Internet en classe et sécurité


Sécurité, contrôle, Internet et éducation,

- EDITO : Sécurité, contrôle, Internet et éducation (Bruno Devauchelle)
- Internet et la sécurité des jeunes
- Internet, est-ce que c’est dangereux ? (Odile Chenevez)
- Problèmes posés par l’accès libre en bibliothèque publique (Thierry Delcourt)
- "On ne résoudra pas ce problème en bâillonnant l'outil dans l'enceinte scolaire ou en l'ostracisant" (Alain Gurly )
- La navigation sécuritaire : Avant tout une affaire d’éducation aux médias (Louiselle Roy)
- Liens : La sécurité sur Internet : quelques sites et logiciels
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Trois constats :

- Parmi les critiques faites actuellement au monde de l’éducation, l’une des plus virulentes touche la notion d’esprit critique. Il serait, d’après certains, incapable désormais de développer chez les élèves une capacité critique, se contentant d’adapter l’école aux modes ambiantes, les TIC étant l’une d’entre elles.

- Dans le même temps, une vague importante emporte semble-t-il l’unanimité : la sécurité totale doit être au centre de toutes les préoccupations. Le monde éducatif, parce qu’il s’occupe des enfants, de nos enfants, est particulièrement visé par cette « idéologie du tout sécurité ». Exposer les élèves à Internet n’est pas sans poser problème pour leur sécurité.

- Depuis plusieurs mois, une vague de virus et d’attaques de toutes sortes fragilisent l’usage de l’ordinateur et en particulier d’Internet. Le monde scolaire, parce qu’il n’a pas mis en place les moyens d’une véritable politique de sécurité informatique (en a-t-il les moyens ?) est très fragilisé. Le nombre de virus colportés dans les listes de diffusion, parfois stoppés à temps, parfois pas, est impressionnant. Les utilisateurs sont de plus en plus inquiets et les discours sécuritaires en matière d’Internet sont en train de se développer rapidement.

Si l’on s’en tient à ces quelques constats, on pourrait considérer qu’un système éducatif qui introduit ces technologies est « puni naturellement » de son inconscience. Son absence d’esprit critique face à ces modes est probablement synonyme de naïveté, voire de complicité avec les promoteurs de ces technologies. Ceux-ci voudraient prendre le contrôle de nos cerveaux et celui de nos enfants, du moins tente-t-on désormais de nous le faire penser.

Si l’on écoute les tenants du « tout sécurisé » le plus simple serait probablement d’aller jusqu’à bannir Internet de tous les établissements et de se satisfaire d’un Intranet « étanche » qui serait bien suffisant dans bien des cas.

Si l’on écoute les acteurs de terrain, les avis sont beaucoup plus mitigés. En effet, un certain nombre d’enseignants revendiquent le droit d’éduquer à la responsabilité et à la sécurité. Ces mêmes enseignants veulent d’ailleurs pouvoir éduquer l’esprit critique de leurs élèves en leur laissant une marge de liberté suffisante pour pouvoir l’exercer. Cette prise de risque permettrait ainsi aux élèves d’aborder clairement des problèmes que de toute façon, disent-ils, ils rencontreront dès qu’ils franchiront la porte de l’école.

D’autres disent qu’au contraire, il n’y a pas de raison [...]

d’exposer dans l’école les élèves à des risques que l’on peut leur éviter. D’autres enseignants pensent qu’il est temps de mettre un terme à cette illusion de liberté et d’éducation et de remettre le système éducatif dans le droit chemin de ses missions fondamentales. La construction de l’esprit critique devrait tout aussi bien s’exercer sur des objets soigneusement choisis par les enseignants et l’ensemble des responsables du système éducatif. L’usage de l’ordinateur se cantonnerait alors à un travail tout aussi soigneusement préparé afin d’éviter toute dérive et surtout de pouvoir vraiment enseigner aux jeunes les éléments fondamentaux de « notre culture ». De nombreux enseignants ont été interpellés très fortement par les élèves au sujet des évènements du 11 septembre. Avant même que la directive ministérielle demandant de mener des explications en classe n’arrive, les élèves demandaient des éclaircissements à leurs enseignants. Quelques temps auparavant, les enseignants avaient été interrogés par leurs élèves au sujet de ces nouvelles émissions de real-télé que propose désormais la télévision. L’école tente parfois de les empêcher, parfois elle les accompagne, mais à chaque fois elle est bousculée par tout ce qui fait ce mouvement du quotidien.

Le débat sécuritaire est l’expression de cette tension entre deux logiques : le système scolaire lieu réservé à l’enseignement, l’acte éducatif espace de vie et de confrontation sociale. Ou encore, d’une part un Internet qui permet d’accéder à de nombreux documents essentiels (le fond de la BNF, etc…) ; d’autre part un Internet qui propose d’avancer anonyme pour mieux dire ses fantasmes. Internet est un de ces lieux de vie sociale qui poursuit, malgré tout, son développement dans toute la société et les jeunes s’en sont emparés.

Il semble justement possible d’utiliser Internet pour travailler cette tension. Pour y parvenir, il est indispensable de faire le choix d’éducation. C’est à dire qu’il me paraît essentiel de ne pas céder au tout sécuritaire. Il est important de mettre en place dans les établissements une réflexion qui associe les adultes et les jeunes. Les chartes d’utilisation, tout comme le règlement intérieur, ne doivent pas être qu’une interminable liste d’interdiction. Organiser l’accès aux TIC, favoriser l’accompagnement et le dialogue entre jeunes et adultes, permettre à l’ensemble de la communauté éducative de se construire une culture commune au sujet de ces évolutions est une des enjeux principaux du système éducatif des prochaines années.

Bruno Devauchelle


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