La classe collaborative, Jean-François Cerles
Il est souvent question d'intégration des TICE dans nos colonnes.
Jean-François Cerles a réussi à utiliser de façon coordonnée et
quasi-naturelle, les technologies liées à Internet pour son cours
d'Anglais.
- On dit parfois que l'utilisation des TICE est plus aisée chez les
jeunes enseignants. Vous n'êtes pourtant pas un débutant Jean-
François Cerles ?
- Je suis professeur agrégé d'anglais au lycée Paul Héroult à St Jean
de Maurienne en Savoie et j'ai 31 ans d'ancienneté dans le métier.
Jusqu'en 1996, j'ai enseigné de façon plutôt traditionnelle, avec
quand même une tendance à rejeter les manuels pour fabriquer ma
propre matière de travail. J'ai fait plusieurs expériences en vidéo
entre 1988 et 1996, mais le reste n'avait rien d'original.
- Votre pratique pédagogique, " la classe collaborative ", est d'une
grande richesse. Comment cela s'est il mis en place ?
- La partie pédagogique du projet est décrite en détail dans le
rapport qui vient de sortir
(http://www.ac-grenoble.fr/heroult/langues/report2001_idx.htm).
En bref, il s'agit
de travailler avec deux classes, dont une distante, et au moins un
autre collègue distant (en fait, souvent 2 ou 3), en collaboration
permanente et de longue durée. Je travaille ainsi depuis 4 ans avec
Hélène Gresso qui enseigne le français à l'université de Penn State
(Pennsylvanie). Ces deux classes communiquent de façon asynchrone (e-
mail) et synchrone (visiophonie et chat). Les résultats de ces
communications axées sur des thèmes culturels, une fois synthétisés
en classe et transcrits sous formes d'essais individuels produits en
autonomie, sont publiés sur un site commun, appelé " Raison d'Etre "
(http://beetle.la.psu.edu/Francais3/). Les élèves doivent lire les
diverses productions et réagir. C'est un cycle répété qui aboutit à
créer chez chaque élève une image de l'autre (chaque élève a son ou
ses propres correspondants), de sa personne, de son environnement, de
son pays et de sa culture. Le but final de ce programme est de
confronter l'image qu'on s'est ainsi créée avec la réalité. Ce
programme se termine donc naturellement par deux voyages. Les
étudiants américains viennent passer dix jours chez leurs
correspondants et leur famille et suivent de près la vie de l'élève
français (il vont par exemple avec eux au lycée), et les élèves
français vont passer dix jours à Penn State début avril. Ces deux
voyages cristallisent chez les élèves les acquis de l'année.
Ce programme s'est élaboré petit à petit. Au début, seulement des e-
mails et une petite vidéoconférence de temps en temps. Les autres
briques sont venues s'ajouter peu à peu. Le grand déclencheur a été
l'ouverture d'une salle multimédia début 1999, dont je suis
d'ailleurs l'administrateur. Tout devenait possible.
- Quels sont vos objectifs pédagogiques ?
- Recentrer l'enseignement des langues vivantes sur des objectifs
qu'il me semble un peu oublier, c'est-à-dire la communication et
l'importance de la culture. La langue est un outil. L'enseigner comme
on l'a fait au lycée toutes ces années revenait à en faire une fin en
soi, non un outil de communication. Un outil qui n'est pas utilisé
dans un contexte réel ne sert à rien.
- Comment expliquer cette " conversion " aux TICE ?
- C'est lié à deux choses. D'abord ma passion pour les technologies
de la communication. Dès que je me suis connecté pour la première
fois (vers 1995), j'ai vu les conséquences pour mon métier et les
portes qui s'ouvraient devant moi. Ensuite, dans ce lycée, il y a de
bons élèves, à qui on peut faire confiance, et qui rendent bien le
"mal" qu'on se donne. Il y a aussi une administration, et surtout un
proviseur, qui marchent à fond dans le projet.
- Mais comment organisez-vous la classe pendant l'utilisation des
TICE ?
- Il s'agit de chat de classe à classe par postes individuels, c'est
à dire qu'il y aura autant de scripts de conversation qu'il y aura eu
de participants. Les heures sont fixes. Par contre, l'e-mail se fait
en autonomie totale (du lycée ou depuis chez soi, avec toujours une
copie envoyée aux deux enseignants). Les essais se font aussi en
autonomie.
