E-Portfolio Québec 2006
Québec Château Frontenac 10-12 avril 2006
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La clôture
ce mercredi 12 Avril, des premières rencontres
francophones sur le e-porfolio a, fort logiquement,
débouché sur le besoin ressenti par les
participants de ne pas en rester là.
Faut-il aller vers
une spécificité francophone, ou autre, dans le
e-portfolio ? Y a t-il des spécificités
culturelles à ce e-portfolio qui en ferait un objet
singulier ? A ces questions, si les participants ont reconnu les
barrières linguistiques, ils ont surtout mis en
évidence que les spécificités culturelles
étaient plutôt liées au contexte
d'émergence qu'au portfolio lui-même.
D'ailleurs cela se
remarque d'autant plus que la notion de e-portfolio recouvre
plusieurs réalités, justement liées aux
initiateurs de ces démarches. Que ce soit une
université pour ses étudiants, un groupe social
pour l'échange des savoirs et des compétences, un
état qui veut encadrer l'enseignement, ou des entreprises
de recrutement de personnel qui veulent uniformiser leurs
pratiques, les initiatives ne recouvrent pas les mêmes
réalités.
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| e-portfolio Québec 2006 : un atelier dans le
château Frontenac - Photo BD - Café
pédagogique |
Hormis une qui est
apparue en particulier pour les participants qui connaissent les
mêmes rencontres dans le cadre anglophone, la logique des
compétences. C'est cette dimension qui semble
émerger progressivement, même si, dans le milieu
scolaire en particulier, on reste parfois assez loin de ces
préoccupations. Une présentation d'un e-portfolio
par une enseignante du secondaire a mis en évidence
qu'elle n'utilisait pas l'option compétences de son
e-portfolio, mais qu'elle notait les contenus que les
élèves déposaient sur leur portfolio.
Plusieurs autres
présentations du même univers ignoraient largement
cet aspect des choses : les compétences restent encore de
côté, alors que progressivement les programmes, en
particulier dans l'enseignement professionnel et technique, sont
marqués par cette approche. D'ailleurs dans les ateliers
cela est apparu beaucoup plus nettement. La question du
portfolio de certification de compétences a
été évoquée et à sembler
recevoir un écho très fort de la part d'acteur de
ce secteur de la formation et de l'enseignement.
Bref les ateliers
ont permis de voir plusieurs logiciels de e-portfolio et leur
application. Même si ces initiatives sont timides et peu
nombreuses elles ont enfin illustré, et c'est vraiment le
mérite de ces rencontres, le mouvement en cours
actuellement dans le monde francophone et plutôt
québécois.
Deux tables rondes
organisées l'une autour de l'hypothèse Big brother
et l'autre autour de témoignages d'enseignantes ayant un
portfolio ont permis de mettre en évidence quelques
éléments significatifs.
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| e-portfolio Québec 206 - La salle 2 - Photo BD -
Café pédagogique |
Concernant le
risque d'un nouveau Big brother qui surveillerait et encadrerait
nos portfolio et pourrait les mettre au service de puissances
occultes et non pas des personnes, il est apparu nettement qu'il
convenait de penser le contrôle des démarches de
normalisation. A cette dimension il convient d'ajouter la
nécessaire prise en compte des plus démunis si
l'on veut éviter des dominations sociales. La mise en
ordre des esprits au travers du e-portfolio est un risque si la
continuité entre le personnel/privé et l'espace
public n'est pas accompagnée d'une médiation
humaine forte et d'un cadre déontologique et
réglementaire clair. Qu'en serait-il des questions de
droit d'auteur, de droit au "suicide numérique" etc. ?
