|
- Vous avez présenté au 29e festival de la bande dessinée
d'Angoulême les brouillons, croquis et planches de l'album "Entre deux rives",
cinquième album de la série CHINAMAN sur laquelle vous continuez de travailler
puisque vous prévoyez au minimum une quinzaine d’ albums.
Pouvez-vous nous dire quelles sont les étapes de la réalisation de cet album
?
|
|
Etape 1 : prédécoupage
|
|
|
Etape 2 : découpage
|
|
|
Etape 3 : encrage
|
|
|
Etape 4 : couleur
|
|
Cliquez sur les photos pour les agrandir
|
L'idée
La série Chinaman vient du fait que j'adore à
la fois les westerns, en films et en BD, et les films d'arts martiaux, que j’ai
d’ailleurs découverts à l’époque de mes études. J’avais envie de marier les
deux univers, il faut dire que je suis moi-même d’origine asiatique.
Je me suis souvenu qu'au dix-neuvième siècle,
à l'époque de la ruée vers l'or, il y avait eu une forte immigration chinoise
en Californie. A l'occasion d'un voyage à San-Francisco je suis allé visiter
le musée chinois à Chinatown où j'ai trouvé toute la documentation sur la vie
de ces immigrants.
Ma femme Chantal, qui est professeur d'anglais,
m'a aidé à exploiter ces documents qui fournissent la base, que j'ai voulue
réaliste, aux scénarios des albums, même si ces derniers ne sont que des œuvres
de fiction(nous sommes dans l’aventure).
Nous avons imaginé un Chinois, Chen, que les officiers
du service d’immigration ont rebaptisé "Chinaman" , comme ils le faisaient pour
la plupart des Chinois, parce que cela leur était plus facile à prononcer.
Nous avons proposé à Serge Le Tendre de se joindre
à nous pour mener à bien ce projet.
Le scénario
Pour écrire l’histoire d’un album, nous nous
réunissons, mon scénariste Serge Le Tendre, ma femme et moi-même, autour d’une
table et nous commençons à lancer des idées qui serviront ou non à l’élaboration
du récit. Puis petit à petit , la trame de l’histoire se construit, plus ou
moins facilement, jusqu’à ce que nous soyons satisfaits, et surtout que nous
soyons tous les trois d’accord. Cette étape dure généralement 3 à 4 jours.
Serge repart ensuite avec ce travail et commence
le [...] | découpage du scénario en séquences ; il imagine chaque page (nous avons opté
pour le format classique d'un album de BD , c’est à dire un album en couleurs
de 46 pages, avec 8 à 10 cases en moyenne par page).
Pour chaque page, il indique le nombre de cases,
précise ce qu'elles contiennent et propose le texte des bulles. Lorsqu'il a
fait ainsi une dizaine de pages, il me les apporte. Nous retravaillons ce scénario
si nous le jugeons nécessaire, il se peut que nous décidions de rajouter,
ou au contraire de supprimer une case, voire de réécrire totalement des pages,
notamment pour les séquences d’action.
Ensuite nous commençons à découper ce scénario
à l'aide de petits croquis très schématiques
afin de placer les cases, de déterminer leur taille et leur orientation ainsi
que les principales masses (personnages, décors….).
Une fois ce travail fini (en général nous découpons
une dizaine de pages dans la foulée), Serge regagne ses foyers (il habite Rennes,
moi la région parisienne) et me laisse seul face à ma table à dessin.
=> Voir le scénario de la page 5
Première ébauche des planches
Je commence à ébaucher les planches que nous
avons ainsi conçues; j’en fais un brouillon assez précis, avec personnages et
décors, en prenant soin de laisser certaines cases sans décor pour ne pas surcharger
la page, et de laisser la place pour les bulles.(étape 2)
Cette étape, qui me prend en général entre 2
à 3 heures, nous permet de vérifier que le texte s’adapte bien à l’image, le
cas échéant Serge me fait une nouvelle proposition que je valide une dernière
fois.
La page définitive
Je prends une feuille de papier, relativement
épaisse, deux fois plus grande que la dimension finale de la planche, sur laquelle
je trace les cases et exécute le dessin définitif, au crayon tout d’abord
et ensuite à l’encre de chine avec une plume ou un pinceau. J’obtiens ainsi,
au bout de trois à cinq jours, une page en noir et blanc.(Étape
3)
J'envoie alors les planches à l'éditeur, afin
qu’il fasse imprimer, pour chaque planche, le dessin sur un film transparent
et sur une feuille de papier exactement du même format( le format de publication),
le même dessin de la page mais avec un trait gris à la place du trait noir.
C’est ce qu’on appelle un "gris" ou un « bleu ».
La coloriste Céline Puthier applique les couleurs
sur ce « gris » avec de la gouache ou des encres, et superpose le film au trait
noir afin de récupérer le trait de contour (étape 4).
Je tire une photocopie de chaque planche, sur
laquelle j'inscris toutes les indications nécessaires : zones d'ombre, le temps
qu’il fait, si nous nous trouvons le jour ou la nuit….
- Vous travaillez avec une coloriste, alors que vous aimez beaucoup vous-même
colorer vos planches : pourquoi ?
C'est une question de temps. Les délais imposés
par les éditeurs sont trop courts pour que je puisse moi-même mettre mon travail
en couleur. Mais il m’arrive de faire la couleur pour certains dessins, notamment
les couvertures.
Mais je n’exclus pas de mettre un jour mes albums en
couleur et éventuellement d’en faire un en couleurs directes (c’est-à-dire de
poser la couleur directement sur l’original et non plus sur le gris).
- Comment êtes-vous venu à la BD ?
J'ai toujours aimé dessiner. J'ai commencé tout
petit. Je faisais des BD, mais je ne pensais pas du tout en faire mon métier
car c’était plutôt un passe-temps.
C’est venu beaucoup plus tard.
J'ai commencé des études de médecine, que j’ai
rapidement abandonné ou plutôt elles m’ont abandonnées, alors j'ai décidé de
me lancer dans l’aventure de la bande dessinée et ça a marché. J'envisage fort
bien de faire ce métier tout au long de ma vie.
- Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui seraient attirés par la BD ?
Le principal n'est pas d'être uniquement bon en dessin, il faut également aimer
raconter des histoires : dans une BD, le dessin est au service du récit. Il
faut surtout être passionné, mais cela ne s’apprend pas !
Propos recueillis par Caroline d'Atabekian et Jacques Julien |