Quand le chat est fini à 17h, tous les scripts des postes sont
imprimés et distribués aux différents élèves. Ces derniers, pendant
la 1/2 heure qui reste, doivent faire une synthèse orale devant la
classe qui portera sur les réponses apportées aux questions posées
concernant le thème étudié. Les scripts sont tous envoyés aux 2
professeurs qui peuvent les consulter chez eux. Ils ne sont pas
corrigés individuellement car il ne s'agit pas d'une activité écrite,
malgré les apparences, mais bien d'une activité orale, même si on
utilise un clavier. Le terme anglais est très approprié à l'activité
(chat = bavardage).
Les discussions sont rarement libres, sauf le dernier Netmeeting (ils
en ont 20 dans l'année), où on se dit au revoir et on plaisante. Le
reste du temps, les thèmes sont imposés, avec étude préalable des
bonnes questions à poser en classe entière pendant l'heure qui
précède le " meeting ". Par contre, le développement du thème choisi
est libre et l'élève pourra approfondir certains points. Les thèmes
sont choisis près d'un an à l'avance par les deux professeurs. Ils
dépendent des classes qui vont participer, et peuvent être modifiés
par l'actualité, qui devient prioritaire (exemple en 2000/2001: les
élections américaines).
- Comment cela s'intègre-t-il dans le temps scolaire ?
- C'est un programme qui est un tout non mélangeable avec d'autres
travaux. On ne peut le faire deux heures et revenir à un cours
traditionnel pendant d'autres heures (voir rapport). Les élèves de la
classe qui font le programme ne font donc rien d'autre. Deux exemples
avec deux classes différentes qui ont expérimenté le programme :
1 - Terminale L : Epreuve écrite + Oral en langue renforcée
Les élèves suivent le programme jusqu'à sa fin en avril à la fin du
voyage. Les deux mois qui restent sont consacrés à une préparation
intensive pour l'écrit du bac. Ils ont produit beaucoup de textes
personnels jusque là et leur anglais suffit largement aux prérequis
de l'examen. Il faut maintenant travailler la partie littéraire. Les
textes produits pendant le programme deviennent matière d'examen. Le
seul point vraiment ennuyeux est l'oeuvre littéraire en oral LV
Renforcée. Là, il faut bien la faire en annexe. L'aisance orale
acquise pendant le programme et les voyages assurent un fond assez
solide. Les élèves sont devenus autonomes en expression.
2 - Terminale LV2 anglais :
On leur demande une liste de textes pour
un oral. Dans ce cas, les textes écrits pendant l'année sont leur
matière d'examen, après accord avec les IPR. Ce sont bien entendu des
textes à coloration purement culturelle, et non littéraire.
Aucun autre cours ne saute, sauf pendant le voyage aux USA. Et même
dans ce cas, certains collègues envoient leur devoirs et cours par e-
mail (les élèves n'aiment d'ailleurs pas du tout cela!).
- Comment arrivez-vous à organiser les activités Internet dans la vie
de l'établissement ?
- C'est un montage délicat, et le plus délicat est de coordonner le
travail des deux classes distantes, surtout l'heure de chat. Exemple:
la classe américaine a le labo d'ordinateurs à 10h10 heure USA,
c'est-à dire 16h10 pour nous. Cela veut dire qu'il faut absolument
bloquer deux heures dans l'emploi du temps de la classe de 15h30 à
17h30. C'est là qu'intervient une administration compréhensive et
consciente des difficultés d'organisation.
- Cela doit poser parfois quelques problèmes avec les collègues.
Arrivez-vous à lier les travaux issu de votre programme à d'autres
disciplines ?
- J'ai beaucoup de liens avec des collègues, puisque je fais aussi de
la formation aux TICE. Le programme est dans l'ensemble des cas vu de
façon très positive, mais rebute ("je ne pourrais JAMAIS faire çà")
par la somme de connaissances techniques qui paraissent nécessaires.
Les collègues ne voient en général que le travail que le programme
implique en ignorant les récompenses et satisfactions inouïes qu'il
apporte à l'enseignant.
- C'est dommage ! Pourtant il serait intéressant de passer de l'acte
individuel, pour remarquable qu'il fut, à une évolution des pratiques
dans l'établissement. Que faudrait-il faire pur cela ?