Passer du journal intime au cyber espace pourrait bien
réveiller les fantasme de cybersurveillance de quelque
puissance mal attentionnée qui veut tout savoir des
individus, que ce soit dans la classe, dans l'entreprise, dans
la société. Serge Ravet rappelait qu'Echelon n'est
pas un mythe mais bien une tentative de surveillance
planétaire... Enfin, si pour les individus le risque de
surveillance et d'encadrement est réel et
nécessite un encadrement des e-portfolios, pour les
institutions et en particulier celles qui diffusent des
portfolios de membres ou même des portfolios collectifs
d'entreprise, il y a une nouvelle visibilité. En lisant
le portfolio d'étudiants d'une université,
qu'est-ce que je peux savoir de celle-ci sur le plan qualitatif
? De la même façon à des échelles
beaucoup plus importantes, comme celle d'un système
éducatif... Bref de quoi alimenter les fantasmes
sécuritaires, mais aussi de prendre de la distance, voire
d'imposer progressivement une vision philosophique et politique
claire autour de cette question. Malheureusement, la
conférence de Pierre Lévy n'avait pas permis de
poser la question clairement et avait plutôt
renforcé un aspect dangereux à défaut
d'être risqué, celui d'une nouvelle normalisation
du "sens".
La table ronde du
Mercedi matin avait pour ambition de montrer des gens aux prises
avec leur portfolio pour elles mêmes et pour leurs
élèves (puisque ce sont des enseignantes qui les
ont présenté). Remarquables par leur courage et la
qualité de leurs présentation, les deux
enseignantes québécoise ont mis en évidence
avec modestie leurs questionnements, mais aussi leur
volonté de poursuivre sur la voie des pionniers
pédagogiques qu'elles ont empruntée en s'appuyant
sur ces technologies qui leur ont permis de répondre au
besoin de renouvellement pédagogique qu'elles avaient
identifié.
Parmi les
commentaires qui ont été faits ensuite on a pu
noter plusieurs points qui peuvent sembler importants.
L'appropriation de la démarche et de l'outil est
évidemment un préalable essentiel. Cependant dans
le démarche elle-même, il faut souligner la
difficulté à entrer dans les démarches
réflexives pour certains élèves tandis que
d'autres se révèlent. N'y a-t-il pas là un
questionnement sur la relation à son apprentissage et la
capacité à prendre du recul sur soi-même
?
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| Québec - 12 avril 2006 - Photo BD - Café
pédagogique |
Avec le
e-portfolio, je peux savoir beaucoup de choses sur
l'élève. Il est cependant nécessaire de se
fixer des règles. Si certains élèves
acceptent de se livrer, d'autres moins. Peut-on montrer cela aux
parents ? C'est encore moins certain même si en primaire
les élèves y voient une valorisation
complémentaire. Une autre question importante est apparue
concernant la qualité de l'écrit d'un e-portfolio.
On a vu apparaître là la nécessité de
l'acte de médiation et de la co-évaluation entre
l'enseignant et l'élève. Certes tenir un
e-portfolio prend du temps, mais cela donne une autre couleur
à l'acte pédagogique. Surtout lorsque l'une des
enseignantes qui met des notes sur les productions des
élèves s'est entendue dire par un
élève : "pourquoi vous ne me dites pas ce que j'ai
réussi et dans quelle direction je dois aller pour
progresser ?".
En effet
l'élève indiquait par là que cela ne sert
à rien de dévoiler sa démarche
d'apprentissage dans le portfolio si cela n'a pas d'effet en
retour et surtout pas d'explication de la part de l'enseignant.
Il est clair que la difficulté de ce genre de pratiques
aussi diverses est qu'aucune ne peut se revendiquer exemplaire
pour les autres, ce qui, pourtant, aurait comblé certains
membres de l'auditoire. On a pu ressentir que, pour une partie
des participants (québécois en particulier) qui
découvrent le portfolio, ils l'envisagent surtout sous
son aspect outil personnel de prise de note et de trace de
l'activité que d'autres peuvent voir. Par contre ils ne
voient pas encore la partie plus formalisée que constitue
l'évaluation par les compétences et qui appartient
davantage au monde professionnel.
On pourrait ainsi
résumer cette dernière journée de la
façon suivante : le e-portfolio dans ses
différentes déclinaisons dans la forme
(présentation apprentissage évaluation), dans le
temps (de moment, d'année, de cycle, de vie...), est un
outil qui pour l'instant reste en cours d'évolution et de
débat. Chacun s'en empare selon son approche et son
contexte. Cependant on remarque, si on le met en lien avec les
initiatives européennes et internationales, que le
e-portfolio pourrait devenir un outil passerelle entre "les
mondes" de chaque personne, passerelle dont elle aurait la
maîtrise tant dans son contenu que dans son
exploitation.
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Bruno Devauchelle - 12 avril 2006
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