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Quelques jours
avant les congés de Noël, un slogan a fleuri dans
les écoles primaires : "La syllabique, c'est pas
automatique ; parlez-en à votre instit !" Un slogan
qui traduit la colère grandissante des enseignants de
l'école primaire devant le mépris affiché
à leur égard. Quand une campagne de santé
publique est lancée, sur les antibiotiques par exemple,
le premier interlocuteur proposé aux français est
le médecin généraliste. Quand il s'agit de
lecture, on minimise le rôle de l'instituteur, on
décide à sa place ou l'on caricature son action.
Pire, on le suspecte d'être le complice de ceux qui depuis
trente ans s'acharneraient à empêcher les enfants
d'apprendre à lire. Au mieux, on le plaint d'être
victime de la tyrannie de sa hiérarchie ou des lubies de
la recherche pédagogique.
Le syndrome du
mammouth est encore présent dans les esprits et chacun
connaît les dangers d'une campagne visant à dresser
l'opinion publique contre les enseignants. Aussi le ministre
a-t-il désigné des boucs émissaires pour
adoucir ses accusations : après les IUFM et les
inspecteurs de l'éducation nationale, ce sont
dorénavant les éditeurs scolaires, incapables de
concevoir autre chose que des " méthodes semi-globales ",
qui sont livrés à la vindicte populaire. Mais qui
peut se laisser abuser ? La grande majorité de nos
concitoyens savent bien que ce sont les instituteurs qui
choisissent leurs manuels, que ce sont eux qui décident
de l'organisation de leurs activités d'enseignement et
que la visite d'un inspecteur tous les quatre ans ne bouleverse
pas leurs choix pédagogiques.
C'est lorsque le
ministre exonère les enseignants de toute
responsabilité qu'il les méprise le plus. Si les
instituteurs n'étaient pas responsables de leurs
pratiques pédagogiques, de quoi seraient-ils responsables
? Leur métier est-il si peu qualifié que n'importe
quel père de famille ou spécialiste du cerveau
peut décider à leur place de ce qu'il est bon de
faire avec leurs élèves ? Si, comme l'affirme le
ministre, une simple circulaire, rédigée à
la va-vite et portant sur le seul cours préparatoire,
avait le pouvoir de faire baisser de manière
significative le pourcentage d'illettrés dans notre pays,
c'est que le travail actuel des instituteurs serait d'une grande
médiocrité.
L'ignorance du
ministre sur la réalité des pratiques
pédagogiques est un autre signe du manque de
considération pour le métier des enseignants.
Comment faire confiance à quelqu'un qui croit que les
méthodes dominantes ont "un départ global
très long" alors que Ratus et Gafi, les
manuels les plus vendus et les plus utilisés au cours
préparatoire, organisent l'étude des
correspondances entre les lettres et les phonèmes
dès le premier jour de la rentrée des classes ?
Comment faire confiance à un ministre qui s'apprête
à obliger tous les instituteurs à procéder
de manière identique, quels que soient leur
expérience et leurs savoir-faire ? Un ministre qui remet
en cause leur responsabilité pédagogique et
prétend imposer à tous une méthode
syllabique en parfaite contradiction avec les programmes actuels
… qu'il a lui-même préfacés !
Une telle
ignorance du métier ne peut être qu'un déni
du métier.
"Parlez-en
à votre instit !" Ce slogan doit être compris
comme une revendication professionnelle : il faut faire
confiance aux instituteurs et renoncer à instaurer le
couvre-feu pédagogique.
Roland Goigoux
Directeur du laboratoire PAEDI - IUFM d'Auvergne
Page publiée le 04-01-2006
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