Plusieurs choses :
1 - Coordonner le développement des TICE dans les établissements
scolaires (collèges et lycées). Le matériel informatique, c'est bien
et les lycées en ont aujourd'hui. Il ne sert à rien sans formateurs
ni formation. Pour cela, il faut se décider à faire un travail
efficace en accordant par exemple des décharges horaires aux
collègues pouvant assurer une formation interne. Il faut insérer dans
les emplois du temps des périodes de formation interne (2h par
semaine, par exemple). Personnellement, je suis prof à plein temps
(15h), je suis administrateur de la salle Internet (avec un emploi-
jeune très efficace, même indispensable), je gère les sites web du
lycée, de ma classe collaborative, et je fais de la formation
interne. Bon, au bout d'un moment, on se fatigue.
2 - Dans le domaine des langues plus particulièrement, il faut cesser
d'administrer aux élèves le type de bac actuel. On est en pleine
virtualité littéraire (voir sur ce point le rapport) et la langue,
outil de communication, ne sert qu'à refaire un type d'exercice
scolaire déjà accompli en Français ou philo, c'est à dire un
commentaire de texte. Sans parler de ce qu'on appelle la "Compétence
Linguistique", pratique complètement vaine exigeant de l'élève qu'il
sache utiliser des structures parfois très littéraires qui ne lui
serviront à RIEN dans une situation de communication. Le bac actuel
en langues est particulièrement néfaste et loin de la plaque. Je ne
pense pas être le seul à avoir ce point de vue. Ce que j'aimerais
voir, par exemple, c'est un enseignement des langues organisé à
l'échelle européenne, c'est-à-dire que telle classe de tel lycée
français serait appariée automatiquement à telle autre classe
équivalente de school anglaise, de Schule allemande ou de Scuola
italienne. Alors le travail deviendrait vraiment collaboratif et
créatif, et autrement efficace. Utopique? A voir.
3 - Etre patient: l'Internet est devenu chose de la vie quotidienne,
les collègues s'équipent et les familles aussi. Quand la chose sera
complètement banalisée, les pratiques changeront.
- Finalement quel souvenir gardent les élèves de cet enseignement
hors-norme ?
- La meilleure réponse serait "allez voir dans leurs pages!". Il vaut
mieux lire ce qu'ils en disent eux-mêmes. Le programme est très
motivant pour tous les élèves, quel que soit leur niveau. Les
rapports interpersonnels créés entre les étudiants des deux classes
perdurent après la fin du programme. Beaucoup sont devenus amis.
Jean-François CERLES
jfcerles@free.fr
http://www.ac-grenoble.fr/heroult/langues/report2001_idx.htm
Propos recueillis par François Jarraud
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DOSSIER : " REGARDS CROISES SUR UN LOGICIEL PLURIDISCIPLINAIRE : " TROPES "
Il est rare de consacrer un dossier à un seul logiciel éducatif.
Nous le faisons pour " Tropes ", car ce logiciel se situe au
carrefour de plusieurs disciplines : Français , Histoire-Géographie,
S.E.S., Philosophie et, sans doute, plusieurs disciplines
professionnelles.
" Tropes " est un nouveau logiciel de lexicométrie. Disposant de
fonctions puissantes, il permet une nouvelle approche des textes
littéraires ou historiques. Celle-ci ne remplace pas l'étude
classique : aucun logiciel ne peut se substituer à la finesse du
cerveau humain. Mais des outils comme " Tropes " donnent un nouvel
éclairage qui met en valeur des aspects méconnus des oeuvres
littéraires ou des documents historiques.
La meilleure présentation du logiciel pour une prise en mains rapide
est sans doute celle qu'en fait la maison éditrice elle-même ici :
http://www.acetic.fr/fr/guide/tropes/v50/tropes.htm
A la même adresse (http://www.acetic.fr/) vous pouvez télécharger
gratuitement une version du logiciel limitée à des textes de 30 Ko.
Vous trouverez dans ce dossier des regards croisés sur le logiciel à
travers le travail de collègues de français et d'histoire-géographie.
Vous pouvez compléter ce dossier par les pages suivantes consacrées
au logiciel :
- en français, l'analyse de Caroline d'Atabekian
http://framanet.free.fr/logiciels/presentations/tropes/
- en histoire-géographie un autre fiche pédagogique de Sylviane
Tabarly :
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/hist_geo/ResInternet/Tropes/Tropes-Application.htm
Il existe d'autres logiciels de lexicométrie gratuits ou commerciaux.
