Je suis documentaliste en collège (Collège Pasteur à Mâcon). Mon impression
sur les IDD (à l'heure actuelle, c'est à dire avant réalisation et mise en pratique)
: c'est le type même de la bonne idée qui risque d'être gâchée par une mise
en oeuvre "usine à gaz" dont nos technocrates ont le secret.
Ainsi :
- le dispositif retenu impose (au nom de la liberté de choix des élèves) des
groupes composés d'élèves de toutes les classes. Je ne sais pas si on y gagnera
en terme de fonctionnement. Je suppose que, par rapport au fonctionnement en
groupe classe, c'est toujours le hasard qui interviendra dans la "qualité",
la cohérence du groupe. En tout cas cela nécessitera des barrettes dans l'emploi
du temps pour que tous les groupes soient refaits à la moitié de l'année lors
du passage d'un domaine à l'autre. Concrètement, toutes les classes de 5e vont
travailler ensemble sur un même créneau horaire (chez nous, le jeudi après-midi)
et donc se retrouver en même temps au CDI. C'est évidemment impossible et c'est
un des piliers des IDD (le travail autonome de recherche) qui risque de manquer.
Ou alors on retombera dans la vieille pratique qui consiste à donner tout ou
partie du travail de recherche à faire hors temps de cours et ses vieux travers
: favoriser les plus motivés, ceux qui sont "équipés" à la maison, qui "savent"
utiliser internet... ce qui revient à se mettre dans l'impossibilité d'assurer
une égalité de traitement entre les élèves et à intervenir dans le domaine méthodologique
y compris auprès de ceux savent-utiliser-internet-parce qu'ils-l'ont-chez-eux
".
- Autre souci : la définition rigide des "domaines". Au point de vue épistémologique
c'est vraiment très contestable : pourquoi pas "arts et nature", "nature et
civilisation", "langues et humanités" ou "création et corps humain" etc... ?
Pourquoi ne pas faire confiance aux enseignants pour proposer des idées de passerelles
?
- En ce qui concerne la liberté de choix donnée aux élèves : chaque équipe [...] |
de professeurs aura pris la peine de définir et expliciter les projets proposés.
Mais il ne s'agit jamais que d'une description forcément brève. Pourquoi ne
pas avoir simplement demandé aux enseignants (l'équipe pédagogique), dans chaque
classe, de prévoir des thèmes passerelles entre les grands blocs disciplinaires
(sciences, lettres, arts, sciences humaines, technologie et sport), validés
par les instances représentatives (conseils d'enseignement, CA...) et hiérarchiques
(les IPR pourraient trouver là un rôle d'animateurs et de conseillers...) ?
Ce qui laisserait beaucoup de liberté aux enseignants, déjà largement habitués
à la démarche de projet et beaucoup de possibilité de souplesse dans l'organisation.
- Enfin, je suis inquiet lorsque je vois que certains enseignants ne prévoient
pas dans leur progression ces temps de travail autonome au CDI. Peut-être parce
qu'il subsiste une réserve devant "l'intrusion" d'un partenaire extérieur avec
ses propositions en matière d'objectifs. Mais aussi parce que le rôle et la
place des documentalistes n'ont pas été suffisamment affirmés par les textes.
Les IDD constituent une chance historique de confronter nos élèves aux techniques
de recherche, de lecture des documents, de présentation / exposition d'un travail.
Ce serait dommage de passer à côté parce qu'on a, encore une fois, un peu oublié
ou marginalisé les documentalistes. Il faut affirmer que ce temps de travail,
pour TOUS les élèves est obligatoire, PENDANT le temps de cours et en préciser
les objectifs et l'évaluation. Faute de quoi on reviendra à l'exposé alibi,
plus ou moins dépendant des compétences "a priori" des élèves ou de leurs motivations,
sans réel apprentissage méthodologique et de l'autonomie, généreusement noté
et aussi vite oublié. Une dynamique a été lancée, reste à faire vivre ce qui
est une nécessité : jeter des ponts entre les disciplines, favoriser l'apprentissage
de l'autonomie et l'acquisition, dans la recherche documentaire, des bases méthodologiques.
|