François Muller donne des pistes concrètes pour "piloter" son IDD c'est-à-dire
le démarrer en toute conscience de ses objectifs et de ses étapes. Il
nous fait réfléchir également à son évaluation, c'est-à-dire là aussi à ses
objectifs.
Inscrire son enseignement dans un dispositif tel que "itinéraires de découverte"
au collège, c'est une bonne occasion pour s'autoriser à quelques initiatives....
Très souvent, depuis décembre 2001, des équipes, des chefs d'établissement
ont utilisé comme déclencheur de l'action pédagogique et collective un outil
mis à disposition sur l'internet intitulé tableau de bord du module", (à consulter
et à télécharger sur la page) :
http://parcours-diversifies.scola.ac-paris.fr/TABLEAUBORD1.htm
Le tableau a été repris dans le livre récent " croisement de disciplines au
collège, édité par le CRAP et le CRDP d'Amiens en février 2002..
Sur une page simple, quelques cases à remplir, une approche à la fois pragmatique
et simple permet à des collègues en paire, en trio de se faire une idée de ce
qui n'était jusque là qu'un avant-projet ou une intention de faire. Le passage
au réel s'avère toujours plus complexe et plus prenant.
Naviguer à vue et communiquer aux autres
Le montage des différents modules " itinéraires " en établissement, la nécessaire
communication avec son collègue d'une forcément autre discipline, l'obligatoire
information aux élèves et à leurs parents, le travail d'écriture amendant le
projet d'établissement venant lui même étayer le dispositif ; tous ces facteurs
concurrent à ce que le travail de collaboration professionnelle se formalise
en traces effectives et productives. Le tableau de bord en est la première pièce.
L'appellation peut parfois décontenancer, mais elle est volontaire ; André
de Peretti, avec qui je développe depuis des années des ressources à destination
des enseignants, formateurs et des chefs d'établissement, a toujours souhaité
dépasser le vocabulaire usuel de type " grille " pour puiser dans un autre registre
professionnel : c'est en effet rehausser une pratique que de l'affilier à d'autres
activités éminentes, tout aussi complexes que celles de l'enseignant. C'est
aussi dépasser volontairement la dérive évaluationniste des cases à cocher,
du tout bon ou du tout mauvais. Le tableau indique, renseigne et permet d'ajuster
au mieux sa navigation à une situation forcément évolutive telle que la prise
en charge d'un groupe d'élèves dans une démarche de projet. Prendre des micro-décisions
pour réguler ses modes de conduite en gardant ferme le cap sur des objectifs
alors toujours explicites. Philippe Perrenoud dans un autre style dirait " négocier
tout ce qui peut l'être ".
" La forme emporte le fond " (Gambetta) : peu et beaucoup à la fois
Chaque case appelle un renseignement, souvent bref, mais la réflexion qui sous-tend
son inscription est importante, essentielle : elle donne sens au projet global.
Son élaboration peut prendre plus de temps, un temps à organiser plus formellement
dans un établissement, dans le cadre d'un travail en groupe de projet ou en
groupe de formation. La dotation horaire le permet, en partie.
La planche n'est pas linéaire, c'est à dire que l'on peut entrer par toutes
les sortes de portes possibles : par les compétences, ce n'est pas le plus facile,
par le thème, par la production, par les disciplines.... Sa lecture est peut
être plus systémique qu'il n'y paraît. L'élément fondamental est d'accentuer
la cohérence sur un niveau, un cycle, dans un établissement, ce n'est pas le
moindre des paris. Une entrée par la production (je veux faire avec les élèves
des pages internet), va renvoyer à un moment donné sur les compétences en jeu
et les disciplines supports.
Le TITRE sollicite notre capacité de communiquer de façon attractive, en liaison
avec d'autres modules, une fonction d'affichage à ne pas nier : quand les élèves
devront choisir, c'est bien le premier élément qu'ils liront.