On trouvera une très intéressante réflexion de Danielle Girard sur
l'utilisation de ces logiciels dans les pages du site académique de
Rouen :
" Qu'apportent les outils infos ? " Danielle Girard
http://www.ac-rouen.fr/pedagogie/equipes/lettres/romantik/miserabl/pedago/apports2.html
Et un très bon exemple sur Ruy Blas avec le logiciel " Pistes " :
http://www.educnet.education.fr/lettres/pratique/ruy41.htm
Parmi les nombreuses études lexicométriques présentes sur le net,
nous signalons le site suivant qui permet une découverte de la
lexicométrie à travers une recherche hypertextuelle dans la " Comédie
Humaine " de Balzac
http://lolita.unice.fr/~brunet/BALZAC/balzac.htm
Bonne découverte de notre dossier !
François Jarraud
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" Tropes " un outil pour l'Histoire-Géographie - Sylviane Tabarly
Quels sont les intérêts pédagogiques de ce type de logiciels et
d'approche en Histoire, Géographie et ECJS ? On peut d'emblée en
proposer quelques uns :
- mettre à distance, de manière objective, des transcriptions et des
textes étudiés dans le cadre des cours ou d'autres activités de classe,
- permettre aux élèves de constater qu'aucun discours n'est innocent
,qu'il a des stratégies qui lui sont propres, qu'il est relatif à une
situation historiquement datée, à un contexte. Mais qu'il est aussi
le résultat d'habitudes mentales, de fondements psychologiques
caractéristiques de leur auteur
- émetteur et des systèmes de valeurs auxquels il se réfère
- rendre l'élève conscient du poids des mots et l'amener à réfléchir
aux notions employées et à leur environnement sémantique.
Comment en assurer la mise en oeuvre pédagogique ?
- une fiche guide de l'activité, sur papier, peut être remise aux
élèves : elle les oriente sur quelques unes des fonctions pertinentes
du logiciel seulement. Ils y relèvent des informations précises.
- dans la perspective d'une étude comparée de textes, ils peuvent
facilement ouvrir différents fichiers textes en utilisant les
possibilités de positionner, après les avoir redimensionnées, les
différentes fenêtres les unes à côté des autres. On peut sans
difficulté en disposer deux (voire trois) côte à côte.
- notons que le logiciel, dans sa version " édition spéciale ", ne
présente aucune difficulté de manipulation et que les élèves peuvent
être rapidement à même de l'utiliser, du simple point de vue
fonctionnel.
Et la mise en oeuvre technique ?
- Si le document est en ligne, il est donc déjà numérisé et il suffit
alors de le convertir au format .txt le cas échéant.
- Sinon, à moins de le saisir manuellement, il faut scanner le texte
et opérer une reconnaissance de caractère (OCR) : l'opération facile,
donne de bons résultats avec les scanners actuels.
Quelques exemples ou pistes d'applications :
Il semble plus particulièrement intéressant de privilégier les
démarches comparatives (mais l'étude d'un seul document peut, bien
entendu, être possible et pertinente aussi).
Voir par exemple un test d'application du logiciel fondé sur l'étude
comparée des appels de De Gaulle et de Pétain en juin 1940 sur le
site de l'académie de Rennes à l'URL :
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/hist_geo/ResInternet/Tropes/Tropes-Application.htm
Et, pour se familiariser avec le vocabulaire de l'analyse sémantique :
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/hist_geo/ResInternet/Tropes/Tropes-Aide.htm
D'autres analyses de discours comparées peuvent être pertinentes.
Ainsi, celles de quatre textes parlementaires contemporains de la
guerre d'Algérie ont pu être retenus et analysés. Ils proviennent de
P. Mendès-France, président du Conseil et F. Mitterrand, ministre de
l'Intérieur le 12 novembre 1954, de M. Debré, premier ministre le 15
janvier 1959 et de De Gaulle le 20 mars 1962. Ils sont cités dans
l'ouvrage : "Les grands débats parlementaires de 1875 à nos jours"
Rassemblés et commentés par Michel Mopin
- Notes et études documentaires - La Documentation française - Paris - 1988.
