- Parmi les critiques faites actuellement au monde de l’éducation, l’une des
plus virulentes touche la notion d’esprit critique. Il serait, d’après certains,
incapable désormais de développer chez les élèves une capacité critique, se
contentant d’adapter l’école aux modes ambiantes, les TIC étant l’une d’entre
elles.
- Dans le même temps, une vague importante emporte semble-t-il l’unanimité
: la sécurité totale doit être au centre de toutes les préoccupations. Le monde
éducatif, parce qu’il s’occupe des enfants, de nos enfants, est particulièrement
visé par cette « idéologie du tout sécurité ». Exposer les élèves à Internet
n’est pas sans poser problème pour leur sécurité.
- Depuis plusieurs mois, une vague de virus et d’attaques de toutes sortes
fragilisent l’usage de l’ordinateur et en particulier d’Internet. Le monde scolaire,
parce qu’il n’a pas mis en place les moyens d’une véritable politique de sécurité
informatique (en a-t-il les moyens ?) est très fragilisé. Le nombre de virus
colportés dans les listes de diffusion, parfois stoppés à temps, parfois pas,
est impressionnant. Les utilisateurs sont de plus en plus inquiets et les discours
sécuritaires en matière d’Internet sont en train de se développer rapidement.
Si l’on s’en tient à ces quelques constats, on pourrait considérer qu’un système
éducatif qui introduit ces technologies est « puni naturellement » de son inconscience.
Son absence d’esprit critique face à ces modes est probablement synonyme de
naïveté, voire de complicité avec les promoteurs de ces technologies. Ceux-ci
voudraient prendre le contrôle de nos cerveaux et celui de nos enfants, du moins
tente-t-on désormais de nous le faire penser.
Si l’on écoute les tenants du « tout sécurisé » le plus simple serait probablement
d’aller jusqu’à bannir Internet de tous les établissements et de se satisfaire
d’un Intranet « étanche » qui serait bien suffisant dans bien des cas.
Si l’on écoute les acteurs de terrain, les avis sont beaucoup plus mitigés.
En effet, un certain nombre d’enseignants revendiquent le droit d’éduquer à
la responsabilité et à la sécurité. Ces mêmes enseignants veulent d’ailleurs
pouvoir éduquer l’esprit critique de leurs élèves en leur laissant une marge
de liberté suffisante pour pouvoir l’exercer. Cette prise de risque permettrait
ainsi aux élèves d’aborder clairement des problèmes que de toute façon, disent-ils,
ils rencontreront dès qu’ils franchiront la porte de l’école.
D’autres disent qu’au contraire, il n’y a pas de raison [...] | d’exposer dans l’école
les élèves à des risques que l’on peut leur éviter. D’autres enseignants pensent
qu’il est temps de mettre un terme à cette illusion de liberté et d’éducation
et de remettre le système éducatif dans le droit chemin de ses missions fondamentales.
La construction de l’esprit critique devrait tout aussi bien s’exercer sur des
objets soigneusement choisis par les enseignants et l’ensemble des responsables
du système éducatif. L’usage de l’ordinateur se cantonnerait alors à un travail
tout aussi soigneusement préparé afin d’éviter toute dérive et surtout de pouvoir
vraiment enseigner aux jeunes les éléments fondamentaux de « notre culture ».
De nombreux enseignants ont été interpellés très fortement par les élèves au
sujet des évènements du 11 septembre. Avant même que la directive ministérielle
demandant de mener des explications en classe n’arrive, les élèves demandaient
des éclaircissements à leurs enseignants. Quelques temps auparavant, les enseignants
avaient été interrogés par leurs élèves au sujet de ces nouvelles émissions
de real-télé que propose désormais la télévision. L’école tente parfois de les
empêcher, parfois elle les accompagne, mais à chaque fois elle est bousculée
par tout ce qui fait ce mouvement du quotidien.
Le débat sécuritaire est l’expression de cette tension entre deux logiques
: le système scolaire lieu réservé à l’enseignement, l’acte éducatif espace
de vie et de confrontation sociale. Ou encore, d’une part un Internet qui permet
d’accéder à de nombreux documents essentiels (le fond de la BNF, etc…) ; d’autre
part un Internet qui propose d’avancer anonyme pour mieux dire ses fantasmes.
Internet est un de ces lieux de vie sociale qui poursuit, malgré tout, son développement
dans toute la société et les jeunes s’en sont emparés.
Il semble justement possible d’utiliser Internet pour travailler cette tension.
Pour y parvenir, il est indispensable de faire le choix d’éducation. C’est à
dire qu’il me paraît essentiel de ne pas céder au tout sécuritaire. Il est important
de mettre en place dans les établissements une réflexion qui associe les adultes
et les jeunes. Les chartes d’utilisation, tout comme le règlement intérieur,
ne doivent pas être qu’une interminable liste d’interdiction. Organiser l’accès
aux TIC, favoriser l’accompagnement et le dialogue entre jeunes et adultes,
permettre à l’ensemble de la communauté éducative de se construire une culture
commune au sujet de ces évolutions est une des enjeux principaux du système
éducatif des prochaines années. |