350/0/fiche___pagelibre/
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| Un atelier - Photo Jean-Baptiste Puel |
Sandra
Bellier est intervenue sur le désir d'apprendre dans
les entreprises. Après avoir analysé les
différentes motivations des salariés à
entrer en formation, elle a exposé des exemples de
dispositifs pour mieux démontrer le lien indissociable
entre désir d'apprendre dans l'organisation et les
pratiques de travail et de management les plus quotidiennes. La
gestion des ressources humaines est impliquée : comment
susciter un projet professionnel chez des salariés sans
grande visibilité personnelle ? Le système
d'information, lui, doit faciliter l'accès à la
connaissance et favoriser l'explicitation et la mutualisation
des compétences (pratiques de " knowledge management ").
Le désir d'apprendre est corrélé à
la question du temps. Trouver le temps, prendre le temps,
bénéficier de temps n'est pas simple pour les
salariés. Répondre par la mise à
disposition de modules courts, aux objectifs restreints, les
granules de formation, ne résout pas cette question
cruciale fortement liée au constat de surcharge cognitive
dans les organisations. Knowledge management :
L'article wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Knowledge_management
Le dossier d'Adminet :
http://www.adminet.fr/dossiers/knowledge-management.html
Le
développement des TICE et la démocratisation de
leur accès favorisent le regain de l'autoformation. Le
téléphone portable avec les SMS et les MMS, le PC
de poche, le PDA, l'i-Pod sont autant de supports favorables
pour rendre plus proche les savoirs. Le m-learning ;
présenté par Martin Good, président
de CTAD (Cambridge Training and Developpement) regroupe les
modalités de diffusion et d'accès aux contenus
depuis les outils de communication personnels. Le formateur peut
créer de façon aisée des QCM, des
activités pédagogiques ludiques ; l'apprenant
choisit à quel moment réaliser ces
activités. Nous avons vu des exemples plutôt
probants de révision du code de la route ou encore
d'apprentissage des langues.
L'utilité
et l'efficacité des outils du "m-learning" tient beaucoup
au "learning design" (design éducatif), travail
préparatoire à la création de l'outil pour
imaginer où, quand, dans quelles conditions et pour
quelles raisons l'apprenant accèdera à
l'application.
Au premier abord
approche gadget, le m-learning, vu par Martin Good, s'inspire
directement du courant de Paolo Freire et propose d'utiliser la
technologie de façon intelligente comme une voie
d'inclusion pour " transformer l'addiction à la
technologie en addiction au savoir ".
Un des premiers
outils développés par l'équipe de Martin
Good s'adresse aux publics illettrés. Il permet de
réaliser un article de journal en puisant dans une banque
de phrase écrites ou orales (lorsque l'apprenant a encore
des difficultés à déchiffrer). Le
caractère magique de l'écrit, central dans
l'approche de Paolo Freire, prend toute sa dimension ici lorsque
la personne enregistre une phrase, la voit
intégrée dans l'article qu'elle compose puis
imprimée sur papier avec un format proche d'un journal
réel. Les produits développés depuis
s'intéressent aux questions de santé publique
(grossesses précoces par exemple) ou au domaine musical
(travail collaboratif entre musiciens ou cours de guitare). "
L'éducation comme pratique de liberté " trouvera
t'elle une voie de réalisation dans nos modes
contemporains de communication ? Pour Martin GOOD,
l'accès aux savoirs par tous passe visiblement par nos
portables.
Le m-learning :
http://www.cafepedagogique.net/disci/ead/36.php
http://www2.educnet.education.fr/sections/technique/communiquer/m-learning/
Biographie de Paolo Freire
http://www.zwiki.com/index.php/Paolo_Freire#Perspectives_sur_l.27oeuvre
Albert
Bandura a clôturé le colloque par une
conférence sur l'agentivité et le sentiment
d'efficacité personnelle. Tout comme Philippe
Carré, Albert Bandura a placé son intervention
dans le cadre de la société moderne, " le
cybermonde ", où la capacité de l'individu
à agir sur le cours de sa vie, sur son environnement ("
agentivité ") est déterminante. Le fonctionnement
humain est le produit des éléments personnels,
comportementaux et de l'influence de l'environnement.
L'interaction des ces trois éléments font de
l'individu, un agent contributeur de changements, de
façon individuelle, collective ou par
l'intermédiaire de médiateurs (élus,
parents, autorités, etc.).