Les documents sont téléchargeables en ligne à partir de cette url :
http://www.clionautes.org/clio01/TropesCafe/index.htm
Ces textes (issus de débats ou de messages à l'Assemblée nationale)
mettent tous en scène des personnalités de l'exécutif. Ils sont
intéressants autant par ce qu'ils nous disent sur l'évolution des
sensibilités et mentalités à l'égard du conflit que par ce qu'ils
révèlent des modes discursifs de leurs émetteurs.
En voici des aspects. Les "catégories de mots fréquentes" font
apparaître le poids des verbes factifs dans le texte de De Gaulle
(52 % des verbes) alors que dans le texte de François Mitterrand ,
les verbes déclaratifs dominent (32%). Les verbes factifs du texte de
De Gaulle sont reliés sémantiquement aux mots suivants (entre autre)
: confiance, autodétermination, collaboration, nation alors que les
verbes déclaratifs du texte de François Mitterrand renvoient à
révolte, volonté, combat, terrorisme. Dans celui-ci la "modalisation
négation" représente 24 % alors qu'elle apparaît peu (3,8 %)dans le
second où dominent les modalisations de temps (27 %). Et le pronom
"Je" s'y impose très nettement (28,6 %).
On pourrait utiliser de la même manière des corpus sur les questions
de la construction européenne par exemple. Mais ces types de
documents ont l'inconvénient d'être trop courts bien souvent ce qui,
d'une part, ne justifie pas toujours suffisamment l'emploi du
logiciel, d'autre part, n'est pas assez représentatif de l'ensemble
de pratiques discursives et produit des biais statistiques.
Il est donc souhaitable de trouver d'autres corpus. Ainsi, une autre
application peut être proposée à partir de l'utilisation des compte-
rendus analytiques des séances publiques de l'Assemblée Nationale.
Par exemple pour 2000-2001 :
http://www.assemblee-nationale.fr/cra/2000-2001
Prenons le cas du débat autour de la loi sur les discriminations
(séance du 12 octobre 2000) :
http://www.assemblee-nationale.fr/cra/2000-2001/2000101209.asp .
Des études comparées entre les discours de différentes familles
politiques sont pertinentes. Par exemple, si l'on compare les propos
des députés DL et PCF qui ont participé au débat ce jour là, on
constate que leurs "univers de référence", la place et
l'environnement sémantique des différents univers sont bien
différents. L'emploi des modalisations d'intensité est aussi
différent par ses proportions dans les discours (31% contre 40%) et
dans leur usage (voir les graphes de relation). Ce type d'étude peut
être intéressant à travers une réflexion sur les valeurs, les
programmes des différents formations politiques (ECJS ou étude de la
Ve République)
Une analyse parallèle de l'ensemble des propos tenus par les orateurs
RPR et socialistes (respectivement 1340 et 4951 caractères, il faut
donc être prudent pour certaines applications) à l'occasion de ce
débat fait apparaître des données intéressantes. On constate qu'ils
sont assez comparables par la proportion des types de verbes : dans
les deux cas, un peu plus de 50 % factifs, entre 20 et 30 %
déclaratifs et statifs, peu de verbes performatifs. On peut
considérer que c'est le résultat de certains invariants des discours
dans ce type de situation de débat législatif à l'Assemblée
Nationale. Par contre, on observe des différences sensibles sur la
question des modalisations : proportions de l'ordre du simple au
double pour les modalisations de temps, de manière et de négation qui
semblent assez significatives ... on peut alors formuler des
hypothèses, proposer des interprétations relatives aux situations
respectives des deux groupes dans un contexte historique donné.
Vous pouvez retrouver le document correspondant à ces propos à partir
de l'image cliquable sur le site des clionautes :
http://www.clionautes.org/clio01/TropesCafe/index.htm
On peut aussi très facilement étudier, dans un texte assez long,
l'emploi d'un mot : par un clic à droite, on a accès à la fonction
"chercher" sur ce mot ce qui permet de le retrouver à travers tout le
document. On pourra alors demander aux élèves de relever toutes les
circonstances d'apparition du mot, ce qui peut donner matière à des
études tout à fait pertinentes. Il est aussi possible d'examiner les
contenus de certains mots référents (" références utilisées "). Par
exemple, " entreprise" qui apparaît dans des proportions comparables
dans les deux textes (9 et 11 fois). Dans le cas des propos des
députés du RPR on constate qu'il est constitué des mots : entreprise,
secteur privé, PME. Alors que dans le cas de ceux des députés ou
membre du gouvernement du parti socialiste, il est constitué de :
entreprise, société, délégués du personnel. On peut ainsi mettre en
évidence les stabilités et les discriminations lexicales d'un type de
locuteurs à l'autre.
