« Pour moi, la conclusion de tout cela
est limpide : l'apprentissage de la lecture
doit commencer par le son et la syllabe.
Il faut le dire clairement, nettement,
explicitement et le faire savoir à l'ensemble
du système éducatif. Cela, je le dis
avec force, n'a jamais été fait. Les instructions
ont jusqu'ici prêté à confusion ;
elles sont demeurées ambiguës. »
G .De Robien
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La méthode obligatoire
Roland Goigoux
Pourquoi jugez-vous la méthode syllabique
inappropriée ?
Cette méthode repose exclusivement sur
une démarche synthétique : elle va de l'étude
des lettres à celle des syllabes écrites
puis aux mots et aux phrases (cf. la circulaire
du 3 janvier). À cette fin, elle considère la
conscience phonémique comme un prérequis,
ce qui pénalise une forte minorité
d'élèves comme le confirment l'Observatoire
national de la lecture et l'Inspection
générale : "Les méthodes de lecture syllabiques
traditionnelles qui partent de l'idée
que p + a = pa est le point de départ de l'apprentissage
de la lecture ne peuvent être
retenues en l'état. [...] Cette prise de conscience
phonémique est le résultat de l'enseignement
qui est dispensé en grande
section de maternelle, absente de la
réflexion ministérielle, puis au cours préparatoire
à travers des activités spécifiques
d'analyse phonologique et d'écriture tâtonnée.
Ignorant tout cela, le ministre prend pour
modèle la méthode syllabique Léo et Léa
qu'il demande à tous les éditeurs scolaires
d'imiter. Dans ce manuel, avatar moderne
de la méthode Boscher, les textes soumis
aux élèves sont exclusivement rédigés avec
des mots constitués de syllabes connues.
[...] Le vocabulaire choisi ne tient aucun
compte du sens et de l'intérêt du texte pour
les élèves, ni de leurs connaissances lexicales.
Dans la mesure où les méthodes syllabiques,
dans leur souci de simplification
extrême, confondent la lettre et le son, elles
retardent l'étude des graphèmes complexes.
Ainsi, dans Léo et Léa, le phonème
/o/ est exclusivement associé à la lettre o
jusqu'à la 41è leçon de l'année, obligeant
les auteurs à fabriquer des pseudo récits
tels que : «Léa sort le cheval. Faro le mord».
[...] et à différer au troisième trimestre l'introduction
de mots tels que beau, auto ou
château.
Pire encore, de nombreux mots, parmi les
plus fréquents du français ne sont jamais
proposés aux élèves car ils sont irréguliers
ou trop complexes du point de vue graphophonologique.
Sur ce point aussi, les
méthodes syllabiques sont en contradiction
flagrante avec les programmes en
vigueur qui demandent aux enseignants
d'introduire des mots fréquents dès le
début de l'année, «pour l'essentiel des mots
outils» dont «la forme orthographique est
mémorisée». Pas un seul «et», «dans» ou
«un» dans les dix premières leçons de Léo
et Léa ; pas une seule fois le verbe «être»
conjugué au présent. Plus de la moitié des
vingt mots les plus fréquents de la langue
française n'est jamais lue au cours du premier
trimestre.
Dans les méthodes syllabiques, plusieurs
mois sont ainsi consacrés à l'étude de phrases
simplement juxtaposées, loin des récits
de la littérature pour la jeunesse que les
élèves avaient l'habitude de travailler à l'école
maternelle : tous les verbes sont au
présent, on ne trouve pas de connecteurs,
peu de substituts nominaux ou pronominaux,
etc.
L'enseignement de la compréhension,
pourtant exigé par les programmes, n'y est
pas assuré. De manière plus générale, l'entrée
dans la culture de l'écrit (ses oeuvres,
ses codes linguistiques et ses pratiques
sociales) est délaissée. L'accès au livre est
réservé aux bons élèves, ceux qui ont terminé
leurs exercices avant les autres. Les
activités d'écriture (au sens de production
de textes courts avec l'aide de l'enseignant)
y sont absentes au début de l'apprentissage
alors que les recherches indiquent leur
importance pour tous les apprentissages
langagiers, y compris celui du code alphabétique.
Pour toutes ces raisons, les instituteurs et
professeurs des écoles ont abandonné les
méthodes syllabiques pour les remplacer
progressivement par des méthodes basées
sur des progressions phonémiques que l'on
peut qualifier d'intégratives car elles visent
tous les apprentissages évoqués ci-dessus
en interaction et tout au long du cycle 2.
Ces enseignants sont convaincus que l'école
ne doit pas déléguer aux familles des
pans entiers de l'enseignement si elle ne
veut pas contribuer à accroître les inégalités
sociales. Se limiter au B-A, BA est de ce
point de vue tout aussi inacceptable que de
ne pas le prendre sérieusement en charge.
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/goigoux3.php
André Ouzoulias
Il est pleinement connu du ministre de l'Education
nationale, comme des professionnels
de l'enseignement, que la quasi-totalité
des enfants en grande difficulté en
lecture au-delà du CP ont été instruits
selon des méthodes syllabiques. Les difficultés
en lecture ne relèvent pas toujours
d'une identification malhabile des mots
écrits, mais concernent au moins autant la
compréhension des textes. La méthode
idéovisuelle n'a été pratiquée, à partir de la
fin des années 70, que par une toute petite
minorité de maîtres et a quasiment disparu
du paysage pédagogique. «la méthode
syllabique pure» de M. Boscher n'avait
pas la magie que lui prêtent ses partisans
: à l'apogée de sa diffusion, au
milieu des années 1960, plus de 30 % des
enfants redoublaient le CP ! C'est également
l'époque du «boum de la dyslexie».
Texte intégral : Libération 15/01/2006
Alain Bentolila, membre de l’Observatoire National de la Lecture.
«Le cours préparatoire est un moment important et la méthode d’apprentissage compte. Mais affirmer que le problème de la lecture
se réduit à cela ressemble à un slogan pour brosser les parents dans le sens du poil.»
Erik Orsenna (président de l’ONL) prévient :
«Si le ministre décide de suivre une politique contre ses experts, ....en tirerais toutes les conséquences. Sur un dossier aussi technique, il
serait scandaleux de prendre la lecture des enfants en otage de combats idéologiques.»
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Page publiée le 03-02-2006
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