Le TYPE d'itinéraire dans lequel s'inscrit le module appelle une réponse et
une négociation d'ordre collectif :
| Types d'itinéraires |
nature et corps humain
arts et humanités
langues et civilisations
création et techniques
conçu plutôt en
dominante (classe)
dans le cycle
5ème4ème
atelier (décloisonné)
sur les deux niveaux
|
Certes on retrouve les quatre domaines devant être présents dans l'offre pédagogique
du niveau ou du cycle, la question à porter au niveau du groupe est bien la
question de la gestion des [...] | élèves, par conséquent de la variation possible de
la constitution des groupes. Quelle que soit l'option prise, il s'agit d'en
mesurer les avantages comme les inconvénients (à ce titre la Mission collège
de Créteil a établi des tableaux comparatifs intéressants)
http://www.ac-creteil.fr/mission-college/ID/regrpmt_eleves-imp.doc
La ligne COMPETENCES A DEVELOPPER se renseigne en deux points, d'une part des
compétences plutôt généralistes, de cycle (je préfère ce terme à " transversale
" encore à discuter, cf. francois.muller.free.fr/diversifier/des9)
et des compétences d'ordre disciplinaires. A l'épreuve de la réalité, c'est
bien la case la plus problématique : elle interpelle tout enseignant sur la
bonne connaissance de son propre programme, sur sa capacité à le communiquer
à un pair non expert, sur la formulation d'un objectif en pédagogie. A cet égard,
un rapide tour à deux sur les objectifs et contenus de programme en ligne sur
le site www.cndp.fr permet de bien cadrer dans un premier temps le niveau d'objectifs
et la formulation des compétences. Tout n'est pas à réinventer, il s'agit d'abord
de réinvestissement de liens à faire entre des cours et des modules.
Il me semble que l'un des principaux obstacles actuellement est que le concept
de compétence n'est pas encore stabilisé dans l'institution, et à l'intérieur,
entre les disciplines. Il devient dès lors délicat de demander à deux enseignants
du collège de Pantreuil de régler en une heure un conflit épistémologique qui
anime les hautes sphères de décision. L'approche doit donc être plutôt modeste
et pragmatique : à quels actes, au moins deux, nous, mon collègue et moi-même,
verrons que l'élève sait faire, sait mobiliser ses acquis ?
Jusque là, c'est la partie purement " outil professionnel de pilotage " .
Les trois lignes suivantes sont de nature différente car elles seront plutôt
destinées à être reprise dans un tableau synoptique des modules présentés aux
élèves et aux familles. Son écriture est stratégique, son niveau de langage
doit être celui des élèves.
La ligne INTERET DE L'ATELIER constitue le descriptif, on peut parfois parler
de scénario, en s'appuyant sur des situations attractives, interrogatives, des
ouvertures possibles ; le projet n'est pas fermé en soi, sinon gare aux d'échecs
et à une déception professionnelle par la suite.
La ligne PRODUCTION PREVISIONNELLE indique des pistes possibles La production
peut être envisagée individuellement ou être le fait d'un groupe ; elle peut
être de même nature pour le groupe, ou de nature variée ; dans ce domaine, comme
dans les autres, la marge d'initiative est grande ; elle interpelle les enseignants
sur leurs propres capacités à accepter l'imprévu des propositions des élèves.
La production en soi est un objectif de travail pour le groupe, mais pas un
objectif pédagogique, c'est un moyen pour développer des compétences, tant individuelles
que collectives. Un peu à l'image des archers chinois qui pour atteindre le
cœur de cible ne visent pas le centre mais le derrière de la cible.
La ligne MODALITES DU TRAVAIL; les renseignements portés sur la nécessaire
variété des modes, des méthodes et des supports sont d'ordre indicatif ; on
trouve là une des finalités de ce type de dispositif destiné à amener dans une
sphère d'abord limitée, sans grosse prise de risques, à une plus grande diversification
des pratiques enseignantes. Les TICE peuvent ici y trouver une place de choix
, mais privilégier ce type de support ne devra pas faire oublier que des pratiques
aussi importantes et efficaces que le travail de groupe, l'auto-évaluation,
le bilan de savoirs, la démarche expérimentale, les sorties ad libitum seront
sollicitées pour développer les compétences visées en amont.
Un outil, mais pas seulement un outil
L'approche très inspirée des travaux de Peretti sert donc utilement le groupe
des enseignants, de multiples retours sur le site ITINERAIRES en sont la preuve
quotidiennement.
Elle permet néanmoins de négocier un virage important pour le collège, celui
de l'individualisation des parcours de formation, analysée par Perrenoud depuis
plusieurs années.
* perte de la clôture de la classe, multiplicité des groupes de travail et
de référence
* travail à ciel ouvert, sous le regard des collègues et des parents
* coopération professionnelle intense et incontournable, négociation constante
* confrontation directe aux élèves en difficulté, tensions intersubjectives
et interculturelles plus soutenues
* travail par situations-problèmes et régulation interactive en situation
* pratique d'une évaluation formative individualisée fondée sur une observation
continue des élèves au travail
* conception et construction de dispositifs didactiques variés et éphémères
* pilotage des activités à partir de l'écart aux objectifs plutôt que du programme
annuel
* complexification du contrat didactique et pédagogique, multiplication des
acteurs
* gestion de la progression des apprentissages sur plusieurs années
* participation au projet d'établissement
* analyse de pratiques et formation |