L'idéal, dans la perspective d'études historiques, serait bien
entendu de pouvoir disposer facilement de corpus comparables à ces
documents contemporains(textes d'au moins 1000 à 1200 caractères)
avec davantage de recul historique.
De la même manière, on peut envisager d'utiliser les débats du Sénat
ou ceux du Parlement européen. Ces derniers sont accessibles en
ligne à partir de :
http://www.europarl.eu.int/home/default_fr.htm
Pour retrouver les noms des Parlementaires et les groupes auxquels ils sont rattachés :
http://wwwdb.europarl.eu.int/ep5/owa/p_meps2.repartition?ilg=FR&iorig=home
Ce qui permet ensuite de retrouver leurs propos en séances plénières :
http://www.europarl.eu.int/plenary/default_fr.htm
à partir de la recherche par orateur :
http://www3.europarl.eu.int/omk/omnsapir.so/searchdeb?ORATEUR=yes&LANGUE=FR
Mais on peut aussi faire une recherche par mots dans le titre.
Certaines fonctions du logiciel semblent par contre moins pertinentes
pour nos disciplines et risquent de provoquer égarement et confusion
: les " épisodes ", les " rafales " par exemple. Mais il faudrait
peut-être se pencher davantage sur leur utilisation.
Sur quels protocoles se fonder et comment sélectionner des corpus
documentaires ? Ce qui pose aussi la question de l'accès à des
sources textuelles numérisées :
Le choix du corpus est une phase fondamentale de la démarche de
préparation pédagogique de cette activité par l'enseignant. Dans la
perspective d'un travail d'analyse de discours politique, on peut
recommander la lecture de ce texte, diffusé dans le cadre des
"Secondes Journées Internationales d'Analyse Statistique de Données
Textuelles (JIADT d'octobre 1993) et consultable en ligne : "Un
protocole de description de discours politique" par Jules Duchastel
et Victor Armony. Prenant appui sur une analyse comparée des discours
de Bill Clinton, Brian Mulroney et Carlos Menem, il pose de manière
pertinente les problèmes méthodologiques
http://www.ling.uqam.ca/sato/publications/bibliographie/Jul10.htm
En conséquence, la collecte de textes exploitables, sous une forme
numérisée est une difficulté non négligeable dans l'utilisation du
logiciel. Il est possible d'utiliser des textes numérisés disponibles
en ligne sur tel ou tel site : quelques uns sont signalés sur le site
de l'académie de Rennes.
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/hist_geo/ResInternet/Tropes/Tropes.htm
Mais notons qu'il est parfois difficile de trouver, en français, les
sources primaires souhaitées. On peut ainsi prendre l'exemple d'une
recherche de textes sur la construction européenne : elle oriente sur
de nombreuses sources en anglais mais peu en français.
La constitution d'une banque de documents, justifiant une analyse
avec Tropes, adaptée aux programmes en lycée, pourrait être utile.
Un autre frein à l'emploi du logiciel au lycée en Histoire ou
Géographie peut provenir du morcellement des textes que les
programmes et les habitudes nous conduisent bien souvent à étudier et
qui sont proposés dans les manuels : petits extraits, souvent coupés
(ce qui rend leur analyse un peu suspecte), sortis de leurs
contextes, juxtaposés. Or, pour que l'analyse sémantique ait une
signification (voir l'information donnée avec le logiciel), il est
souhaitable que les textes soient suffisamment longs afin qu'il y ait
un effet de "lissage" sur les propos tenus par les auteurs (ou
orateurs). De ce point de vue, l'ECJS ou les TPE seraient mieux
adaptés .
Après avoir signalé ces difficultés, peut-être en partie
temporaires, il apparaît cependant que les intérêts du logiciel sont
suffisants pour justifier l'usage de ce type d'outils.