Le sentiment
d'efficacité humaine correspond à
l'évaluation qu se fait l'individu de ses propres
capacités. Il est le fondement de la motivation. Sans ce
sentiment, l'individu n'a aucune raison d'agir et de
persévérer face aux difficultés. Car il
mobilise, face aux obstacles, sa capacité
d'autorégulation et de résilience. Les buts jouent
un rôle clé dans les processus
d'autorégulation. Ils doivent être reliés
à un avenir proche, ne pas être
généraux et entraîner un investissement
personnel dans l'activité. L'engagement conduit à
une recherche de l'autosatisfaction ; le sentiment d'arriver au
but, de réussir constitue alors une véritable
récompense. Des buts fixés au delà de sa
portée conduisent à des échecs
répétés, à des abandons. La
construction d'objectifs et de sous-objectifs contribue à
transformer le futur lointain en présents au quotidien,
gage de réussite et donc, de sentiment
d'efficacité personnelle.
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| Un atelier - Photo Jean-Baptiste Puel |
Nous vivons dans
une société globale, basée sur la
connaissance ; le système éducatif devrait aider
les individus à se former par eux mêmes, tout au
long de leur vie. Le contenu de la première scolarisation
est périssable, mais, la capacité d'autogestion de
ses savoirs dure toute la vie. Aujourd'hui, le
développement éducatif des étudiants
dépend aussi de leur propres contrôles sur leur
façon d'apprendre (" autodirection "). Par exemple,
savoir accéder à l'information
électronique, traiter l'avalanche des données
qu'elle contient est vital pour la construction des
connaissances. Les individus doivent prendre la
responsabilité de leur développement professionnel
face à la nécessité d'évoluer, de se
former pour s'adapter aux changements. Les technologies sans fil
développent la concurrence entre les priorités
personnelles et professionnelles. La capacité
d'autogestion personnelle intervient là aussi. Enfin, les
bureaux mobiles, la communication instantanée mis
à disposition par Internet réclament une
capacité de travail collectif.
Résumer la
conférence de Bandura est un exercice périlleux
tant les propos sont riches et denses. La théorie de
l'agentivité humaine et du sentiment de
l'efficacité humaine éclairent ce que devrait
être un système éducatif hypermoderne :
source de développement de capacités personnelles
d'autodirection et d'autorégulation dans une dimension
collective d'adaptation et de progression.
Présentation d'Albert Bandura :
http://pmev.lagoon.nc/bandura.htm
Le colloque sur
l'autoformation a rassemblé des horizons
différents : univers de l'entreprise, de l'insertion, de
la formation initiale et continue ; mondes de la recherche et du
pratico-pratique. Les ateliers thématiques avec des
exposés variés sur les méthodes et
techniques, l'accompagnement ou encore les organisations
pédagogiques ont révélé de
nombreuses initiatives pour favoriser l'autoformation
accompagnée. Des représentants de l'Etat et de la
Région sont venus témoigner de l'importance que
revêt cette approche pédagogique dans le nouveau
cadre réglementaire de la formation continue mais aussi
face aux exigences d'adaptation de l'environnement professionnel
aujourd'hui.
Au delà de
ce consensus apparent, quelques contradictions pointent. Comment
concilier la prise de pouvoir de l'apprenant sur son propre
parcours avec le cadre rigide des diplômes et du
financement des formations ? Comment éveiller l'envie
d'apprendre alors qu'il existe souvent une injonction à
se former ? Comment développer des capacités
d'autonomie individuelle tout en développent une
dimension collective ? En formation initiale, l'autoformation
exige une nouvelle organisation de l'enseignement et une
modification des pratiques de l'enseignant peu évidentes
à mettre en oeuvre et tributaires d'un engagement de la
communauté éducative en son entier. A l'heure du
socle commun, son développement semble pourtant
opportun.
Des
échanges et des débats émerge l'impression
d'une profusion, la certitude aussi que ce courant correspond
à l'époque mais moins à son cadre
institutionnel. Des mots clés se détachent :
apprenance, agentivité, empowerment (sans traduction
réelle, on pourrait l'envisager comme le pouvoir de
contribution, de contrôle de l'individu sur son parcours).
Trois mots inconnus du dictionnaire, comme si l'autoformation
accompagnée avait besoin de s'affirmer dans un
vocabulaire nouveau.
Ce colloque,
organisé de main de maître, aura montré que
l'autoformation, de l'autodidaxie aux formations prescrites, de
l'éducation libératrice de Paolo Freire à
la FOAD adaptée au contexte du DIF (droit individuel
à la formation) vise à favoriser l'accès
aux savoirs pour tous, dans un souci d'inclusion.
Les actes du
colloque seront prochainement en ligne.
Monique Royer - Page publiée
le 21-05-2006
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