Objectif annoncé
«A la fin du CP, tous les élèves doivent
avoir acquis les techniques du déchiffrage et les
automatismes qui permettent la lecture autonome et le plaisir
de lire.»
G .De Robien |
Le texte de la circulaire publiée fin décembre
déclenche la polémique. Elle invite à
abandonner la méthode globale et s'appesantit sur la
découverte des phonèmes et des sons. Elle fixe
un objectif qui paraît consensuel.
texte de la circulaire : http://www.education.gouv.fr/bo/2006/2/MENB0600023C.htm |
Beaucoup moins lisse est le discours qui accompagne ce texte
de G. de Robien.
Michel Fayol
Michel Fayol, directeur du laboratoire de psychologie
sociale et cognitive de l'université Blaise-Pascal de
Clermont-Ferrand et membre de l'ONL (Observatoire national de la
lecture), est l'un des premiers à réagir, fin
décembre, en déclarant que «remettre au
goût du jour la méthode syllabique n'est qu'une
reconstruction idéalisée d'un monde qui n'a jamais
existé».
La recherche est loin de donner la clé des pratiques
quotidiennes des enseignants. (...) Tout le monde est d'accord
pour dire que l'objectif est la compréhension. Mais on
parle d'une compréhension qui s'exerce sur
l'écrit, même si elle est amodale : savoir lire,
c'est savoir identifier et comprendre les mots écrits au
point de pouvoir faire, à partir d'un message
écrit, ce qu'on sait faire avec un message oral, c'est
à dire le comprendre.
(...) Pour l'identification des mots écrits, deux cas de
figures sont possibles :
- le mot est déjà connu, fréquenté :
on va pouvoir le reconnaître, d'autant plus rapidement que
le mot est fréquent (ou fréquenté…).
C'est un cycle à enclencher, la lecture s'améliore
en lecture au fur et à mesure qu'on lit. - Les mot est
inconnu, ce qui est le cas le plus fréquent pour les
enfants jeunes. Il va donc falloir le décomposer en "
morceaux ", comme fait un adulte lorsqu'il rencontre un mot
inconnu. L'un des grands problèmes est la nature de ces
"petits morceaux"…(...) Notre système s'est
basé sur la différenciation entre graphèmes
et phonèmes, et ce n'est pas seulement des lettres et des
sons… Dans "BALLON", j'entends deux syllabes, mais aussi
des phonèmes qui correspondent chacun à une (/b/,
/a/) ou deux (/l/, ) lettres : les graphèmes…
Les élèves ont donc trois problèmes :
comprendre, acquérir un système
alphabétique et identifier les mots, et intégrer
ces trois dimensions au cours de la lecture, de manière
de plus en plus rapide et sans effort. (...) Ce serait simple,
si on avait des systèmes orthographiques idéaux,
qui associent toujours la lettre A avec le phonème [a].
Mais le premier problème vient avec les consonnes,
entités abstraites non directement perceptibles, qui
doivent être associées à une voyelle. Les
enfants ne peuvent pas percevoir directement les consonnes, ils
doivent apprendre à les construire, les discriminer, les
catégoriser grâce à l'enseignement. Cela a
l'air simple, mais c'est loin de l'être.(...) Au Japon,
dans un système idéographique où ils
avaient appris à lire sans décomposer la parole en
" petits morceaux ", même les grands lettrés
peinaient à segmenter ou identifier les phonèmes.
Les enfants sont dans la même situation, ils doivent le
construire, et l'école est là pour trouver les
moyens d'intervenir pour éviter au maximum les risques
dans l'acquisition du principe alphabétique.
(...) Hélas, ça ne suffit pas en français,
qui est une langue à système irrégulier,
où un nombre non négligeable de mots ne se
prononcent pas comme ils s'écrivent : plus de
phonèmes que de lettres, et certains graphèmes qui
correspondent à plusieurs phonèmes : "nous
mentions" et "des mentions" !
(...) Mais il ne faut pas oublier que l'activité de
lecture fait beaucoup référence aux connaissances
antérieures et à la culture. Les programmes de
2002 avaient bien vu qu'un des problèmes à
anticiper dès la maternelle, c'est la différence
de culture entre les enfants. Lire aux enfants des histoires,
entrer dans une culture partagée, de manière
à ce qu'ils soient capables de bénéficier
non seulement de leur capacité à traiter le code,
mais aussi de leurs connaissances culturelles.(...)
Si on veut dépassionner les débats, ça vaut
la peine de s'interroger sur les aspects sur lesquels on n'a pas
de réponse, et plutôt que d'apporter des
réponses passionnelles, travailler à
développer des travaux empiriques, par exemple sur la
place à donner à l'écriture dans
l'apprentissage. Il se pourrait que l'écriture soit un
moteur pour l'apprentissage du principe alphabétique.
Mais c'est encore un conditionnel à confronter
sérieusement au réel.
Texte complet sur
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/clermontf.php
Les orthophonistes ?
Fédération Nationale des Orthophonistes
Paris, le 8 décembre 2005
COMMUNIQUE DE PRESSE
Dans le débat actuel sur les différentes
méthodes de lecture à la fois au sein de l’Education
Nationale et à l’Assemblée Nationale,
plusieurs interventions font référence
à la position « des orthophonistes » à ce
sujet.
La Fédération Nationale des Orthophonistes
(FNO) tient à préciser de la manière la
plus ferme, que les orthophonistes, professionnels
de santé, interviennent au niveau
du soin dans le domaine des pathologies
de la lecture et dans la prévention de ces
troubles. En aucun cas leur intervention
thérapeutique ne se situe dans le domaine
pédagogique qui, lui, relève de la responsabilité
des enseignants et de l’Education
nationale. Il n’existe à ce jour, aucune étude
menée par des orthophonistes, validée
scientifiquement, mettant en évidence des
liens de causalité entre méthodes de lecture
et pathologies du langage écrit.
Les affirmations d’orthophonistes sur les
supposés effets de la méthode de lecture
dite « globale » n’engagent que ces professionnels,
à titre tout à fait individuel, et, ne
constituent ni une position de la profession,
ni une caution scientifiquement
reconnue.
La FNO dénonce toute référence abusive et
non fondée à une position des orthophonistes
dans ce débat.
Page publiée le 03-02-2006
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