L'étude empirique et traditionnelle d'un document historique, de
documents socio-politiques contemporains peut bien entendu être
réalisée sans informatique. Mais, dès que le texte devient long, la
collecte, le dénombrement des informations deveniennent fastidieux,
voire dissuasifs. Les études comparées ne sont pas toujours faciles à
mettre en oeuvre. L'outil informatique est donc alors plus qu'un
simple complément à l'analyse classique du document : il permet aussi
de révéler des aspects cachés des textes.
Sylviane Tabarly
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Le logiciel " Tropes " : quels usages en cours de français ?
Caroline d'Atabekian
Roger Berthet enseigne le français en lycée à Bourg-les-Valence. Il
fait de l'informatique depuis presque 20 ans mais son enthousiasme
est resté intact : il est toujours dans les premiers à tester les
nouveaux logiciels et il a pris ce risque avec " Tropes ".
- Qu'est-ce qui vous a donné envie d'utiliser Tropes en classe ?
- La curiosité comme toujours et le fait que je suis sans cesse à la
recherche de petits logiciels peu chers ou gratuits qui facilitent le
travail de l'enseignant. Je suis professeur animateur occasionnel
dans deux CDDP et je fais souvent des formations sur ce thème:
"petits logiciels pratiques et pas chers..." Tropes m'a paru être un
outil vraiment surprenant. Il fallait donc voir ce qu'il en était. je
tiens à souligner que je mets toujours en garde mes collègues en leur
disant que ce n'est pas parce qu'on a un outil qu'on doit s'en servir
absolument. Après tout je me sers d'un marteau quand j'ai un clou à
planter. Mais comment se servir d'un outil si on ne le connaît
pas?...
- Quelle a été la mise en œuvre?
- J'ai essayé de l'utiliser pour voir avec une classe de seconde (une
excellente classe, je dois le préciser). J'ai choisi "La parure" de
Maupassant. En fait j'ai commencé par une lecture à voix haute, une
lecture plaisir, celle qui seule compte, celle dont ou part et à quoi
l'on revient. Dans le cas de ce texte c'est d'autant plus important
que la chute est essentielle et joue fortement sur l'émotion. Ensuite
nous avons amorcé une lecture analytique avec notre questionnement
habituel. Puis j'ai proposé d'utiliser "Tropes" que je venais de
découvrir pour voir... ce que faisait la machine. Comme l'impression
des résultats n'est pas possible avec la version gratuite, nous avons
utilisé un vidéo-projecteur et plus tard j'ai tiré quelques copies
d'écran. C'est l'aspect pratique. Je pense d'ailleurs qu'un logiciel
de reconnaissance de caractères devrait permettre de récupérer des
données sous la forme de textes en traitant les fenêtres copiées.
C'est à vérifier. Le balayage de la machine sur un texte aussi long
est bien plus précis que l'observation courante. Il me semble
d'ailleurs que le traitement offert n'est guère utile pour un texte
court ce qui fait regretter la limitation de la version donnée
prétendument "complète".
- Quelles pistes de lectures aviez-vous suivies? Quels résultats ?
Nous avons regardé si les résultats nous permettaient de conforter
des observations déjà faites sur les pronoms, les figures de style,
la longueur des phrases... et si nous pouvions découvrir des éléments
nouveaux. Ainsi le pronom de la deuxième personne est presque
exclusivement utilisé par le mari de Mathilde, l'héroïne. Elle-même
ne s'en sert pas. Nous avons donc regardé comment les personnages
s'adressaient les uns aux autres: Pronoms, prénoms, longueur des
phrases. Leur portrait a été ainsi plus nuancé.
Nous avons cherché le rôle du narrateur; il y a ainsi des phrases
généralisatrices étonnantes: "car les femmes n'ont point de caste ni
de race..." et ce d'autant plus qu'en cherchant la catégorie
"femme/classe sociale" on trouve plus loin "une autre femme de sa
caste aurait..." Nous nous sommes intéressés au récit et ce d'autant
plus que le logiciel juge le texte plutôt "argumentatif". Nous avons
constaté que l'analyse statistique pousse à conclure à l'argumentatif
parce que Maupassant explique sans cesse, justifie: "comme, car,
parce que...". Il y a eu aussi des trouvailles sur le vocabulaire de
l'argent. Un oubli d'abord, les "louis" n'apparaissent pas dans le
vocabulaire relevé sous cette rubrique (malheur aux homonymes!). Le
nombre de mots est peu
élevé, les chiffres sont précis presque comptables. L'obsession
bourgeoise est bien là.
