Dans de nombreuses bibliothèques publiques, le catalogue se consulte sur
un poste informatique. Progressivement, ces postes s’ouvrent aux ressources
du Web. Dans les bibliothèques, la question de la sécurisation des accès à Internet
se pose avec une acuité plus grande encore qu’à l’école en raison de la multiplicité
des publics. Témoignage d’un directeur de bibliothèque qui se pose beaucoup
de questions et ne les a pas toutes résolues.
De combien de postes informatiques donnant accès à Internet la bibliothèque
de Troyes dispose-t-elle ?
La bibliothèque est distribuée sur trois sites géographiques. A la bibliothèque
centrale, nous avons cinq postes informatiques, à la bibliothèque universitaire,
une dizaine et autant dans une annexe située dans le quartier des Chartreux.
Dans quelques mois, la bibliothèque centrale et la bibliothèque universitaire
vont être regroupées dans un nouveau bâtiment où nous installerons plusieurs
dizaines de postes informatiques.
L’accès libre à Internet vous pose-t-il des problèmes ?
Oui, il nous en pose, et parfois de sérieux, essentiellement à l’annexe des
Chartreux. Au printemps dernier, nous avons ouvert un Cyber-Espace au rez-de-chaussée,
près de l’accueil. C’était au moment de Loft Story. Nous avons aussitôt été
envahis par un groupe de pré-adolescents qui ont rendu la vie des animateurs
très difficile, infernale même, mais aussi celle des autres usagers de la bibliothèque.
Au bout d’un mois, nous avons été contraints de fermer. Les postes en libre
accès ont été regroupés avec ceux de l’Espace Culture Multimédia, une pièce
fermée, à l’étage, où les accès sont payants mais où on peut aussi participer
à des ateliers d’initiation ou de pratique artistique qui eux sont gratuits.
Dans un quartier comme celui-là, quinze gamins décidés suffisent pour rendre
la vie de tout le monde infernale ; nous ne pouvons pas y faire grand chose.
[...] | En revanche, dans les deux autres bibliothèques, nous n’avons pas ces problèmes,
les choses se passent bien.
Vous êtes-vous posé la question d’empêcher l’accès à certains sites ?
Sur les postes qui donnent accès à Internet, nous avons d’abord fait installer
un logiciel qui nous permettait d’interdire certains sites. Mais il fallait
indiquer lesquels et cela, personne ne pouvait le faire. C’est impossible. On
a ensuite pensé à un logiciel de filtrage automatique. Mais ça pose un autre
problème parce qu’il faut cibler les postes. Les interdits ne sont pas les mêmes
pour les enfants et pour les adultes. Nous avons par exemple des élèves d’une
école de police. S’ils veulent faire une recherche sur la criminalité, la drogue
ou même la pédophilie, il faut que ce soit possible. On peut aussi s’intéresser
au nu en peinture.
Nous avions pensé à un système de discrimination positive sous forme de collections
d’adresses de sites recommandés. L’idée était de faire avec le Web ce que nous
faisons avec les livres. Mais, en pratique, c’est également impossible. Nous
continuons à sélectionner les livres et nous n’avons pas de personnel pour faire
la même chose avec le Web ; et puis, de toute façon, la taille du Web rend la
chose matériellement inimaginable.
Le problème est donc sans solution ?...
Oui et non. Oui, parce que nous avons finalement baissé les bras devant cette
masse documentaire qui nous dépasse. Non, parce qu’il nous a fallu faire un
choix pour la nouvelle bibliothèque. Au départ, le multimédia devait être partout,
libre, gratuit. Notre expérience nous a conduits à changer notre fusil d’épaule.
Les postes seront regroupés dans un nombre limité de zones, et nous donnerons
un rôle important aux animateurs multimédia. Mais je n’ai pas renoncé à constituer
une banque de signets ; elle ne prétendra pas être un inventaire du Web mais
posera quelques balises utiles pour nos usagers. |