- L'analyse du logiciel correspondait-elle en général à ce que les
élèves avaient trouvé?
- Oui et non, mais c'est ce qui est passionnant. La plupart du temps
nos observations initiales ont été renforcées mais l'utilisation du
logiciel a stimulé la discussion. Il a bien sûr fallu adapter le
vocabulaire d'analyse puisque le logiciel n'utilise pas celui qui
nous sert en classe; mais les élèves voient très vite quoi est quoi.
- Cela a-t-il donné lieu à un travail sur le vocabulaire
"métalinguistique" ? Comment vous en êtes-vous sorti ?
- Il est bien que le signifiant ne l'emporte pas sur le signifié ;
d'ailleurs même d'un enseignant à l'autre le vocabulaire n'est pas
tout à fait le même... Il est clair que nous n'appliquons pas des
recettes en classe mais des méthodes raisonnées et qu'un outil même
aussi complexe que "Tropes" reste un outil. Un parmi d'autres, et
évidemment je ne voudrais pas être OBLIGE de l'utiliser. Finalement
le plus intéressant c'est peut-être les erreurs que nous avons
relevées: sur la nature des mots par exemple ou les champs lexicaux
(certains diront réseaux).
- Avez-vous en mémoire des exemples précis ?
- Il y a le caractère "argumentatif" déjà cité (en plus des termes
explicatifs et démonstratifs de Maupassant, nous avons cru comprendre
que ce caractère argumentatif venait aussi des dialogues qui
l'emportent sur le récit et qui présentent des "affrontements" divers
entre les personnages). On constate que le logiciel ne distingue pas
certains pronoms personnels des déterminants articles: "le" et "le";
toujours les homonymes, mais dans ce cas cela nous a semblé plus
délicat ou gênant - quoique l'essentiel à mon avis est que les élèves
voient ces erreurs. Quand "Tropes" range le mot "rivière" dans les
termes géographiques (alors que dans ce texte toutes les rivières sont en diamants...
vrais ou faux) cela nous a plutôt amusés.
Au bout du compte ce fut un bon exercice d'observation qui a permis
de relativiser l'usage de l'outil et de titiller l'esprit critique
des élèves.
- Justement, quelles recommandations leur faites-vous ? Est-ce qu'ils
se rendent clairement compte que ce n'est qu'un outil, que cela ne
remplace pas la réflexion?
- J'en suis d'autant plus sûr que nous avons une méthode claire (je
crois) que je mets en place tout au long de l'année et qui insiste
sur l'observation et les conclusions nécessaires qui doivent suivre
cette observation; comme n'importe lequel d'entre nous, enseignants
de Lettres. J'ai une série de repères que j'appelle des "clefs"
(d'autres diront des "grilles" mais une "grille" ça enferme...)
- Finalement, que peut-on espérer de Tropes dans un cours de français
? Et à votre avis, que pourrait-on en espérer si les élèves
l'utilisaient seuls chez eux?
- N'importe quel outil ne vaut que par ce qu'on en fait. Même pour
l'ordinateur en tant que tel je prétends que si l'on ne fait pas
mieux les choses grâce à lui, il est inutile -(mais j'ai
personnellement du mal à m'en passer, aussi bien au début de ma
carrière je recopiais à la main sur des stencils plus ou moins baveux
le moindre texte qui me paraissait intéressant pour mes classes...).
Je ne pense pas qu'il faille recommander l'outil pour un usage
personnel à la maison. La discussion est nécessaire. Notre savoir de
prof est nécessaire; les élèves l'acceptent s'il est à leur
disposition dans un échange. Cela me semble assez évident. A eux on
leur demande d'abord d'être curieux, et c'est pour cela que j'insiste
sur le fait que la classe avec laquelle j'ai travaillé est une bonne
classe (ce qui pour moi veut dire composée certes de jeunes ayant un
niveau correct mais surtout vifs, intéressés, amusés souvent, prompts
à la réaction et
toujours capables de dialogue). Un vrai cadeau j'en ai conscience et
j'en ai profité toute l'année!
Roger BERTHET
http://www.ardecol.ac-grenoble.fr/lettres/index.htm
Propos recueillis par Caroline d'Atabekian
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